Marie-Joseph Collard, connu sous le nom de Louis CollardCons. Guerre Bruxelles (4e ch. Fr.), 11 juin 1947, J.T., 22 juin 1947, p. 374., né le à Ans, est un militaire, nationaliste et collaborateur belge pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il est fusillé à Charleroi, le , pour avoir occupé un rôle central dans la gestion du parti rexiste en l’absence de Léon Degrelle et pour avoir commandité la tuerie de Courcelles ainsi que les assassinats d'Alexandre Galopin, de Jules Hiernaux, de François Bovesse et du Bâtonnier Braffort.

Enfance et jeunesse Louis Collard, éduqué dans un collège catholique, a reçu la formation typique d'un jeune membre de la bourgeoisie. Les turbulences économiques des années 1930 marquent son parcours et malgré son éducation privilégiée, il dérive sans objectif précis dans cette période de grande incertitude économique.

Il effectua son service militaire durant lequel il obtiendra le grade de maréchal des logis. Toujours considéré comme militaire durant ses différents procès, il fut dégradé le jour de son exécution..

Rencontre avec le mouvement rexiste

Une première apparition remarquée au sein de Rex vignette|Ticket d'entrée à un rassemblement rexiste de 1936, probablement organisé par Louis Collard. Rexiste de la première heure, Collard figure parmi les premiers partisans du parti. Il joue un rôle majeur dans le triomphe électoral rexiste de 1936, où le parti obtient 11,49% des sièges, en s'occupant de la province du Luxembourg.

Après ce succès inattendu et pourtant seulement secrétaireL’étoile belge, 12 décembre 1936, p. 3, « La publication du documents du greffe correctionnel de Bruxelles »., il rejoint la direction du mouvement. Il s'occupe alors de l'organisation des meetings, en tant que chef des services des meetings, dès 1936La Dernière Heure, 1er mai 1938, p. 2, « Le détournement ».. Il organise les grands rassemblements de masse de l'hiver 1936-1937 du mouvement rexiste. Acharné de travail, malgré des critiques concernant son manque d'organisation, Collard s'occupe alors des principaux rassemblements publics de Léon Degrelle. Parallèlement, il est également rédacteur au journal Le Pays Réel. vignette|Couverture du Pays Réel, journal pour lequel Collard était rédacteur en 1936. Poursuites judiciaires Le , Collard est mis sous mandat d’arrêt concernant le vol de documents d'un dossier du greffe du tribunal correctionnel de Bruxelles. Le , il est cité à comparaître au tribunal correctionnel de Bruxelles et accusé de recel de documents et de violation du secret professionnel pour avoir détourné des pièces d’un dossier du greffe, afin de les publier sous forme de reproductions photographiques dans la presse rexisteLe peuple, 1er mai 1938, p. 12, « Fuites au Greffe correctionnel ».. Défendu par Maître Waraux, il est présenté comme un jeune homme fier d'avoir obtenu ses premières missions pour Rex et fiévreux de rendre des services au mouvement. Il est finalement condamné par la 20e Chambre correctionnelle à 8 jours de prison avec 3 ans de sursis et 182 francs d’amende.

Retrait du parti et errance durant les premières années de la guerre Vers 1939, alors que la fortune de Rex et ses influences déclinent, Collard se retire du mouvement. Il travaille brièvement pour le grand magasin Sarma avant d’être rappelé à l’armée. Libéré d’un camp de prisonniers de guerre en , il ne montre aucun désir de rejoindre Rex. Il sollicite toutefois un emploi au Commissariat aux prix et aux salaires, un service public administratif belge dirigé par Paul Beeckman, chef du Vlaams Nationaal Verbond, proche du mouvement de l’Ordre nouveauPeter Scholliers, "L’appauvrissement Organisé : Les Prix, Les Salaires et Le Pouvoir d’achat Sous l’occupation", 1940-1945 : La Vie Quotidienne En Belgique, Bruxelles, CGER, p. 108 à 119. .

