Pierre-Joseph Denis, né à (Belgique) le , est un résistant belge.

Pendant la seconde guerre mondiale, Il est manœuvre et réside à Marignane avec sa femme. Ils ont un enfant. En 1943, il sera arrêté et déporté dans le camp de concentration de Dora dans le premier convoi qui y sera envoyé. Là-bas, il va s'engager dans la résistance et saboter des centaines de fusées V2. Seul survivant de ce premier convoi, Il retournera en Belgique où il décède le Fiche in Arolsen Archives.

Biographie

Pierre-Joseph Denis est arrêté par la Gestapo de Marseille le . Il aurait craché sur une photo d'Adolf Hitler, devant des allemands. vignette D'abord emprisonné à la prison Saint-Pierre, il est emmené, une nuit, menotté avec une quarantaine de prisonniers jusqu'à la gare Saint-Charles puis à Compiègne (Oise). Il est accusé d'injure au Führer allemand. Le , Joseph Denis est déporté en Allemagne sous couvert de l'opération Meerschaum. Il part à Buchenwald le avec le premier convoi français où il reçoit le matricule 13 997. Il est mis en quarantaine au Block 52 du petit "camp" et, en août, il est déplacé au Block 40. Par la suite, il a été transféré au camp de concentration de Dora. Il y est envoyé le ; il compte parmi les premiers Häftlinge envoyés dans ce camp "commando" où une usine souterraine de V2 a été installée. Il y est enregistré comme géomètre - contremaître au Hall 45 du tunnel. C'est là qu'il apprend l'existence des V2 :

Joseph Denis est affecté aux travaux de forage et il ne revoit pas la lumière du jour pendant plusieurs mois, puisqu'il ressortira de ce tunnel en décembre 43. Il témoigne :

Entrée dans la résistance Joseph Denis voit pour la première fois les fusées V2 lorsqu'un de ses co-détenus, Youb, l'emmène vers le Nord du camp via le Stollen A.

Début 1944, Denis devient magasinier toujours grâce à Youb avec qui il travaille. Joseph Denis témoigne de la première fois où il sabote une fusée V2 :

"Un jour, je donne un coup de cisaille dans une cuve, le Polonais sursaute et me dit: «Pas comme çà ! ». Le lendemain, en revenant au travail, nous entrons dans l’empennage d’une fusée. Nous tirons sur un manchon noir, qui tient un faisceau de fils. Nous coupons les fils du milieu et nous redressons le manchon. Des centaines de fusées sont ainsi sabotées. Entre-temps, nous tailladons les joints posés à l’ouverture des réservoirs à carburant. Un soir, en rentrant, nous voyons sept hommes attachés par le cou à un madrier. Une grue soulève le madrier. Sept morts de plus. Notre petit jeu dure jusqu’en février".

En , Il est affecté à la carrière de Netskater par mesure de représailles. En avril de la même année, Georges Thomas et Fritz Pröll, deux Kapos communistes allemands, l'aide à survivre.

"Un soir, alors que la mort me sourit déjà, je vois Georges Thomas. Il parle avec un homme habillé en blanc. Je lui explique que je suis le Belge du Block 52 de Buchenwald. Il n’en revient pas de me retrouver vivant. Il discute avec l’autre. C’est Fritz Preuve. Celui-ci me demande si je suis chimiste, et si je parle allemand, je lui réponds par un «oui» très convaincant. Ils rient, je ne mens pas, je sens la mort et je suis tout ce que l’on veut. Georges Thomas s’en va et je suis Fritz Preuln du mieux que je peux."

Il entre ainsi au Revier et grâce à l'intervention du Tchèque Jan Cespiva, il devient laborantin.

Joseph décrit son arrivée au Revier ainsi :

"Dans un ensemble concentrationnaire très fragmenté et cloisonné, le revier de Dora est le seul lieu ouvert qui accueille des malades des différents blocks, dont ceux du Tunnel. À cause de cela, il est à même de recevoir et de diffuser des informations. C'est donc dans le Revier que s'organise la résistance."

Etant en contact avec d'autres résistants (dont le belge Joseph Woussen), Il se lance alors une nouvelle fois dans des actions de sabotage, poussé par son ami français Marcel Petit (44448) ensemble, ils participent à l'organisation clandestine internationale du camp (appelé aussi le complot de Dora).

