Le camp des Rochères et de la Poterie est un Camp d'internement français, ouvert en , dans des prairies proches du Château des Rochères, sur le territoire de la commune de Meslay-du-Maine (Mayenne). Zone complètement inadaptée, il est remplacé par le camp de La Poterie, ouvert en , dans la ferme éponyme, sur le territoire de la commune de La Cropte (Mayenne), à trois kilomètres de Meslay-du-Maine.

Entre 1939 et 1940, il a connu l'internement d'environ Allemands, Sarrois et Autrichiens. Il s’agit d’intellectuels, d’artistes, d’hommes d’affaires, de juifs, de résistants aux régime nazi (surtout des hommes), provenant de la région parisienne, arrêtés en raison de leur nationalité.

Contrairement au Camp des Milles, il est évacué à l'arrivée des troupes allemandes en et est ré-utilisé dès par les Allemands pour y accueillir des prisonniers français.

Il ne reste quasiment plus aucun vestige de ce camp.

Juillet 1939 à juin 1940 : un camp d’internement pour sujets dit « ennemis » L’histoire du camp débute sous la République, au début de la Seconde Guerre mondiale, lorsque le gouvernement français radical-socialiste d'Édouard Daladier décrète l'internement des ressortissants du Reich. Le ministre de l'Intérieur, Albert Sarraut, n'a aucun égard pour les authentiques antifascistes qu'ils sont pour la plupart, ayant fui, vers la France, dès avant 1936, la politique antisémite et anti-intellectuels des nazis. Considérés paradoxalement et tragiquement comme des , les internés sont victimes d’un mélange de xénophobie, d’absurdité et de désordre administratifs ambiants.

En , avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, l’internement des hommes allemands et autrichiens a commencé en France, qu’ils soient partisans nazis ou antifascistes déclarés.

Emplacement en Mayenne Les préparatifs d’un camp d’internement étaient en cours depuis le début de l’année 1938. L'emplacement du camp est arrêté en . Il comprend le château. Le est promulgué le décret sur la création des CTE, Compagnies de travailleurs étrangers. La région militaire est choisie pour y concentrer les étrangers installés en région parisienne.

Le maire de Meslay-du-Maine reçoit l’ordre de préempter le site le . Il pose alors d'emblée question. Le terrain agricole de était jugé impraticable en hiver pour les bestiaux... Un premier détachement de soldats du Bataillon de garde des étrangers s'installe dès le .

Les 18 et , Allemands et Autrichiens arrivent à Meslay-du-Maine, en provenance de la région parisienne, après un passage par le Stade olympique Yves-du-Manoir, centre de rassemblement de Colombes. Le camp constitue alors l'une des principales destinations pour les internés de la région parisienne. En , le camp de Meslay du Maine devint camp de prestataires.

Conditions Ils sont premièrement installés sur un terrain proche du Château des Rochères. Ils trouvèrent une zone entourée seulement de barbelés. Ils durent dormir dans la prairie, sans aucune protection au début ; ce n’est que pour les malades qu’il y avait une tente décente disponible.

Il s'agit d'une zone et d'un hébergement complètement inadaptés.

À la mi-, après une tempête, les conditions étaient devenues si intenables que le camp a dû être déplacé ailleurs. Des travaux d'aménagement sont effectués à La Poterie, pour y ériger des baraquements. Au lieu de tentes comme auparavant, les internés sont désormais logés dans des baraquements. Les conditions de vie y demeurèrent néanmoins des plus précaires. Un camp annexe est installé à Longuefuye : il était à l'origine un site de stockage d'alcool.

Denis Peschanski donne un aperçu précis des nationalités des internées à Meslay :

Ils étaient regroupés dans le camp de cinq compagnies, chacune ayant un commandant de compagnie étranger et un chef de groupe. compagnie = 349 Allemands compagnie = 461 Autrichiens compagnie = 200 Sarres et 89 réfugiés allemands (divisée en deux unités distinctes) Compagnie = 428 Autrichiens compagnie = 422 Autrichiens.

Le nombre de détenus du camp a diminué en , à , avec lesquels, selon Albert Dubuc, Il a estimé la proportion des travailleurs à et a compté de nombreuses personnes ayant des professions artistiques ou scientifiques dans ses mémoires.

