droite|vignette|300x300px|Historique de l'inflation au Royaume-Uni vignette|300x300px|Masse monétaire et inflation au Royaume-Uni droite|vignette|300x300px|Taux de change GBP/USD La Crise monétaire européenne de l'année 1976, parfois appelée aussi « crise de la livre sterling de 1976 » ou encore « crise de la lire italienne de 1976 » est une crise monétaire intervenue au sein du Serpent monétaire européen (SME) dans le sillage de la grève des mineurs britanniques de 1974, des problèmes de succession de Franco en Espagne, des difficultés du Compromis historique en Italie, de la guerre du Kippour et du premier choc pétrolier.

Le système des changes flottants, encore en vigueur depuis peu et entériné par les accords de la Jamaïque du , dans la foulée du sommet de Rambouillet, est soumis à de fortes pressions spéculatives, qui provoquent la sortie du Serpent monétaire européen ou la dévaluation de quatre grandes monnaies, celles de l'Italie, l'Espagne, la France et l'Angleterre.

Le Sommet du G7 de 1976 est convoqué le à Porto Rico, réunissant des , alors que les recommandations du sommet de Rambouillet semblent peu suivies, mais quatre d'entre eux ne veulent pas aider l'Italie. Elle obtiendra cependant, peu après et comme l'Angleterre, un prêt important du FMI puis connaitra à nouveau en 1992 « l'humiliation suprême de l'expulsion de la lire du SME », alors qu'un demi-siècle plus tôt, « en voulant utiliser la monnaie forte comme le symbole d'un Etat fort et en réévaluant la lire, Mussolini poursuivait le rêve d'une autosuffisance de l'économie nationale », selon Massimo Amato, chercheur à l'Istituto di Storia Economica de l'université Bocconi"La lire, le Duce et le « Cavaliere »", par Pierre de Gasquet, dans Les Echos 13 février 2002 .

La cause principale de cette crise est le quadruplement du coût de l'énergie causé par le premier choc pétrolier à l'hiver 1973-1974, qui se combine avec une très forte inflation et des revendications salariales jugées irréalistes dans plusieurs pays. En Italie, l'inflation atteint un pic de 24 % en 1976 et elle oscillera encore entre 12 % en 1978 et 21 % en 1979, année de l'entrée effective de la lire italienne dans le Système monétaire européen (SME).

En Angleterre, l'inflation culmine à 28 % dès puis reste très élevée, à 24,2 % en , avant de diminuer seulement au début de l'année 1976, après des accords avec les syndicats pour contenir les hausses de salaire. Cette situation entraîne un pic historique des rendements obligataires et des coûts d'emprunt du pays, mais aussi un déficit de la balance des paiements et un déficit public majeur.

Le chef du gouvernement travailliste Harold Wilson démissionne le , lendemain de la décision de son homologue français Jacques Chirac de sortir du Serpent monétaire européen. Il est remplacé par James Callaghan qui doit emprunter fin septembre au Fonds monétaire international (FMI) de dollars., montant inégalé à l'époque., afin de reconstituer des réserves de change nécessaires pour maintenir la valeur de la livre sterling, mais dont seulement une partie sera utilisée.

Après cette crise, de 1976 à 1979 le Serpent monétaire européen devient une sorte de zone mark : seuls mark, florin, franc belge et couronnes scandinaves y participent"Le pouvoir et la vie", par VGE .

Contexte et prémices Premier choc pétrolier

L'l’Égypte a traversé en octobre 1973 le canal de Suez pour reprendre à Israël la péninsule du Sinaï et ' à , le prix du baril a quadruplé, passant de 2,59 à . ce qui déclenche pour la Grande-Bretagne un choc économique grave.

