Santiago Moncada, né à Madrid en 1926 selon la Bibliothèque nationale espagnole. ou en 1928 selon les nécrologies publiées dans la presse espagnolehttps://elpais.com/cultura/2018/07/06/actualidad/1530878062_733421.html https://www.elmundo.es/cultura/2018/07/06/5b3f8350468aebb81a8b45e7.html, mort à Madrid le , est un écrivain espagnol connu dans les pays hispanophones pour des pièces de théâtre (principalement des comédies). et dans les pays non hispanophones pour des films dont il a écrit le scénario ou qu'il a produits (principalement des films d'horreur). C'est la découverte tardive de Une hache pour la lune de miel de Mario Bava qui, en France, a attiré l'attention sur lui. En 1994, alors qu'il prépare la première rétrospective consacrée à Bava, Jean-François Rauger programme dans le cadre des séances de "cinéma bis" de la Cinémathèque française un film d'un réalisateur beaucoup plus obscur, L'Assassin fantôme de Javier Setó, et signale que son scénariste est celui de Une hache pour la lune de miel. Aux États-Unis, le film de Bava est réévalué dans les années 2000 Tim Lucas (en), Mario Bava : All the Colors of the Dark, Cincinnati, , 2007, 1128 p., , et, dans la biographie qu'il consacre au cinéaste italien, Tim Lucas fait l'éloge de Moncada (même s'il minore sa contribution à la réussite de Une hache pour la lune de miel). Il est, selon lui, « un authentique auteur du genre » qui imprime une même « vision », un même sens de la perversité à tous les « thrillers noirs et psychologiques » auxquels il a pu participerTim Lucas, 2007, . Moncada, ajoute Lucas, figure au générique de certains « des films d'horreur les plus intelligents qui ont été produits dans des pays hispanophones au cours des années 1970 et 80 : entre autres La Cloche de l'enfer de Claudio Guerin Hill et La Corruption de Chris Miller de Juan Antonio Bardem en 1973, ainsi que Sola ante el terror de Jess Franco en 1981 ».

Dramaturge et romancier En Espagne, Santiago Moncada se fait d'abord remarquer comme dramaturge en remportant à deux reprises le Prix Calderon de la Barca, en 1956 (pour la pièce Paulina y los pingüinos) et en 1957 (pour la pièce Tránsito de madrugada). Dans les années 1950, ce prix était réservé aux auteurs dont les pièces n'avaient pas encore été jouées par une compagnie professionnelle. En 1958, Tránsito de madrugada est représentée publiquement dans une mise en scène de Claudio de la Torrehttps://www.madridiario.es/458073/santiago-moncada-dramaturgo-expresidente-sgae. La même année, Moncada devient membre de la SGAE (Sociedad General de Autores de España) - institution au sein de laquelle il occupera différentes fonctions et dont il deviendra président en 2011.

En 1962, il remporte le prix Isaac Fraga pour la comédie Alrededor de siempre, ce qui lui permet « d'accéder au théâtre commercial ».. Il reste « pendant plus de trente ans » un auteur de théâtre populaire écrivant « sur mesure pour les stars du moment » - notamment Violines y trompetas, pièce créée en 1977 avec Jesús Puente et Pilar Bardem et qui reste à l'affiche pendant quatre ans à Madrid et à Barcelone, et Entre mujeres, créée en 1988 à Madrid et jouée également, parfois pendant plusieurs saisons, sur de nombreuses scènes d'Amérique latine. Le succès de ses pièces dans la période post-franquiste témoigne, d'après The Cambridge History of Spanish Literature, de la persistance du théâtre bourgeois et de la comédie de boulevard à une époque où émerge tout un éventail d'esthétiques alternatives.

