Barabbas est un personnage des Évangiles n'apparaissant qu'au cours du procès de Jésus.

Le nom L’étymologie de son nom (Βαραββᾶς) est incertaine. Barabbas est présenté dans les Évangiles tantôt comme un dissident (Marc 15:7), tantôt comme un brigand (Jean 18:40). Il est dit aussi que c'est un prisonnier remarquable (Matt 27:16 δέσμιον ἐπίσημον) ayant de façon collective commis un meurtre avec d'autres agitateurs lors d'une sédition (Marc 15:7 οἵτινες ἐν τῇ στάσει φόνον πεποιήκεισαν). Ponce Pilate demande ce que Jésus a fait de mal (Matt 27:23 Τί γὰρ κακὸν ἐποίησεν;). Comme il devait gracier et libérer un prisonnier lors de la Pâque, Ponce Pilate demande à « la foule » quel prisonnier elle veut relâcher : Jésus le Roi des Juifs (Jean 18.39 βούλεσθε οὖν ὑμῖν ἀπολύσω τὸν βασιλέα τῶν Ἰουδαίων;) ou Barabbas. « La foule » réclame la libération de Barabbas et la condamnation de « Jésus roi des Juifs » (Jésus de Nazareth).

Plusieurs manuscrits donnent au porteur du surnom ou cognomen Barabbas le nom de Jésus, mais celui-ci a été ensuite écarté des manuscrits, autant pour des raisons de rédaction par les scribes (selon Charles Perrot) que pour éviter qu'il y ait deux Jésus dont un « brigand » (Hyam Maccoby, citant Origène et Étienne Trocmé). Concernant le nom de Jésus que Barabbas portait dans l'évangile selon Matthieu en 27,16-17, au , Origène écrivait : « il ne convient pas de donner ce nom à un personnage inique et, d'ailleurs, aucun pécheur n'est ainsi nommé dans les Écritures »Jean-Paul Michaud, Article Barabbas, 2003, sur http://www.interbible.org.. L'indignation d'Origène témoigne du caractère embarrassant que présentait visiblement cette mention de Jésus Barabbas au point qu'il suggère que ce sont des « hérétiques » qui l'ont ajouté William R. Farmer, The Last Twelve Verses of Mark, Cambridge University Press, 2005, , note .. Plusieurs codex de cet évangile qui ont été retrouvés appellent Barabbas du nom de Jésus, la correction pour parvenir aux versions pouvant être intervenue plus tardPaul Winter, Géza Vermes, On the Trial of Jesus, 1974, Walter de Gruyter, Berlin - New York, .. Les codex en question ne sont pas spécialement anciens, néanmoins les spécialistes estiment qu'ils représentent la version originale, car il est très difficile d'imaginer que des chrétiens aient ajouté ce nom à des manuscrits, alors que la démarche inverse est beaucoup plus vraisemblable.

Pour Simon Claude Mimouni, Le sens étymologique du cognomen ou surnom de Barabbas est « fils du père » (de bar, en araméen : fils de, et Abba, Père) ou, selon qu'on l'écrit Barrabas « fils du maître ».. Le « s » final est une marque génitive grecque.

Les historiens retiennent donc qu'il s'appelait, ou était surnommé, Jésus Bar Abbas.

Le contexte Selon Simon Claude Mimouni, le gouvernorat de Ponce Pilate est un des cinq temps forts des troubles qu'a connus la Palestine entre la mort d'Hérode le Grand et le déclenchement de la Grande révolte juive, émaillé de pas moins de six gros incidents, auxquels il faut ajouter l'exécution de Jésus de Nazareth et éventuellement la sédition de Jésus Bar Abbas, dont la popularité est rapportée dans les évangiles synoptiques.. Ponce Pilate a donc probablement fait crucifier de nombreux insoumis et en particulier les meneurs d'un mouvement à tendance messianiste et les personnalités les plus en vue qu'il est parvenu à capturer et qui ont conduit une foule de Samaritains à se rassembler sur le mont Garizim.. Bien que Flavius Josèphe, qui rapporte l'épisode, ne donne pas le nom de l'instigateur de ce rassemblement, certains chercheurs estiment qu'il peut s'agir de Dosithée de Samarie dont ils font un disciple de Jean le Baptiste auquel il aurait succédé à la tête de son mouvement..

