Didon (), Elyssa, Elissa, Elisha, Elysha ou Hélissa est une princesse phénicienne, fondatrice légendaire et première reine de Carthage. Arrivée des côtes de Phénicie (actuel Liban) aux côtes de l'Afrique du Nord, dans l'actuelle Tunisie, elle fonde la cité de Carthage. Selon la légende, elle se serait immolée par le feu pour ne pas avoir à épouser le souverain des lieux, Hiarbas.

Dans la mythologie grecque et romaine, Didon est la fille de Bélos et la sœur d'Anne et du roi de Tyr, Pygmalion.

Le mythe de Didon a été repris par Virgile dans son œuvre, l'Énéide. Il a également fait l'objet de nombreuses utilisations dans les autres arts : en musique, en peinture, en sculpture, etc.

Sources À l'origine : des chroniques phéniciennes ? thumb|Monnaie de Tyr du règne de Gallien figurant Didon face à un temple (milieu du ). De nombreux noms figurant dans la légende de Didon sont d'origine phénicienne, ce qui permet de supposer que les premiers auteurs grecs qui mentionnent cette histoire ont repris des récits phéniciens. Selon Marie-Pierre Noël, . Il est composé de El, qui signifie en phénicien, et -issa, qui pourrait signifier ou .. Le frère de Didon, Pygmalion, correspond à Pumayyaton en phénicien. Le nom de la colline qu'obtient Didon à Carthage, Byrsa, doit signifier en phénicien (langue sémitique : brt), mais il a été interprété en grec comme , c'est-à-dire .

Sources grecques La source identifiable la plus ancienne date du avant l'ère chrétienne : il s'agit d'un ouvrage en grec de Timée de Tauroménion, Histoire de la Sicile et du bassin méditerranéen. Cet ouvrage a inspiré les textes antiques ultérieurs centrés sur Didon ; cependant, il est complètement perdu.

Vient ensuite un passage d'un traité anonyme, également rédigé en grec et datant de l'époque hellénistique (s avant l'ère chrétienne), intitulé Traité sur les femmes, ouvrage qui dessine le portrait de femmes célèbres et héroïquesOn peut lire la traduction de ce texte en français (par Marie-Pierre Noël) dans ; la traduction et présentation en anglais est disponible dans ..

Sources latines La légende est reprise ensuite par des auteurs romains : Virgile, livres I ; IV ; VI, 450-476., Ovide, XIV, 75-81 (histoire de Didon et Énée) ; , VII (lettre de Didon à Énée) ; , III, 603-656 (histoire d’Anna, où il est question de Didon)., Silius ItalicusSilius Italicus, Punica, VIII (suicide de Didon). ou Trebellius Pollio et, au après l'ère chrétienne, par l'historien Justin, dans lAbrégé des histoires philippiquesLa traduction en français du récit que Justin consacre à Didon se trouve dans .. a renouvelé l'approche de ces différentes sources dans Die Phönizier. Das Purpurreich der Antike.

Légende Didon est une princesse phénicienne, première-née du roi de Tyr (dans l'actuel Liban), et sœur de Pygmalion. Son accès au trône est entravé par ce frère qui devient roi, et assassine par cupidité le mari de Didon, Sychée (appelé aussi Acherbas). Pour éviter probablement une guerre civile, Didon quitte Tyr avec une suite nombreuse, s'embarquant pour un long voyage dont l'étape principale est l'île de Chypre, III, 567 et suiv.. Là, l'escadre embarque des jeunes filles destinées à épouser les hommes de l'expédition.

thumb|Didon construisant Carthage, par William Turner, 1815.

Débarquée sur les côtes de l'actuelle Tunisie, elle choisit un endroit où fonder une nouvelle capitale pour son peuple : Carthage. Elle obtient pacifiquement des terres pour s'y établir par un accord avec le seigneur local : . Elle choisit alors une péninsule s'avançant dans la mer et, par un procédé ingénieux, fait découper une peau de bœuf en lanières extrêmement fines, ce qui lui permet de dessiner un espace bien plus vaste que celui qui lui avait été vendu.. On fait parfois référence, en mathématiques, à ce stratagème qui applique intuitivement la solution du problème isopérimétrique dans un demi-plan euclidien selon (leçon donnée le jeudi 7 octobre 1999, rédigée par Carine Reydy).. Le nom de Byrsa (du grec bursa) que prend la citadelle punique fait référence à la peau de l'animal.

