John Forbes Kerry, né le à Aurora (Colorado), est un homme politique américain, secrétaire d'État des États-Unis du au durant la présidence de Barack Obama.
Vétéran de la guerre du Vietnam, il devient une personnalité influente au sein du Parti démocrate par son mandat de sénateur des États-Unis pour le Massachusetts, qu'il obtient en 1985. Président de 2009 à 2013 du comité des affaires étrangères du Sénat, Kerry est le candidat nommé par son parti à l'élection présidentielle de 2004, lors de laquelle il est battu par le président sortant, le républicain George W. Bush, par un des écarts les plus faibles de l'après-guerre.
Il devient par la suite secrétaire d'État des États-Unis au sein de l'administration Obama, succédant à Hillary Clinton. Le , le président élu Joe Biden annonce la nomination de John Kerry au poste d'envoyé spécial chargé de la lutte contre le réchauffement climatique au sein de son administration. Kerry reste à ce poste jusqu'en .
Situation personnelle
Naissance et famille John Kerry naît à l' d'Aurora dans le Colorado, à côté de Denver où son père, , est traité pour une tuberculose. Peu après la naissance de John, la famille retourne dans son État d'origine, le Massachusetts. Il y reçoit une éducation catholique.
Entourage familial Le grand-père paternel de John Kerry, Frederick Kerry (né Fritz Köhn), est d'origine austro-hongroise. Né à Horní Benešov en Autriche-Hongrie, il grandit à Mödling (une petite ville près de Vienne en Autriche). Sa grand-mère paternelle, Ida Loewe, naît à Budapest en Hongrie. Tous deux d'origine juive, Fritz et Ida se convertissent au catholicisme en 1901, changent leur nom en Kerry et quittent l'Europe en 1905. John Kerry n'apprit que tard la véritable identité de son grand-père. Frederick et sa femme élèvent leurs enfants, dont Richard, le père de John Kerry, dans la religion catholique.
Le père de John Kerry naît en 1915 au Massachusetts. Avocat, il travaille entre autres pour le département d'État des États-Unis. Pendant la Seconde Guerre mondiale était pilote d'essai dans l'Army Air Corps. La mère de John, , est née à Paris, mais d'origine scotto-américaine. Elle a grandi en France et a été infirmière à Paris en 1940Déclaration de John Kerry lors du dépôt de gerbe sur la tombe du soldat inconnu, le .. La famille Forbes possède toujours une maison en Bretagne à Saint-Briac-sur-Mer. Richard rencontre Rosemary alors qu'il visite ce village en 1937.
Le grand-père maternel de John Kerry, James Grant Forbes, naît à Shanghai en Chine, où la famille Forbes a construit sa fortune dans l'opium et les échanges avec la Chine. J. G. Forbes épouse , issue d'une vieille famille de la Nouvelle-Angleterre.
John Kerry a un frère, Cameron, avocat du département du Commerce des États-Unis, qui s'est converti au judaïsme et a œuvré en Israël en faveur de la campagne présidentielle de son frère auprès des Américains expatriés. Il a aussi deux sœurs, Diane et Peggy.
Enfance et adolescence Durant son enfance, John Kerry et ses parents passent souvent les vacances d'été en France dans la maison familiale de Saint-Briac-sur-Mer, , où il fréquente longuement son cousin germain Brice Lalonde, homme politique français, fils de la sœur de . Détruite par les Allemands qui en avaient fait un de leurs quartiers généraux lors de la Seconde Guerre mondiale, la propriété fut reconstruite en 1954. Ces longs séjours en France permettent à John Kerry de parler couramment le français.
La famille Kerry déménageant souvent, John connaît beaucoup d'écoles. À l'âge de onze ans, alors que ses parents habitent au Canada, John part étudier dans un internat au Japon et en Suisse.
