Arnold Deppé, né à Bruxelles, le et mort à une date inconnueIl était présent lors de la remise de la légion d'honneur à Florentino Goikoetxea, en (photographie). Son décès est donc postérieur à cette date. Peut-être début juin 1989 (le Journal Le Soir du 8 juin 1989, mentionne sans plus d'information le décès d'un Arnold Deppé, mort à 82 ans, ce qui est compatible avec une naissance en 1907, mais pas avec une naissance en décembre 1907 puisqu'il aurait eu 81 ans)., est un ingénieur du son et un résistant belge lors de la Seconde Guerre mondiale. De 1929 à 1939, il vit à Saint-Jean-de-Luz où il travaille pour la Gaumont. Mobilisé en 1939, il prend part à la campagne des dix-huit jours mais ne parvient pas à rejoindre Dunkerque, il est fait prisonnier à Saint-Omer dont il défend le pont en . Fin il s'évade d'un camp de prisonnier à Essen et revient en Belgique via les Pays-Bas. Il prend alors part aux tout premiers réseaux de résistance dont celui de Martiny-Daumerie. En , avec son cousin Henri Debliqui qui lui a fait rencontrer Andrée De Jongh, ils jettent les bases de la filière d'évasion « DDD » qui deviendra « DD » à la suite de l'arrestation d'Henri Debliqui puis le Réseau Comète. En , il établit la filière depuis Bruxelles jusqu'aux Pyrénées et noue des contacts avec la famille De Greef et des passeurs basques pour en assurer le franchissement. Il reprend la ligne en , cette fois accompagné par Andrée De Jongh puis en pour sa troisième traversée. Le groupe était infiltré par un traitre dès l'origine, Victor Demets. Andrée De Jongh parvient à rejoindre l'Espagne mais Arnold Deppé et le sous-groupe dont il avait la charge sont arrêtés dans le train qui les conduit à Lille. Arnold Deppé connait alors plusieurs prisons ainsi que la torture, mais il ne parle pas. Jugé, il est condamné à mort en et est déporté en . Il connait les camps de Rheinbach, Natzweiler-Struthof et finalement Dachau, en , d'où il est libéré par les américains en . De retour en Belgique, il est engagé par la Sûreté de l'État.

Éléments biographiques Arnold Deppé est né à Bruxelles, le , son père, Edmond Deppé est fonctionnaire d'état au sein du Ministère des finances, il avait épousé Lucie Baert, en 1896. Après sa scolarité à Bruxelles, Arnold Deppé entreprend des études pour devenir ingénieur du son qu'il termine en 1927. En 1927-1928, il accomplit son service militaire à Arlon au régiment de ligne. Il travaille un temps comme radio-technicien pour l'Institut Montefiore à Liège. De 1929 à 1939, Arnold Deppé s'installe à Saint-Jean-de-LuzAu 3, rue de la Baleine, près de la Mairie. où il travaille pour la Gaumont comme responsable de la maintenance des cinémas pour la région du Sud-Ouest de la France (Bordeaux, Toulouse, Pyrénées). Mobilisé en , Arnold Deppé est alors de retour en Belgique et enrôlé à la compagnie du régiment de Chasseurs ardennaisComète Kinship Belgium, ABC Helpers, Arnold Deppé, (lire en ligne).

