L'akkadien (akkadū(m) en akkadien.) est une langue chamito-sémitique éteinte, de la famille des langues sémitiques, fortement influencée par le sumérien. Elle est parlée en Mésopotamie au moins du début du
Le nom de la langue, déjà employé durant l'Antiquité, vient de celui de la ville d'Akkad, capitale de l'empire du même nom. Au cours du , l'akkadien est représenté par deux dialectes : le babylonien dans le Sud de la Mésopotamie (Babylonie) et l'assyrien dans le Nord (Assyrie). Au cours des derniers siècles, il est de moins en moins parlé, progressivement remplacé par l'araméen ; il est encore utilisé comme écriture savante par les lettrés de la Babylonie tardive.
L'akkadien est attesté par des dizaines de milliers de tablettes cunéiformes comprenant des textes de nature variée , ce qui en fait la langue la mieux documentée du Proche-Orient ancien. Ce n'est pas seulement la langue vernaculaire de la Mésopotamie, mais aussi des régions voisines et notamment de la Syrie, du Levant et de l'Élam. Durant une bonne partie du , c'est la langue véhiculaire du Moyen-Orient, notamment pour la correspondance diplomatique.
L'influence mutuelle du sumérien et de l'akkadien a conduit des savants à les décrire comme formant une aire linguistique. C'est pourquoi l'akkadien, tout en reprenant les principales caractéristiques des langues sémitiques, présente plusieurs traits morphologiques qui l'en distinguent ainsi qu'un vocabulaire très vaste, emprunté en partie au sumérien mais aussi à d'autres langues, avec lesquels ses locuteurs ont été en contact au cours de ses nombreux siècles d'existence (hourrite, amorrite, araméen).
Contexte culturel et historique L'akkadien est une langue ou plutôt un ensemble de langues qui appartiennent au rameau oriental des langues sémitiques. Son originalité par rapport à cette famille tient surtout à ses contacts prolongés avec le sumérien, un isolat linguistique parlé dans le Sud de la Mésopotamie au , avec lequel il a formé à cette époque une aire linguistique.
Les différentes variantes de l'akkadien sont attestées par de nombreux textes écrits en cunéiforme. Les deux plus importantes, l'assyrien et le babylonien, sont pratiquées à partir du début du et pendant environ . Elles présentent une longue séquence permettant de distinguer plusieurs stades de la langue. En fait, ces deux variantes présentent suffisamment de différences pour que l'on puisse les considérer comme deux langues différentes, relevant du groupe est-sémitique, même si elles ont connu des évolutions similaires en raison de leurs contacts permanents..
Des inscriptions en akkadien ont également été trouvées en dehors de la Mésopotamie, ce qui s'explique par l'influence culturelle de cette dernière sur les régions voisines. Il s'agit alors d'un « akkadien périphérique », qui reprend divers aspects des langues parlées par les scribes de ces contrées (hourrite, langues cananéennes).
Une langue sémitique L’akkadien est la plus ancienne langue sémitique connue. Elle est attestée par des mots en akkadien ancien (surtout des noms de personnes) trouvés dans des textes sumériens du milieu du ; il s'agit surtout de tablettes cunéiformes provenant des sites archéologiques de Fara et d'Abu Salabikh, et aussi de divers textes légaux enregistrant des ventes de champs (v. 2600-). Des textes plus anciens écrits en sumérien sont soupçonnés de contenir des mots venant de l'akkadien, mais cela est débattu. ..
Par son appartenance au groupe des langues sémitiques, l'akkadien relève d'un groupe plus vaste dit afro-asiatique, ce qui l'apparente entre autres à l'égyptien ancien et aux dialectes berbères. C'est à partir de ce groupe que s'est constitué, on ne sait ni où ni quand, le « proto-sémitique », ancêtre commun à toutes les langues sémitiques, dont il est le produit le plus ancien qui soit connu et donc une source essentielle pour tenter de le reconstituer. À une date indéterminée, mais avant le , une scission s'est produite à partir de cette langue, avec la constitution du rameau oriental des langues sémitiques, dont l'akkadien est la seule à être bien connue. Le seul autre membre bien identifié de ce sous-groupe (quoique cela soit discuté) est l'éblaïte, langue écrite dans les textes d'Ebla en Syrie centrale datés du .. Il apparaît dans les sources du qu'il y avait plusieurs langues est-sémitiques parlées en Mésopotamie et en Syrie orientale (à Mari notamment). Cela est confirmé par des sources postérieures, puisqu'il est probable que les trois variantes de l'akkadien les mieux connues, l'akkadien ancien, le babylonien et l'assyrien, avaient à cette époque des ancêtres déjà distincts car il n'y a pas de lien de filiation entre eux..