En 1958, alors que ses parents sont à Montréal, il s'inscrit à l'école Saint Paul de Concord dans le New Hampshire, grâce au soutien financier de sa tante , qui couvre ses frais de scolarité que le salaire de son père ne lui permet pas de prendre en charge. C'est là qu'il obtient son diplôme en 1962. Durant ces quatre ans, il développe ses talents d'orateur et se découvre un goût prononcé pour la politique. Durant son temps libre, il joue au hockey et à la crosse avec un camarade de classe, Robert Mueller, qui deviendra directeur du FBI. Il joue aussi de la basse dans le groupe de l'école, The Electras, qui réalise un album en 1961. Seules sont produites et en 2004, l'une d'elles s'est vendue sur eBay pour s.
En 1959, Kerry crée le groupe John Winant à Saint Paul. Le but de ce groupe est d'organiser des débats sur l'actualité. Ce groupe existe encore aujourd'hui. Il semblerait que c'est à cette époque qu'il commence à s'intéresser à John Fitzgerald Kennedy, signant même ses articles . C'est en qu'il donne sa première conférence politique, en soutien à l'élection de Kennedy à la Maison-Blanche.
En 1962, John Kerry se porte volontaire pour la campagne sénatoriale d'Edward Kennedy. Sa petite amie du moment, Janet Jennings Auchinloss, est la demi-sœur de Jacqueline Kennedy et l'invite à passer quelque temps dans la propriété familiale des Kennedy, où il rencontre le président John F. Kennedy pour la première fois.
Université Yale (1962-1966) En 1962, Kerry entre à l'université Yale. Il y obtient un bachelor's degree en science politique en 1966. Il pratique également le football, le hockey, la crosse et l'escrime par équipe, il prend de plus des cours d'aviation. Pour obtenir des revenus supplémentaires durant l'été, il charge des camions chez un épicier et vend des encyclopédies au porte à porte.
Au cours de sa première année à Yale, John Kerry devient président de la , ce qui lui donne la possibilité de s'impliquer notamment dans le mouvement des droits civiques et le programme de Nouvelle frontière de Kennedy. Sous la houlette de , professeur d'histoire et entraîneur au débat, Kerry remporte de nombreux concours à travers le pays. En , alors que la guerre du Vietnam bat son plein, il remporte le prix Ten Eyck du meilleur orateur pour un discours critique à l'encontre de la politique étrangère américaine. Grâce à son talent, il est choisi pour le discours de fin d'année de sa promotion.
En , John Kerry rejoint la société des Skull and Bones à l'invitation de son ami . Les deux présidents George Bush et G.W. Bush sont également membres de ce groupe très privé, dont on ne peut être membre que sur invitation.
Mariages et famille
Kerry épouse en 1970, ils ont deux enfants : Alexandra (née le ) et Vanessa (née le ). termine ses études de cinéma en 2004. Vanessa, diplômée de Phillips Academy et de Yale, poursuit ses études de médecine à Yale. Elle est très active dans la campagne de son père à l’élection présidentielle de 2004.
En 1982, Julia Thorne, qui souffre de dépression nerveuse, demande le divorce, qui est prononcé le . Le mariage est officiellement déclaré nul par l'Église catholique en 1997. Elle écrira, dans son livre sur la dépression, You are not alone : « Après en tant que femme de politicien, je n'associais la politique qu'à la colère, la peur et la solitude ». Julia Thorne épouse en secondes noces Richard Charlesworth, un architecte, et vit au Montana, où elle s'implique dans des groupes locaux militant pour la défense de l'environnement. Elle a formellement affiché son soutien à la candidature présidentielle de Kerry en 2004. Elle décède en 2006 des suites d'une longue maladie.
Entre son premier et son second mariage, Kerry est souvent vu en compagnie d'actrices, notamment Morgan Fairchild et Catherine Oxenberg.
