La cathédrale Saint-Bénigne de Dijon est un édifice religieux catholique du , de style gothique, située dans le centre sauvegardé de Dijon, en Côte-d'Or. La cathédrale est dédiée à Bénigne de Dijon, martyr chrétien du et saint catholique.

D'abord abbatiale de l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon, l'édifice est devenu tardivement cathédrale, en 1792, succédant à l'église Saint-Étienne de Dijon qui abrita durant quelques années l'évêché après la création du diocèse de Dijon en 1731.

La crypte est classée au titre des monuments historiques depuis 1846, et la cathédrale elle-même depuis 1862.

Historique Des origines monastiques

En 511, sous le règne du roi mérovingien , l'évêque saint Grégoire de Langres fait construire une crypte pour y déposer le sarcophage de saint Bénigne de Dijon (martyr chrétien du ). Une basilique consacrée à saint Bénigne en 535, est construite sur la crypte.

En 871, l'évêque de Langres Isaac fonde l'abbaye Saint-Bénigne de Dijon régie par la règle de saint Benoît avec, pour abbatiale, la basilique Saint-Bénigne de Dijon.

En 990, l'évêque de Langres Brunon de Roucy fait venir le moine Guillaume de Volpiano de l'abbaye de Cluny pour régénérer la vie monastique dans l'abbaye Saint-Bénigne et y introduire la liturgie clunisienne. À sa demande, Mayeul, abbé de Cluny, a détaché des « moines d'élite ». Douze moines sont donc arrivés à Dijon le . Dès lors, Guillaume de Volpiano est nommé abbé à Dijon. Les bâtiments menacent de tomber en ruine. Brunon et Guillaume auraient décidé ensemble de reconstruire l'abbatialeEn effet, d'après la Vita Domni Willelmi abbatis divionensis rédigé par Raoul Glaber, Brunon et Guillaume se sont partagé la tâche : l'évêque Brunon paie les dépenses et fait amener des colonnes de marbre sur le chantier, l'abbé Guillaume engage des maîtres et ordonne la construction de l'édifice sur le modèle de ..On ne connaît les intentions de Guillaume de Volpiano et sa participation à l'édification de l'abbatiale que par ce qu'en dit Raoul Glaber : « Aussitôt, avec une très grande ingéniosité, il commença à concevoir un plan magnifique de reconstruction de l'église… sur un emplacement admirable, beaucoup plus long et plus large que le précédent », car « comme nous l'avons dit et comme on peut le voir, il avait conçu une construction plus admirable que n'importe quelle autre basilique de la Gaule, et d'une situation incomparable ». Raoul Glaber indique que les reliques de saint Bénigne étaient au centre du projet architectural..

Construction de la nouvelle abbatiale La construction de la nouvelle abbatiale s'est déroulée dans un temps très court après la découverte des reliques de saint Bénigne. D'abord, la basilique telle que restaurée par Isaac en 871 est totalement rasée en l'an 1000La chapelle Sainte-Marie est une trace encore visible de la campagne de restauration menée par l'évêque de Langres Isaac en 871. La chapelle terminale de l'église souterraine est signalée dès 938. Elle possède une salle presque carrée ( x x de haut) voûtée en plein cintre. Trois baies juxtaposées sont ouvertes dans l’axe de la pièce ; les baies actuelles ont été restaurées en 1890. La chapelle est sans décoration. Sur la paroi nord, des pierres anciennes avec entrelacs carolingiens ont été enchâssées au , tout comme la dalle tombale dans le mur sud, il s'agit de la dalle du moine Turpericus, de l'époque mérovingienne.. Ensuite, le chantier s'est ouvert en 1001, la basilique a été consacrée en 1016 et la rotonde deux ans plus tard. Durant ce temps, la communauté monastique s'est agrandie, passant de douze moines de Cluny venus avec Guillaume de Volpiano à environ quatre-vingt en 1016.

vignette|upright|Façade principale en 1829.

