vignette|Les frontières de la Belgique, telles que déclarées par le gouvernement provisoire belge après l'indépendance, incluaient le grand-duché de Luxembourg. L'annexion du grand-duché de Luxembourg par la Belgique désigne la période de l'histoire du Luxembourg pendant laquelle le grand-duché est annexé et administré par la Belgique. Elle a lieu du , date de la déclaration de l'annexion par le gouvernement provisoire de Belgique, au , date de signature du traité des XXIV articles, qui consacre la scission du grand-duché de Luxembourg, octroyant la partie occidentale à la Belgique (la province de Luxembourg) et rétrocédant la partie orientale, au grand-duc de Luxembourg, Guillaume d'Orange-Nassau, avec les frontières de l'actuel pays du Luxembourg.

Elle trouve ses racines avec la participation luxembourgeoise à la révolution belge de 1830, les luxembourgeois partageant globalement les mêmes griefs à l'égard de la gouvernance « hollandaise » qui considérait le grand-duché comme la dix-huitième province du Royaume, alors que le territoire n'était censé être lié aux Pays-Bas que par l'union personnelle qui faisait de Guillaume , à la fois le roi des Pays-Bas mais aussi le grand-duc de Luxembourg.

La zone d'influence et d'administration belge fut toutefois limitée à un rayon de quatre lieues autour du glacis de la forteresse de Luxembourg, où résidait une garnison de l'armée prussienne, en vertu de l'appartenance du grand-duché à la confédération germanique. Ce rayon fut ensuite réduit à deux lieues par la convention militaire belgo-luxembourgeoise de 1831. Ce territoire réduit incluait la capitale, Luxembourg-ville, ainsi que quelques villages aux alentours qui demeuraient sous le contrôle du gouverneur du Luxembourg et soumis à la loi néerlandaise. Tout le reste du grand-duché était, quant à lui, administré par le gouverneur de la province de Luxembourg depuis le nouveau chef-lieu, Arlon.

Cette période fut marquée par plusieurs incidents, à commencer par une contre-révolution organisée par le mouvement orangiste, fidèle au grand-duc. Plusieurs manœuvres militaires, des deux côtés, menèrent à des périodes de tension entre les deux commandants des forces armées, le général belge Frédéric de Tabor et le général prussien Frédéric Dumoulin.

D'un point de vue international, si les puissances européennes ne tardèrent pas à reconnaître l'indépendance de la Belgique lors de la conférence de Londres, elles demeuraient plus prudentes au sujet de la « question du Luxembourg », ne voulant pas déclencher un nouveau conflit, après une année 1830 qui avait déjà vu la Grèce acquérir son indépendance de l'Empire ottoman, la France connaitre sa deuxième révolution, la Pologne se soulever contre l'Empire russe ou encore la future Italie accroitre son Risorgimento. Elle proposèrent donc un rachat du Luxembourg par la Belgique, avant que la Campagne des Dix-Jours ne les fassent changer d'avis et ratifier le traité des XXVII articles, annonçant la scission du Luxembourg.

Contexte vignette|Carte du Moyen Âge, représentant les Pays-Bas autrichiens au sud (majoritairement catholiques) et la république des Provinces-Unies au nord (majoritairement protestante) avec leur frontière (en rouge).

Depuis le Moyen Âge, le duché de Luxembourg et les Pays-Bas méridionaux demeuraient étroitement liés et étaient d'ailleurs gouvernés par les mêmes souverains de la maison de Habsbourg lors de la période des Pays-Bas autrichiens, qui perdura jusqu'à l'annexion à la Première République française en 1795.

Après la fin du Premier Empire de Napoléon Bonaparte, le congrès de Vienne crée le grand-duché de Luxembourg qu'il octroie, à titre privé, à Guillaume d'Orange-Nassau. Celui-ci devient donc le premier grand-duc de Luxembourg mais est alors également le roi d'un autre nouvel état : le royaume uni des Pays-Bas, regroupant grosso modo la Belgique et les Pays-Bas actuels. Le grand-duché devient également un État membre de la Confédération germanique, créée par la même occasion, et la forteresse de Luxembourg abrite dès lors une garnison conjointe de troupes de l'armée prussienne et de l'Armée du royaume uni des Pays-Bas, devenant une forteresse « fédérale », notamment après la convention de Francfort conclue le .

