Le siège d'Aït Yacoub est un siège du 8 au qui s'inscrit dans la guerre de campagne du Maroc. Il correspond à l'encerclement de l'avant-poste militaire français d'Aït Yacoub par insoumis.

Contexte Campagne du Maroc En , Lyautey quitte le Maroc après sa démission du poste de résident général de France au Maroc. Depuis , et surtout à partir de , la guerre du Rif a mobilisé une grande partie des troupes françaises en renfort de l'armée espagnole. Les campagnes de la « pacification du Maroc » par le Protectorat français marquent une pause dans l'Atlas. Le sultan Moulay Youssef décède en , alors que les combats du Rif se sont terminés au printemps 1927. Depuis la nomination en de Lucien Saint comme résident général de France au Maroc, une reprise progressive des opérations militaires de contrôle des zones insoumises est programmée.

Installation du poste d'Aït-Yacoub Au printemps 1929, il est décidé d'occuper la haute vallée du Ziz. Le groupe mobile est organisé en deux branches : l'un partant de M'Zied remonte la vallée et occupe El Bordj ; l'autre part de Zaouia de Sidi Hamza et atteint le ksar de Aït-Yacoub le . Des éléments du Goum dirigés par le lieutenant Peyron et du régiment de Tirailleurs marocains du commandant Emmanuel installent un poste au-dessus du village.

Embuscade de Tahiant centré|vignette|Carte des corps de soldats français retrouvés le 25 juin 1929

L'embuscade du marque le début du siège de l'avant-poste militaire français d'Aït Yacoub.

Au matin, la ligne téléphonique est coupée en Tahiant et El Bordj. Dès 6 heures, le commandant Emmanuel, chef du détachement, envoie une équipe de téléphonistes, composée du sergent Pitel, du tirailleur Thullier et de 2 tirailleurs indigènes, réparer la ligne. La sécurité de l'équipe est assurée par 70 goumiers du Goum.

Vers 7 heures, des coups de feu sont entendus vers Tahiant. Le commandant Emmanuel décide alors de constituer un détachement composé du reste du Goum, des et compagnies ainsi que deux groupes de mitrailleuses du R.T.M. et une section de la compagnie du R.E. Le détachement part vers 8 heures vers Tahiant

Pendant ce temps, le détachement composé des téléphonistes et leur équipe de sécurité arrive à Tahiant. Les goumiers se positionnent au sud et à l'ouest du ksar, puis sont pris à partie immédiatement.

Le groupement Emmanuel rejoint la position du détachement vers 9h15. La compagnie se positionne à droite du Goum, 3 sections en première ligne, sergent-chef Achard à droite, sergent Narbonne au centre, sergent Abdel Aziz à gauche. La compagnie ne voyant rien, bien que le Goum à sa gauche est pris à partie, fait un bon de avant de se faire prendre à partie elle aussi. Elle se trouve à ce moment-là à à l'ouest sud-ouest de Tahiant, et tient cette position jusqu'à 13 heures.

La section de mitrailleurs du lieutenant de Francolini s'intercale entre le Goum et la compagnie. À 10 heures, la section est en difficulté après que son chef soit grièvement blessé et que le sergent-chef Bardel soit tué. La section du sergent Narbonne doit protéger la section de mitrailleurs.

La compagnie, composée de la section de l'adjudant-chef Grouillebois, de celle de l'adjudant Murzy et de la section de Légion du lieutenant Lemarchand, prend position à l'ouest de Tahiant à environ 400 ou . Elle prend le flanc gauche des Goumiers.

Une section de la compagnie, celle de l'adjudant-chef Grouillebois, est détachée à la sécurité de l'équipe de téléphonistes. Isolée et loin de la compagnie, celle-ci reçoit l'ordre du lieutenant Hognon vers 12 heures de rejoindre la position de la compagnie. L'équipe téléphoniste décroche de la position, sauf le sergent Pitel qui refuse de quitter sa position tant qu'il n'a pas fini de réparer la ligne.

Vers 12h45/13 heures, le commandant Emmanuel ordonne à tout le détachement de décrocher. Le dégagement est difficile, les pertes deviennent sensibles, les compagnies et les goums se gênent dans leur retraite. Le groupement arrive vers 13h/13h30 à Tahiant, où le commandant Emmanuel envoie un dernier message.

