Les Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI) en région toulousaine, généralement connus comme la , puis comme la Marcel Langer, sont un réseau de la Résistance, actif entre 1942 et 1944 à Toulouse et dans la région toulousaine.
Origine du nom La doit son nom à la de mitrailleurs des brigades internationales, à laquelle appartenait Marcel Langer lors de la guerre d'Espagne.
Histoire Fondation (avril 1942-février 1943) Sous le commandement de Marcel Langer et de Jacob Insel, tous deux anciens membres des brigades internationales en Espagne, les premières opérations (sabotages d’installations électriques, incendies de camions allemands) ont lieu à l’automne 1942, en coopération avec la de guérilleros espagnols (Haute-Garonne) dirigée par José Linares Díaz, ancien commandant de l'armée populaire de la République espagnole.
Le , Marcel Langer est arrêté avec des explosifs à la gare de Saint-Agne. Il est jugé par la section spéciale de la cour d'appel de Toulouse. L'avocat général Pierre Lespinasse réclame sa tête, et le , Marcel Langer est condamné à la peine de mort. La sanction est exécutée le à la prison Saint-Michel.
Développement (février 1943-juin 1944) Après l'arrestation de Marcel Langer, les départements qui dépendent de la forment une inter-région FTP-MOI, dont Victor Bardach (« Jan Gerhard ») est le commandant militaire, Jacob Insel le responsable politique et Sewek Michalak le responsable technique. Jan Gerhard, ancien officier polonais, multiplie les actions directes, non seulement contre les forces allemandes, mais aussi contre les représentants du régime de Vichy les plus impliqués dans la collaboration avec l'occupant. Ainsi, après l'exécution de Marcel Langer, il organise une action de représailles : le , l'avocat général Pierre Lespinasse est exécuté.
En Lot-et-Garonne, la forme un groupe composé de jeunes Italiens antifascistes qui refusent de partir en Allemagne pour le Service du travail obligatoire (STO). Durant l'été 1943, afin de gêner le ravitaillement de l'armée allemande, ils détruisent dans les campagnes du département, particulièrement autour d'Agen et de Villeneuve-sur-Lot des gerbières, du bétail et du matériel agricole.
Les rapprochements avec les guérilleros espagnols se multiplient également. À la fin de l'année 1943, ils travaillent en collaboration avec le de guérilleros espagnols. Ainsi, on trouve Luis Fernández Juan (« Serge »), l'un des dirigeants du de guérilleros, commandant en chef de la Agrupación de Guerrilleros Españoles en .
Le , est organisé un attentat à la bombe au cinéma les Variétés à Toulouse sous les ordres de Wiktor Bardach, lors de la projection de deux films de propagande nazie - Le Juif Süss et La Libre Amérique. Rosine Bet, Enzo Godeas et David Freiman sont chargés de le réaliser. La bombe est censée exploser entre les deux séances, en causant seulement des dégâts matériels. À la fin de la première séance, alors que le public commence à sortir, la bombe explose plus tôt que prévu dans les mains de David Freiman. David Freiman et un spectateur sont tués sur le coup. Enzo Godéas, grièvement blessé, parvient à sortir du cinéma mais il est immédiatement arrêté par la police. Rosine Bet est grièvement blessée aux jambes. Rosine et Enzo sont conduits à l’hôtel-Dieu et interrogés par la police française. Rosine est torturée pendant l'interrogatoire. Elle meurt deux jours après l'attentat des suites de ses blessures à l'hôpital de Purpan sans avoir parlé, sans même avoir révélé sa véritable identité ; elle est enterrée sous sa fausse identité, Paulette Cavérac.
Le 1944, un attentat est mené à Toulouse, en collaboration avec la de guérilleros espagnols, contre un tramway transportant des soldats allemands, faisant 17 tués et une cinquantaine de blessés.
Face à la recrudescence de ces attentats menés par la , la direction centrale de la Police de sureté envoie une équipe spéciale à Toulouse pour traquer les membres de la . En , leur enquête leur permet d'arrêter dix-huit personnes, dont Marc Brafman, Odette Dopaso, Sewek Michalak et Damira Titonel, démantelant la direction de la . Ils sont par la suite livrés aux Allemands : deux meurent dans le train qui les emmène en déportation, quatre sont fusillés.
