Adam-Philippe de Custine, né le à Metz et mort guillotiné le à Paris, est un général de division de la Révolution française. Ayant commencé sa carrière comme officier dans l'armée royale, il participe à la guerre de Sept Ans, puis à la guerre d'indépendance américaine au sein de l'expédition de Rochambeau envoyée au secours des insurgents. Après les victoires remportées lors de la campagne de Virginie et à la bataille de Yorktown, il rentre en France et reprend sa place dans son unité d'origine.
Au commencement de la Révolution française, Custine siège aux États généraux et intègre peu après l'Assemblée nationale constituante où il représente la ville de Metz. Il soutient une partie des décrets d'août mais appuie également, dans une large mesure, la prérogative royale et les droits des émigrés français. Lors de la dissolution de l'Assemblée constituante en 1791, il est affecté à l'armée avec le grade de lieutenant-général et est nommé l'année suivante au poste de commandant en chef de l'armée des Vosges. En 1792, il guerroie avec succès sur le Rhin, s'empare des villes de Spire et de Mayence et force les lignes de Wissembourg. À la suite de la trahison présumée du général Dumouriez, Custine est convoqué par le Comité de salut public, qui l'acquitte.
Rétabli dans ses fonctions, Custine essuie plusieurs défaites au printemps 1793 et les Français doivent évacuer la plupart des territoires conquis l'année précédente. Désigné à la tête de l'armée du Nord, il échoue à secourir la forteresse de Condé assiégée, ce qui motive son rappel à Paris. Après les capitulations successives de Condé, Mayence et Spire, il est arrêté et appelé à comparaître devant le tribunal révolutionnaire présidé par Antoine Fouquier-Tinville, qui le reconnaît coupable de haute trahison par un vote de la majorité du tribunal le . Il est guillotiné le lendemain.
Biographie
Carrière militaire sous l'Ancien Régime Fils de Philippe François Joseph comte de Custine, chevalier, seigneur de Guermange de la baronnie de Sareck et autres lieux, grand fauconnier de sa Majesté le Roi de Pologne duc de Lorraine et de Bar et de dame Anne Marguerite de Maguin, Adam-Philippe de Custine de SarreckLéon Clément Hennet : État militaire de France pour l'année 1793, page 6 naît le paroisse Saint-Martin à MetzNMD Metz, paroisse Saint-Martin 1740-1745, cote GG127, vue 305, 2e acte. À l'âge de 5 ansDossier militaire d'Adam de Custine, Service historique de la Défense, GR 3 YD 1264, il est nommé lieutenant en second de la compagnie de Soulaigre du régiment de Custine le . Il sert dans les Pays-Bas pendant la guerre de Succession d'Autriche, sous les ordres du maréchal de Saxe. Il participe à la guerre de Sept Ans de 1758 à 1763 et devient capitaine au régiment de dragons de Schomberg le ..
À la fin de la guerre de Sept Ans, Custine est parvenu jusqu'au grade de mestre de camp. Ses talents sont remarqués par le duc de Choiseul qui crée spécialement pour lui un régiment de dragons.. Il est fait chevalier de l'ordre de Saint-Louis le et brigadier en . Au moment de la guerre d'indépendance américaine, Custine sollicite son transfert au commandement d'un régiment d'infanterie afin de pouvoir s'illustrer sur le champ de bataille, tout en continuant à acquérir de l'expérience et en espérant de l'avancement.. Son unité, le régiment de Saintonge, embarque pour les Treize colonies à Brest le et arrive à Philadelphie le ..
Sur place, il combat avec distinction contre les Anglais au sein du corps expéditionnaire du comte de Rochambeau. Le régiment de Saintonge prend part à la campagne de Virginie en 1781 et reçoit des éloges pour sa participation à la bataille de Yorktown ; Custine se voit décerner un brevet du gouvernement américain en récompense de son mérite. et est promu au grade de maréchal de camp le . Après la reddition des forces britanniques, son régiment installe ses quartiers d'hiver aux États-Unis avant de repartir pour les Antilles en 1782.