Demandée en mariage par Hiarbas, le roi des Libyens (plus précisément, de la nation des Maxitani), elle feint d'accepter cette union et de renoncer à ses serments de fidélité à l'égard de son époux assassiné. Cependant, elle allume un bûcher et se jette dans le feu.

Selon une version tardive de Silius Italicus, soumise à une cour pressante de la part des roitelets phéniciens, elle se remarie, probablement, avec l'un de ses fidèles tyriens, qui appartenait à la famille BarcaSilius Italicus, Punica , I, 71 et suiv., II, 239..

Plusieurs noms : Elissa, Didon, Theiossô thumb|Didon par Dosso Dossi, . Didon a trois noms : Elissa en phénicien ; Deidô, qui serait un nom libyen, que transcrit le latin Dido (devenu en français Didon)Au , Naevius connaissait déjà l’anthroponyme Didon. Ce poète romain serait, d’après Servius, l’auteur d’un poème intitulé Bellum Punicum, où il parle de la fondatrice de Carthage. Pour avoir déclamé un vers déplaisant à l’égard des Metellus, il doit prendre le chemin de l’exil. On dit que Naevius mourut à Utique., et qui signifierait ; Theiossô en grec, qui traduit Elissa (El, en phénicien, devenant Theos).

Servius, commentateur de Virgile, suppose que Deidô-Didon signifierait , la .

Elissa est divinisée par son peuple sous le nom de Tanit et considérée comme la personnification de la grande déesse Astarté (équivalent de la Junon romaine), I, 446 et suiv.Silius Italicus, Punica, I, 81 et suiv...

Didon et Hiarbas Après avoir fondé Carthage, Didon reçut la proposition de mariage du roi des Libyens, Hiarbas, mais « elle s'y opposa puis, sous la contrainte conjuguée de ses concitoyens, elle prétendit qu'elle devait accomplir une cérémonie rituelle pour la dégager de ses serments, prépara un bûcher immense près de son palais et, l'ayant allumé, se précipita de sa maison dans le feu »Traité sur les femmes, traduction en français par Marie-Pierre Noël, dans .. Cette légende très ancienne a été reprise dans un traité anonyme rédigé en grec et datant de l'époque hellénistique ( avant l'ère chrétienne), intitulé Traité sur les femmes.

Elle a été reprise également dans l'''Énéide de Virgile, où Didon dédaigne Hiarbas, roi d'un peuple de Libye. Le poète romain ajoute que la fondatrice de Carthage préfère Énée, imaginant ainsi la nouvelle figure d'une Didon amante passionnée : Tu as dédaigné Iarbas et les autres chefs d'armées, que nourrit la terre d'Afrique, riche en triomphes.Hiarbas ou Iarbas est le fils de Jupiter et d'une nymphe du pays des Garamantes, peuplade de Libye : Ce fils d'Hammon et d'une nymphe enlevée au pays des Garamantes.

La légende de Didon et Hiarbas a alimenté toute une littérature chrétienne qui valorise , cette héroïne qui se suicide plutôt que de s'unir au roi des Libyens et de trahir son devoir de fidélité conjugale. Didon est l'épouse exemplaire sous la plume d'auteurs comme Tertullien et Jérôme.

À la Renaissance, des auteurs continuent à privilégier la légende de Didon et Hiarbas, en excluant le personnage d'Énée ; dans l'ouvrage de Boccace sur les Femmes illustres (), Didon, s'adressant à la foule, déclare : « Comme vous le voulez, citoyens, je vais rejoindre mon époux », puis, à la surprise générale, se poignarde (« l'époux » qu'elle rejoint étant Sychée, et non pas Hiarbas)Voir cet extrait ici : https://books.google.fr/books?id=XWgE9oOm6cEC&pg=PA611&lpg=PA611&dq=didon+p%C3%A9trarque&source=bl&ots=c_Va0IjxQH&sig=8ZQgygJ1vsmhR7tPs9HYurIZA50&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiM9OmO3-rRAhUEXhoKHQeCCWEQ6AEIODAG#v=onepage&q=iarbas&f=false.. C'est le cas également de Pétrarque (), qui accuse Virgile « de mentir au détriment de cette veuve exemplaire »F. Cornilliat, Sujet caduc, noble sujet, Droz, 2009, , https://books.google.fr/books?id=XWgE9oOm6cEC&pg=PA611&lpg=PA611&dq=didon+p%C3%A9trarque&source=bl&ots=c_Va0IjxQH&sig=8ZQgygJ1vsmhR7tPs9HYurIZA50&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiM9OmO3-rRAhUEXhoKHQeCCWEQ6AEIODAG#v=onepage&q=p%C3%A9trarque%20didon&f=false., et de Boisrobert dans sa tragédie La Vraie Didon ou la Didon chaste ()R. Martin, « Les Bonheurs de Didon », Énée et Didon : naissance, fonctionnement et survie d’un mythe, dir. R. Martin, Paris, Centre national de la recherche scientifique, 1990, ..

