vignette|La mort de Félix Faure, au palais de l'Élysée, d'après une illustration parue dans Le Petit Journal en 1899.

La mort de Félix Faure le au palais de l'Élysée est un évènement qui marque l'histoire de la Troisième République et mène à l'élection d'Émile Loubet comme président de la République. La mort est abondamment commentée par la société française. Des quatre présidents de la République française décédés en fonction, Félix Faure est le seul à être mort au palais de l’ÉlyséeSadi Carnot et Paul Doumer ont été assassinés (en 1894 à Lyon pour le premier, et en 1932 à l'hôpital Beaujon, alors situé rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris, pour le second), tandis que Georges Pompidou est décédé dans son appartement de l'île Saint-Louis à Paris..

Contexte

Liaison avec Marguerite Steinheil Félix Faure est élu président de la République et occupe cette fonction à partir de 1895. En 1897, il rencontre à Chamonix Marguerite Steinheil (dite « Meg »), épouse du peintre Adolphe Steinheil ; la commande officielle d'une toile monumentale intitulée La remise des décorations par le président de la République aux survivants de la redoute brûlée lui avait été précédemment passée. Félix Faure se rend après cela régulièrement à la villa « Le vert logis », au de l'impasse Ronsin à Paris, où réside le couple Steinheil. Marguerite devient rapidement sa maîtresse et le rejoint fréquemment dans le « salon bleu » du palais de l'Élysée., pièce qu'il a fait aménager avec une porte dérobée où le président pouvait donner des « audiences très particulières » à ses nombreuses maitressesLa vraie mort de Félix Faure, Europe 1, 13/10/2020.

Problèmes cardiaques Il souffre de troubles cardiaques depuis plusieurs années sans cependant renoncer à la bonne chère, au tabac et aux femmes. Se sentant fatigué, Faure s'entretient avec son directeur de cabinet Louis Le Gall le et lui dit : Lucie Félix-Faure Goyau, sa fille.

Circonstances

Premiers maux Le au matin, Félix Faure ne se sent pas bien, a « les jambes molles », et annule sa promenade équestre quotidienne. Il a mal dormi. Il téléphone à Marguerite Steinheil et lui demande de passer le voir pour 17 heures, après un Conseil des ministres consacré à l'affaire Dreyfus.

Bien qu'elle fût arrivée, l'entretien du président avec l’archevêque de Paris François-Marie-Benjamin Richard à 15 h prend du temps. Le président rencontre ensuite Albert de Monaco, venu intercéder en faveur du capitaine Dreyfus, et qui le trouve fatigué.

Après le Conseil des ministres Sorti de ses rendez-vous, Faure boit de l'alcool (du vouvray), et avale un médicament. Lorsque Louis Le Gall rentre au palais à 18 h, le secrétaire, Blondel, lui indique que Faure se trouve avec Marguerite Steinheil.

Selon la légende colportée par plusieurs sources dont certaines n'étaient pas présentes sur les lieux, peu de temps après que le couple se fut installé dans le « salon bleu » de l'Élysée (ou le salon d'Argent, selon d'autres versions), le chef du cabinet Louis Le Gall, alerté par des cris, se précipite et découvre le président sans autre vêtement qu'un gilet de flanelle, râlant, allongé sur un divan et la main crispée dans la chevelure de sa maîtresse dont il fallut même couper quelques mèches de cheveux, pendant que Marguerite Steinheil déshabillée réajustait ses vêtements en désordre.Félix Faure, un aller simple pour le septième ciel, Historia, mars 2016. Elle aurait abandonné dans la précipitation son corset au palais, qui aurait été récupéré par le secrétaire.

En réalité, Faure se rend, à bout de forces, au bureau de Le Gall à 18 h 30, et s'affale dans son fauteuil ; Steinheil quitte alors le palais. Un médecin qui se trouve au palais examine le président et ne lui trouve aucun mal. Le président dit à Le Gall : . Faure aurait été transporté jusqu'à son bureau (la bibliothèque du palais de l'Élysée).

La famille du président arrive sur les lieux. Un curé inconnu est appelé au palais, celui de la Madeleine n'étant pas joignable. Le président meurt vers d'une congestion cérébrale comme on disait à l'époque.

Causes de la mort Dans L'Elysée : Histoire secrète et indiscrète des origines à nos jours (1995), Claude Pasteur rapporte qu'un rapport médical est rédigé peu de temps après la mort de Faure par le docteur Lannelongue, qui estime que la mort du président n'a aucun lien direct avec son activité avec Steinheil.

Il est probable que Faure ait absorbé une dose trop élevée de cantharide officinale, puissant aphrodisiaque mais aux effets secondaires importants (à moins qu'il ne s'agît de l'aphrodisiaque à base de quinine qu'il se faisait apporter par son huissier comme à son habitude, afin de se montrer à la hauteur avec sa maîtresse) : à titre d'hommage posthume, Félix Faure introduit le cinquième volume des Figures contemporaines de l'album Mariani (H. Floury, 1900), or le vin Mariani contenait 6 % de cocaïne..