À l'exception des États-Unis, la récession déclenchée par le premier choc pétrolier fut « marquée dans tous les pays par la poursuite de la croissance du salaire horaire réel, à un rythme parfois élevé ». Des économistes ont tenté d'étudier « le poids de différents facteurs dans la genèse de l'inflation » observée aussi en France en 1975 et l'année suivante, en particulier par « l'interprétation des écarts observés entre les taux d'inflation enregistrés dans divers pays : États-Unis, Allemagne, Pays-Bas, Japon, Italie »Emploi, profit et inflation en 1975, article par Robert Boyer et Jacques Mistral, dans la revue économique en 1977 .

La Grande-Bretagne fut un allié de longue date d'Israël dans le conflit israélo-arabe.. En 1967, le canal de Suez, par lequel transitait 20 % de tout le trafic pétrolier, avait été fermé pendant huit ans à la suite de la guerre des Six Jours, Israël occupant la péninsule du Sinaï, d'où un embargo pétrolier de quelques mois. Serpent européen et accords de la Jamaïque

La crise démarre quelques semaines après l'assouplissement du régime de changes international décidé par les accords de la Jamaïque signés à Kingston les 7 et , au Comité intérimaire du Fonds monétaire international (FMI). Cette abolition définitive au système monétaire de parités fixes est présenté en Angleterre, « comme le plus apte à sauvegarder, à la fois, le volume du commerce mondial et les choix économiques et sociaux internes », compte tenu de la création du serpent monétaire (1972-1978) qui est censé suppléer à la fin des accords de Bretton Woods et vise à limiter les fluctuations de taux de change entre les pays membres de la Communauté économique européenneBruno Colmant, En 1973, la catastrophe de l'emprunt Giscard, lecho.be, 23 mars 2018.

Jugeant la livre surévaluée, le gouvernement travailliste a « discrètement demandé à la Banque d’Angleterre d’intervenir » pour la faire baisser et a diminué les taux d’intérêt. Mais comme les réserves de change, en hausse jusque-là, ont commencé à plonger en sur fond de déstabilisation générale du serpent monétaire, cela a déclenché « une panique sur les marchés et à un effondrement de la livre »Le revirement du gouvernement britannique face aux marchés : une perspective historique, The Conversation 4 octobre 2022, .

Vision naïve du recyclage des pétrodollars Au cours des années 1974 et 1975, Londres a porté « une attention inquiète » au problème des pétrodollars, terme désignant les énormes excédents financiers résultant du quadruplement des recettes des pays producteurs après le premier choc pétrolier, placés dans des banques occidentales. Le Trésor britannique estime d'abord que « l'accumulation » des pétrodollars, constitue une « menace supplémentaire de perturbations monétaires », en plus de contribuer à « une importante diminution du pouvoir d'achat mondial », par la ponction sur les revenus des pays consommateurs, même si « la masse des pétrodollars » se révèle « sensiblement inférieure au solde commercial de l'ОРЕР »Les pétrodollars. Une réserve liquide en voie d'assèchement par Philippe Aroyo et Monique Fouet, dans la Revue de l'OFCE, en 1985 .

Le chancelier de l'échiquier du gouvernement travailliste Denis Healey a ainsi d'abord présenté un plan de recyclage des pétrodollars, en partie repris par le FMI en 1975, mais Londres a ensuite dès 1976 sous-estimé ce problème, jugeant qu'il avait « perdu de son acuité », en se réjouissant plutôt que la Grande-Bretagne ait pu « augmenter de 95 % », soit plus que prévu, ses exportations aux pays producteurs de pétrole au cours de l'année 1995La Grande-Bretagne : une participation réticente, par Françoise De La Serre, dans la Revue française de science politique en 1976 , espérant que ce soutien à la balance commerciale soutiendrait aussi sa monnaie. Ainsi, des mesures protectionnistes finalement adoptées le sont très timorées, tandis que ces exportations mirifiques chutent lors de l'hiver 1975-1976. En , le pétrole de Mer du Nord étant prometteur, Londres avait exigé 51 % des nouvelles sociétés, mais quand il commence à arriver à terre, en Écosse, à l'été le calendrier des recettes fiscales attendues est reporté dans le temps, l'échéance des flux importants étant repoussée à 1980.