Dès lors que le détachement dépasse Tahiant, la situation devient confuse. Les sections sont attaquées de tous les côtés, les sections des ailes ainsi que le Goum arrivent plus facilement à se dégager, mais le reste des sections est sévèrement pris à partie. L'ennemi, qui a réussi à contourner par la tête de la colonne puis à s'infiltrer dans celle-ci, mène le combat au corps à corps. De nombreux cadavres seront retrouvés avec les traces de plusieurs coups de couteaux ou de pierre.

Les officiers, séparés de leurs troupes, sont entourés par de nombreux hommes sans armes. Les officiers peuvent résister un temps avec leurs pistolets, comme le capitaine Nury qui peut en descendre 3, mais à court de munition, ils sont massacrés à coup de pierre et de couteaux.

La dernière section à rentrer au camp est celle du sergent Narbonne de la compagnie, arrivée vers 15h/15h15.

L'appel dans les unités est fait, les pertes du RTM sont :

Disparus Commandant Emmanuel Capitaine Nury Lieutenant Helly Lieutenant Hognon Sergent-chef Paolini Sergent-chef Bardel 6 sergents, dont le sergent Pitel et le sergent Brévignon 6 caporaux, dont le caporal Saley 43 tirailleurs, dont le tirailleur Oriot Tués : Sergent Mathevon 2 caporaux 5 tirailleurs Blessés : Lieutenant Briard Lieutenant de Francolini 1 sergent 8 tirailleurs

Au total, les pertes, comprenant celles du Goum et de la section du RE, sont de 113 hommes : 87 disparus, 10 tués et 16 blessés.

Concernant les pertes matérielles, le détachement perd 2 mitrailleuses, 3 fusils mitrailleurs 1924, 64 fusils, 24 mousquetons, 6 chevaux, 11 harnachements et 9 mulets.

Siège d'Aït Yacoub

Le siège d'Aït-Yacoub est décrit par le Journal de Marche et d'Opérations du bataillon du RTM, par le JMO du Goum, par le JMO de la compagnie du RE, par le JMO du blockhaus, et par le rapport du capitaine Pistre, commandant de l'avant-poste d'Aït-Yacoub en remplacement du commandant EmmanuelRapport du capitaine Pistre du 8 au 19 juin 1929.

vignette|500x500px|Photographie du ksar d'Aït-Yacoub

9 juin Dans la nuit du 8 au , les défenses du camp sont renforcées, les sentinelles doublées, tous les hommes à la murette sous les ordres des quatre officiers restants.

Dès 7 heures du matin, des groupes de dissidents de 15 à 20 personnes paraissent dans le fond de la vallée au col de Tahiant. Ils s'infiltrent sur les pentes Nord et Sud. À 8 heures, l'artillerie du camp tire sur un groupe important à hauteur du col, un obus tombe au milieu d'un groupe et le disperse.

Les infiltrations continuent toute la matinée. Vers 10 heures, le Blockauss tire à la mitrailleuse et au V.B. sur des dissidents qui se dirigent sur Aït-Yacoub par l'oued et les pentes.

À 11 heures, des coups de feu partent de différents points des crêtes à gauche et à droite de l'oued en direction du bivouac. Nombreux tires d'artillerie sur les crêtes et en particulier sur une crête du cimetière à du bivouac.

De 13 heures à 18 heures, le blockauss continue de tirer sur les pentes Ouest et Est de la crête où il se trouve, les liaisons téléphoniques avec le bivouac sont coupées. Vers 18 heures, au milieu d'une vive fusillade rapprochée venant de toutes les directions sauf l'est, la section du sergent Pecoste occupant le blockauss abandonne sa position et se replie au bivouac face à un contingent d'une centaine de dissidents.

Les dissidents prennent la position du blockauss et ouvrent un feu nourri sur le bivouac. De nombreuses bandes arrivent depuis Tahiant et encerclent la position. Certains s'approchent très près sur la face tenue par le reste du bataillon du RTM.

Au cours de la nuit, des infiltrations sont tentées jusqu'à la ligne de fils de fer. Elles sont toutes repoussées par les tirailleurs.

