Ioan Dragu, né Ionel Drăgescu, le à Constanța (Roumanie) et mort le dans le Acte de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 3270, vue 29/31., est un journaliste, écrivain et diplomate roumain, auteur d’écrits de guerre. Il collabore à divers journaux et revues et magazines roumains, souvent en langue française, d’abord sous son nom d’origine, ensuite sous pseudonyme. Il publie dans Adevărul [La Vérité], Avântul [L’Essor], Cuvântul [La Parole], Dacia, Dimineața [Le Matin], Izbânda [Le Triomphe], Înfrățirea [La Fraternisation], L’Indépendance roumaine, La Politique, Le Journal des Balkans, Neamul românesc [La Nation roumaine], Noua revistă română [La Nouvelle revue roumaine], Patria [La Patrie], Ramuri [Ramure], Rampa [La Scène], Universul literar [L’Univers littéraire], Viața românească [La Vie roumaine], etc. En 1946, il prend comme nom définitif son ancien pseudonyme Ion Dragu et il s’exile en France avec son épouse et leurs deux enfants.

Biographie

Ioan DraguOu Ion Dragu, v. Mihail Straje, Dicționar de pseudonime, alonime, anagrame, asteronime, criptonime ale scriitorilor și publiciștilor români [Dictionnaire des pseudonymes, allonymes, anagrammes, astéronymes, cryptonymes des écrivains et des publicistes roumains], Bucarest, Minerva, 1973, . est le troisième fils de Ioachim Caton Drăgescu (n. 1844 – d. 1915), médecin et publiciste, né Drăghici, ayant des racines dans la région de Mediaş en Transylvanie. Après des études de médecine à Pest et à TurinDaniel Cain, « Ioan Dragu – » [« Ioan Dragu – journaliste, écrivain, combattant. Étude introductive de Daniel Cain »] dans Ioan Dragu, Campania anilor 1916-1918: Drumuri de sânge; Moartea Albă; Pe urmele bolşevicilor. [Ioan Dragu, La Campagne de 1916-1918: Chemins de sang, La Mort blanche, Aux trousses des bolcheviques], Editions Humanitas, Bucarest, 2020, édition, sélection et notes de Daniel Cain, Bucarest, Editions Humanitas, 2020, . Désormais, Daniel Cain, « Étude introductive... », suivi du numéro de page., où il fut boursier de la Société « TransylvanieLa Société „Transylvanie” a été fondée à Bucarest, sur l’initiative des étudiants transylvains à l’Université de Bucarest, le 3/15 mai 1867, l’année même du compromis austro-hongrois, en réponse au passage de la Transylvanie sous l’autorité magyare. Elle mène une féconde et durable activité patriotique et culturelle et devient une société de soutien, à l’aide de bourses octroyées aux élèves et étudiants transylvains. Au cours des premières années, elle a accordé 31 bourses à des étudiants provenant de Transylvanie et de Bukovine (Nord de la Moldavie, rattaché à l’Empire Autrichien en 1775, en application de la convention austro-ottomane du 4 mai 1775, elle-même conséquence du traité de paix de Koutchouk-Kaïnardji, qui mettait fin à la guerre russo-turque de 1768-1774). Ces étudiants se formèrent à la médecine, aux lettres, au droit, au métier d’ingénieur et à l’économie politique dans les universités de Paris, Bruxelles, Turin, Vienne, Graz, Berlin etc. Par la suite, le nombre de bourses accordées s’est élevé à 166. La Société « Transylvanie » fut, jusqu’en 1918, l’une des plus fécondes sources d’aide à la jeunesse roumaine de Transylvanie et de Bukovine et l’un des plus dynamiques soutiens dans la lutte pour l’émancipation nationale et la réalisation de l’Union de ces terres avec le Royaume de Roumanie. V. Lucilia Dinescu, "Societatea « Transilvania » – un arbore cu adânci rădăcini în întreaga Românie” [« La Société “Transilvania” – un arbre aux racines profondes dans toute la Roumanie »], dans dacoromania-alba.ro/nr51/societatea_transilvaniei.htm  [Consulté le 4.04.2024].», il rentre dans son pays pour exercer sa profession à Craïova, à Tulcea et à Constanța, ensuite de nouveau à Craïova, de 1892Daniel Cain, « Étude introductive... », . jusqu’à sa retraite à Bucarest, probablement vers 1912-1913Ibid., ..

