Les bibliothèques LGBT sont des bibliothèques diffusant de l'information et des services aux personnes et communautés LGBT.

Ces bibliothèques offrent un espace sûr et inclusif en diffusant des contenus concernant la communauté LGBT qui couvrent des sujets variés comme le coming out et le coming in, la santé et les questions liées à la famille, mais comprennent aussi la lecture de loisirs..

Histoire Après les émeutes de Stonewall, des débats ont lieu parmi les bibliothécaires sur le rôle des bibliothèques vis-à-vis de la diffusion de l'information et des services à apporter aux personnes et communautés LGBT.

Depuis les années 1960, des organisations militent pour l'accès à du contenu LGBTQ+ dans les bibliothèques. De nombreux théoriciens ont discuté des différents aspects des services qu'apportent les bibliothèques LGBTQ+, comme les préoccupations relatives à la vie privée, la programmation événementielle, les réflexions liées au développement des collections, mais aussi les besoins en matière de formation des bibliothécaires et du personnel, ainsi que des services spéciaux pour les jeunes et les adolescents.

Réunis à Singapour en 2013 pour le congrès de l’IFLA, un groupe de bibliothécaires lancent le groupe d’intérêt spécial (GIS) consacré aux publics LGBTQ. Il tient sa première conférence l’année suivante à Lyon, avec le titre « Faire face au silence : comment les bibliothèques peuvent servir les usagers LGBTQ »« Introduction » dans .

Le GIS sur les publics LGBTQ vise à soutenir les professionnels de l’information qui travaillent à améliorer les services aux usagers LGBTQ+ à travers le monde, reconnaissant que la grande majorité de la recherche en bibliothéconomie se fait dans le monde anglo-saxon, dans des pays occidentaux où les attitudes et lois sont généralement favorables envers les personnes LGBTQ+.

Un sondage récent mené par le GIS pour créer des lignes directrices internationales révèle que des bibliothèques dans certains pays hostiles aux personnes LGBTQ+ ont tout de même des collections LGBTQ+. En revanche, les bibliothèques hors de l’Occident ou dans des pays non anglophones sont moins susceptibles d’offrir des programmes et services aux communautés LGBTQ+, en raison d’un manque de ressources ou de lois ou attitudes répressives.

Amérique droite|vignette|Vitrail de la Bibliothèque Pride de l'université de Western Ontario.

Aux États-Unis À l'image du mouvement des droits LGBT dans d'autres domaines, les militants LGBT aux États-Unis commencent à plaider en faveur d'une plus grande représentation dans les bibliothèques à partir de 1969.

Task Force on Gay Liberation (Rainbow Round Table) En 1970, l'organisation se forme au sein de l'American Library Association (ALA). Coordonnée par Barbara Gittings en 1971, actuellement sous le nom de Rainbow Round Table, cette organisation est la plus ancienne organisation professionnelle LGBT des États-Unis. Elle pousse l'American Library Association à donner plus de visibilité aux personnes homosexuelles et lesbiennes dans la profession.

Au début des années 1970, le groupe de travail fait campagne pour que les livres sur le mouvement de libération gay à la Bibliothèque du Congrès soient déclassés de la catégorie 71-471 (« Relations sexuelles anormales, y compris les crimes sexuels »). En 1972, après avoir reçu une lettre demandant le reclassement, la Bibliothèque du Congrès accepte de procéder à ce changement, en classant ces livres dans une nouvelle catégorie, 76.5 (« Homosexualité, lesbianisme - Mouvement de libération gay, mouvement homophile »). La pionnière des droits des homosexuels, Barbara Gittings plaide pour une révolution dans l'inclusion et le catalogage des documents LGBTQ dans les bibliothèques publiques afin de créer un environnement plus positif, allié et plus informatif pour tous les membres de la communauté.

