Les Conopidae (ou Conopides et Conopidés) sont une famille de mouches de formes, tailles et couleurs variées, appartenant à l'ordre des diptères et comprenant 808 espèces Jens-Hermann Stuke, Conopidae (Diptera), World Catalogue of Insects, Volume: 15, Brill, 2017, . Elles se rencontrent sur la totalité des terres émergées excepté l'Antarctique et les îles du Pacifique. sont présentes en Europe, dont 60 en France.. L'éthologie d'une grande partie de ces espèces est inconnue ; pour celles dont elle a été étudiée, la larve est obligatoirement endoparasite d'autres insectes, en particulier les hyménoptères pollinisateurs..

Histoire des découvertes vignette|Conops quadrifasciatus, le Conops à 4 bandes. vignette|Sicus ferrugineus, position caractéristique de l'abdomen replié. vignette|Sicus ferrugineus, accouplement. vignette|Accouplement de Zodion indéterminés. vignette|Physocephala. Theca bien visible, sous le cinquième segment de l'abdomen. Lors de l’attaque, elle permet aux femelles de s'accrocher à leurs hôtes à la manière d'une ventouse afin de déposer des œufs sur le corps des victimes grâce à leur ovipositeur. vignette|Étapes immatures d'un Conopidae, 1 : Sicus, structure micropillaire des œufs; 2 : Physocephala, idem; 3 : Physocephala, troisième stade larvaire; 4 : Zodion, idem; 5 : Physocephala, pupe. vignette|Comparaison d'ailes de différents Diptères. Les Conopidae (Fig. 4) sont reconnaissables aux nervures de l'aile : la première cellule postérieure (R 5) est rétrécie ou fermée et la cellule anale (Cu) est longue. vignette|Les Conopidae peuvent être distingués des Syrphidae par l'absence de fausse veine (vena spuria) sauf chez Physoconops. vignette|Stylogaster macalpini, ovipositeur caractéristique du genre Stylogaster. vignette|Palaeomyopinae incluse dans de l'ambre de la Baltique. vignette|Conops vesicularis vignette|Physocephala vignette|Myopa dorsalis vignette|Physocephala vittata vignette|Myopa buccata vignette|Leopoldius brevirostris vignette|Dacops abdominalis en Afrique du Sud. vignette|Dalmannia vitiosa

Les bases de la systématique en zoologie sont mises en place par Linnaeus dans son Systema Naturae de 1758 où il décrit quelques espèces du genre Conops (Linnaeus C. 1758. Systema Naturae per Regna Tria Naturae, Secundum Classes, Ordines, Genera, Species, cum Characteribus, Differentiis, Synonymis, Locis. (Editio Decima, Reformata ed. Tomus 1). Holmiae (= Stockholm) : L. Salvii. Lire en ligne). Étymologiquement, ce mot est construit à partir du grec ancien κώνωψ, kônôps (« moustique ») dont l'origine discutée pourrait être un emprunt à un mot égyptien signifiant « mouche ». Aristote emploie parfois ce mot pour désigner la Mouche du vinaigre et d'autres fois pour nommer un insecte qui suce le sang. Hérodote l'utilise dans ce dernier sens, souhaitant désigner une tipuleHistoire naturelle des insectes: diptères, Volume 2, Pierre Justin Macquart, Librairie Encyclopédique de Roret, 1835 - 703 pages (Voir page 21 : Lire en ligne). Ce travail est complété par l'entomologiste Fabricius à la fin du qui dépeint de nombreuses nouvelles espèces classées dans le genre Conops et qui crée le genre Myopa Fabricius J.C. 1805 Systema Antliatorum secundum ordines, genera, species adjectis synonymis, locis, observationibus, descriptionibus. Brunsvigae [= Brunswick] : Apud Carolum Reichard (Lire en ligne).

En 1802, dans son ouvrage intitulé Histoire naturelle, générale et particulière des crustacés et des insectes, l'entomologiste systématicien Latreille crée la famille des Conopsariae, où il inclut les genres Conops, Myopa, Zodion (qu'il crée), et Stomoxys, ce dernier genre rejoignant plus tard les Muscidae grâce à Macquart Latreille P.A. 1802. Histoire naturelle, générale et particulière des crustacés et des insectes : ouvrage faisant suite aux œuvres de Leclerc de Buffon, et partie du cours complet d'histoire naturelle rédigé par C. S. Sonnini/par P. A. Latreille. (Vol. Tome 3). Paris : F. Dufart. (Lire en ligne).