On trouve Ionel, le futur Ioan Dragu, au début du , élève au Lycée Carol I de Craïova. En 1908-1910, il entame à l’Institut Médico-Militaire de Bucarest des études pour lesquelles il a peu d’affinités et qu’il n’achève pas, préférant accomplir son service militaire obligatoire (1910-1911)Ibid., afin de pouvoir ensuite se consacrer aux études littéraires à la Faculté de Philosophie et de Lettres à l’Université de Bucarest, jusqu’en 1913, passant sa licence vraisemblablement à ParisIbid., ..

Dès 1909, Ionel Drăgescu écrit et publie, le plus souvent sous le pseudonyme Ioan Dragu, des articles dans Viața românească [La vie roumaine], Ramuri [Branches], Rampa [La Scène], Universul literar [L’Univers littéraire], La Politique, Le Journal des Balkans, ce qui lui vaut une certaine notoriétéDaniel Cain, « Étude introductive... », .. Quelques mois avant l’entrée de la Roumanie dans la Première Guerre Mondiale, il publie son premier volume d’auteur, Profils parlementaires roumainsIoan Dragu, Profils parlementaires roumains, Bucarest, 1916, 96 p., dans lequel il rassemble quelques-uns de ses articles parus dans Le Journal des Balkans dont il était en 1915 le rédacteur en chefDaniel Cain, « Étude introductive... », ., sur Ionel BrătianuIon I. C. Brătianu ou Ionel C. Brătianu (né le 20 août 1864 à Florica, actuellement Ștefănești, Argeș, Roumanie – d. le 24 novembre 1927 à Bucarest, Roumanie), fils du leader libéral Ion C. Brătianu (1821-1891), président du Parti National Libéral, président du Conseil des Ministres de la Roumanie (1916-1919), homme politique roumain qui a joué un rôle de premier rang dans la Grande Union de 1918 et dans la vie politique de la Roumanie moderne. Il a été le président de la délégation roumaine à la Conférence de la Paix de Paris., Take IonescuDemetriu Ionescu, appelé également Take ou Tache Ionescu (né Dumitru Ghiță Ioan le 25 octobre 1858, Ploïeşti, Roumanie – d. le 21 juin 1922, Rome, Royaume d’Italie), homme politique, avocat et journaliste roumain, le premier-ministre de la Roumanie en 1921-1922., Nicolae IorgaNicolae Iorga (né Nicu N. Iorga le 5 juin 1871, Botoșani, Roumanie – d. le 27 novembre 1940, Strejnic, judet de Prahova, Roumanie), historien, critique littéraire, esprit encyclopédique, député, ministre, premier ministre (19 avril 1931 – 6 juin 1932), professeur des universités et membre de l’Académie Roumaine, auteur d’études médiévales, byzantines, d’histoire des arts et de philosophie de l’histoire, assassiné par un commando légionaire., Alexandru MarghilomanAlexandru Marghiloman (n. 4 juillet 1854, Buzău, Valachie – d. 10 mai 1925, Buzău, Roumanie), homme d’État conservateur roumain. En tant que premier ministre de la Roumanie (1918), il a joué un rôle décisif pendant la Première Guerre Mondiale étant le principal artisan du traité de Buftea-Bucarest (dit également « la Paix de Buftea-Bucarest », le 7 mai 1918), décidant l’envoi de troupes roumaines en Bessarabie et agissant en faveur de la reconnaissance de l’intégration de ce territoire roumanophone dans le Royaume de Roumanie. etc.Daniel Cain, « Étude introductive... », ., mais la guerre l’empêche de développer le projet, comme il en avait l’intention.