La communication avec Rich est maintenue jusqu'à 23 heures, heure à laquelle les dissidents coupent la ligne.

Au cours de la nuit, les dissidents occupent et brûlent Afraskou.

Bilan Pertes : 5 blessés.

10 juin À 5h30, arrivée du avion qui lance un message et permet d'établir la liaison par panneau. D'autres avions viennent par la suite ravitailler le bivouac en cartouches et bombarder les crêtes.

Toute la journée est marquée par des coups de feu en provenance de la crête ouest. L'artillerie exécute des tirs par intermittence qui font cesser momentanément le feu. L'intensité des feux augmente dans l'après-midi depuis la partie ouest, en particulier depuis la pente à l'est d'Afraskou.

Vers 15 heures, un détachement de monteurs et de goumiers sort réparer les lignes téléphoniques. Une première coupure est réparée à du camp et une deuxième est repérée à . L'ordre est donné au Goum de rentrer, car un groupe de cavaliers et de piétons a été aperçu en venant de l'est.

À 15h30, la crète à au Nord-Est du poste en construction est occupée par une cinquantaine de dissidents. Un tir d'artillerie les disperse causant la mort de certains d'entre eux.

Vers 18h30, des groupes importants et nombreux (piétons et cavaliers) apparaissent au col d'Afraskou. Une partie occupe les pentes à à l'ouest du village, les autres la crète Nord. La fusillade s'intensifie, l'ordre est donné : tout le monde aux murettes.

À la nuit tombée, l'ennemi avance vers les faces Nord et Ouest du bivouac. Un artilleur est blessé mortellement à la murette, un tirailleur de la compagnie de mitrailleuse est également blessé mortellement, tandis qu'un autre est légèrement blessé. L'ordre est donné de ne tirer que sur ordre. Le feu est ouvert lorsque les dissidents sont à une centaine de mètres. La fusillade les disperses, causant des pertes sévères, mais une autre attaque est lancé sur le poste en construction qui finalement échoue.

Une autre attaque est lancée à l'Est du ksar qui est enrayée par les partisans d'Aït Yacoub et de la Zaouia, renforcés par des goumiers, le tout sous les ordres de l'Adjudant Delahouillere.

En se retirant sur Afraskou, une dernière tentative est lancée par les dissidents sur le poste en construction, sans résultat. Ils se retirent définitivement vers 2 heures du matin le .

Bilan Pertes : Le tirailleur Lahcen ben Mahjoub tué, 6 blessés dont un lieutenant État des munitions : Munitions d'artillerie presque épuisées (reste 40 obus). Cartouches de fusil en quantité suffisante si ravitaillés tous les deux jours. Grenades : Un ravitaillement en grenades et en V.B. est urgent. Vivres : 10 jours de vivres sauf pour le vin, 4 jours État de la troupe : Fatigué d'un point de vue physique, mais le moral est bon.

11 juin Vers 5h30, un avion lance un message du colonel Roucault indiquant l'arrivée d'un groupe de partisans. L'aviation ravitaille aussi en cartouches et en médicaments. Tirs toute la journée en provenance de la crête Ouest.

Dans l'après-midi, des groupes en provenance d'Afraskou occupent les crêtes Nord Est et tirent sur le bivouac.

L'aviation bombarde Afraskou et la crête Ouest à plusieurs reprises. Elle ravitaille aussi le camp en cartouches et médicaments.

12 juin

Nuit du 11 au 12 relativement calme, hormis une attaque à 22 heures sur la partie Est du ksar qui a été repoussée après deux heures de combat.

Bombardement tôt le matin par aviation sur la crète Ouest et à Afraskou. Ravitaillement en munitions.

Vers 12 heures, gros rassemblements à Afraskou de 400 à 500 dissidents qui défilent vers l'Est au Sud de la crète de Tassameurt et s'infiltrent par les petites vallées entre cette crète et le poste en construction. Ils viennent s'installer sur les crètes dominant le poste, à environ .

Quelques petits groupes profitant des orges très hautes et des séguias s'approchent à une centaine de mètres des faces Nord et Est du bivouac, mais un feu au commandement les fait fuir en laissant 10 morts sur le terrain.