Julien Boukambou, né le à Madianga et mort le à Brazzaville, est un militant anticolonialiste, syndicaliste et homme politique congolais.
Figure marquante de la lutte pour l'indépendance du Congo-Brazzaville, il est reconnu pour son rôle déterminant dans le soulèvement populaire des 13,14 et , connu sous le nom des « Trois Glorieuses », qui mena à la démission du président Fulbert Youlou. Secrétaire général de la Confédération Générale Africaine du Travail (CGAT), initiateur avec Abel Thauley Nganga de l'Union de la Jeunesse Congolaise (UJC) et cofondateur de la Confédération Syndicale Congolaise (CSC), Julien Boukambou a consacré sa vie à la défense des droits des travailleurs et à la promotion des idéaux révolutionnaires. Son engagement pour la justice sociale et l'unité nationale continue d'inspirer les nouvelles générations.
Le documentaire en trois volets intitulé Révoultionnaire(s) réalisé par son petit-fils Hassim Tall Boukambou, s'appuie sur les images d'archives et le témoignage de Julien Boukambou. Ce film à travers le récit du syndicaliste raconte l'histoire politique et syndicale de la république du Congo.
Biographie
Enfance et études Julien Boukambou est né le à Madianga, l'actuel village de Kinkembo, dans le district de Mindouli sur la route des caravanes. Son père Nga Mandilou était livreur de poissons de l'Administration coloniale. Mwa Nkono, son grand-père maternel, était le beau-frère et compagnon de lutte du chef rebelle Mabiala Ma Nganga. Sa mère Bantaba Moumbouila était une guérisseuse réputée pour sa grande connaissance des plantes médicinales.
Le jeune Julien Boukambou grandit dans le souvenir de la résistance à la pénétration coloniale, des évocations des batailles de Mabiala Ma Nganga par son grand-père Mwa Mkono. À 8 ans, il est emprisonné dix jours avec son père Nga Mandilou pour un retard de livraison des écrevisses à l'administration coloniale. Cet épisode engendre chez lui un sentiment profond de révolte contre la colonisation.
En 1930, il intègre la première école ouverte par les prêtres de la mission catholique à Mindouli. Élève brillant, il est l'un des premiers à fréquenter cette institution. Le , il devient moniteur de l'enseignement privé après une formation pédagogique spéciale à Brazzaville au sein de l'école Jeanne d'Arc. Pendant cette période, il est influencé par les idées d'André Matswa, un chef charismatique de la résistance anticoloniale qu'il rencontre personnellement en 1941 à la prison de Mindouli.
Début du militantisme syndical thumb|175px|Julien Boukambou lors de ses débuts en politique en 1951. Alors qu'il est en poste à Mbamou (1945), Il soutient Jean Félix-Tchikaya aux élections constituantes françaises, malgré les restrictions imposées aux enseignants catholiques. Affecté l'année suivante à Brazzaville (1946), il fréquente le groupe d'études communistes, animé par le dahoméen Yves Marcos et comprenant entre autres Abel Thauley Nganga et Aubert Lounda, qui l'incitent à adhérer au Parti Progressiste Congolais (PPC). Parallèlement, il prend sa carte à la CGT-Moyen Congo en 1948 et s'investit dans le travail syndical. Il démissionne de l'enseignement pour ne pas obtempérer à une affectation disciplinaire du Clergé, qui voulait ainsi le sanctionner pour ses activités syndicales et politiques.
Formé par la Confédération générale du travail (C.G.T.) française, il fait ses débuts en politique en 1951, lorsqu'il est élu secrétaire général du Parti Progressiste Congolais (P.P.C.), le premier parti politique congolais représenté au Parlement français. Sous sa direction, Jean Félix-Tchicaya est réélu trois fois à la tête du parti à trois reprises (1951, 1952 et 1956). Cependant, en 1956, en raison de son refus de tout compromis avec l'administration coloniale et le gouvernement français, ainsi que des luttes internes au sein du P.P.C. face au Mouvement socialiste africain (M.S.A.) dirigé par Jacques Opangault, Boukambou se met en retrait du parti.