Bien que Collard n’ait pas relancé sa carrière au sein de Rex, son idéologie resta intacte. N’ayant pas réussi à être embauché au Commissariat de Paul Beeckman, il rentre à Liège où son unique activité collaborationniste fut de vendre aux Allemands du matériel de constructionCharles Peeters, Organisation interne du mouvement rexiste, CREHSGM, C 11/87..

Cogestion du parti en l'absence de Léon Degrelle

L'architecte de la politique du mouvement rexiste

Une ascension fulgurante vignette|Victor Matthys, chef ad intérim du parti Rex. En , l'industriel pro-rexiste Van Reck accepte de financer le salaire d’un employé supplémentaire dans le service politique de Rex, dirigé par José Streel. Collard est choisi pour le poste et prend ses responsabilités avec énergie. À la fin de 1942, le chef ad interim de Rex, Victor Matthys, réorganise les quartiers généraux en fédérations de départements hiérarchisés, plaçant le département politique au sommet de l'organigrammeNational Socialism, 15 avril 1943, p. 12, "Ordres et Communiqués".. Matthys nomme Léon Brunet, notaire, sénateur rexiste d’avant-guerre et Premier échevin du Grand Bruxelles à la tête du département pour rassurer les sceptiques après le départ de José StreelLe soir, 5 mars 1946, p. 1 et 2, "Conseil de guerre de Bruxelles".. Toutefois, Brunet n’étant guère intéressé par la bureaucratie rexisteLe soir, 7 mars 1946, p. 2, "Les conseils de guerre"., la supervision effective du département est alors assurée par Collard, désigné chef adjoint pour ses talents d’organisateurLe soir, 6 mars 1946, p. 2, "Le procès du Grand Bruxelles"..

En six mois, Collard surpasse ses rivaux et devient le conseiller privilégié et confident de Matthys, jouant un rôle central dans les initiatives rexistes de 1943. Il s’affirme alors comme le troisième homme de Rex, après Matthys et Degrelle, et dirige pas moins de 60 employés. En 1943 et 1944, Collard domine l’état-Major rexiste, étant qualifié d'« éminence grise » du mouvement par l'ancien rexiste Henry Marcovitz. Selon celui-ci, Collard utilise son influence sur Matthys, qui n’a alors plus de rôle effectif dans les affaires de Rex. Cette thèse est par ailleurs soutenue par le journaliste Raymond De Becker, p. 59. mais contestée par Philip Rees, historien, qui considère que Victor Matthys était désavoué du mouvement rexiste et de ses collaborateurs et du ainsi céder sa place à Collard de façon directe et non insidieusePhilip Rees, Biographical Dictionary of the Extreme Right Since 1890, Simon & Schuster, 1990, p. 330..

Ses qualités de travailleur dynamique et talentueux sont alors unanimement reconnues par Streel, Matthys et Degrelle.

Une stratégie politique d'infiltration Louis Collard et Victor Matthys, ainsi que leurs collaborateurs, ont depuis longtemps compris que la force de la Légion wallonne était le seul espoir raisonnable d'établir leur pouvoir à grande échelle en Belgique. Face à cette réalité, la politique de Rex, menée par Louis Collard, se transforme et se concentre désormais uniquement sur l'infiltration des administrations au niveau local. Les travaux initiés par José Streel sont poursuivis par Collard, qui rend l'organisation du département plus structurée et efficace. Ainsi, dès l'automne 1943, un vaste fichier couvrant tout le personnel des administrations est établi, reposant sur les relations étroites entretenues avec le cabinet wallon du ministère de l'Intérieur, dirigé par Gérard Romsée, que Collard visite au moins une fois par semaine. Cette coopération permet à Rex de sélectionner les militants susceptibles d'être nommés à divers postes dépendant du ministère de l'Intérieur. Les relations étant si bonnes, Collard est sollicité directement par le cabinet pour pourvoir les postes vacants par des militants rexistes, lui-mêmeLe soir, 28 mai 1947, p. 5, "Les conseils de guerre de Bruxelles"..

