Le Groupe des huit femmes artistes de Vienne est un collectif constitué à Vienne en 1900 sous le nom d'Acht Künstlerinnen, ayant pour objectif d'organiser des expositions d'œuvres uniquement d'artistes femmes.

À une époque où les femmes dépendaient des hommes pour exposer leurs œuvres, les Acht Künstlerinnen ont obtenu un espace d'exposition rien que pour elles et leurs invitées, et organisé huit expositions à Vienne et à Linz de 1901 à 1912. Après une période d'oubli complet jusqu'à la fin du , leur démarche féministe a fait l'objet de recherches et de publications par des historiennes de l'art autrichiennes et américaines.

Fondation La fondation du Groupe des huit femmes artistes de Vienne vient d'une volonté commune d'Olga Wisinger-Florian, Marie Egner et : le , Wisinger-Florian écrit dans son Journal : . Les trois femmes sont rapidement rejointes par , Teresa Feodorovna Ries et , puis par , et Marie Müller. Après le départ de Rosenthal-Hatschek, peut-être en raison d'une inimitié entre elle et Marianne von Eschenburg Olga Wisinger-Florian, Journal du , in , le groupe est réduit à huit et restera inchangé jusqu'à sa dissolution en 1912.

À l'exception de Granitsch et Breithut-Munk, ces artistes étaient toutes membres de l'Association des femmes écrivaines et artistes de Vienne ( ou VSKW), dont Wisinger-Florian était alors présidente. Cette association, fondée en 1885 par cinquante peintres, sculptrices, musiciennes, écrivaines et journalistes, avait pour objectif principal d'assurer à ses membres une sécurité matérielle en cas de besoin, de maladie et de vieillesse, également de créer un forum de rencontres et de présentations littéraires et artistiques, mais pas d'organiser des expositions. En dehors des galeries privées, ce rôle était détenu par les trois grandes associations viennoises d'alors, le Künstlerhaus, la Sécession et le Hagenbund, qui refusaient d'admettre les femmes dans leurs rangs, tout en acceptant d'exposer parfois leurs œuvres, mais avec réticence et souvent dans de mauvaises conditions et écartées des vernissages. Se remémorant les circonstances de la création du Groupe, Egner écrivait dans son Journal quelques années plus tard : .

Constitution À la différence des nombreuses associations autrichiennes, dont son association mère VSKW, le groupe des Huit n'a pas de statuts, de règlement de fonctionnement, de comité directeur ou de conseil d'administration, ni de local en propre, et son seul programme est d'organiser des expositions et de vendre ses productions. Malgré quelques dissensions inévitables au sein d'un groupe, les Huit resteront unies jusqu'à la dissolution douze ans plus tard. Ces artistes sont toutes peintres, et Teresa Feodorovna Ries est également sculptrice. À la création, les membres sont âgées de 56 à 31 ans, et la doyenne est Olga Wisinger-Florian, bientôt surnommée "Tante Olga", tandis que Ries, Munk et Granitsch sont les plus jeunes. À part Eugenie Munk, mariée à , elles sont toutes célibataires et, pour des raisons diverses, le resteront ; Wisinger-Florian était veuve depuis 1890, et avait envisagé de se remarier, mais y a renoncé lorsqu'on lui a annoncé qu'elle ne pourrait plus garder sa pharmacie, source non négligeable de revenus. Marie Egner estimait que le mariage était incompatible avec une carrière d'artiste professionnelle. Teresa Ries, mariée brièvement à ans, décrite par Egner comme « la seule "féminine" parmi les 8 », désignée par un journaliste comme « Primadonna assoluta », se faisait remarquer en invitant ses amants aux expositions, mais ne s'est pas remariée. vignette|redresse=0.5|Marie Rosenthal-Hatschek À part Eugenie Munk, convertie au protestantisme en 1896, et Teresa Ries, elles sont de religion catholique, et, si elle n'était pas partie, Marie Rosenthal-Hatschek aurait été avec Ries l'autre Juive du groupe. On remarque qu'en onze ans elle n'a jamais exposé avec les Huit, alors que d'autres artistes juives ont participé aux expositions du galeriste juif Gustav Pisko ; Wisinger-Florian était membre d'une association de lutte contre l'antisémitisme, et Marie Müller était une grande amie de Marie von Ebner-Eschenbach, très impliquée dans cette même association. En effet, déjà à cette époque, les artistes juifs autrichiens étaient confrontés à une montée de l'antisémitisme, renforcée par l'élection en 1897 de Karl Lueger à la mairie de Vienne, et quelques-uns préféraient cacher leur judéité, ou se convertissaient, comme Eugenie Munk, Tina Blau ou .