Les exactions de Ponce Pilate sont rapportées par les auteurs juifs Flavius Josèphe et Philon d'Alexandrie.

Selon les évangiles Barabbas est un personnage qui n'apparaît qu'au cours du procès de Jésus, dans une seule source, les évangiles, alors que Ponce Pilate a déjà interrogé Jésus en lui demandant s'il est Jésus acquiesce à cette question par la formule Dans les évangiles selon Marc et Matthieu, Jésus refuse alors de répondre aux autres accusations formulées par Pilate (Mc 15:4 ; Mt 27:13-14) et . Dans le seul évangile selon Jean, le dernier des canoniques à avoir été composé dans les années 90-100, Jésus répond : « Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n'est pas d'ici. » (Jn 18:36)

C'est alors que Barabbas est introduit dans le récit en invoquant ce que la critique a par la suite appelé le privilège pascal, bien que les évangiles synoptiques fassent référence à toutes les fêtes et pas seulement à une coutume qui n'aurait eu lieu que lors de la Pâque..

L'évangile selon Marc explique : Donc Pilate demande : Les excitent alors à demander qu'il relâche plutôt BarabbasBible de Jérusalem, Évangile selon Marc, 15, 11.. Pilate questionne : répond à deux reprises .

L'évangile selon Matthieu apporte peu de modifications au récit initial. On y apprend juste que Barabbas était célèbre. Par ailleurs, puisque Barabbas y était appelé de son nom complet, la proposition de Pilate revenait à demander voulez-vous que je vous relâche, Jésus Barabbas, ou Jésus que l'on appelle Christ ? La réaction d'Origène témoigne au minimum que cela semblait étrange et était peut-être même embarrassant. Les rédacteurs de l'évangile selon Jean précisent que :

Pour Hyam Maccoby, le surnom « bar Abbas » aurait été donné à Jésus de Nazareth à cause de son habitude de prier et de prêcher en désignant Dieu comme « Abba » (Père), dont témoignent les évangilesMaccoby page 165 et 166".. Ce qui semble correspondre à l'incident que Jésus provoque dans le Temple et dont les évangiles synoptiques font la cause de son arrestation immédiate et de sa crucifixion le lendemain. Hyam Maccoby considère aussi que ce Yeshua bar Abba ou Jésus bar Abbas n'est rien d'autre que Jésus de Nazareth, et que le choix entre deux prisonniers est une fiction ou un procédé littéraire. Il conclut que certains des actes attribués à Barabbas doivent alors historiquement avoir été commis par Jésus. De plus, loin d'avoir réclamé son exécution, lorsque crie ce serait la libération de Jésus de Nazareth qu'elle réclamait.

Plusieurs auteurs, à la suite de Salomon Reinach., ont relevé une similitude entre le récit de la passion de Jésus et celui fait par Philon d'Alexandrie, mettant en scène un personnage simplet appelé « Karabas » pris à partie par la foule alexandrine et tourné en dérision afin de se moquer du nouveau roi juif Agrippa en route vers son nouveau royaume en été 38., dans une mascarade similaire à celle infligée à Jésus.

Il s'agirait alors de faire la distinction entre les deux faces de Jésus, Jésus détesté et Jésus aimé par la foule, un Jésus condamné et un Jésus lavé de ses péchés, un Jésus politique et un Jésus spirituel. Plus globalement, la figure de Barabbas est hautement énigmatique et entraîne des interprétations littérales ou symboliquesCorpus Christi - Documentaire épisode 4 « Barabbas ».

L'interprétation Dans le Nouveau Testament, Pilate donne au peuple rassemblé le choix de sauver Barabbas ou Jésus, et la foule lui crie de libérer Barabbas. Ce récit, reportant sur les Juifs la responsabilité de la crucifixion et invoquant une malédiction du sang, a été utilisé à des fins antisémites en servant de base aux accusations de peuple déicide.. Ces accusations sont démenties par le catéchisme du concile de Trente (1566), pour lequel l'unique responsable de la crucifixion est l'ensemble des péchés de l'humanité, depuis le péché originel jusqu'à la fin des tempsPremière partie, chap. 5, § 3 : « Et il faut le reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’Apôtre, s’ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne L’auraient jamais crucifié. Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître. Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains déicides »..