Moncada écrit aussi des romans - notamment Carta a nadie, récompensé par le prix Elisenda de Montcada et publié en 1962, et El stress, finaliste du prix Planeta en 1966.. vignette|Jesús Puente photographié par Jesús Morgado en 1984. L'acteur a participé à la création de trois pièces écrites par Moncada : Violines y trompetas en 1977, El hombre del atardecer en 1981 et Las tormentas no vuelven en 1982. Il apparaît également dans plusieurs films écrits par le dramaturge : Persecución hasta Valencia en 1968, Le Roi de la jungle en 1969, Une hache pour la lune de miel en 1970, et l'adaptation cinématographique de Violines y trompetas en 1984.

Scénariste et producteur Dans les pays non hispanophones, Moncada est connu comme scénariste et non comme dramaturge. Mais une bonne partie des films qu'il a écrits, drames ou comédies, y reste méconnue. Ce sont surtout ses films d'horreur qui ont été vus. D'où la différence, au moment de sa mort, entre les nécrologies publiées dans la presse espagnole (où il n'est pas question de films d'horreur)https://elpais.com/cultura/2018/07/06/actualidad/1530878062_733421.html

https://www.elmundo.es/cultura/2018/07/06/5b3f8350468aebb81a8b45e7.html et celle que Tim Lucas a publiée sur son blog (où il n'est question que de cela)..

Moncada débute comme scénariste au début des années 1960 en participant à l'écriture de deux films coréalisés par Silvio Fernández Balbuena et Manuel Caño : Siempre en mi recuerdo et Sonría, por favor. Siempre en mi recuerdo est une comédie, au générique de laquelle Moncada est crédité sous le nom de Santiago M. Mercadal (Mercadal est le nom de sa mère).. Après Sonría, por favor, Manuel Caño tente d'adapter le roman pour lequel Moncada avait reçu un prix, Carta a nadie, mais le film reste inachevé.

Par la suite, Moncada collaborera à l'écriture d'un grand nombre de films réalisés par Manuel Caño ou produits par ce dernier (Persecución hasta Valencia et Une hache pour la lune de miel). Il participera aussi à l'écriture de dix films de Rafael Romero Marchent, quatre films de Javier Setó, trois d'Eugenio Martin, trois de Pedro Lazaga, trois de Pedro Masó, c'est-à-dire « des réalisateurs méconnus ou peu en vue qui travaillaient sur des projets à petit budget » (Caño, Setó) aussi bien que des « habitués des films les plus populaires de l'époque » (Martin, Lazaga, Masó, R. Romero Marchent)Juan Antonio Ríos Carratalá, 2003, p. 193. Pour Juan Antonio Ríos Carratalá, universitaire s'intéressant aux scénaristes espagnols issus du théâtre, Moncada est « un scénariste tout terrain » dont la filmographie est « médiocre », et « il est inutile de chercher » dans les scénarios qu'il a écrits « la trace » du dramaturge MoncadaJuan Antonio Ríos Carratalá, 2003, pp. 194-195 . Ríos Carratalá défend néanmoins La Corruption de Chris Miller mais ne mentionne pas ses autres films d'horreur.

Thrillers horrifiques

Gialli espagnols L'Assassin fantôme (1969), Une hache pour la lune de miel (1970), et Au fond de la piscine (1971), les trois premiers thrillers horrifiques coécrits par Moncada, sont des coproductions avec l'Italie. D'où leur parenté avec le giallo.

L'Assassin fantôme : Quatrième collaboration de Moncada avec le réalisateur espagnol Javier Setó, le film suit la trame d'une machination conjugale comme le font de nombreux thrillers italiens de l'époque : L'Adorable Corps de Déborah (1968), Perversion Story (1969), Si douces, si perverses (1969)... Mais L'Assassin fantôme se distingue des productions italiennes « ensoleillées » par une « ambiance glauque », venant autant de sa direction artistique (temps « maussade », immeubles « étranges et angoissants », « décors décrépis ») que de son scénario : « rarement un giallo aura développé une machination si diabolique ».. Sur le blog Maniaco-Deprebis, Éric Draven parle de « thriller familial sombre » mariant « vice et sadisme » : « un film intrigant, vénéneux, psychologiquement violent »..