Le , la première pierre des nouveaux bâtiments est posée. Guillaume dirige lui-même les ouvriers venus d'Italie. Il s'agit de construire trois sanctuaires, sur l'emplacement des constructions du , composés d'une église souterraine abritant le tombeau de saint Bénigne, d'une église au niveau du sol pour le culte et d'une rotonde de trois étages au chevet des deux églises. Ces trois constructions couvriraient une longueur de cent mètres et une largeur de vingt-cinq mètres. L'étage inférieur de la rotonde (la crypte de la cathédrale) est le seul vestige actuel de cet ensemble. La consécration a lieu le . La rotonde à l'est le sera le .

Comme il apparaît dans le sermon que prononce Guillaume de Volpiano le jour de la dédicace de l'abbatiale, il ne s'agissait pas pour lui d'introduire un changement mais d'un ressourcement du passé face à un présent considéré comme dégradé. Cependant, cette volonté de retrouver un passé a engagé la société dans un processus de transformation qui a donné naissance à quelque chose de nouveau.

L'abbatiale avait deux fonctions : église abbatiale et église de pèlerinage. Le tombeau de saint Bénigne se trouvait dans la crypte, à l'aplomb de l'autel majeur dédié à saint Maurice et saint BénigneRaoul Glaber indique que la crypte à la forme d'un « T » dont les branches d'égale longueur mesuraient cinquante-trois coudées (). Les fouilles faites en 1976-1978 ont permis d'en retrouver l'entrée située entre la quatrième et la cinquième travée de la nef. La rotonde dédiée à la Vierge et à tous les martyrs était une église en elle-même. Ces fouilles de 1976 ont montré que l'église préromane de Saint-Bénigne et sa rotonde étaient de tradition architecturale romaine, carolingienne, ottonienne, en utilisant des modes de construction lombards.

Reconstruction de l'abbatiale

Entre 1280 et 1393, la basilique Saint-Bénigne est reconstruite en style gothique sur la précédente basilique effondrée. La rotonde est conservée à l'est de la basilique.

Divers événements historiques Le , le roi de France , de passage à Dijon, vient dans l'église confirmer les privilèges de la ville de DijonLettres patentes de , Dijon, le , ..

Au , la flèche est confrontée à deux incendies à cause de la foudreDijon : les aventures de la flèche de la cathédrale Saint-Bénigne.

Abbatiale érigée en cathédrale En 1792, l'ancienne abbatiale est faite cathédrale du diocèse de Dijon créé en 1731.

Histoire spécifique de la rotonde La rotonde est détruite en 1792 sauf la crypte, étage inférieur de la rotonde, qui est comblé avec les décombres et nivelé sous la cour de l'évêché. Les dessins de dom Urbain Plancher, grand prieur de Saint-Bénigne, faits entre 1719 et 1722 permettent d'avoir une représentation de la rotonde avant sa démolition.

Les vestiges de la rotonde sont redécouverts accidentellement en 1844 et un début de dégagement est amorcé. Mais c'est à l'occasion du projet de création d'une nouvelle sacristie à l'est de la cathédrale que la rotonde est restaurée à partir de 1858 par Jean-Philippe Suisse, architecte diocésain, sous la supervision d'Eugène Viollet-le-Duc. L'exiguïté du terrain et la forte axialité du chevet amène Jean-Philippe Suisse à un projet audacieux pour la sacristie : une composition néogothique dans l'esprit du chevet de la cathédrale, située au-dessus de la rotonde et reprise par des arcs en sous-œuvre portant sur deux piliers, évitant le report des charges sur les colonnes du .

La rotonde elle-même est restaurée avec beaucoup de soin : si l'état très dégradé des maçonneries impose une reconstruction, les colonnes anciennes sont remployées autant que possible, le traitement des voûtes évoque les techniques médiévales de banchage. Charles Suisse, fils de Jean-Philippe, succédant à son père à partir de 1878, achève le dégagement de la chapelle axiale de la rotonde. L'édifice est ainsi à la fois un témoin majeur de l'architecture pré-romane et de l'histoire des restaurations. Charles Suisse fait détruire en 1884 la flèche qui menaçait de s’effondrer ; il la remplace par une nouvelle, inaugurée en R. P. Etourneau, La nouvelle flèche de Saint-Bénigne Discours prononcé dans la Cathédrale de Dijon le 28 Mai 1896, Dijon, Union typographique, 1896, 21 p. et surmontée d’une croix s’élevant à 93 mètres du sol.

