Henri Lamaison, né le à Dax (Landes) et mort le dans le Relevé des fichiers de l'Insee, est un polytechnicien français, officier d'artillerie, prisonnier de guerre auteur de trois tentatives d'évasion, président-directeur général de Esso S.A.F. de 1973 à 1979Les noms des sociétés filiales et sous-filiales du premier groupe pétrolier mondial connu jusqu'en en tant que Standard oil of New Jersey (marque Esso) et depuis lors en tant qu'Exxon Corporation jusqu'à sa fusion en avec Mobil pour devenir ExxonMobil Corporation, varient selon les périodes, les pays et les modalités juridiques selon lesquelles elles sont constituées. Le respect de la réalité historique conduit à employer dans cet article les dénominations, orthographes et graphies utilisées couramment dans les situations historiquement datées et géographiquement identifiées..
Biographie Famille Henri Lamaison est le fils de Léon Lamaison (1868-1924), représentant de commerce, président de la Chambre syndicale des voyageurs de commerce de DaxLe Républicain landais, , p. 3, col. 2., et de sa seconde épouse, Madeleine Commarieu (1883-1925), institutrice. Décédés prématurément à Dax, à et , ils laissent quatre orphelins, Louise, , Robert, , Henri, et Janine, à peine . Robert, puis Henri, sont rapidement accueillis par leur demi-frère Pierre E. Lamaison (1896-1980), alors imprimeur à Bayonne, et son épouse, Marie Lartigau (1896-1977), couple sans enfant qui les adopte tous deux légalement en Tribunal civil de Dax (Landes), jugement du homologuant l'acte d'adoption reçu par Me Duplantier, notaire à Dax, le (Registre des naissances de Dax 1914 - 1918, AD Landes, 4 E 88/181, vue 208/245)..
Peu après son retour de captivité, H. Lamaison épouse en Mathilde Walterspiler (1921-2023), fille d'un dirigeant de PME de l'industrie métallurgiqueLuc Walterspiler (1888-1958), est directeur général de la Société française des fers émaillés, filiale des Forges de Gueugnon, Groupe Wendel (L'économiste français, 4 septembre 1937, p. 19), président du Syndicat des émailleries sur tôle (La Journée industrielle, 22 janvier 1937, p. 1 ; L'Usine nouvelle, 1er juillet 1941, p. 11), conseiller du commerce extérieur (JORF, 15 août 1952, p. 8211), chevalier de la Légion d'Honneur au titre du Ministère de l'Industrie et de l'énergie (JORF, 25 août 1951, p. 9063, col 2).. Ils ont quatre enfants. H. Lamaison est l'oncle de Pierre Lamaison, anthropologue.
Formation Après ses études secondaires au lycée de Bayonne, H. Lamaison obtient le baccalauréat Mathématiques en ., puis est admis au cours préparatoire à l’École Centrale du lycée de Bordeaux.. N'ayant pas atteint son objectif d'intégration à Polytechnique après une deuxième année de prépa à Bordeaux, il rejoint la classe de Mathématiques spéciales du Lycée Louis-le-Grand à Paris en . A l'issue des concours du printemps 1939 il est reçu à Polytechnique, à l’École des Mines et à l’École nationale supérieure d'aéronautique. et opte pour Polytechnique.
Mais du fait de l'état de guerre, dix jours après avoir franchi la porte de l'école de la rue Descartes, il doit gagner l'École d'application de l'artillerie à Fontainebleau pour suivre une formation accélérée d'élève-officier organisée par l'état-major à l'intention de tous les élèves de la promotion 1939 (X39) âgés de plus de 20 ansLa promotion des plus âgés, baptisée X39-A, est envoyée dans les écoles d’application y suivre un programme accéléré. Ses membres nommés sous-lieutenants le rejoignent à cette date leurs régiments respectifs. Les élèves de la Promo 1939 âgés de moins de 20 ans constituent la Promo X39-B. Celle-ci reste rue Descartes à Paris. La promotion 39-A, démobilisée par l’armistice (mais déjà amputée des plusieurs élèves morts, disparus ou prisonniers), et la promotion 39-B se retrouvent à Lyon en novembre 1940. Les polytechniciens devenus lyonnais, contraints de démissionner de l’Armée, suivent alors le cursus d’une école d’ingénieurs de statut civil ()..