En 1992, les bibliothèques américaines publient une photo du groupe de travail (aujourd'hui la Rainbow Round Table) sur la couverture de son numéro de juillet/août, attirant à la fois les critiques et les éloges du monde des bibliothèques.. Certains qualifient la couverture de « mauvais goût » et accusent les bibliothèques américaines de « glorifier l'homosexualité », tandis que d'autres ont soutenu cette initiative.

En 2007, le groupe de travail commence au sein de l'ALA à encourager la présence de la littérature LGBTQ pour les jeunes au sein des collections des bibliothèques.. Le groupe publie une bibliographie annotée de titres LGBTQ pour les jeunes et les adolescents, ainsi que la liste annuelle Rainbow, qui présente les meilleurs titres LGBTQ jeunesse et Young Adult..

Buffalo History Museum Après l'adoption du mariage homosexuel à New York en 2011, la bibliothèque de recherche du à Buffalo devient la première bibliothèque connue aux États-Unis à archiver des souvenirs de mariage de couples homosexuels légalement mariés..

Au Canada

Au Québec Une étude réalisée en 2019 conclut que les bibliothèques publiques au Québec font bonne figure en matière de représentation LGBTQ+ dans leurs collections, quoique l’homosexualité masculine tend à être surreprésentée et l’homoparentalité, sous-représentée.

Située à Montréal, la Bibliothèque à livres ouverts voit le jour en 1991. Elle fait partie du Centre communautaire LGBTQ+ de Montréal, un organisme sans but lucratif, qui a comme objectif d’améliorer la condition de la communauté LGBTQ+. BALO est la seule bibliothèque spécialisée dans la documentation LGBTQ+ au QuébecCentre communautaire LGBTQ+ de Montréal (Éd.). (2018). Des bibliothèques ouvertes À toutes et À tous—Guide pratique visant À faciliter L’inclusion des enjeux LGBTQ+ dans les bibliothèques D’établissements D’enseignement collégial et universitaire du québec (Collections de BAnQ). https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3734425. La bibliothèque possède une collection de plus de 20 000 documents incluant des romans, de la littérature jeunesse, des magazines, des films et bien d’autres. En , elle reçoit le prix d’excellence GLBTRT Newlen-Symons de l’American Library Association pour son service à la communauté LGBTQ+.  

En plus de sa collection spécialisée, la Bibliothèque à livres ouverts contribue à l’amélioration de l’accès à l’information pour la communauté LGBTQ+ à travers des partenariats, des activités et des guides pour les bibliothèques. En 2017, après avoir constaté que le manque d’information sur la communauté LGBTQ+ québécoise sur Wikipédia, Michael David Miller, un bibliothécaire de liaison, organise une série d’activités intitulée « Wikipédia et la communauté LGBTQ+ : visible et vivante » en partenariat avec la Bibliothèque à livres ouverts, le Café des savoirs libres et Wikimédia Canada. La série avait comme objectif de donner une voix à la communauté LGBTQ+ québécoise ainsi que donner de la visibilité à la culture, l’histoire, les artistes et les figures publiques de la communauté via Wikipédia.

Europe

Au Royaume-Uni En 1973 à Londres, le bibliothécaire Bob Elbert fonde le pour rassembler les gais et lesbiennes qui œuvrent dans la profession. Le groupe soutient la nouvelle ligne d’information téléphonique Gay Switchboard, travaille à rendre les bibliothèques plus accueillantes pour les personnes LGBTQ+ et dresse des listes de documents pertinents pour la communauté.

En 1984, des bibliothécaires lesbiennes fondent le groupe afin de faire pression sur les bibliothèques et leurs fournisseurs. Le groupe publie notamment Out on the shelves: lesbian books into libraries en 1989, une liste détaillant des centaines de livres, périodiques et organismes LGBTQ+.

En Pologne En 2017, la bibliothèque de Wrocław devient une bibliothèque LGBT+, gérée par l'organisation Kultura równości. En , la bibliothèque Azyl de Lublin est décrite comme .