L'historien Pierre Darmon soutient également la thèse de la légende, car Faure présentait des signes de tachycardie. Sa rencontre houleuse avec le prince de Monaco, dreyfusard demandant que l'Allemagne se portât caution pour l'innocent capitaine, aurait aggravé l'état du président. Celui-ci aurait ensuite passé quelques minutes avec sa maîtresse avant de défaillir et de rejoindre son bureau. C'est entouré de sa famille et de son médecin qu'il serait mortPierre Darmon, « Les dernières heures de Félix Faure », L'Histoire numéro 398, avril 2014.. De la même manière, Germain Galérant, médecin et membre de la Société internationale d'histoire de la médecine« Germain Galérant (8 septembre 1914-17 mars 2001) » par Danielle Gourevitch, Comité de lecture du 15 décembre 2001 de la Société française d'histoire de la médecine, in Histoire des sciences médicales, tome XXXVIn n° 4, 2002, estime que Félix Faure serait mort d'un accident vasculaire cérébral dont les premiers signes se seraient manifestés plusieurs heures auparavant, et l'historien met la version des ébats mortifères sur le compte de la « L'odieuse légende de la mort du président Félix Faure », Germain Galérant, communication présentée à la séance du 23 mars 1985 de la Société française d'histoire de la médecine.

Réactions

Médiatisation et fausses informations La nouvelle du président mort dans les bras de sa maîtresse se répandit rapidement .. Si certains journaux affirmèrent, tel le Journal du Peuple du , qu'il était mort d'avoir , c'est-à-dire d'avoir abusé de ses forces durant une relation sexuelle (épectase), d'autres, tel La Presse du , se demandèrent s'il Christian Delporte, Michael Palmer, Denis Ruellan , .. Ce journal évoquait l'hostilité à son égard provoquée par son attitude dans l'affaire Dreyfus, thèse qui fut reprise par Édouard Drumont dans son journal La Libre Parole, où il affirmait qu'un cachet empoisonné avait été placé par des « dreyfusards » parmi ceux que prenait le présidentCette thèse complotiste continue d'être véhiculée aujourd'hui. Voir la réfutation sur le blog de la SIHAD.

Les circonstances croustillantes du décès prirent rapidement le pas sur la tragédie d'une mort subite (ou d'un simple arrêt cardiaque). La légende rapporta que l'abbé Herzog, curé de la Madeleine, fut mandé par son épouse Berthe Faure pour lui administrer les derniers sacrements mais, sans attendre son arrivée, il fut remplacé par un prêtre de passage devant l'Élysée qui, en demandant à son arrivée : « Le président a-t-il toujours sa connaissance ? » se serait entendu répondre : « Non, elle est sortie par l'escalier de service ! ». Faure habitant l'Élysée, la maîtresse dut en effet, pour éviter le scandale, s'éclipser tellement vite qu'elle en oublia son corset, vêtement que le chef de cabinet Le Gall a conservé en souvenirPatrick Baudry, Claude Sorbets, André Vitalis, La Vie privée à l'heure des médias, Presses universitaires de Bordeaux, 2002, 197 pages, ...

La rumeur populaire colporta que c'était une fellation pratiquée par sa maîtresse qui avait provoqué une mort pendant l'orgasme, éphéméride du Point, 16 février 2012.Cette rumeur continue d'être couramment évoquée. On la retrouve par exemple dans un des dialogues du film Les Invasions barbares (2003), ou dans le roman Neiges artificielles de Florian Zeller (Flammarion, 2002, )., ce qui valut à Marguerite Steinheil le surnom de « pompe funèbre »Philippe Valode, Histoire des campagnes présidentielles : de Louis-Napoléon Bonaparte à nos jours, HC Éditions, 2006, ..

Réactions du personnel politique Georges Clemenceau eut ce mot : « Il se croyait César, il n'est mort que Pompée... »Jean Garrigues, Le Monde selon Clemenceau, formules assassines, traits d'humour, discours et prophéties, Paris, Editions Tallandier, 2020 p. 111, ce qui est autant une allusion au goût du président pour le faste qu'à la cause prétendue de sa mort. À noter que celui-ci n'aimait pas Félix FaureLaurent Bourdelas, Le Paris de Nestor Burma : l'occupation et les « Trente glorieuses » de Léo Malet : essai, Paris, L'Harmattan, 2007, 189 pages, , .C'est le thème d'un dialogue dans le film Les Invasions barbares. Clemenceau aurait également déclaré à cette occasion : et .

L'extrême droite se félicite de la mort du président et avance des explications complotistes. Édouard Drumont écrit qu'il s'agit d'. Maurice Barrès écrit : .

Obsèques Le président eut droit à des obsèques nationales, célébrées le . Elles furent marquées par la tentative d'un coup d'État de la Ligue des patriotes, fomenté par Paul Déroulède, qui essaya en vain de faire prendre d'assaut le palais présidentiel..

Félix Faure est inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris, division. Son gisant en bronze, réalisé par le sculpteur René de Saint-Marceaux, le représente couché sous les plis des drapeaux français et russe, pour rappeler son rôle dans l'alliance franco-russe..

Notes et références

Voir aussi

Faure Felix Catégorie:Février 1899 Catégorie:Félix Faure