À son retour en France, Custine est nommé gouverneur de Toulon, nomination que Six date du . Il reprend également ses fonctions de colonel du régiment d'infanterie de Rouergue.. À la même époque, il est noté ainsi par ses supérieurs : .
Général de la Révolution française Élu député de la noblesse de Metz aux états généraux de 1789, Custine se montre partisan des idées nouvelles. En juillet de la même année, alors qu'éclate la Révolution française, il siège à l'Assemblée nationale constituante. Il y soutient notamment la rédaction d'une constitution conforme aux principes d'un gouvernement représentatif et vote souvent avec la noblesse libérale de La Fayette.. S’il vote la Déclaration des droits de l’homme, il défend en revanche les prérogatives royales, en prenant la défense des émigrés et celle des biens du clergé. Il se montre plus timide dans son soutien aux décrets d'août abolissant l'exclusivité sur la chasse et la justice seigneuriales, la vénalité des offices dans la magistrature, les privilèges pécuniaires, les privilèges particuliers de provinces, la dîme ou encore la pluralité des bénéfices.
vignette|Custine tenant un conseil de guerre avec ses généraux pour planifier le franchissement des lignes de Wissembourg. Illustration de Frédéric Régamey.
Envoyé comme commissaire dans les départements du Rhin et des Vosges pour y recevoir le serment des troupes en , puis attaché à la division militaire, Custine est nommé lieutenant-général à la dissolution de l’Assemblée législative au mois d'octobre.. Envoyé dans le Bas-Rhin sous les ordres du maréchal Nicolas Luckner, il est chargé à partir du de la défense de Landau, dont il fait remettre les fortifications en état. En dépit de sa discipline stricte, il est populaire parmi ses soldats, qui le surnomment affectueusement le .. Il est promu commandant en chef de l'armée des Vosges le et s'empare tout d'abord de Spire le 30 de ce mois, capturant près de prisonniers et 55 pièces d'artillerie. Cette conquête lui ouvre les portes du Palatinat. En récompense de sa victoire, il est nommé général en chef de l'armée du Rhin le et occupe successivement Worms, Mayence le et Francfort-sur-le-Main le 22.
En Rhénanie, Custine contribue à propager les idées révolutionnaires par des proclamations et impose de lourdes contributions à la noblesse et au clergé. Le , il bat un corps prussien sur la Lahn. Le , une offensive conjointe des troupes prussienne et hessoise l'oblige à abandonner Francfort et à se replier sur Mayence, livrant plusieurs combats pour ralentir la progression de ses adversaires. Il parvient en définitive à se maintenir à hauteur de cette ville, mais, victime de rumeurs accablantes à son encontre, il est obligé d'écrire aux autorités révolutionnaires pour se justifier. Défendu notamment par Maximilien Robespierre lors d'une séance au club des jacobins le , où celui-ci évoque sa et déclare qu'il a ., il est toutefois rendu suspect aux yeux du Comité de salut public, qui le convoque à Paris au début de l'année 1793 pour lui demander des explications. L'innocence de Custine est rapidement mise en lumière et il est autorisé à reprendre son poste.
vignette|Lors de sa campagne en Rhénanie, Custine impose de lourdes contributions à la noblesse et au clergé, ce qu'illustre cette caricature.
Nommé le commandant en chef de l'armée du Rhin, il conforte sa position autour de Mayence en s'emparant des défilés en avant de la ville, mais à la fin du mois, les Prussiens reprennent l’offensive et repoussent les Français sur Landau. Custine jette alors une garnison d'environ hommes dans Mayence et une autre dans Cassel, avec des vivres pour un an. Au cours de la retraite, il est vaincu à Ober-Flörsheim le , abandonnant prisonniers aux mains de l'ennemi, et doit abandonner une grande quantité de matériel à Frankenthal. Custine offre sa démission qui est refusée ; il envoie alors une lettre à l’Assemblée où il laisse entendre que la patrie ne peut être sauvée que par un dictateur. Attaqué dans les journaux et à l'Assemblée par une partie de la classe politique, notamment par Marat, il se défend avec succès et, dans le même temps, refuse une avance du général autrichien Wurmser l'invitant à évacuer Landau.