Derniers combats (avril-août 1944) C'est Zeef Gottesman (« commandant Philippe ») qui prend le commandement de la . Plusieurs membres sont éloignés de Toulouse et envoyés en Lot-et-Garonne. Le , aux côtés de la de guérilleros espagnols du Gers, une partie d'entre eux, rassemblés par Enzo Lorenzi, participe à la bataille de Castelnau-sur-l'Auvignon. Le , Zeef Gottesman est tué lors des combats de la libération de Toulouse.
Organisation et actions Les actions militaires de la ont généralement pour cadre les villes de Toulouse, Agen et Montauban. Face à un ennemi plus puissant et supérieur en nombre, il faut attaquer l’ennemi, se retirer et recommencer plus loin. Le service de renseignement, composé essentiellement de femmes, est chargé de collecter les informations utiles à la formation d'un plan d'action. Généralement, l’exécution en est confiée à un groupe de trois combattants : un tireur et deux protections.
Les membres les plus recherchés par la police deviennent des clandestins, bénéficiant d'une fausse identité, d'un logement dans des chambres louées par la brigade et de revenus pour survivre. Ils rendent compte de leurs actions avant de recevoir de nouvelles instructions. Ils sont souvent déplacés dans les départements du Midi toulousain.
En Lot-et-Garonne et en Tarn-et-Garonne, la établit de petits maquis servant de caches pour le matériel et pour les militants en réserve.
Les actions consistent généralement en :
sabotage des lignes de chemin de fer, particulièrement sur les axes de Bordeaux, Montpellier, Paris, et Bayonne, afin de gêner la circulation et les déplacements des forces allemandes, ainsi que leur approvisionnement en vivres et munitions. Ainsi les déraillements se multiplient sur les principaux axes : Toulouse-Bordeaux, Toulouse-Montpellier, Toulouse-Paris… assassinat de militaires allemands, mais aussi de dignitaires du régime de Vichy engagés de façon active dans la Collaboration ou dans la lutte contre la Résistance, tels que Costes, secrétaire général des Francs-gardes de la Milice à Toulouse, Mas, chef milicien à Toulouse, Pierre Lespinasse, avocat général à Toulouse, le général Philippon, chef milicien, et l'abbé Louis Sorel, membre du Conseil national.
Liste de membres Wiktor Bardach, dit « Jan Gerhard » (1921, Lviv-1971, Varsovie)Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier, « notice GERHARD Jan [BARDACH Wiktor dit »], sur le site du Maitron en ligne, version mise en ligne le 24 février 2009, dernière modification le 3 juillet 2009. , dit « Léon » (1920, Łódź-2008, Lyon) Rosine Bet, dite « Paulette Caverac » (1924, Conegliano-1944, Toulouse)Jean-Pierre Besse et Antonio Bechelloni, « notice BET Rosine », sur le site du Maitron en ligne, s. d. David Freiman, dit « Marius », « Hector Burdacq » (1918, Soroca-1944, Toulouse)Jean-Pierre Besse, « notice FREIMAN David », sur le site du Maitron en ligne, version mise en ligne le 18 février 2012, dernière modification le 2 mars 2021. Enzo Godeas (1925, Medea-1944, Toulouse)Jean-Pierre Besse, « notice GODEAS Enzo », sur le site du Maitron en ligne, version mise en ligne le 1er février 2010, dernière modification le 10 novembre 2020. Zeef Gottesman, dit « Philippe » (1912, Dolina-1944, Toulouse)Jean-Pierre Besse, « notice GOTTESMAN ou GOTTESMANN Zeef ou Zeev, alias Philippe », sur le site du Maitron en ligne, s. d. Jacques Grignoux, dit « André Broussin » (1923, Poitiers-1944, Toulouse) André Balent, « notice GRIGNOUX Jacques [alias « André Broussin » pseudonyme de Résistance »], sur le site du Maitron en ligne, version mise en ligne le 12 mars 2018, dernière modification le 21 novembre 2021. Judith Haït-Hin, dite « Catherine Varlin » (1925, Paris-2004, Paris)Claude Collin, « notice HAÏT-HIN Judith, Brana, épouse Winter. Catherine Varlin dans la résistance », sur le site du Maitron