Par ses origines, l'akkadien présente donc les traits caractéristiques des langues sémitiques, ce qui a facilité son déchiffrement au milieu du . Sa phonologie est similaire à celles des autres langues du groupe, quoique simplifiée, avec la présence de plusieurs triplets de consonnes sourdes/sonores/emphatiques (k/g/q, t/d/ṭ). Sa morphologie repose comme les autres langues sémitiques sur la présence de racines consonantiques dont la séquence est invariable et permet de former la plupart des mots. L'exception est celle des mots ayant une origine plus ancienne, comme ceux désignant les pronoms personnels, les parties du corps (iznu(m), « oreille »), les éléments (mû, « eau ») ou certains animaux (kalbu(m), « chien »). La présence de trois cas et de trois nombres (singulier, pluriel, duel) est également une caractéristique des langues sémitiques qui ont conservé des traits anciens. Le fait que les verbes se conjuguent en fonction de leur aspect « accompli » ou « inaccompli » est caractéristique des langues sémitiques. Le fait que l'akkadien ait également un aspect appelé parfait, absent dans les autres langues sémitiques, pourrait être un héritage du proto-sémitique, qu'il aurait été le seul à préserver, voire de l'afro-asiatique originel (on trouve un aspect similaire dans les langues berbères). Un autre trait de l'akkadien absent des autres langues sémitiques et qui peut remonter à l'afro-asiatique est le fait que l'inaccompli y est marqué par le redoublement de la seconde consonne de la racine est une présentation utile du proto-sémitique..
Contacts avec le sumérien thumb|Liste lexicale de synonymes sumérien/akkadien. Ninive, British Museum.
Un autre trait marquant dans la constitution de l'akkadien est lié non pas à ses origines, mais à son évolution après sa séparation d'avec les autres langues sémitiques. Lorsque ses locuteurs se sont installés en Mésopotamie méridionale, au , ils sont entrés en contact durable avec des peuples parlant une autre langue, le sumérien, un isolat linguistique du pays de Sumer, l'extrême-Sud de la Mésopotamie. Les origines et l'extension géographique de ces populations sont obscures. Quoi qu'il en soit, les locuteurs des deux langues ont manifestement cohabité dans cette région pendant plusieurs siècles, avant même les premières traces écrites de l'akkadien. Ils ont vécu en relation étroite, participant conjointement au développement de la brillante civilisation de cette période. L'influence de l'akkadien sur le sumérien est également non négligeable. On a pu parler à ce propos de l'existence d'une « aire linguistique suméro-akkadienne ».. Cela explique pourquoi, par bien des aspects, l'akkadien se distingue des autres langues sémitiques. Le résultat le plus visible de cette cohabitation est le fait que l'akkadien soit la seule langue de son groupe à placer le verbe à la fin des propositions, dans l'ordre sujet-objet-verbe (SOV), similairement au sumérien. Les autres langues sémitiques anciennes suivent plutôt l'ordre verbe-sujet-objet (VSO), mettant en tout cas l'objet en position finale. Cette analyse a été contestée, car la plus ancienne langue sémitique connue après l'akkadien est l'éblaïte, qui présente aussi une syntaxe SOV (mais aussi VSO), alors que la syntaxe SOV est courante dans les langues du Proche-Orient ancien, et pourrait donc être une caractéristique « aréale » partagée par ces langues non apparentées, à la suite de contacts entre elles. La présence de modes verbaux comme le ventif et l'optatif en akkadien semblent être également des emprunts au sumérien. La simplification de la phonologie de l'akkadien, avec la perte de plusieurs consonnes par rapport au proto-sémitique, pourrait être une conséquence de ces contacts, de même que l'introduction de la voyelle /e/. De nombreux mots akkadiens sont hérités du sumérien (environ 7 % selon une estimation d'Edzard). On les repère généralement par le fait que leur consonne finale, qui précède la désinence casuelle, est doublée lors du passage à l'akkadien. Par exemple, le mot sumérien dub-sar, « scribe » (littéralement « tablette-inscrire »), devient tupšarru(m) ; de même, é-gal, la « grande maison », c'est-à-dire le « palais », donne ekallu(m). Ces mots ne répondant pas au principe des racines des langues sémitiques, il est impossible de procéder dans les dictionnaires d’akkadien à un classement des mots en fonction de leur racine comme on le fait pour les autres langues sémitiques ; un ordre alphabétique est donc utiliséSur les liens entre sumérien et akkadien : : ..
Historique des dialectes akkadiens
La plus ancienne forme de l'akkadien suffisamment documentée pour permettre d'en dresser un tableau grammatical satisfaisant est l'akkadien ancien, ou paléo-akkadien. On a longtemps regroupé sous cette dénomination toutes les formes de langues est-sémitiques attestées par des sources mésopotamiennes du Mais depuis que leur diversité est mieux appréhendée, il est préférable de simplement nommer ainsi l'akkadien des textes de la période de l'empire d'Akkad (v. 2340-2150 av. J.-C.), qui est vraisemblablement une évolution du dialecte parlé dans la région de Kish dans la région de la confluence du Tigre et de la Diyala (où devait se trouver Akkad, la capitale de l'empire du même nom). Il s'est diffusé car il est la langue administrative de cet empire, le premier à unifier la Mésopotamie. ..
Après l'effondrement de l'empire d'Akkad, celui-ci est rapidement remplacé par un autre empire, celui de la troisième dynastie d'Ur (2112-), dont les rois privilégient la langue sumérienne. Des textes en akkadien sont néanmoins rédigés à cette période : on a longtemps considéré qu'ils portaient un dialecte dérivant de l'akkadien ancien, mais il semblerait qu'il s'agisse en fait d'une autre variante géographique, ancêtre du babylonien, plutôt répandue dans le pays de Sumer..
thumb|Contrat de location d'un champ daté du règne d'Abi-eshuh (1711-1684 av. J.-C.) de Babylone. Rédigé en akkadien, dialecte paléo-babylonien. Musée des beaux-arts de Lyon.