Grâce à cette politique, selon un rapport rexiste de fin d'année 1943, une commune sur huit en Belgique francophone est sous contrôle rexisteJournal de Charleroi, 13 septembre 1946, p. 4, "Enfin, la bande Duquesne va payer !".. La stratégie d'infiltration locale cible particulièrement les communes les plus peuplées, telles que Charleroi, La Louvière et Liège, où, selon le rapport, 70% de la population francophone réside dans des communes dirigées par des rexistesJournal de Charleroi, 5 septembre 1946, p. 4, "On va juger Duquesne...!".. À travers cette stratégie, Collard exprime dès 1942 le souhait de contrôler les services de police communale en les infiltrant, considérant cela comme une priorité absolue pour transformer les villes et villages en territoires sécurisés. Pour ce faire, il promeut de nombreux policiers rexistes et la nomination de policiers pro-allemands par les conseils communaux infiltrés par Rex. Le parti va même jusqu'à offrir des primes à ceux qui se distinguent dans la lutte contre la résistanceLa Meuse, 29 mars 1945, p. 2, "Conseil de guerre".. Malgré tous les efforts déployés, les résultats sont décevants, et l'espoir de contrôler la gendarmerie s'éteint. Les gendarmes pro-rexistes étaient alors isolés et démoralisés face à leurs homologues anglophiles en plus grand nombre.

Cette politique d'occupation des responsabilités publiques émane uniquement du département politique dirigé par Louis Collard. La hiérarchie mise en place par Victor Matthys, en 1942, permet à ce département d'occuper une position dominante par rapport aux autres quartiers généraux. Collard devint ainsi le principal architecte et le plus enthousiaste de tous les rexistes face à l'idée de mener une politique d'infiltration.

En 1943, alors que de nombreux rexistes se sentent menacés par la résistance et que la collaboration montre des signes de fragilité, Matthys et Collard envisagent la création d'une police spéciale pour assurer la protection des bourgmestres et échevins rexistes. Pour ce faire, ils se tournent vers Richard Jungclaus, représentant de la S.S. en Belgique, et lui proposent la création d'une unité de gardes du corps rexistes opérant sous la protection de la S.S. installée en Belgique. Jungclaus accepte cette proposition afin d'augmenter le nombre d'hommes sous son commandement et de renforcer les liens avec le parti rexiste. Le , un accord est négocié par Louis Collard, débouchant sur la création de l'unité « Étendard de Protection Paul Colin », en hommage au journaliste rexiste assassiné, plus communément appelée « Formation B ».

Cette unité, composée d'environ 300 hommes, opère sous le commandement rexiste tout en étant sous la responsabilité finale de la S.S. et devient effective à partir de à Namur.

Rôle central et figure du parti

Au sommet de la hiérarchie Le , Victor Matthys décide de réorganiser la structure de Rex. Louis Collard est alors nommé secrétaire de l'état-major tout en maintenant son poste de chef du département politique, lui permettant ainsi de superviser directement tous les bureaux centraux de Rex. En pratique, dès 1944, Matthys adopte un rôle plus présidentiel, laissant à Collard la responsabilité totale des quartiers généraux de Rex.

Cette même année, Léon Degrelle demande à Matthys de dresser une liste de Belges à déporter vers l'Allemagne nazie pour travailler dans les usines du Reich. Matthys refuse d'exécuter ces ordres, conduisant Degrelle à se tourner directement vers Collard, le . Collard négocie avec Degrelle pour réduire le nombre de noms de 40 000 à 10 000. Finalement, il parvint à compiler entre 6000 et 7000 noms qui ne seront pas transmis aux Allemands en raison de l'avancée des forces alliées.

Anticipant l'invasion alliée et un soulèvement potentiel de la résistance, les dirigeants rexistes décident de créer le Service K pour protéger les membres du mouvement. Malgré ces mesures, Collard reste fermement attaché à son idéologie. Dans une note distribuée aux officiers locaux de Rex, il affirme que les mesures de sécurité sont une preuve de réalisme et d'engagement à combattre et à vaincre. Il prédit que les forces allemandes, avec l'aide de Rex, écraseront toute tentative de soulèvement de la résistance en Belgique et que Rex obtiendra bientôt un pouvoir considérable.