"Un mois plus tard, c’est le mois de mai, il fait bon. Marcel Petit, qui a parlé avec Preuln, m’a pris en confiance et m’explique ce qu’on attend de nous et parle résistance. Voici les consignes qu’il me donne :

– Maintenir en vie le plus de prisonniers possibles;

– Rendre la vie à ces prisonniers la moins infernale possible ;

– Ralentir le travail;

– Organiser le réseau de résistance;

– Mettre en place le plus de résistance possible;

– Dépister les mouchards ;

– Saboter le plus possible la fabrication des armes V.

La résistance s’organise peu à peu. Je travaille avec Marcel Petit. Les chefs que je connais sont Cespiva, Marcel Petit, Jacques PoupaultCespiva, docteur, résistant tchèque, Marcel Petit, 44448, Jean-Pierre Ebel, 31243, Jacques Poupault, 41529, résistants, déportés français, Fritz Preuln, Georges Thomas, Albert Kunde, Otto, Kapo des Lagerschutz, le Schreiber du Revier, le Tchèque Pollak et Heinz Schneider, un maçon-chirurgien. Il y a au Revier deux médecins SS, l’Hauptsturmführer Kahr et l’Oberjunger Kurks. Kahr est glacial, mais ne dit jamais rien, Kurks est sympathique, et nous donne tous les papiers de Schonung que l’on veut. Pour ne pas lui en demander de trop, on lui en vole assez bien. Il le sait, mais il se tait…"

Les V2 devaient sortir à partir du premier avril à raison d’au moins cinquante par jour mais les saboteurs de Dora ont vaincu les nazis. Les premières V2 ne sortiront que le .

Le débarquement de Normandie vécu depuis Dora Le , Joseph Denis décrit ce qu'ils considèrent de prime abord comme un "canular" jusqu'à ce que Fritz Preuln annonce qu’il a entendu lui-même à la radio que les alliés ont débarqué en Normandie.

Le , on tente d'assassiner Hitler, les SS se déchainent dans le camp. Joseph déclare : . Se succèdent alors des arrestations de masse jusqu'à la libération :

Avril 1945 - libération de Dora par les américains Le l'évacuation du camp est décidée. Cette évacuation durera 3 jours, Joseph Denis en témoigne :

Joseph se décide à partir mais au dernier moment, il croise un médecin qui refuse de laisser les mourants à leur triste sort. Joseph restera avec lui ainsi qu'avec les docteurs Franz Canivet, Lemière, de René Morel, Guillaume, le Hollandais, Pierre, l’Anversois, Michka, Paul Dufraing.

Le , le camp de concentration de Dora s'est libéré. L'armée américaine atteint le camp le . centré|cadre|Pierre-Joseph Denis, fusil à l'épaule, discutant avec un américain lors de la libération du camp de Dora.

Joseph Denis survit donc aux terribles conditions du camp. Il rentre en Belgique et après de longs mois de repos, il reprend ses études de géomètre expert immobilier. Il épousera Marie-Thérèse Meresse en 1957 et il s'installera dans le Borinage. Il y exercera différents métiers : employé administratif dans un charbonnage ou encore détective privé. cadre|Pierre Joseph Denis à son retour en Belgique en costume de prisonnier dans les rues de Mons (Belgique)|gauche

Joseph Denis a trois enfants et cinq petits-enfants. Sa petite-fille, Marie Denis est une militante féministe belge. Elle est née le (le même jour que l'arrestation de son grand-père).

Elle dénonce dans un article paru en 2012, la rhétorique néolibérale employée afin de discréditer les mouvements progressistes. En s'inspirant de l'histoire de son grand-père et du lien qui les unissaient, elle décrit la résistance comme étant . Dans ce texte, elle décrit son grand-père comme un homme ayant gardé .droite|442x442px|Pierre-Joseph DENIS et son petit-fils, Jean-ChristopheJoseph Denis est décédé le à l'âge de 78 ans à Boussu en Belgique.

Publications

Pierre-Joseph Denis, « Résistance à 'Dora' » dans : Le Serment, n° 286, 2002, p. 2-4 (surpression) Dora. Magazine trimestriel du Cercle des Amis, Stekene, Dora asbl, 2016, n° 1, p. 20-23 Pieter Serrien, La peur au quotidien. La terreur des bombes V sur la Belgique (1944-1945), 2016, p. 32-46

Références

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