Campagne de mai 1940, évasion et résistance Arnold Deppé prend part à la campagne des dix-huit jours. Il est tout d'abord caserné à proximité du fort de Cognelée pour assurer la défense de Namur. Sa compagnie essuie un bombardement à Temploux, engage le combat à Jemeppe-sur-Sambre, à Audenarde et à Deinze. Lors de la capitulation belge. Les troupes se replient sur Dunkerque. Arnold Deppé et ses camarades assurent la défense d'un pont à Saint-Omer pour permettre le repli d'un maximum de soldats vers Dunkerque puis l'Angleterre. Rattrapé par l'avancée allemande, il y est fait prisonnier, le . Il est ensuite transféré dans un camp de prisonniers de guerre en Allemagne près d'Essen. À la fin du mois de , Arnold Deppé s'évade et suis le cours du Rhin jusqu'aux Pays-Bas, franchit la Meuse à la nage et regagne Bruxelles via Venlo, Eindhoven, Hamont et Anvers. Il arrive à destination début . Arnold Deppé s'investit alors pleinement dans la résistance intérieure belge et notamment dans le réseau Martiny-Daumerie ou encore dans la presse clandestine pour la Libre Belgique - Peter Pan. À son retour à Bruxelles, Arnold Deppé s'installe chez son cousin germain, Henri DebliquiIl est le fils de Jean Louis Debliqui et de Jeanne Alice Baert, la sœur de Lucie Baert, mère d'Arnold Deppé., lui-même résistant au sein de l'organisation Portemine du Service de renseignement Zéro et employé communal. Ils résident au 25 de la rue de Bosnie à Saint-GillesBel-Mémorial, Plaque à la mémoire des membres du personnel communal morts pour la patrie, Saint-Gilles, Émile Debliqui, (lire en ligne).

De nombreux soldats des Forces armées britanniques ont également été piégés par l'avancée allemande. S'ils ont échappé à leur capture, ils se terrent, ici où là, chez des habitants qui risquent gros à les héberger. Il n'est pas aisé de les nourrir, vu le rationnement mis en place par l'occupant. Par ailleurs, de plus en plus d'équipages britanniques dont l'avion a été abattus au dessus du territoire belge viennent en grossir les rangs. Il devient plus que nécessaire d'organiser des filières d'exfiltration pour permettre à ces aviateurs alliés mais également à ceux qui souhaitent rejoindre les Forces belges libres de pouvoir rallier l'Angleterre et soutenir l'effort de guerre allié.

La Comet line Henri Debliqui, par son activité dans la résistance, a rencontré une jeune fille, Andrée De Jongh, « Dédée » dans la résistance, animée par les mêmes constats et la même énergie à vouloir faire quelque chose. Il la présente à Arnold Deppé début 1941. Le , ils sont tous trois réunis pour une réunion clandestine. Ils décident de mettre en place une filière d'évasion passant non pas par la Manche, le Mur de l'Atlantique est bien trop gardé, mais en traversant la France occupée depuis Bruxelles jusqu'en Espagne en franchissant les Pyrénées. Arnold Deppé connait bien la région pour y avoir travaillé dix ans, il y a gardé de nombreux contacts. La ligne naissante est baptisée "DDD" pour Deppé-Debliqui-De Jongh.

Le lendemain, , Henri Debliqui, dénoncé par un traitre infiltré, Prosper Dezitter, est arrêté de même qu'Arnold Deppé, logeant chez lui, qui est longuement interrogé par la Gestapo, mais ce dernier, faute de preuve, est relâché. Henri Debliqui aura moins de chance. Il sera déporté et fusillé à la prison de Tegel à Reinickendorf, au nord-est de Berlin. Arnold Deppé décide alors de se faire un temps discret et part quelques semaines dans la région de Brest.

Vers la fin , Arnold Deppé rencontre à nouveau Andrée De Jongh sur le Parvis de Saint-Gilles. Henri Debliqui a été arrêté mais l'initiative ne doit pas en rester là, la filière s'appellera "DD" mais filière, il y aura. C'est dans cette optique qu'une première traversée est prévue pour le mois de juin. Arnold Deppé rencontre à la Société générale de Belgique où il est cadre, Jean Apper, ex-officier de l'armée belge ayant des contacts avec Londres, qui lui parle d'une famille belge, les DegreefCette famille belge, comme beaucoup d'autres, prit le parti de l'exode lors de l'invasion allemande de la Belgique. Elvire De Greef, « Tante Go », son mari, Fernand De Greef, « Oncle Dick » leurs deux enfants Frederick et Janine et la grand-mère De Greef ont pris place à bord de quatre véhicules de L'Indépendance belge, où travaille Elvire, en compagnie de journalistes en partance pour les États-Unis. Les De Greef souhaitaient rallier l'Angleterre, mais ils finissent par s'installer dans une ferme abandonnée à 18 kilomètres de la frontière espagnole, au 12 de l'allée du Marquis Casa Argudin, à Anglet : la « Villa Voisin » qui deviendra une véritable plaque tournante pour tout le réseau Sud de la filière d'exfiltration (Fry, 2020,p. 78)., installés à Anglet, dans le sud de la France et qui est d'accord de servir de point de chute pour la ligne d'évasion. Résolu à s'y rendre, Arnold Deppé se présentera en disant « Gogo est mort », ils connaitront dès lors l'objet de sa visite.