Une hache pour la lune de miel : Réalisé par le créateur du giallo cinématographique (l'Italien Mario Bava), le film raconte l'histoire d'un tueur compulsif qui sonde ses propres souvenirs pour comprendre son traumatisme, en même temps qu'il est aux prises avec son épouse. Une hache pour la lune de miel se distingue des autres gialli par son ton sarcastique, qui vient non seulement du personnage de l'épouse mais aussi de « la conscience de soi ironique avec laquelle le personnage principal analyse son propre cas pathologique ». Cette conscience de soi permet dans une certaine mesure de déconstruire les « clichés » du genre. Elle éloigne le film du modèle hitchcockien (Psychose) pour le rapprocher de Monsieur Verdoux de Chaplin et de La Vie criminelle d'Archibald de la Cruz de BuñuelRoberto Curti, 2017, . Une hache pour la lune de miel se distingue aussi des autres gialli par la progression de son récit : « De manière assez étonnante, à mi-chemin, le film devient une histoire de fantôme »Roberto Curti, 2017, . Les spécialistes de Bava débattent sur ce qu'il faut attribuer à Moncada. Bava, en effet, est crédité comme coscénariste. Qu'a-t-il retranché du scénario initial de Moncada ? Qu'a-t-il ajouté ? Alberto Pezzotta attribue les situations conventionnelles du film au scénariste : « Assez actif à l'époque dans le cinéma de genre ibérique, [Moncada] emprunte souvent sans complexe à ses modèles d'inspiration. Et si la trame du film recycle des éléments hitchcockiens provenant de Psychose (1960) et de Pas de printemps pour Marnie (1964), il est probable que ce soit davantage le fait du scénariste que celui du réalisateur »Alberto Pezzotta, 2018, . Tim Lucas considère le film comme l'un des plus personnels de BavaTim Lucas, 2007, et y trouve de nombreuses allusions autobiographiquesTim Lucas, 2007, . Selon lui, la réécriture du scénario a permis au cinéaste de concevoir différemment la folie meurtrière du personnage : ce n'est pas un homme « contraint de détruire les femmes qui le "trahissent" en se mariant avec d'autres », comme Moncada l'avait probablement conçu, mais un homme « à la recherche d'une image insaisissable - une image qui puisse lui apprendre quelque chose sur lui-même »Tim Lucas, 2007, . Lucas et Pezzotta attribuent à Bava l'essentiel de ce qui fait l'originalité du récit - les rapports conflictuels entre le personnage principal et son épouse, ainsi que la déviation du film vers une histoire de fantôme : le cinéaste aurait écrit ces séquences juste avant le tournage pour étoffer le personnage de l'épouse après avoir confié le rôle à Laura BettiTim Lucas, 2007, et Alberto Pezzotta, 2018, . Lucas et Pezzotta s'appuient sur des propos de l'actrice. Mais Roberto Curti met en doute la véracité de ces propos en s'appuyant sur un scénario signé du seul Moncada et conservé à Rome dans la bibliothèque du Centro Sperimentale di Cinematografia : « les infortunes conjugales du personnage et les apparitions/disparitions ultérieures du fantôme de son épouse [...] figurent toutes dans le scénario de Rome et ne peuvent donc pas être considérées comme le résultat de réécritures de dernière minute »Roberto Curti, 2017, . Curti concède que le scénario de Rome pourrait ne pas être le scénario initial mais une version contenant des modifications de Bava non créditées. Toutefois ce scénario contient de trop importantes différences avec le film (séquences d'enquête policière et personnages secondaires qui disparaissent presque totalement de la version filmée, nécrophilie du personnage principal atténuée dans la version filmée, description de l'apparence de l'épouse qui ne correspond pas du tout au physique de Laura Betti) pour qu'on puisse le considérer comme la version définitive. Il pourrait donc bien s'agir d'un scénario écrit par le seul Moncada.