vignette|redresse=0.5|Olga Wisinger-Florian, c.1890 À l'origine de la création, Olga Wisinger-Florian (1844-1923) est la plus forte personnalité du groupe. Ancienne élève de Julius Epstein au Conservatoire de Vienne, elle a dû interrompre sa carrière de pianiste concertiste en 1873 pour un problème digital. Sous la pression de ses parents, Olga Florian épouse alors le riche pharmacien Franz Wisinger, qui a vingt ans de plus qu'elle, mais, après seulement quatre mois de mariage, elle décide de reprendre ses études de peinture commencées à l'adolescence. Elle s'adresse à August Schaeffer, qui se révèlera particulièrement misogyne, puis, pendant quelques années , elle est l'élève d'Emil Jakob Schindler, le maître du style viennois dit "impressionnisme d'atmosphère" ou "d'ambiance" () ; grâce à sa forte personnalité et à son talent, elle le dépasse rapidement en notoriété, ce qui déclenche l'irritation du maître et aboutit à leur rupture en 1885. Elle devient à son tour professeure, notamment des filles de son amie l'archiduchesse Clotilde de Saxe-Cobourg. À l'Exposition universelle de 1893 à Chicago, elle expose sept toiles, dont un autoportrait au chevalet en plein air, ce qui est une représentation très peu courante. D'autres peintres autrichiennes sont également représentées. Dans l'immense Pavillon de la femme construit pour l'occasion par Sophia Hayden, Wisinger-Florian, qui a fait le déplacement avec son fils âgé de , peut voir des milliers d'œuvres d'art, principalement en peinture, sculpture et arts appliqués, réalisées par des centaines d'artistes du monde entier. En 1900, elle est déjà connue internationalement, ayant exposé à Berlin, Londres (1890), Munich (1891) Prague, Chicago (1893), Paris (1888 et Exposition universelle de 1900) et glané plusieurs médailles. Le galeriste Gustav Pisko organise une exposition rien que pour elle, prélude aux futures expositions du Groupe des Huit. Pour celles-ci, elle a certainement en mémoire l'extraordinaire exposition internationale des femmes artistes à laquelle elle a participé à Chicago en 1893. Animatrice du groupe des Huit, c'est aussi elle qui y expose le plus grand nombre de tableaux. En plus de cette intense activité artistique, Wisinger-Florian a occupé plusieurs fonctions au sein d'associations. Dès sa création en 1885, elle fait partie de l'association VSKW des écrivaines et des femmes artistes de Vienne, avant d'en devenir vice-présidente, puis présidente de 1900 à 1917. Par ailleurs, elle joue un rôle de premier plan dans l'association pacifiste Österreichische Gesellschaft der Friedensfreunde fondée en 1891 par Bertha von Suttner, et elle est membre de l'association autrichienne de lutte contre l'antisémitisme Verein zur Abwehr des Antisemitismus d'Arthur Gundaccar von Suttner. Après la mort de son mari Franz Wisinger en 1890, elle prend de droit la concession de la prospère pharmacie Zum Goldenen Adler, située dans le beau quartier de la Schwarzenbergplatz et fréquentée par la meilleure société viennoise et internationale. Tout ceci fait qu'elle a un impressionnant carnet d'adresses et un réseau de relations dans les milieux intellectuel, artistique, de la finance et de l'aristocratie, alliés à une longue expérience dans la vie associative et l'organisation de rencontres sociales et culturelles. En 2019, le musée Leopold lui a consacré une grande exposition et a publié son catalogue raisonné.