Responsables du camp Le camp était placé sous le contrôle du bataillon de garde des étrangers au Camp de Meslay. Les responsables du camp sont : Albert-Mary Dubuc, directeur ; Augustin Chartier, sergent-chef, chargé de l'intendance alimentaire du camp et de l'évacuation en Bernard Queinnec, lieutenant, médecin du camp Joubert, lieutenant

Artistes et intellectuels au camp Une caractéristique essentielle du camp réside dans la diversité de la production artistique réalisée par les internés, malgré les privations et le manque de moyens. Cette production est importante entre 1939 et 1940. Ce foisonnement s’explique incontestablement par la présence de nombreux artistes et intellectuels, dont certains bénéficient déjà d’une renommée internationale, tandis que d’autres ne seront reconnus qu’après la guerre.

Toutes les disciplines sont concernées : la peinture (avec Paul Strecker et Hans Reichel), la photographie et l'architecture (avec notamment Hans Hartung, l'architecte Erich Kolb, l'artiste Maxim Vechke, les dessinateurs Bil Spira, , Maler Hans Escher et Johnny Friedlaender, le publiciste la musique (avec les compositeurs Ralph Erwin et Franz Eugen Klein, l'artiste-peintre et violoniste, Helmut Nimeyer, le chanteur d'opéra , ; Kurt Blaukopf, Fred Freed), le compositeur Marcel Rubin, le théâtre avec des comédiens comme Leon Askin ou encore l'acteur Karl Farkas, ou le cinéma comme Joseph Than, scénariste et producteur, les journalistes, écrivains, philosophe, comme Konrad Heiden, Leo Schmidl, Felix Kreissler, , et , ou des hommes politiques comme , ou , historien comme Ernst Shwager ou encore , le pédagogue , ou encore le mathématicien Walter Rudin. À leurs côtés, sont aussi présents des sportifs, provenant du Camp de Vitré, anciens professionnels du Stade rennais comme Anton Raab.

Parmi ces personnalités, beaucoup s’attachent à poursuivre leur activité, influencés par les circonstances extraordinaires et tragiques qui président à leur internement. Ils donnent libre cours à leur créativité, parfois avec humour ou ironie, pour préserver leur dignité, prendre du recul sur leur condition, tromper l’ennui, entretenir leur moral comme celui de leurs camarades. Des revues sont jouées comme

Fin du camp d'internement Le , un décret entre en vigueur : il entraîne la division des internés à Meslay en deux groupes : les prestataires et les non-prestataires. Les prestataires étaient des hommes qui acceptaient de soutenir l’armée française ou les troupes britanniques combattant en France en tant que travailleurs civils sous tutelle militaire (service sans armes).

Meslay devient un camp de Prestataires à partir de , avec Albert-Mary Dubuc comme commandant adjoint. Quiconque refusait d'y servir comme prestataire ou de servir dans la Légion étrangère était transféré au camp de Damigny.

Un article du Petit Parisien du , signé par Maurice Prax, relate la situation désespérante des prestataires du camp en attente d’affectation.

Progressivement, le camp va se vider. Il y a des transferts vers d'autres camps, des libérations. Certains internés rejoignent aussi la Légion étrangère, comme Hans Hartung, l'armée anglaise, comme Georges Bachrich, ou émigrent aux États-Unis, comme Leon Askin.

En , les internés du camp de Forcalquier, annexe du camp des Milles, sont envoyés à Meslay-du-Maine pour y être employés comme main-d'œuvre de guerre. Ainsi, par exemple, Ferdinand Springer et Hans Bellmer sont affectés au camp de Meslay-du-Maine en provenance de Forcalquier.

Le , Dubuc devient commandant du camp et dirige son évacuation, qui commence le , en raison de l’avancée allemande, à la suite de la bataille de France. Le millier d'internés restant est transféré à Albi (camp Saint Antoine), via Angers et Montpellier. Certains sont libérés, d’autres sont remis aux autorités allemandes.

Mémoire En 1939, Dubuc réalise un film dont la première partie capte des scènes quotidiennes de Meslay. Dans la deuxième partie, il y a des plans du camp abandonné des Rochères et des scènes du camp de La Poterie. À Meslay, l’association Histoire et Mémoire s’intéresse à la mémoire du camp d’internement et a conçu une exposition à ce sujet en 2020.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie . . .

Liens externes

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