En Suède Le , la bibliothèque de Trelleborg reçoit la certification LGBT.

En France Le groupe de travail Légothèque est fondé en 2012 au sein de l’Association des bibliothécaires de France. Il vise à rendre les bibliothèques des lieux de construction de soi qui luttent contre les stéréotypes, notamment envers les minorités sexuelles.

Il existe en France une multitude de bibliothèques LGBT, très différentes les unes des autres, y compris au sein des centres LGBT. En effet, en 2020, sur les 32 plus grands centres LGBT du pays, 22 disposent d'une bibliothèque, qu'elle fasse l'objet d'une commission et de financements particuliers, ou qu'elle occupe seulement quelques étagères sous la responsabilité des bénévoles à l'accueil. D'autres projets, portés soit par des individus, soit par des associations dont c'est le but premier, existent également, parmi lesquels la Bibliothèqueer (à l'initiative d'Albane Linÿer).

Aux Pays-Bas Au sein de l' d'Amsterdam, la section dédiée à l'homosexualité et à la « diversité sexuelle » est gérée par des bénévoles et des salariés de l'IHLIA LGBTI Heritage.

Freins au fonctionnement Obstacles Dans un article publié en 2016, Tracy Robinson remarque que les jeunes de la communauté LGBTQ+ sont encore mal desservis et exclus dans les bibliothèques publiques. De plus, elle souligne qu’un manque de recherche sur l’inclusion des personnes LGBTQ+ dans les bibliothèques persiste bien qu’il ait eu une certaine amélioration dans les dernières années.

La littérature aux sujets des membres de la communauté LGBTQ+ et leurs besoins informationnels démontre qu’il y a plusieurs barrières à l’accès à l’information pour ces usagers. Dans sa revue de littérature Obstacle à l’accès et à l’information pour la communauté LGBTQ, Cameron M. Pierson souligne huit barrières qui rendent l’accès à l’information difficile pour les usagers LGBTQ+ telles que les conditions sociétales, les barrières interpersonnelles, la fracture numérique, les méthodes descriptives des catalogues inadéquates, les collections et les services inadéquats, les barrières géographiques, les barrières affectives et l’inaction.

Dans l’article, Pierson constate que la perception de la société sur cette communauté affecte directement leur accès à l’information et aux services offert en bibliothèque. Lorsque les conditions sociétales sont plutôt négatives, cela crée de l’hésitation chez les usagers LGBTQ+ à discuter de leurs besoins informationnels. Une société qui exclut les personnes LGBTQ+ peut freiner le développement de collections diversifiées, l’acquisition de ressources ou l’offre de services d’informations et d’activités pour les usagers LGBTQ+ à cause de plusieurs facteurs tels que l’homophobie institutionnelle, la transphobie systématique, le désir de neutralité, l’autocensure ou la censure, et bien d’autres.

Pour ce qui est des barrières interpersonnelles, Pierson explique que « l’homophobie au sein du personnel des bibliothèques, le manque de documents, et les difficultés à repérer l’information sont des problèmes qui persistent ». L’accès à l’information et aux services en bibliothèque devient difficile à cause des interactions négatives avec le personnel. En effet, selon une étude réalisée en 2005 par Ann Curry, bien que de nombreux adolescents LGBTQ aient des préoccupations très similaires à celles de leurs homologues adultes, les bibliothécaires ne répondent souvent pas à leurs questions liées aux sujets LGBTQ d'une manière bienveillante ou accueillante.. Les difficultés à repérer l’information ainsi que les interactions négatives avec le personnel renforcent les obstacles à l’accès et à l’information comme Pierson le fait valoir dans son article.

L’inaction, nommée comme un des obstacles à l’accès et à l’information en bibliothèque dans l’article de Pierson, est reflétée par le manque d’action identifiable de la part des bibliothèques ainsi que le manque de recherche menée.