Le , il est nommé général en chef en chef des armées réunies du Nord et des Ardennes à la place du général Dampierre.. Toutefois, avant de quitter définitivement son poste, il décide le de mettre en œuvre une dernière attaque contre un contingent de troupes autrichiennes isolées en avant du gros de leurs forces. Après avoir entrepris une marche de nuit, les troupes françaises entrent en contact avec les unités adverses, mais la mauvaise coordination des manœuvres entre cavalerie, infanterie et artillerie conduit le à l'échec total de l'opération. Au cours du combat, la cavalerie française s'empare d'abord de plusieurs canons ennemis, mais un retour offensif de la cavalerie autrichienne refoule les Français en désordre et sème la panique dans les rangs de l'infanterie arrivant en sens inverse.. Alors que cette dernière se débande à son tour, Custine parvient à rallier ses soldats et à se retirer en bon ordre.. Quelques jours plus tard, le , il quitte l'armée du Rhin pour se rendre à celle du Nord, où il remplace le général Lamarche à partir du 27 de ce mois. Il y commande pendant un temps et dispute quelques combats aux Autrichiens, mais les critiques de plus en plus vives dont il fait l'objet motivent son rappel. Il quitte l'armée le pour se rendre à Paris.
Jugement devant le tribunal révolutionnaire vignette|Gravure contemporaine représentant Custine avec son confesseur, peu avant son exécution.
À son arrivée à Paris, Custine ne se départ pas de son sang-froid habituel, ce qui exaspère ses adversaires politiques. Il s'installe dans un hôtel bien meublé et loue une chambre pour son secrétaire. Il rend également visite à son fils et à sa nièce et honore avec ponctualité ses rendez-vous mondains : il est vu dans tous les lieux publics, au Palais-Royal et au théâtre, où il est accueilli par de bruyantes ovations et par les cris de Le Comité de salut public charge un policier de l'accompagner dans tous ses déplacements. Le , il est arrêté et conduit à la prison du Luxembourg. Le 23, la nouvelle de la capitulation de Mayence tombe, suivie par celle de la perte de Valenciennes le 28. Il est transféré le même jour à la Conciergerie et ses appartements, ainsi que celui de son fils et de son secrétaire, sont mis sous clé en prévision d'une enquête..
Après trois semaines d'intenses débats à l'Assemblée, Custine est traduit devant le tribunal révolutionnaire le . Parmi les jurés, se trouve Fualdès qui prend sa défense« Retour sur l’affaire Fualdès (épisode I) », Bulletin d’Espalion, 25 février 2025.. L'accusateur public Antoine Fouquier-Tinville dresse l'acte d'accusation : il est reproché à Custine d'avoir trahi les intérêts de la patrie et d'avoir délibérément livré un certain nombre de places aux armées ennemies, facilitant ainsi leur entrée sur le territoire national. Sa vigueur dans la discipline, son indépendance à l’égard de la Convention, ses défaites en Rhénanie et des rapports de Custine avec le haut commandement austro-prussien figurent, entre autres, parmi les éléments à charge. Lors de son procès, le révolutionnaire Jacques-René Hébert s'en prend violemment à Custine à travers son journal Le Père Duchesne et accuse les juges de céder aux démarches d'une jeune femme ; la belle-fille du général, réputée pour sa beauté, se rend en effet chaque jour au tribunal pour venir s'asseoir aux pieds de l'accusé et tenter d'obtenir sa grâce. Le , les jurés accusent finalement Custine d'avoir œuvré à la perte de Francfort, Mayence, Condé et Valenciennes, en collaboration avec l'ennemi, et le condamnent à mort. Custine accueille ce verdict avec sérénité. Dans la nuit précédant son exécution, il demande à voir un prêtre pour se confesser et écrit une lettre d'adieu à son fils. Il est guillotiné à 51 ans le , mais Bégin donne la date du .