Engagé dans le conflit en Alsace, près de la ligne Maginot dès la fin , puis en captivité de à , Henri Lamaison ne retrouve Polytechnique en que pour une seule année de scolaritéLes 37 élèves de la Promo 39-A, anciens prisonniers des oflags, rapatriés en mai et juin 1945, suivent un cursus sur mesure d’une année, en 1945-1946, au sein d’une mini-promo rebaptisée 39-S (. Major de cette « Division spéciale », René Granier de Lilliac, admis au Corps des Mines, d'abord haut fonctionnaire, poursuit ultérieurement sa carrière dans l’industrie pétrolière. Il est PDG de Total-Compagnie française des pétroles au moment où Henri Lamaison devient PDG d’ESSO SAF en 1973. à l'issue de laquelle il démissionne de l'armée d'active pour intégrer l'École nationale supérieure du pétrole et des moteurs dans la section Physico-chimie-raffinage, option exploitation. 1940-1945 : captivité en Allemagne La campagne de France A la fin de sa période d'instruction de six mois à Fontainebleau, H. Lamaison est affecté sur sa demande au régiment d'artillerie divisionnaire composé principalement de basques, béarnais et landaisGazette de Bayonne-Biarritz et Saint-Jean-de-Luz, 30 mars 1940, p. 2. et où, bien que sous-lieutenant de très fraîche date, il sert en tant que commandant de sa batterie dont le lieutenant a dû être évacué. Le régiment, rattaché à la division d'infanterie, stationnée au nord de Brumath en arrière de la ligne Maginot doit se porter vers l'ouest dès le pour tenter de contenir l'avancée des troupes allemandes. Au cours d'intenses combats, la détermination d'Henri Lamaison à la tête de la batterie du RAD lui vaut une citation à l'ordre de la division et l'attribution de la Croix de guerre avec étoile d'argent« Lamaison Henri, sous-lieutenant à la 5e batterie du 14e régiment d’artillerie. Très jeune officier possédant les plus grandes qualités de valeur militaire. Par son initiative et son sang-froid a contribué largement à la parfaite exécution des missions confiées à sa batterie. Son calme et son mépris du danger, sous les plus violents bombardements, ont été un constant exemple pour ses hommes » (Secrétariat à la Guerre, Ordre n°617-C (extrait), 9 juin 1941 (Journal Officiel, 14 novembre 1941).. Cependant bousculée par l'offensive ennemie, la division se replie ensuite au sud de Sedan puis au sud-ouest de Nancy, où, encerclées, ses troupes doivent se rendre le . H. Lamaison est capturé à Bainville-sur-Madon et rapidement emmené avec les autres officiers du régiment dans un Frontstalag des ArdennesCentre de démobilisation Dupleix (Paris XVe), fiche de démobilisation n°2319 au nom d’Henri Lamaison..
L'Oflag VI-A à Soest (Rhénanie-Westphalie) 350px|right|Oflag VI-A juillet 1941. H. Lamaison assis, rang, à partir de la gauche.
Le camp de Soest, composé de bâtiments construits en 1938 pour héberger des unités d'infanterie de la Werhmacht, a été transformé en camp de prisonniers pour soldats et sous-officiers prisonniers (stalag) polonais en 1939, puis requalifié en camp pour officiers prisonniers (oflag) en . Comme tous les officiers de son régiment, H. Lamaison est transféré à l'Oflag VI-A dès la fin Centre national d’information sur les prisonniers de guerre, Liste officielle n°48 des prisonniers français d’après les renseignements fournis par l’Autorité militaire allemande, 4 décembre 1940, p. 35 (Lire en ligne).(.
En , Henri Lamaison fait parvenir à sa famille une photo, prise par les autorités du camp, du groupe des officiers français qui partagent le même dortoir. La plupart sont des officiers du régiment d'artillerie divisionnaire, réunis autour du Cdt Palustran.
A la fin de l'hiver 1942, cinq camarades d'H. Lamaison lui proposent de se joindre à eux pour une évasion par un tunnel qui doit déboucher hors de l'enceinte en passant sous la baraque des colis.