Émergence politique et activisme syndical
Leadership syndical de Julien Boukambou Avec la promulgation de la loi-cadre de Gaston Defferre en 1956, qui permet l'accès des autochtones aux élections municipales, Boukambou et son syndicat, la C.G.T. du Moyen-Congo, tentent de s'allier avec l'abbé Fulbert Youlou, natif de Brazzaville et principal candidat à la mairie de la ville. Cependant, des divergences de points de vue concernant les enjeux électoraux et l'indépendance conduisent à une rupture. Cela pousse Julien Boukambou, avec ses compagnons Abel Thauley Ganga Abel et Aimé, Matsika, à créer l'Union de la Jeunesse Congolaise (U.J.C.) le , une organisation trans-partisane de jeunesse qui jouera un rôle clé dans la mobilisation pour l'indépendance et lors du soulèvement populaire de 1963.
Devenu l'un des principaux dirigeants syndicaux de l'Afrique équatoriale française (A.E.F.), Boukambou quitte définitivement le P.P.C. en 1957. Il s'engage dans des actions panafricaines, participant notamment à la première conférence syndicale africaine à Cotonou en 1957 et au congrès fondateur de l'Union Générale des Travailleurs d'Afrique Noire (U.G.T.A.N.) à Bamako en 1959.
Engagement panafricain et opposition à la colonisation
thumb|left|175px|Le général de Gaulle. En 1958, il mène campagne contre la Communauté française proposée par le Général de Gaulle lors du référendum instituant la cinquième République française, appelant à voter contre et militant pour une indépendance immédiate ainsi que pour la création des États-Unis d'Afrique centrale. En 1960, il devient l'opposant principal au président Fulbert Youlou après la formation d'un gouvernement d'union nationale, ralliant le PPC. et le MSA à l'UDDA. Boukambou est arrêté le avec plusieurs syndicalistes CGTA et activistes de l'UJC pour complot communiste à la suite d'une grève générale. Ils sont libérés huit mois plus tard, renforçant ainsi leur popularité auprès de la population congolaise.
La Révolution des Trois Glorieuses L'expression « les Trois Glorieuses » évoque initialement les trois journées révolutionnaires des 27 au qui ont conduit en France à la chute de Charles X. Parallèlement, elle fait aussi allusion à l'histoire coloniale franco-africaine, spécifiquement aux trois journées du 26 au , durant lesquelles l'Afrique française libre (AFL) s'est ralliée à la France libre.
13 août 1963 : « Le complot des jaloux et des mécontents » Le marque le début de la chute de Youlou avec une grève des syndicalistes menée par Julien Boukambou, Abel Thauley Ganga, Gilbert Pongault, Pascal Ockyemba-Morlende. Prévue pour douze heures, cette grève dégénère lorsque les gendarmes, dirigés par le lieutenant Norbert N’Sika, encerclent la Bourse du Travail à Brazzaville. Après avoir constaté des inscriptions antigouvernementales, les gendarmes prennent d'assaut la Bourse du Travail et déclarent l’état de siège à Brazzaville dès 3 heures du matin.
Au lever du jour, les manifestants commencent à se rassembler à la place de la Gare, malgré la présence des forces de l’ordre. Le conflit atteint son apogée lorsque la foule attaque la mairie et, après avoir entendu la rumeur de l’arrestation de trois syndicalistes, se dirige vers la maison d’arrêt. Les affrontements deviennent violents, et les manifestants, ivres de colère, prennent d’assaut la prison. La mort de trois manifestants à la suite de tirs des militaires depuis le Palais de justice transforme ces événements en une révolte ouverte contre le gouvernement de Youlou.
15 août 1963 : La chute de l’abbé Youlou thumb|175px|Julien Boukambou député de la République du Congo Le , jour du troisième anniversaire de l’indépendance, Brazzaville est en état de siège. Les membres de l’UJC, de l’AEC et des syndicats mobilisent la population pour demander la démission de Youlou. Les manifestants, désormais organisés et dirigés par des mouvements de jeunesse, marchent sur le Palais, exigeant la démission du président.