Côté OPEP, la spéculation a vite succédé à l'investissement durable : de 1974 à 1977 le flux net d'excédents placés dans les pays de l'OCDE en investissements immobiliers et titres financiers a dépassé de dollars par an, principalement en titres et en dépôts dans les eurobanques de Londres, d'une « extrême liquidité ». Dans cette masse financière, la spéculation sur le marché des changes est devenue plus intéressante que le placement en actions et obligations, en raison du bond de l'inflation et des opportunités offertes par le serpent monétaire européen. Contexte spécifique à l'Italie Entre 1972 et 1982, le cours du mark allemand est passé de 200 à 600 lires, dans un contexte d'inflation très élevée spécifique à plusieurs pays européens, dont l'Angleterre et l'Italie"Italie : rigueur sans récession ?" par Hélène Harasty, du département d'économétrie de l'OFCE, et,Jacques Le Cacheux, Département des études de l'OFCE, dans Observations et diagnostiques économiques n°48, en janvier 1994 .

Contexte spécifique à la France

Le plan de relance mis en place par le Premier ministre Jacques Chirac en 1975, qui s'inspire des recettes du keynésianisme avec une orientation hydraulique, afin de soutenir l'activité économique française à la suite du premier choc pétrolier, est critiqué en raison de son poids pour les finances publiques françaises, mais aussi et surtout parce qu'il nuit à la baisse de l'inflation.

Lorsque l'économie rechute fin 1974, Valéry Giscard d'Estaing est élu président de la République au début de l'année 1974, demande à son Premier ministre, Jacques Chirac, de préparer un plan de relance pour faire sortir la France du marasme économique.. La somme de de francs est allouée à ce plan en ce qui concerne les dépenses, soit 2,3% du PIB.

Il contribue à l'expansion économique de 4,4% en 1976, mais une partie de cette croissance est une récupération automatique due à la chute du taux de croissance, passé de 5% en 1973 à 0% en 1975. Le plan creuse le déficit commercial d'environ , soit de 0,75% du PIB. Elle est partiellement responsable du déficit budgétaire de 2,8% de 1975 et de son maintien à -1,5% l'année suivante.

La relance Chirac a pour inconvénient de participer à l'augmentation de l'inflation, le consensus des experts l'anticipe, en milieu d'année 1976, à 13% pour la France, auto-entretenue car la progression des salaires est indexée sur celle des prix et finalement elle atteindra 11% en 1976. Tous ces effets négatifs rendent par la suite nécessaire une politique de rigueur.

Contexte spécifique à l'Angleterre Budget 1972 d'Anthony Barber L'origine la crise remonte en partie au budget conservateur de 1972 « dépenses pour la croissance » qui a déclenché le cycle d’inflation, ainsi qu'aux hausses de salaires entrainées par la grève des mineurs britanniques de 1974. En 1973, le Royaume-Uni était entré dans la CEE, ancêtre de l'Union européenne. Il connaît alors déjà les prémices d'un cycle d'inflation dont le déclenchement est attribué au budget préparé par le ministre de l'économie, Anthony Barber, pour l'année 1972.

Ce budget, conçu fin 1971 pour permettre aux conservateurs, impopulaires, de rester au pouvoir lors d'élections attendues en 1974 ou 1975, a permis une brève période de croissance connue sous le nom de « boum de Barber », encourageant une spirale salaires-prix accentuée par deux grèves des mineurs victorieuses, début 1972 et début 1974, mais aussi par une forte inflation et une dépréciation de la livre sterling, qui culminera avec la crise de 1976.

Contraint d'introduire des mesures anti-inflationnistes, Anthony Barber crée une commission sur les prix et un conseil des salaires et les conservateurs perdent les élections générales de février 1974 face au Parti travailliste d'Harold Wilson, sur fond d'une exceptionnelle crise obligataire de 1974. Le marché des emprunts d'État s'effondre en mars, juin et octobre.

L'inflation atteint ensuite 24,2 % sur l'année 1975Thatcher la Dame de fer, par André Versaille, janvier 2012..