Les années de guerre et l’après-guerre immédiat

Au moment de l’entrée de la Roumanie dans la Première Guerre Mondiale, Ioan Dragu est mobilisé en tant que sous-lieutenant commandant de peloton et il prend part à la fin de l’été et à l’automne 1916 aux combats du défilée du Jiu et le long de la frontière austro-hongroise contre les troupes d’Erich von FalkenheynErich von Falkenhayn (n. le 11 septembre 1861 à Burg Belchau, Prusse – d. 8 avril 1922 à Potsdam, République de Weimar), général de l’armée allemande pendant la Première Guerre Mondiale, chef de l’État Major Général allemand du début de la guerre jusqu’en août 1916, quand il a été remplacé par le général Paul von Hindenburg (1847-1934 ; feld-maréchal, futur président de la République de Weimar en 1925-1933). Erich von Falkenhayn a commandé la contre-offensive de la armée allemande dans les batailles de Sibiu et de Brașov et dans la bataille de Bucarest, suivie de l’entrée de l’armée allemande dans Bucarest, le 6 décembre 1916.. En novembre, au moment de la retraite générale de l’armée roumaine, nous retrouvons Ioan Dragu, avec son unité, dans les montagnes de VranceaDaniel Cain, « Étude introductive... », .. Les conditions d’organisation, d’approvisionnement et d’hygiène sont précaires et, au début de 1917, Ioan Dragu est frappé par le typhus exanthématiqueIbid., .. Après la réorganisation et le rééquipement  de l’armée roumaine auxquels contribua la Mission Militaire françaiseCette Mission Militaire française fut détachée en Roumanie du 15 octobre 1916 au 10 mars 1918 sous les ordres du général Henri Berthelot (1861-1931), celui-ci endossant également le rôle de conseiller militaire du roi Ferdinand et de l’État Major de l’armée roumaine. La mission Berthelot connaît deux étapes distinctes : la première dure du 14 octobre 1916 jusqu’à la signature de l’armistice de Focşani, le 9 décembre 1917, à la suite de la sortie du conflit de la Russie ; la seconde partie a pour objectif de contenir la poussée révolutionnaire en Bessarabie et en Hongrie. À cet effet, à l’aide de troupes roumaines et françaises, le général Berthelot monte l’Armée du Danube qui va empêcher l’entrée des bolcheviques russes en Bessarabie et défaire les bolcheviques hongrois lors de la guerre hungaro-roumaine de 1919. dirigée par le général Henri Berthelot, l’armée roumaine atteignant la capacité opérationnelle prévue, la division d’Ioan Dragu est mise en position sur le front du Siret. Se trouvant ainsi à proximité du lieu où son frère aîné venait de tomber, Ioan Dragu profite d’une pause pour se rendre sur sa tombe, avant de prendre part aux derniers combats sur le front de MărăşeştiDaniel Cain, « Étude introductive... », . Les quatre frères Drăgescu ont tous été combattants durant la campagne de 1916-1918, et se sont tous distingués par des faits d’armes reconnus. Le frère aîné Horia, capitaine de carrière, a participé à de durs combats à l’automne 1916 dans les montagnes et les défilés vers la Transylvanie. Le second, Brutus, mort lors de la bataille de Mărăşesti à l’été 1917, fut deux fois décoré ; le frère cadet, Radu, encore étudiant en médecine au moment de la mobilisation, est promu au grade de sous-lieutenant à l’automne 1918. Ioan Dragu a été décoré, avec le grade de chevalier, de l’Ordre de la Couronne de Roumanie, avec épée, pour „le courage et le dévouement hors du commun avec lesquels il s’est conduit dans les batailles du Jiu et du Caşin, où il fut blessé, ainsi qu’à Varnița et Muscel (1916-1917)”. Ibid., . d’. Il resta sur les mêmes positions jusqu’au début de l’hiver. Les événements de Russie au cours de cette année charnière de la guerre changent la nature des relations entre les deux pays et les deux armées, initialement alliés. Dans les nouvelles conditions, l’armée russe n’est plus un allié fiable, menaçant même de se transformer en un ennemi redoutable et provoquant des mutineries et des désordres dans les rangs de la population civile, ce qui oblige la Roumanie à la signature d’un armistice à Focşani le /La Roumanie n’a adopté le calendrier grégorien que le 6 mars 1919 (v. le décret 274 du 6 mars 1919 dans la gazette officielle Monitorul Oficial nr. 274, 114- ). Cet armistice suspend les hostilités avec les Puissances CentralesDaniel Cain, « Étude introductive... », . ; il rend les troupes roumaines disponibles pour permettre au gouvernement d’Ionel I. C. Brătianu de rétablir l’ordre dans le pays par l’utilisation de la force armée contre les unités russes bolchevisées.