Face à une marée humaine, les troupes françaises reçoivent l’ordre de ne pas intervenir. Youlou, de plus en plus isolé, se retrouve entouré de ses derniers collaborateurs. Les dirigeants syndicaux négocient avec les officiers congolais pour garantir la sécurité des manifestants. Finalement, Youlou, acculé, accepte de démissionner à 13 heures. Les syndicalistes font appel à Alphonse Massamba-Débat qui est désigné Premier ministre et ministre de la Défense.
La syndicaliste Alice Badiangana est devenue célèbre au Congo-Brazzaville pour son rôle dans la révolution d'. Au cours des manifestations, elle a marqué les esprits en renvoyant une grenade à main que les soldats avaient jetée dans la foule de manifestants.
Le nouveau régime qualifie les journées insurrectionnelles des 13, 14 et de « révolutionnaires » et les appelle les « Trois glorieuses ».
Apogée et retraite
Apogée politique et syndicale thumb|250px|Julien Boukambou (deuxième assis, à partir de la gauche) Après avoir mené avec ses camarades syndicalistes la révolution des Trois Glorieuses, Julien Boukambou est en 1964 élu député, vice-président de l'Assemblée nationale. Il est également nommé Secrétaire Administratif du Bureau Politique du Mouvement national de la révolution (MNR). En 1969, il occupe un poste de responsabilité dans une entreprise d'État, notamment en tant que directeur de l'usine des disques (Socodi). Un an plus tard en 1970, il est nommé Ambassadeur Extraordinaire et plénipotentiaire en URSS-Mongolie-Hongrie à Moscou. En 1972 il est nommé inspecteur inter-régional du travail auprès du Ministère du travail.
En 1976, il prend sa retraite puis se consacre à la formation de nouvelles générations de cadres syndicaux à l'école syndicale de la Confédération syndicale du Congo (CSC).
Derniers engagements et mort Sa retraite en 1976 n’a pas marqué la fin de son engagement. Il continue à militer pour les droits des travailleurs et à plaider en faveur de l’unité nationale jusqu’à la fin de sa vie. À la mort du président Marien Ngouabi en 1977, Julien est conduit au peloton d'exécution et ne doit la vie sauve qu'à l'intervention d'un sous-officier de l'armée nationale. Emprisonné, il passe devant la cour martiale. Libéré, il devient observateur de la vie politique. Lors de la conférence de Nationale Souveraine en 1991, il met en garde contre les dangers de la division et de l’instabilité politique, et son discours résonne encore aujourd’hui. Julien Boukambou était pessimiste quant aux résultats de cette conférence nationale, craignant qu'elle ne divise davantage le Congo plutôt que de l'unir. Une appréhension qui s'est avérée exacte, le Congo ayant connu deux guerres civiles en et en . Il meurt le 13 août 1994.
Famille Julien Boukambou épouse le Antoinette Korila, fille de Stanislas Mbemba, un moniteur et catéchiste catholique, et de Mâ Ngamba. La cérémonie a lieu à Kindamba, au Congo-Brazzaville, et est célébrée par le Père Hartz, un prêtre français d'origine alsacienne. Ils ont eu ensemble 6 enfants.
Héritage et postérité thumb|Rue Julien Boukambou inaugurée en 2016 Il est reconnu comme figure centrale de la révolution congolaise. Son engagement en faveur des droits des travailleurs et de l'indépendance continue d'inspirer bon nombre de nationalistes congolais. Son héritage est perpétué par de nombreux militants et organisations syndicales au Congo et au-delà.
Révolutionnaire(s) est le documentaire en trois volets réalisé par Hassim Tall Boukambou, qui retrace l'histoire politique de la République du Congo du siècle aux années 1990 à travers le témoignage de son grand-père, Julien Boukambou. Le premier volet décrit notamment les événements des Trois Glorieuses les 13, 14 et , mettant en lumière les moments clés menant à l'autonomie politique de l'État congolais.
Distinctions 70px Grand-Croix de l’Ordre du mérite congolais (1994) 70px|Le ruban de l'ordre Distinction de l’Ordre de la Révolution (1988) 70px|Grand-Officier de l’Ordre du mérite Congolais (1985)