Par la suite, au , Say décrit des espèces nord-américaines, Robineau-Desvoidy, celles des environs de Paris tandis que celles des colonies européennes sont explorées par Wiedemann, Bigot (Madagascar et Maghreb), Loew (Afrique et Amérique du Nord) et Macquart (Indomalais et Afrotropiques). En 1829, à partir des collections du British Museum, Stephens redéfinit les bases de la nouvelle famille des Conopidae, suivi par Róndani Rondani C. 1857. Dipterologiae Italicae Prodromus. II. Species Italicae ordinis dipterorum in genera characteribus definita, ordinatum collectae, methodo analitica distinctae, et novis vel minus cognitis descriptis. Pars Prima. Oestridae: Syrpfhidae: Conopidae, Vol. 2. Parmae (= Parma) : Alexandri Stocchi (Lire en ligne) en 1845 mais elles sont véritablement consolidées par Williston à partir de 1882 avec pour socle les espèces nord-américaines.

Au début du , Meunier décrit le premier spécimen fossile issu de l'ambre de la Baltique. Parallèlement, Brunetti décrit nombre d'espèces afrotropicales et indomalaises, et Chen celles de Chine, tandis que Kröber tente la première approche globale et décrit 20 genres et 200 espèces. À cette même époque, Aldrich et Lopes continuent les travaux de Macquart à propos des Stylogaster et Bohart ceux de Robineau-Desvoidy à propos des Dalmannia. Durant la deuxième moitié du , Camras révise totalement la famille, décrivant une douzaine de genres et sous-genres et 150 espèces néarctiques et afrotropicales. Smith, Chvála, Zimina et Papavero apportent également leur pierre à l'édifice en décrivant respectivement les espèces britanniques, tchécoslovaques, soviétiques et sud-américaines. Smith inventorie également les espèces indomalaises et, en compagnie de Chvála, celles du paléarctique.

En ce début de , Schneider révise totalement la faune australasienne, créant cinq nouveaux genres et une sous-famille. En 2013, Gibson et Skevington réalisent une étude phylogénique et taxonomique de l'ensemble des Conopidae tandis que Stuke rédige la première révision véritablement exhaustive, publiée en 2017, tout en décrivant deux nouveaux genres et plusieurs nouvelles espèces.

Description Les Conopidae sont des diptères brachycères car ils ont des antennes courtes ne dépassant pas 10 articles. Selon certaines classifications, ils sont des Cyclorrhapha car, lors de son émergence, l'adulte découpe une opercule circulaire pour s’extraire de sa pupe. D'autres brachycères, les Orthorrhapha, sortent de leur pupe par une fente. Une autre classification les place dans les Schizophora car, lors de cette émergence, un sac situé sur le front nommé ptiline se gonfle et permet l'ouverture de la pupe. Une fois rétracté, cet organe laisse une cicatrice nommée suture ptilinaire, bien visible chez les Conopidae. Une autre caractéristique majeure de cette famille est le rapport de taille entre la tête et le thorax, en défaveur de ce dernier, si bien que les anglophones, les germanophones et les russophones la nomment littéralement « Mouche à grosse tête » (, et ).

Ces petites mouches, à l'abdomen souvent rayé de jaune et de noir et au vol agile et rapide, sont proches des Syrphidae, auxquelles elles sont parfois rattachées, particulièrement les Conopinae. Cette couleur qui mime celle des hyménoptères vespiformes pourrait être un avantage acquis au cours de leur évolution, qui les protège de certains prédateurs pour lesquels ces couleurs sont un signe de danger ou de risque (celui d'être piqué par un insecte susceptible d'inoculer un venin).

Les Conopidae se distinguent des Syrphidae par leur proboscis long, mince, raide et courbé en avant depuis la base ainsi que par l'absence de fausse-veine (vena spuria) sur leurs ailes, sauf chez Physoconops (voir illustration).