en ligne, version mise en ligne le 15 juillet 2022, dernière modification le 26 juillet 2022. Jacob Insel, dit « Jean Unserki » (1909, Drohobytch-1944, Toulouse)Jean-Pierre Besse, « notice INSEL Jacob dit Jacques, alias Serge Marmor, alias Jean Unserki », sur le site du Maitron en ligne, s. d. Émile Jakubowicz, dit « Émile »Jean-Pierre Besse, « notice JAKUBOWICZ Émile », sur le site du Maitron en ligne, version mise en ligne le 19 juin 2010, dernière modification le 18 octobre 2019. Marcel (Mendel) Langer (1903, Oświęcim-1943, Toulouse)Jean Maitron et Claude Pennetier, « notice LANGER Marcel [LANGER Mendel, dit »], sur le site du Maitron en ligne, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 4 janvier 2021. Claude Lévy, dit « Paul Cabanel » (1925, Enghien-les-Bains-2006, Paris) Raymond Lévy, dit « Jeannot », « Edmond Lormand » (1923, Paris-2014, Paris) Enzo Lorenzi, dit « Robert » (1923, Limana-1993, Agen)Jean-Pierre Besse, « notice LORENZI Enzo », sur le site du Maitron en ligne, version mise en ligne le 20 mars 2011, dernière modification le 26 novembre 2020. Diego Rodríguez Collado (1901, Tarragone-1944, Toulouse)André Balent, « notice RODRÍGUEZ COLLADO Diego [Rolando, Diego »], sur le site du Maitron en ligne, version mise en ligne le 13 avril 2018, dernière modification le 21 avril 2022. Izrael Schimmel Gold, dit « Sewek (Seweryn) Michalak », dit « Charles » (1911, Łódź-1997, Gdynia) Simondy Axel, dit « François » (vers 1919, Moldavie -1944, Brandeville)Jean-Pierre Besse, « notice AXEL Simondy », sur le site du Maitron en ligne, version mise en ligne le 29 janvier 2009. Damira Titonel (1923, Refrontolo-2011, Monclar) Jacques Marmieysse, dit Roger Brugère (1923, Monclar d'Agenais - 2023, Le Bugue )
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Témoignages Miguel Ángel Sanz, Luchando en tierras de Francia. La participación de los españoles en la Resistencia, Ediciones de la Torre, Madrid, 1981 . , « Les origines, les motivations, l'action et les destins des combattants juifs (parmi d'autres immigrés) de la FTP-MOI de Marcel Langer, Toulouse 1942-1944 », Le Monde juif, , , . Claude Lévy et Raymond Lévy, Une histoire vraie, Éditeurs français réunis, Paris, 1953. Claude Lévy, Les parias de la Résistance, Calmann-Lévy, Paris, 1970. Damira Titonel-Asperti et Carmela Maltone, Écrire pour les autres : mémoires d’une résistante. Les antifascistes italiens en Lot-et-Garonne sous l'occupation, Presses universitaires de Bordeaux, 1999 . Gérard de Verbizier, Ni travail, ni famille, ni patrie. Journal d’une brigade F.T.P.-M.O.I., Toulouse, 1942-1944, éd. Calmann-Lévy, Paris, 1994 .
Ouvrages généraux José Cubero, La Résistance à Toulouse et dans la Région 4, éd. Sud Ouest, 2005 . Jean Estèbe, Toulouse. 1940-1944, éd. Perrin, Paris, 1996 ; rééd. Cairn Éditions, Morlaàs, 2022 . Michel Goubet, La Résistance dans le Midi Toulousain, éd. Privat, Toulouse, 2015 . Lucien Lazare, La Résistance juive en France, Stock, Paris, 1987 .
Ouvrages spécialisés Jean-Yves Boursier, La guerre de partisans dans le Sud-Ouest de la France, 1942-1944. La FTP-MOI, L'Harmattan, Paris, 1992 . Greg Lamazères, Marcel Langer, une vie de combats, 1903-1943. Juif, communiste, résistant... et guillotiné, éd. Privat, Toulouse, 2003. Henri Soum, Chronique des bords de Garonne, t. 3 Le Vent des fous, éd. Signes du monde, Toulouse, 1994 . Comité de quartier Saint-Michel-Toulouse (éd.), Hommage à la 35° Brigade FTP-MOI Marcel Langer, Toulouse, .
Roman Marc Lévy, Les Enfants de la liberté, éd. Robert Laffont, Paris, 2007.
Vidéographie Alain Mosco, Ni travail, ni famille, ni patrie : journal d'une brigade F.T.P.-M.O.I. Toulouse, 1942-1944, La Sept-Arte et Ima Productions, 1993.
Articles connexes Toulouse pendant la Seconde Guerre mondiale Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée