La bataille de Tinzawatène ou Tinzaouatine a lieu du au lors de la guerre du Mali. Elle s'achève par la victoire des rebelles du CSP-DPA et des djihadistes du GSIM, qui repoussent une attaque du Groupe Wagner et des Forces armées maliennes contre la ville de Tinzawatène.

À l'issue de la bataille, la colonne russo-malienne est entièrement détruite et plusieurs dizaines de soldats sont tués ou faits prisonniers.

Contexte

En , à la suite de la rupture de l'accord d'Alger, les Forces armées maliennes (FAMa) et le Groupe Wagner lancent une offensive sur la région de Kidal, alors contrôlée par les rebelles du Cadre stratégique permanent (CSP), à dominante touarègue. Le , la ville de Kidal est prise par les forces russo-maliennes après de vifs combats.

La nuit du 21 au , une frappe de drone de l'armée malienne tue cinq rebelles à Tinzawatène, dont le colonel Hassan Ag Fagaga, figure des rébellions touarèguesDavid Baché, Mali: le Jnim frappe l'armée à Dinangourou, un cadre du CSP tué par l'armée à Tinzaouatène, RFI, 22 décembre 2023.. Le camp militaire de la ville est alors abandonné par le CSP.

Après quelques mois sans affrontements, les forces russo-maliennes repartent à l'offensive à l'été 2024. Fin , elles atteignent Abeïbara, où au moins 60 à touaregs sont massacrésDavid Baché, Mali: une soixantaine de corps retrouvés près d’Abeibara, dans la région de Kidal, RFI, 5 juillet 2024.. Le , un convoi de 21 véhicules entre dans la localité d'Inafarak, sur la frontière algérienne, près d'In Khalil. Il s'en retire le même jour, mais le lendemain un autre convoi de 24 véhicules fait étape à Boghassa.

Déroulement Le , les FAMa et le Groupe Wagner, venues de Boghassa, atteignent la petite ville de Tinzawatène, sur la frontière avec l'Algérie. Ce convoi est constitué de plus 80 hommesTanguy Berthemet, Au Mali, le lourd revers des mercenaires russes de Wagner, Le Figaro, 29 juillet 2024. et de 24 véhicules, dont six blindés, et six motosL’armée malienne et Wagner repoussés par un groupe armé touareg, Mondafrique, 26 juillet 2024.. Pour le journaliste Wassim Nasr, les images filmées par les assaillants laissent supposer que le convoi est majoritairement constitué de Russes.

Cette fois, les rebelles, menés par Alghabass Ag IntallaBianca Bridger, Tuareg Rebels Ambush Malian, Russian Forces Near Algerian Border, Atlas News, 25 juillet 2024., opposent une résistance et des combats éclatent vers dans la localité d'Achibrich, aux abords de la ville. Les forces russo-maliennes parviennent à progresser jusqu'à proximité du camp militaire, mais sans y accéder et les combats s'achèvent à la tombée de la nuit. Le CSP revendique alors la destruction de quatre véhicules, dont deux blindés.

Les combats reprennent le , aux environs de Zakak, sur la route de Kidal. Les affrontements tournent à l'avantage des rebelles et le CSP annonce que . Une tempête de sable se lève alors et joue en faveur des TouaregsCélian Macé, Dans le Sahara malien, une colonne de Wagner terrassée par les rebelles touaregs, Libération, 29 juillet 2024.. Selon le Groupe Wagner, les rebelles en profitent pour se regrouper et lancer une contre-attaque avec plus de combattants. Le CSP revendique également la destruction d'un hélicoptère malien. L'armée malienne déclare quant à elle qu'un hélicoptère de combat Mi-24 a rencontré des et a été endommagé lors d'un qui n'a pas fait de victimes.

Après trois jours d'affrontements, l'armée malienne annonce avoir volontairement quitté le secteur de Tinzawatène. Les rebelles se lancent cependant à la poursuite des troupes russo-maliennes et les combats se déplacent vers Abeïbara. À la fin de la journée, le CSP revendique une et affirme que ses forces Les séparatistes du nord du Mali revendiquent une « victoire éclatante » contre l’armée et ses alliés russes, Le Monde avec AFP, 29 juillet 2024.

Au cours de la retraite, les militaires maliens et les mercenaires russes tombent dans une embuscade des djihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) dans une vallée des montagnes de Tin-Gamera, à 40 ou 70 kilomètres au sud de Tinzawatène. Le CSP dément quant à lui une implication du GSIM. Cependant, le GSIM diffuse également des images de sa participation aux combats Laureline Savoye et Elisa Bellanger, Mali : les images de la première défaite d’ampleur pour Wagner, Le Monde, 30 juillet 2024.. L'assaut djihadiste est dirigé par Sedane Ag Hita, l'un de ses hauts commandants, et Abdorrahmane Zaza, dit « Abdorrahmane Al-Targui », émir de la région de Tin-Essako. Selon le journaliste Wassim Nasr, les djihadistes prennent le convoi en embuscade alors que celui-ci est poursuivi par les rebelles du CSP qui participent ensuite aux échanges de tirs depuis une colline surplombant le lieu de l'embuscade. Pour Wassim Nasr : .

Pertes Le , l'armée malienne publie une communiqué où elle déclare que ses pertes sont de deux soldats tués et dix blessés, tandis que les ont eu . Ce bilan est démenti par le CSP qui diffuse des images prises sur terrain, où gisent de nombreux cadavres de militaires maliens et de mercenaires russes. Il affirme que . Le , le CSP publie un bilan détaillé dans lequel il affirme que les pertes russo-maliennes sont 84 morts pour le Groupe Wagner, 47 morts pour l'armée malienne , environ 30 morts ou blessés héliportés vers Kidal, 7 prisonniers russes et maliens, 6 véhicules blindés et 6 véhicules de transport détruits, 1 hélicoptère crashé à Kidal après avoir été endommagé par les combatsNord du Mali : les séparatistes affirment avoir tué 84 Wagner et 47 soldats maliens, France 24, août 2024.Communiqué du CSP-DPA du août 2024. Il revendique également la prise de 5 véhicules blindés, 5 pick-up, 1 camion de transport, 1 citerne, 15 lance-roquettes RPG, 8 lance-grenades, 28 armes lourdes et 137 armes individuelles.

Le CSP annonce également le que ses pertes sont de sept morts et douze blessésCommuniqué du CSP-DPA du 28 juillet 2024. Le , il réhausse son bilan à neuf tués, douze blessés et trois véhicules détruits. Selon Wassim Nasr, les pertes du CSP sont de 12 hommes, dont un commandant, et 32 blessésWassim Nasr, #Mali le #CSP a enterré dignement les morts, même si les siens ont été mutilés auparavant par #Wagner, et garde les prisonniers. Ce sont ses combattants qui ont levé le plus gros poids de la bataille sur 2/3 jours. Ils ont perdu 12 hommes, dont un commandant, et ont eu 32 blessés, Twitter, 28 juillet 2024..

Dans un nouveau communiqué publié le , l'armée malienne ne donne pas de bilan précis mais reconnaît Serge Daniel, Mali: l'armée malienne reconnait dans un nouveau communiqué d'importantes pertes à Tinzaouatène, RFI, 30 juillet 2024.Judith Renoult, Au Mali, les paramilitaires russes de Wagner subissent leur première défaite d’ampleur, Le Monde, 29 juillet 2024..

Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans revendique quant à lui le la mort de russes de Wagner et de maliens.

Le Wall Street Journal rapporte que selon les déclarations d'un commandant du CSP, russes et sept militaires maliens ont été tués lors du combatBenoit Faucon, Bojan Pancevski et Michael M. Phillips, Dozens of Russian Mercenaries Killed in Attack in Mali, The Wall Street Journal, 28 juillet 2024.. Selon la BBC, des sources russes affirment que 20 à russes ont trouvé la mort lors des combats D'après le collectif All Eyes on Wagner, les corps de 67 mercenaires russes ont été enterrés sur le lieux de l'attaqueClément Machecourt, Ce que l’on sait de la lourde défaite des mercenaires de Wagner au Mali, Le Point, 31 juillet 2024.. Pour le journaliste Wassim Nasr, environ 50 mercenaires russes ont été tués, au moins deux ou trois autres ont été faits prisonniers par le CSP-DPA, mais aucun n'a été capturé par le GSIMWassim Nasr, 10 points sur la géopolitique de Wagner au Sahel, Le Grand Continent, 31 juillet 2024.. Il s'agit alors de l'attaque la plus meurtrière pour le Groupe Wagner hors du théâtre ukrainien depuis la bataille de Khoucham en 2018.

En , le New York Times affirme être en mesure de confirmer la mort d'au moins de Wagner et de maliens en comparant les détails vus dans les images vidéos. Il indique également que deux Russes et neuf Maliens ont été faits prisonniers et que les pertes des séparatistes sont de et d'après un de leurs conseillers militaires.

Anton Ielizarov, dit « Lotus », chef du groupe Wagner, est déclaré le soit mort par une source, soit prisonnier par d'autres. Pour la BBC, cette information n'est cependant pas confirmée. Selon la chaîne Telegram « Razgrouzka Wagnera », associée au Groupe Wagner, le détachement était dirigé par Sergueï Chevtchenko, dit « Proud » le commandant du détachement d'assaut du groupe, qui trouve la mort lors des combatsOrlane Edouard, Mali: les rebelles séparatistes revendiquent "une victoire éclatante" sur l'armée et la milice Wagner, BFM TV avec AFP, 30 juillet 2024.Philippe Chapleau, La SMP Wagner reconnaît de lourdes pertes au Mali sans les détailler, Lignes de défense, 29 juillet 2027.. Son dernier message radio, reçu le à , aurait été : . L'agence de presse russe Tass annonce également que Nikita Fedianine, dit « Bely », administrateur de la chaîne Telegram « Grey Zone » consacrée à l’activité de Wagner, a été tué lors de l'offensiveMartin Thévenot, Vidéos. La milice Wagner se fait tailler en pièces, des dizaines de morts russes dont un commandant, que s’est-il passé au Mali ?, Sud Ouest avec AFP, 29 juillet 2027..

Les deux prisonniers russes sont libérés le par le FLA et remis aux autorités libyennesMali: libération de deux ex-paramilitaires du groupe Wagner détenus par des jihadistes et des rebelles touaregs, RFI, 23 août 2026..

Implication ukrainienne Le , la Direction générale du renseignement ukrainien, dirigée par Kyrylo Boudanov, affirme avoir fourni une assistance aux rebelles de l'Azawad dans leur combat contre les mercenaires du groupe Wagner. Selon le Kyiv Post, déclare que . Certains rebelles proposent également de remettre les prisonniers russes à l'Ukraine . Le , le Burkina Faso, le Mali et le Niger écrivent au Conseil de sécurité des Nations unies pour se plaindre du soutien apporté par l'Ukraine à des groupes rebelles dans la région du Sahel.

Pour le journaliste Wassim Nasr : .

Suites Le , l'armée malienne annonce débuter une campagne aérienne dans le secteur de Tinzawatène, en coordination avec les Forces armées du Burkina FasoNord du Mali : l’armée lance une « campagne aérienne » avec l’appui du Burkina Faso, Jeune Afrique avec AFP, 31 juillet 2024.. Le même jour, plusieurs civils sont tués par une frappe de drone à Tinzawatène. Des élus locaux évoquent au moins 6 à 10 tués, tandis que le CSP fait état de plus d'une cinquantaine de victimesLes séparatistes du nord du Mali affirment avoir tué 84 mercenaires Wagner et 47 soldats maliens fin juillet, Le Monde avec AFP, août 2024.. Les victimes sont des orpailleurs d'origine nigérienne, soudanaise et tchadienneMali: au moins six civils tués par des tirs de drones à la frontière algérienne, Le Figaro avec AFP, 30 juillet 2024.Mali: six civils tués dans des tirs de drone à Tinzaouatène après le revers subi par l'armée dans la région, RFI, 31 juillet 2024..

Le , au moins 21 civils sont tués par une frappe de drone à Tinzawatène, dont au moins 11 enfants, et des dizaines d'autres sont blesséesAu moins 20 civils tués, dont 10 enfants, au Mali dans des frappes de drone, Jeune Afrique avec AFP, 25 août 2024..

Références

Voir aussi

Vidéographie Laureline Savoye et Elisa Bellanger, Mali : les images de la première défaite d’ampleur pour Wagner, Le Monde, .

Liens externes (Ordre de) Débandade en Azawad, All Eyes on Wagner, . Guillaume Maurice, Nord-Mali : les Touareg récupèrent des vidéos trouvées sur des cadavres de mercenaires de Wagner, France 24, .

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