Les imagos des Conopidae mesurent de 3 à de long, ont une tête renflée, plus grosse que le thorax composée de 2 grands yeux écartés et de 3 ocelles, d'une trompe allongée et repliée au moins 1 fois et d'antennes à 3 segments munies d'un arista au troisième segment. Ces antennes peuvent être courtes ou longues suivant les espèces, mais ancrées sur une protubérance et pointant vers l'avant. Dans la sous-famille des Conopinae, cette protubérance est remplacée par un style apical et les ocelles sont absents. Les Conopides ont des ailes longues et étroites et un abdomen fréquemment replié ventralement vers l'avant. L'ensemble du corps est plutôt glabre, sauf dans la sous-famille des Myopinae. L'abdomen est tantôt élancé (Conops, Leopoldius, Sicus), tantôt étranglé à la base chez les Physocephala, ou bien plus trapu (Myopa). Le mâle a tendance à avoir un abdomen plus court avec six segments non modifiés, à l'exception du genre Dalmannia, qui en a cinq. La femelle a sept segments abdominaux visibles, le huitième constituant la pointe de l'abdomen. À l'exception de la sous-famille des Dalmanniinae, le cinquième segment forme un appendice nommé « theca », lui permettant de s'accrocher aux insectes durant le vol afin d'y déposer ses œufs. Chez Myopa et Sicus, cette structure peut être remplacée par une touffe de poils ou de soies. Un ovipositeur bien développé est présent chez les Stylogaster et les Dalmannia.

L'œuf des Conopidae est allongé, en forme de larme, garni à son extrémité la plus fine de petits poils distincts, sauf dans le genre Stylogaster. Cette structure micropilaire consiste en une courte tige creuse coiffée de brins filamenteux chez Physocephala et Zodion ou d’une sorte d'ancre inversée chez Myopa et SicusKenneth GV Smith, Diptera Conopidae, Hands books for identification of british insects, Vol10 Part3a, 1969, Pdf.

La larve, quant à elle, est blanchâtre et lisse et, au troisième stade, rétrécie antérieurement, ce qui lui permet, au moins chez Thecophora, de se nourrir du contenu thoracique via le pétiole de l'hôte. Dans le genre Zodion, tous les stades larvaires ont deux élongations rétractiles, plus petites chez Sicus. De petits trous, appelés spiracles, permettant la respiration, sont bien visibles au troisième stade. Est également présente une paire de "petites dents", situées au niveau des spiracles postérieurs. Elles permettraient à la larve de déchirer les poches ventrales de l'abdomen de l'hôte.

La pupe est généralement robuste, brunâtre, cylindrique et légèrement aplatie ventralement et dorsalement.

Alimentation et fécondation Les adultes sont diurnes et floricoles, se nourrissant exclusivement de nectar. Ils se rencontrent sur des plantes habituellement attractives pour les diptères, telles que les Astéracées ou les Apiacées, ou fréquentent les lieux où vivent leurs hôtes. Certaines espèces sont plus spécialisées. Les Conops et Physocephala rufipes apprécient particulièrement les genres Carduus et Senecio. Physocephala nigra est spécialisé dans les Rhododendrons et les Erica ; le genre Zodion préfère Mentha aquatica, les Iberis et les Ranunculus. Le genre Myopa affectionne les fleurs de Crataegus, Allium ursinum et Taraxacum officinale. Le genre Thecophora est assez éclectique et se nourrit de Scabiosa succisa, Hieracium, Veronica, Senecio, etc. Les Conopidae semblent être de bons pollinisateurs. Au Paraguay, Physoconops asclepiadicola est un important pollinisateur des Asclepiadaceae. En France, Myopa tessellatipennis entretient une relation particulière avec l'Ophrys précoce des sables d'OlonnesWilcox Y., 2009. L’Ophrys précoce des Olonnes : mais quelle mouche m’a piqué ? L’Orchidophile, 181 : 123-131, .

La période de vol est relativement brève et essentiellement estivale ; cependant, quelques espèces peuvent peut-être avoir deux générations par an (Conops quadrifasciatus). La fécondation a lieu lorsque la femelle butine, le mâle se positionnant au-dessus d'elle. Le temps de copulation varie de à deux heures.

Endoparasitisme