(1846-1936) descend d'une vieille famille noble hongroise. Elle commence sa formation de peintre à Munich, en étant notamment l'élève de Jeanna Bauck. En 1882, elle est cofondatrice de l'Association des artistes femmes de Munich (Künstlerinnen-Verein München), puis de son école « Académie des Dames » en 1884. Elle est membre de la VSKW dès 1885. Après ses études à Munich, Tarnóczy a également connu la colonie d'artistes de Dachau, où elle a étudié avec Adolf Hölzel. À Vienne, elle étudie encore deux mois avec Emil Jakob Schindler. Fin , elle s'installe à Linz et reprend l'école de peinture de Michaela Paffinger, qui vient de décéder. Comme ses collègues, Bertha von Tarnóczy a beaucoup voyagé, en Hongrie, Dalmatie, France, notamment en Bretagne, Italie et au Tyrol, dont elle a peint les paysages.

vignette|redresse=0.6|Marie Müller par L.C. Müller, 1866 Marie Müller (1847-1935) est née à Vienne dans une famille d'artistes. Elle est la sœur de Leopold Carl Müller et de Bertha Müller, et aussi la belle-sœur d' et la tante de Rudolf et Josefine Swoboda. Le frère commence ses études à l'Académie des Beaux-Arts de Vienne, une institution qui n'acceptera les femmes qu'en 1920. En 1872, Marie participe au cours préparatoire au dessin figuratif à l'École des arts appliqués de Vienne, puis elle rejoint l'École technique de dessin et peinture d'objets figuratifs de Ferdinand Laufberger. Marie et sa sœur Bertha, qui travaillent ensemble, sont très aidées matériellement par leur frère Leopold et son compagnon August von Pettenkofen. Après avoir accompagné son frère lors de son huitième voyage au Caire en 1883-1884 et peint des portraits d'hommes et femmes africains, Marie Müller présente son travail au public pour la première fois en 1885, d'abord à Londres, puis à Vienne, Berlin, Munich, Dresde et Chicago. Elle est surtout connue à Vienne comme portraitiste, ayant notamment réalisé les portraits de Betty Paoli (1886), August von Pettenkofen (c.1890) et plusieurs de son amie Marie von Ebner-Eschenbach. Bertha Müller et Josefine Swoboda ont également exposé à Chicago et avec les invitées du Groupe des Huit.

vignette|redresse=0.5|Marie Egner, Autoportrait, 1878 Marie Egner (1850-1940), comme Wisinger-Florian, a été l'élève d'Emil Jakob Schindler dans le pur style viennois du Stimmungsimpressionismus. Elle a eu un parcours assez superposable à celui de Wisinger-Florian, mais détestait les mondanités. Se positionnant au départ comme rivale de son aînée, elle a rapidement rendu les armes et est devenue son amie, tout en lui décernant régulièrement quelques piques dans son Tagebuch : de même que Wisinger-Florian, elle tenait son journal quotidien, souvent rédigé avec humour et causticité et maintenant source importante d'informations sur la vie artistique viennoise, et plus particulièrement sur les Acht Künstlerinnen. Adolescente, elle a appris le piano et le dessin à Graz, avant de partir avec (1850-1913) à Düsseldorf étudier la peinture avec Carl Jungheim. Elle s'y lie d'amitié avec Hugo Darnaut, qui a passé sa jeunesse à Graz, et qui sera aussi élève de Schindler. Après avoir travaillé à Vienne le temps de gagner quelque argent et de se perfectionner avec Schindler, elle se rend en Angleterre, où elle enseigne à des jeunes filles et apprend l'aquarelle avec . Ses peintures ont été exposées à Londres (1888), Munich (1889 et 1892), Berlin (1898) et lors des expositions universelles de Chicago 1893 et Paris 1900. Elle est active au sein de la VSKW à partir de 1895, et fait partie du club des aquarellistes Aquarellisten-Club der Genossenschaft der bildenden Künstler de Vienne. Elle voyage tout au long de sa vie à travers l'Europe, dont les paysages l'inspirent. Au sein des Huit, elle est celle qui a exposé le plus après Wisinger-Florian. On estime qu'elle a réalisé œuvres au cours de sept décennies. Une exposition lui a été consacrée au Palais Coburg, en 1981, reprise aux États-Unis à Houston et New York, et une autre en 1993, avec l'édition de son catalogue raisonné.