Ils sont donc cette fois nettement plus nombreux au départ de ce deuxième tunnel qui débouche derrière la baraque des colis et doit permettre une sortie par les jardins. Seul le premier de la file, bien que repéré, a pu s'évader. H. Lamaison en seconde position, face à l'agitation des sentinelles, décide de se réfugier dans la kommandantur où il est découvert et mis au cachot. Cette deuxième tentative le fait classer parmi les ennemis du Reich et transférer à Colditz.
L'Oflag IV-C à Colditz (Saxe) H. Lamaison arrive à Colditz le , dans la forteresse médiévale « dont on ne s'évade pas ». Il y retrouve un fort contingent d'officiers français tous motivés pour faire mentir une nouvelle fois cette affirmation allemande en suivant l'exemple du lieutenant Alain Le Ray, premier évadé le . Toutefois l'échec de la tentative du Grand tunnel français découvert le sur dénonciation d'une ordonnance complique les projets et limite les ardeurs. Mais l’évasion n’est pas le seul moyen de combattre l’ennemi lorsqu’on est son prisonnier. La collecte et la diffusion de l’information se révèlent être à Colditz des moyens extrêmement efficaces dans le combat moral contre l’Allemagne. H. Lamaison apporte à cette lutte une discrète contribution ainsi contée par un de ses camarades : « Henri Lamaison … a participé dans ce camp [Colditz] à l’installation derrière son lit d’un poste de radio clandestin fin 42 et s’est chargé, avec d’autres camarades, d’assurer l’écoute puis la diffusion des nouvelles de la B.B.C. aux autres nationalités (Anglais, Belges, Polonais, Tchèques, Hollandais) »Henri Pradoura, voir ..
Le grand ennui des longues journées de captivité, rythmées par les trois appels réglementaires est parfois rompu par des appels inopinés, quelques promenades dans le jardin du château, des conférences de niveau universitaire et des cérémonies religieuses comme la procession de la Fête-Dieu en dans la cour de la forteresse, s'avançant depuis la porte de la chapelle et dont le P. Yves Congar est le célébrant principal. center|350px|Henri Lamaison, au rang, en partant de la droite, regarde le photographe. Oflag IV-C : officiers en procession dans la cour de la forteresseHenri Lamaison, au rang, en partant de la droite, regarde le photographe (Photo Anonyme, 1943)..
Le , H. Lamaison tente de franchir la palissade du parc de Colditz, sans succès. Le , tous les prisonniers de Colditz, sauf les officiers britanniques, sont transférés à Lübeck.
L'Oflag X-C à Lübeck (Schleswig-Holstein) L'Oflag X-C à Lübeck constitué d'une vingtaine de grandes baraques d'un seul niveau posées sur un vaste espace bénéficie d'une situation aérée et ensoleillée mais présente l'inconvénient d'être bâti sur un sol sablonneux, nécessitant un lourd étayage pour consolider les tunnels d'évasion. Quelques impatients tentent donc un passage en surface au travers des barbelés :
thumb|right|Schéma du tunnel de l'infirmerie Brunet retente seul l'opération le , se fait capturer et disparaît, tandis que Lamaison réintègre l'équipe dite du Tunnel de l'infirmerie à laquelle il s'était joint au début des opérations fin 1943, pour travailler en première ligne, comme le rapporte Yves Congar :
Le soir du , sur la vingtaine de candidats à l'évasion, seuls quatre parviennent à sortir du puits à l'extérieur des barbelés par suite d'un problème de transmission d'ordres dans le tunnel. L'échec de la tentative étant avéré, H. Lamaison regagne discrètement son baraquement sans être inquiété par les gardes du camp.
Le camp de Lübeck est libéré par les troupes anglaises le . H. Lamaison reste un mois sur place, volontaire pour aider des réfugiés civils sous la direction de Max Lejeune, coordinateur des affaires françaises. Il est rapatrié à Paris le .
Carrière right|100px|thumb|Logo Esso Fort de son diplôme d’ingénieur de l’École du Pétrole obtenu en , H. Lamaison est recruté quelques semaines plus tard par la Standard française des pétroles (Esso Standard en ). Ses débuts professionnels se passent au siège de la société, 82 avenue des Champs-Élysées, où il travaille en tant qu’ingénieur de recherches à la direction industrielle. De la raffinerie de Port-Jérôme au siège social