Kerry se remarie le avec , républicaine modérée et interprète pour les Nations unies, veuve du sénateur de Pennsylvanie John Heinz. Présentés l'un à l'autre lors d'une conférence politique en 1990, Kerry et Heinz se retrouvent après la mort de John Heinz en 1992 au Sommet de la Terre à Rio de Janeiro. Teresa, née le au Mozambique de parents portugais, est naturalisée américaine en 1971. Ayant comme Kerry fait ses études un peu partout dans le monde (Afrique du Sud, Suisse, États-Unis…) elle parle couramment 5 langues (anglais, portugais, espagnol, français et italien) et constituait un atout considérable dans la campagne de John Kerry à l’élection présidentielle de 2004, notamment auprès de la communauté hispanique. Elle abandonne le Parti républicain pour le Parti démocrate en 2003.
Service militaire États de service et décorations
Après que sa demande de report de service pour des études à Paris a été refusée, John Kerry se porte volontaire pour faire son service militaire, le . Il commence son service le et s'engage dans les forces armées américaines pour combattre au Vietnam en 1967. Commandant un patrouilleur () dans le delta du Mékong, il en revient bardé de médailles, dont trois , pour blessures légères, alors qu'habituellement la Purple Heart n'est décernée qu'aux « grands blessés ». Pour sa première blessure, le , les rapports médicaux mentionnent que Kerry a reçu un « petit fragment de grenade américaine M-79 dans le bras », blessure qui entraîne la pose d'un modeste bandage et n'empêche pas John Kerry de repartir aussitôt sur son patrouilleur. Il reçoit la médaille Silver Star pour une action risquée à la suite d'une manœuvre où, pris en embuscade par les Vietcongs, il était descendu de son patrouilleur afin de tuer un tireur embusqué qui menaçait son unité de son lance-roquettes. Il se voit décerner la médaille Bronze Star Medal pour avoir sauvé , un béret vert tombé à l'eau. Sous les tirs nourris des Vietcongs, Kerry fit demi-tour pour aller le chercher et le ramener à bord.
En , peu de temps après sa troisième blessure, l'armée signe le retour de John Kerry aux États-Unis. Il rentre au pays en avril de la même année et est officiellement déchargé de ses obligations militaires en . Il est réserviste jusqu'en 1978.
Controverse Les états de service de John Kerry au Vietnam sont la source d'une longue polémique lors de la campagne présidentielle américaine de 2004. Le groupe (SBVT) ., composé d'environ 200 vétérans du Vietnam, publie en 2004 l'ouvrage (« inapte au commandement »), écrit par John O'Neill (né en 1946), le successeur de John Kerry comme commandant du PCF 94.
O'Neill se livre à une démolition du candidat démocrate, énonçant des dizaines d'accusations graves (mensonges supposés et même affirmation de sa participation à des actes de trahison, ce pour quoi le Vietnam l'aurait implicitement remercié en plaçant sa photo dans une section « Héros de la résistance vietnamienne » au ). Les défenseurs de Kerry, notamment les hommes de son équipage pendant la guerre, réfutent les allégations portées dans cet ouvrage en soulignant les liens politiques du SBVT avec le président George W. Bush. Bien que nombre des accusations portées aient été démenties par l'appui de sources écrites, la polémique a continué de ponctuer la campagne présidentielle.
Mobilisation contre la guerre du Vietnam
John Kerry revient du Vietnam résolument opposé à la guerre. Dès 1970, il rejoint le groupe des vétérans du Vietnam opposés à la guerre (VVAW, sigle de Vietnam Veterans Against the War). Les membres du VVAW, ayant vécu la guerre de l'intérieur et, mieux encore, ayant servi leur pays, bénéficiaient d'un vrai respect de la part de la population. Ils étaient considérés comme capables de donner le point de vue du simple soldat et pouvaient se permettre de dénoncer la tromperie officielle. D'autres vétérans cependant, notamment ceux qui en 2004 formèrent le SBVT, voyaient d'un très mauvais œil les activités du VVAW, considérant que celui-ci se moquait de leurs états de service.
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