La soulèvement de Cheikh Mansour est une insurrection militaire contre l'autorité de l'Empire russe dans le Caucase du Nord au . Elle est menée par un chef religieux et militaire nommé Ushurma, aussi appelé Cheikh Mansour, et débute en 1785. Les insurgés, qui regroupent plusieurs peuples autochtones de la région, en particulier des Tchétchènes puis des Tcherkesses, luttent contre l'Armée impériale russe et sont soutenus par l'Empire ottoman.
En 1791, la rébellion est écrasée et Cheikh Mansour est capturé à Anapa. Le mouvement a malgré tout des conséquences significatives sur la région, marquant le début de la résistance tchétchène. Elle débouche en 1817 sur le lancement de la guerre du Caucase.
Contexte historique Au cours du , après avoir vaincu successivement ses rivaux ottomans et perses, l'Empire russe cherche à isoler le Caucase du Nord, région habitée majoritairement par une multitude de peuples autochtones musulmans. Petit à petit, des populations cosaques, germaniques ou arméniennes sont encouragées par la Russie tsariste à s'installer au nord du Terek, suivant la ligne fortifiée du Nord-Caucase.
Malgré les liens existant entre populations slaves et caucasiennes et la politique initialement pragmatique des tsars, les aspirations de l'Empire russe et celles des populations ciscaucasiennes restent irréconciliables. Les tsars recherchent la domination complète du Caucase, ce qui mécontente les populations locales. Dès 1779, des chefs kabardes, anciennement alliés de Moscou, se soulèvent, mais ils sont rapidement vaincus.
Déroulement
Naissance et premier succès C'est dans ce contexte qu'en 1785, un chef tchétchène, Cheikh Mansour, aussi appelé Usharma ou Muhammad Ghazi, se soulève contre les forces du tsar. Mansour, premier imam de l'imamat du Caucase, réunit des combattants au Daghestan, en Tchétchénie et parmi d'autres peuples caucasiens (Koumyks, Lezghiens, Circassiens...). Promouvant des principes qui s'appuient fortement sur l'islam, il appelle à une contre la domination russe et cherche à unifier le Caucase du Nord en un grand État musulman. Il parvient à réunir les habitants des montagnes caucasiennes au-delà des division tribales qui existaient jusque là.
Sentant que le mouvement naissant représente un danger pour la domination russe, le comte Grigori Potemkine envoie un détachement pour capturer Cheikh Mansour, commandé par le colonel Nikolaï de Pieri. L'unité arrive à Aldi, village natal du chef de guerre, et lance l'assaut, avant de détruire la localité, sans parvenir à mettre la main sur Mansour, qui s'est enfui. Sur le chemin du retour, les troupes tsaristes tombent dans une embuscade tendue par les insurgés dans la forêt. La s'achève sur une déroute russe : de Pieri ainsi que sept autres officiers sont tués, de même que . Parmi les survivants figure Piotr Bagration, qui s'illustrera quelques années plus tard lors des guerres napoléoniennes.
Échecs de l'automne 1785 Le succès militaire gonfle la réputation de Cheikh Mansour et attire de nouvelles recrues à son mouvement. Il se dirige alors vers Kizliar, capture un avant-poste, mais son armée composée d'éléments désorganisés est surprise par les Cosaques dans les marécages et vaincue. Malgré le revers, il regagne la confiance d'un grand nombre de partisans. Il rallie à sa cause des Kabardes mais échoue face au fort de Grigoriopolis, puis à nouveau face à Kizliar. Malgré les échecs, la foi des combattants en leur chef n'est pas ébranlée et d'autres partisans le rejoignent.
En novembre 1785, une force composée de Tchétchènes, de Kabardes, de Koumyks et de quelques combattants Daghestanais arrive devant la forteresse de Tatartoup, sur le Terek. Malgré l'ardeur des combattants insurgés, c'est à nouveau une large défaite face aux forces impériales russes. La majorité des partisans de Mansour l'abandonnent, à l'exception des Kabardes, qui sont originaires de la région, mais ces derniers signent un traité de paix avec l'Empire russe. Certains d'entre eux combattront même aux côtés des Russes lors de la guerre russo-turque de 1787-1792.
Combats en Tcherkessie Cheikh Mansour se réfugie en direction des côtes de la mer Noire et rejoint le territoire ottoman. Dans le contexte de la guerre russo-turque débutée en 1787 et des rivalités entre les deux puissances pour le contrôle de l'Ukraine du Sud et du Caucase, l'insurrection est soutenue par l'Empire ottoman qui y voit un moyen d'affaiblir son rival stratégique russe. En moins d'un an, Mansour retrouve une influence considérable et se reconstitue une armée, cette fois composée de Tcherkesses. Sous son commandement, ses troupes prennent d'assaut la région du Kouban, pillent des villages, prennent des prisonniers. Ils se rapprochent de Tcherkessk, qui abrite alors le contingent des Cosaques du Don. Un an après la défaite de Tatartoup, ils auraient vaincu trois de leurs régiments.
En 1787, le conflit russo-ottoman reprend et Grigori Potemkine souhaite mettre fin au problème de Cheikh Mansour avant de s'attaquer au puissant ennemi turc. Il envoie trois colonnes armées à travers le Kouban, qui remportent plusieurs batailles acharnées, sans jamais parvenir à capturer le chef de guerre. Défait militairement à nouveau par le général Peter Tekeli et finalement abandonné par ses troupes, celui-ci se réfugie à nouveau aux côtés des Turcs à Anapa, sur la péninsule de Taman.
Capture de Cheikh Mansour L'armée russe tente par deux fois de prendre la ville, d'abord sous le commandement de Tekeli puis de Bibikov, mais ils sont harcelés par les Tcherkesses à son approche et rebroussent chemin avant de faire face aux murs de la ville, conscients de l'insuffisance de leurs forces. Après une retraite catastrophique, Bibikov est limogé et les Turcs connaissent un regain de moral. Celui-ci est de courte durée car la flottille ottomane censée venir en renfort est détruite par Fiodor Ouchakov dans le détroit de Ieni-Kale.
Les forces tsaristes profitent de l'affaiblissement de la garnison russe pour prendre d'assaut Anapa une troisième fois. Ivan Goudovitch succède au vice-roi Pavel Potemkine fin 1790 et marche sur la forteresse ottomane à la tête d'une armée comptant . Le , l'attaque est lancée et malgré de lourdes pertes russes , la garnison turque est anéantie. Le camp tsariste est sans pitié et cherche à se venger pour les échecs précédents.
Surtout, l'armée russe parvient finalement à capturer Cheikh Mansour, après l'avoir piégé dans la forteresse, mettant fin à l'insurrection. Le chef de la révolte est emmené en captivité à Saint-Pétersbourg, puis présenté à l'impératrice Catherine II à Tsarskoïe Selo (aujourd'hui Pouchkine) avant d'être enfermé et de mourir en avril 1794 dans le monastère Solovetski dans les îles Solovki ou, selon d'autres sources, dans la forteresse de Schlüsselbourg où sont alors détenus les prisonniers politiques. L'absence de structure institutionnelle au sein du mouvement d'Ushurma condamne celui-ci à s'éteindre à la disparition de son chef charismatique.
Suites et conséquences Malgré la défaite des troupes caucasiennes coalisées de Cheikh Mansour, la région n'est pas pour autant pacifiée. Pendant les décennies qui suivent, les raids locaux contre les colons et les militaires russes restent la norme. Y mettre un terme nécessite alors de stationner le long de la ligne fortifiée du Nord-Caucase une force militaire dont la Russie tsariste ne dispose pas. La stratégie habituellement employée consistant à s'allier aux chefs locaux fonctionne mal en raison de la grande diversité de tribus et de factions. De plus, les dirigeants tribaux respectent peu les pactes conclus avec les forces tsaristes.
L'Empire russe fait alors le choix de la répression brutale et lance la campagne du Caucase. En 1816, Alexis Iermolov, connu pour sa brutalité et son mépris pour les populations caucasiennes, est chargé de pacifier le Caucase du Nord. Il utilise toutes les méthodes à sa disposition, dont l'interdiction des cultures islamiques locales, la famine, l'empoisonnement des réserves d'eau, la destruction des ressources environnementales et les massacres aveugles de population.
Hommages En 2014, après l'annexion de la Crimée par la Russie et le début de la guerre russo-ukrainienne, des combattants tchétchènes décident de former une nuité combattant aux côtés des forces armées de l'Ukraine. Ils adoptent le nom de bataillon Cheikh Mansour. La plupart de ses membres sont des vétérans des première et seconde guerres de Tchétchénie.
Notes et références
Bibliographie . .
Catégorie:Histoire du Caucase sous l'Empire russe