Le privilège pascal La substitution entre deux prisonniers, Jésus Barabbas et Jésus, « le roi des Juifs » proposée par Ponce Pilate telle qu'elle est décrite dans les évangiles, est due au fait que le gouverneur romain pouvait, selon les évangiles, relâcher le prisonnier que la foule désignait lors de la fête de Pâque. L'évangile selon Matthieu décrit ainsi ce « privilège pascal » :

La valeur historique du « privilège pascal » est très disputée.. Sa réalité est mise en doute pour plusieurs raisons. D'abord, parce que dans tout l'Empire romain il n'est attesté dans aucun texte de quelque nature que ce soitS. G. F. Brandon, Jésus et les Zélotes, Flamarion, Paris, 1975, .. Les seuls textes qui en parlent sont les évangiles., puis dans les siècles suivants les récits de la Passion qui en ont été tirés. Comme les évangiles ne sont pas des textes indépendants, mais qu'au contraire les rédacteurs des versions et évangiles ultérieurs ont composé les leurs avec, sous les yeux, les textes des précédentsJacques Giri, Les nouvelles hypothèses sur les origines du christianisme. Enquête sur les recherches récentes, Karthala, Paris, 2010, ., les récits du procès n'ont peut-être qu'une source communeJacques Giri, Les nouvelles hypothèses sur les origines du christianisme. Enquête sur les recherches récentes, Karthala, Paris, 2010, ., qui pourrait être le premier évangile par ordre chronologique, celui de Marc. Comme pour tous les autres passages des évangiles, ce texte se réfère constamment à l'Ancien TestamentJacques Giri, Les nouvelles hypothèses sur les origines du christianisme. Enquête sur les recherches récentes, Karthala, Paris, 2010, .. Ce ne sont pas des . Tous les récits qui parlent du « privilège pascal », ne concernent que deux prisonniers : Jésus de Nazareth et Jésus bar Abbas. thumb|Donne-nous Barabbas ! Extrait de The Bible and its Story Taught by One Thousand Picture Lessons (1910).

Si ce privilège pascal non attesté est jugé peu probable pour des gouverneurs romains, il semble presque invraisemblable pour un préfet en Judée. En effet, depuis la mort d'Hérode le Grand (-4), puis la prise de contrôle directe de la Judée par les Romains (+6), la Galilée, mais aussi la Judée et même parfois la Samarie, sont traversées de révoltes, alors que parallèlement des groupes appelés « brigands » par les Romains infestent le pays.. Une telle obligation pour un gouverneur de Judée aurait donc été à haut risqueS. G. F. Brandon, Jésus et les Zélotes, Flammarion, Paris, 1975, .. En tout cas, Flavius Josèphe, qui s'était proposé de noter tous les privilèges que les Romains avaient accordés aux Juifs, n'a pas cité ce privilège que Brandon estime tout à fait extraordinaire. Alors qu'il mentionne des dizaines de répressions et des centaines de crucifixions, Josèphe n'en profite à aucun moment pour donner un exemple de prisonnier relâché pour une raison de ce type dans son récit en sept volumes de la Guerre des Juifs, ni dans ceux des Antiquités judaïques correspondant à cette périodeS. G. F. Brandon, Jésus et les Zélotes, Flammarion, Paris, 1975, et note de la même page..

Toutefois, pour Jean-Pierre Lémonon . Il estime qu'il n'y a parmi les objections soulevées que des contradictions ou des développements apologétiques, ce qui ne disqualifie pas a priori un texte sur le plan de l'histoire. Pour lui, et le « privilège pascal » est explicitement mentionné dans trois d'entre eux, mais seul l'évangile selon Jean lie directement la coutume de la libération d'un prisonnier et la fête de Pâque. Pour lui,