Didon et Énée dans l'Énéide de Virgile thumb|Énée décrit à Didon la chute de Troie par Pierre-Narcisse Guérin, 1815, musée des Beaux-Arts de Bordeaux. Dans l'Énéide, le poète latin Virgile chante les amours de Didon et Énée.

Après le sac de Troie (ville d'Asie mineure, dans l'actuelle Turquie), Énée s'enfuit avec son père Anchise, son fils Ascagne et vingt bateaux remplis de Troyens rescapés ; les dieux de l'Olympe lui ont prédit qu'il fonderait une nouvelle cité sur le site de l'actuelle Rome (en réalité fondée par ses descendants, Romulus et Rémus). Il fait escale sur une côte d'Afrique, dans la région de l'actuelle Tunis, où il est accueilli par la reine de Carthage, Didon. Une grande passion naît alors entre eux, IV, 1-172. mais elle est interrompue par les dieux de l'Olympe qui rappellent au héros troyen sa destinée, IV, 219-295..

Lorsque Énée quitte Carthage, Didon, incapable de supporter cet abandon, se donne la mort avec l'épée qu'Énée lui avait laissée, IV, 645-665.. Lorsque ce dernier arrive aux Enfers, il parle à son fantôme, qui refuse de lui pardonner son départ. C'est aussi comme fantôme que Didon fait part à sa sœur, Anna Perenna, de la jalousie de Lavinia, l'épouse d'Énée.

La version choisie par Henry Purcell pour son opéra homonyme est légèrement différente. Des forces occultes (sorcières) typiquement shakespeariennes veulent la perte de Didon. Pour cela, elle produisent un fantôme qui fait croire à Énée que Jupiter l'envoie fonder Rome. Le résultat est identique à celui de l'œuvre de Virgile.

Postérité artistique Littérature Pétrarque au fait l'éloge de Didon, veuve exemplaire, dans Le Triomphe de la chasteté et dans une des Lettres de la vieillesse (Seniles) (IV,5). Giovanni Boccacio consacre un chapitre à Didon dans son ouvrage De mulieribus claris (Sur les femmes célèbres) publié en 1374.. Christine de Pizan évoque l'histoire de Didon dans son livre La Cité des dames (1405) (Livre II, Chapitre LV). Hélisenne de Crenne évoque Didon dans son roman Les Angoisses douloureuses qui procèdent d'amour (1538) et réalise également une traduction des quatre premiers livres de lÉnéide de Virgile, achevant donc son travail sur le suicide de Didon. Étienne Jodelle, Didon se sacrifiant, 1558. Christopher Marlowe, , pièce de théâtre, 1593 (traduit en français par Serge Lavoine aux éditions L'Harmattan en 2010.). Alexandre Hardy, Didon se sacrifiant, . Georges de Scudéry, Didon, 1636. François Le Métel de Boisrobert, , 1643. Louise-Geneviève de Saintonge, , 1693. Jean-Jacques Lefranc de Pompignan, , 1734. Henry Fielding, romancier anglais du , fait un parallèle dans Amelia entre les amours illicites de William Booth et Miss Matthiews dans la prison de Newgate à ceux d'Énée et de Didon à Carthage (1752). Nicolas Joseph Florent Gilbert, Didon à Énée, héroïde, 1771. Jean-François Marmontel, , 1783. Lucie Delarue-Mardrus, La Prêtresse de Tanit, pièce de théâtre, 1907, rééd. en 1993 aux éd. A l'écart. , réimpression Samir C. Abdou, Beyrouth, 1974.

. . Giuseppe Ungaretti, auteur d'un poème de 19 fragments, Cori descrittivi di stati d'animo di Didone (Chœurs décrivant des états d'âme de Didon), ..

Didon et Ascagne