Première traversée vignette|droite|200px|Elvire De Greef et son chien Gogo vers 1940. Le , Andrée De Jongh prend en charge deux Français évadés d'un camp de prisonniers de guerre, Charles Morelle, de Valenciennes et Henri Bridier, du Puy-de-Dôme. Elle les conduit chez Georges et Elsie Maréchal au 162 de l'avenue Voltaire qui sert de safe house. Ils y sont hébergés. De son côté, Arnold Deppé est bien décidé à tenter une première traversée. Ces deux candidats à l'exfiltration pourraient l'accompagner, Arnold poursuivrait alors sa route vers les Pyrénées. Le , Andrée De Jongh apporte aux deux Français les faux papiers réalisés par son père, Frédéric De Jongh, grâce à ses contacts.

Le matin du , Georges Maréchal les emmène à la gare du Midi et les remet à Arnold Deppé, qui les prend à son tour en charge pour la poursuite de leur péripleMarie-Pierre d'Udekem d'Acoz dans son essai d'autobiographie pour Andrée de Jongh lui fait dire que c'est elle qui les y conduisit, ceci est erroné..

Arnold Deppé franchit avec succès la frontière belge, désormais, c'est une seule administration qui gère la Belgique et le Nord de la France. Le passage est donc plus délicat pour franchir la Somme, ce qu'il fait aux environs de Corbie. Il y rencontre une paysanneaffectueusement appelée « Nénette » qui habite une ferme sur la rive gauche. Elle mettra à disposition sa barque qui sera dissimulée non loin. Il est désormais en France occupée. Il rallie Paris où une tante, Madame Pybus, peut l'héberger, puis, Bayonne en train et enfin, Anglet et la Villa Voisin où il s'adresse à la jeune Janine De Greef, 15 ans, en lui disant le code convenu « Gogo est mort », la jeune fille ne comprend pas pourquoi un inconnu lui parle du chien de la famille, mort récemment, il est vrai. Le quiproquo est rapidement levé à l'arrivée d'Elvire De Greef, la maman, qui sera, durant toute la guerre, la cheville ouvrière du réseau Sud sous le nom de Tante Go, toujours en référence à ce chien. Arnold Deppé s'établit un temps chez eux, il renoue ses contacts avec des personnes ayant fui l'Espagne franquiste qui le mettent en contact, à leur tour, avec des passeurs basques, par ailleurs habiles contrebandiers, connaissant ce coin des Pyrénées comme leur poche. La filière est née, Arnold Deppé peut remonter sur Bruxelles.

Le mari de Tante Go Fernand De Greef parle couramment allemand. Il se lie d'amitié avec le maire d'Anglet qui se tourne vers lui lorsqu'il doit communiquer avec l'occupant. Fernand devient ainsi l'interlocuteur privilégié des Allemands pour tout ce qui concerne la région. Cette couverture idéale lui permet également de se procurer des documents et des tampons pour pouvoir réaliser des laissez-passer, des pièces d'identité. De la même manière, Tante Go est connue pour se livrer au marché noir et elle en fait profiter nombre d'Allemands qui ne s'inquiètent dès lors plus de ses allées et venues.

Deuxième traversée 400px|vignette|gauche|Itinéraires employés par la ligne Comète pour franchir les Pyrénées.