Patrimonialité La crypte de la cathédrale est classée au titre des monuments historiques depuis 1846, et la cathédrale elle-même depuis 1862.

Description

Dimensions Longueur extérieure (sans le porche) : Largeur de la façade occidentale : Hauteur de la flèche : (œuvre de Charles Suisse) Longueur porche : Largeur porche : Hauteur sous voûte de la nef et du chœur : Hauteur sous voûte des bas-côtés :

Extérieur Façade, tours, portail Ancien portail L'ancien portail de l'église abbatiale fut réalisé entre 1137 et 1147, après l'incendie qui ravagea la ville de Dijon le . Il disparut en 1813, lors du réaménagement de l'église devenue cathédrale. Seuls les piedroits furent conservés et en partie refaits.

Nous avons connaissance du portail d'origine par une gravure du de Dom Urbain Plancher, moine bénédictin. Au , lors de la reconstruction, ce portail roman est mis en place à la porte occidentale de la nouvelle église gothique. Au tympan, on retrouve le Christ en majesté et la représentation allégorique de l'Église et de la Synagogue (Ecclesia et Synagoga).

On y trouve également les thèmes de la Nativité, l'Annonce aux bergers, les rois mages à cheval. Le tympan est encadré de quatre voussures sur lesquelles se trouvent les anges, Hérode et le massacre des Innocents, les vieillards de l'Apocalypse, ainsi que des rinceaux de feuillages avec des oiseaux et des sphinx. Sur le trumeau une sculpture de saint Bénigne. Sur les huit piédroits des statues colonnes de de haut, représentant de gauche à droite : Salomon, Aaron, saint Paul, Ezéchias, David, saint Pierre, Moïse, et la reine de Saba.

De ce portail, il ne reste plus aujourd'hui que cinq morceaux : la tête de saint Bénigne qui provient de la statue du trumeau, la tête de saint Pierre, deux violes qui faisaient partie d'un voussure, ainsi qu'un morceau de l'archivolte.

Portail actuel thumb|upright|Portail principal de la cathédrale.

Intérieur La crypte, vestige de l'ancienne rotonde Volume circulaire de 16,5 m de diamètre, reposant sur trois anneaux de 8, 16 et 24 colonnes, cette rotonde, d'un type rare dans l'architecture médiévale occidentale, était d'une ampleur considérable pour le Jean-Pierre Adam, « La rotonde de Saint-Bénigne à Dijon : création ou héritage ? », in Congrès archéologique de France, 1994, p. 239-257, (lire en ligne)..

Aujourd'hui réduite à son étage souterrain, elle comptait trois niveaux principaux et plusieurs accès depuis le vaisseau principal. Son programme avait été conçu en lien étroit avec les processions qui s'y déroulaient. L'accès aux espaces inférieurs se faisait depuis la crypte sous la nef par le tombeau de saint Bénigne, martyr, qui ouvre sur le niveau inférieur, dédié à Jean-Baptiste, figurant les précurseurs de l'église et ses premiers témoins. L'étage supérieur, de niveau avec la nef et le chœur, était dédié à la Vierge, figure médiatrice entre l'humanité et la divinité. Il était prolongé par une chapelle axiale à l'est, sous le même vocable. Le troisième niveau, plus lumineux et dégagé, était dédié à la Trinité.

La proximité, symbolique et architecturale, de la rotonde avec la Panthéon de Rome était particulièrement visible à ce dernier niveau, couvert d'une coupole percée en son centre d'un jour qui illuminait tous l'édifice par le percement du sol des deux niveaux supérieurs. Une autre source antique peut aussi être invoquée, celle des mausolées de l'antiquité tardive.

La crypte fait l'objet de travaux de consolidation et de mise en valeur, conduisant à sa réouverture à l'été 2024.

Nef

La nef fit l'objet de plusieurs sondages archéologiques entre 1976 et 1978 sous l'autorité de Carolyn Malone. On a retrouvé dans la nef, dont deux bourgeois, un abbé, et quatre moines. Sous la nef actuelle, se trouve l'église inférieure ou crypte desservie par un escalier qui fut dégagé lors des sondages du .

Chœur