Toutefois, le « roi grand-duc » considère le Luxembourg comme la dix-huitième province de son royaume, qu'il soumet notamment à la constitution du royaume des Pays-Bas. Les griefs des populations majoritairement catholiques des provinces méridionales se font de plus en plus insistants et mènent finalement à la révolution belge, dirigée contre le régime « hollandais » protestant, entraînant la guerre belgo-néerlandaise puis la déclaration de l'indépendance de la Belgique le . Les revendications des luxembourgeois et des belges vis-à-vis de la politique de Guillaume se rejoignant sur beaucoup de points, cela provoque un ralliement massif à la révolution des Belges, incluant une participation militaire par l'envoi d'un corps franc luxembourgeois.

En effet, malgré le fait que le Grand-duché de Luxembourg soit théoriquement indépendant du Royaume uni des Pays-Bas, Guillaume y avait fait placer en garnison deux bataillons de son armée issus d'une toute nouvelle afdeeling. Il s'agit là d'un dix-huitième régiment d'infanterie, spécialement créé en 1829 alors qu'il n'y en avait initialement que dix-sept : un dans chacune des provinces. Ce dernier possède officiellement son état-major à Namur mais les deux bataillons sont en garnison à Arlon et dans le château de Bouillon. Dans la forteresse de Luxembourg se trouve toujours une garnison de l'armée prussienne tandis que le maintien de l'ordre public est assurée par la maréchaussée royale, l'ancêtre de la gendarmerie grand-ducale.

Déroulement Préludes

vignette|Le château de Bouillon est pris par la garde bourgeoise de la ville dès le après que la majorité de la troupe composant le bataillon des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas qui y était en garnison, ait déserté. Avec le déclenchement de la révolution belge lors de l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux, les Luxembourgeois se rallient massivement au mouvement. En effet, dès le , François d'Hoffschmidt rapporte le premier drapeau « noir-jaune-rouge » par la diligence venue de Bruxelles. Il est hissé en haut du clocher de l'église Saint-Pierre de Bastogne par une troupe d'insurgés menée par le commandant de la maréchaussée locale, Charles Mathelin. Lorsque le roi convoque les États généraux du royaume des Pays-Bas dès le afin de statuer sur la suite à donner à l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux, il pose deux questions à ses députés : 1) L’expérience prouve-t-elle la nécessite de modifier la loi fondamentale du Royaume uni des Pays-Bas ? 2) Si tel est le cas, les relations entre les deux grandes divisions du Royaume devaient-elles changer de forme et de nature ?

À ces deux questions, les quatre députés luxembourgeois de la Seconde Chambre des États généraux (Pierre d'Anéthan, Jean Faber, Jean-François Maréchal et Antoine Pescatore) votent tous « oui » et la séparation administrative des deux entités est actée le par voix pour et contre. À la Première Chambre des États généraux, où ne siège aucun Luxembourgeois, le vote est encore plus flagrant avec voix pour et contre.

Par la suite, les Luxembourgeois envoient le corps franc luxembourgeois gonfler les rangs des volontaires belges lors de la guerre belgo-néerlandaise, tandis que les garnisons d'Arlon et de Bouillon se rendent tour à tour le puis le .

Déclaration d'annexion Le le gouvernement provisoire de Belgique déclare unilatéralement l'annexion du grand-duché de Luxembourg à la Belgique. en tant que neuvième province du royaume : la province de Luxembourg. La ville de Luxembourg se trouvant dans le rayon demeuré sous l'autorité du grand-duc, elle ne put en devenir le chef-lieu et c'est à Arlon que fut progressivement aménagé l'autorité provinciale belge. Bruxelles y nomme un gouverneur : Jean-Baptiste Thorn.

Le , le Congrès national adopte un décret, précisant queDécret constituant, du 18 novembre 1830, Bulletin officiel, n°41, p.584. :

En effet, la garnison de l'armée prussienne présente dans la forteresse de Luxembourg empêche le contrôle belge du territoire situé dans un rayon de quatre lieues à partir du glacis de la forteresse, en vertu de la convention de Francfort, signée le entre le grand-duc Guillaume et le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III.

Dans ce rayon subsiste un réduit du territoire luxembourgeois où les lois néerlandaises et grand-ducales font toujours foi, sous l'autorité du gouverneur du Luxembourg, Jean-Georges Willmar, remplacé à sa mort (le ) par le duc de Saxe-Weimar. Cette situation entraîne la « question du Luxembourg », quant à savoir à qui devait revenir le territoire luxembourgeois. Ce rayon sera ensuite réduit à deux lieues par la convention militaire belgo-luxembourgeoise de 1831.

Chronologie

1830 vignette|Jean-Baptiste Nothomb : début de la révolution belge avec les émeutes d'août 1830 à Bruxelles. : début des Journées de Septembre. : création du corps franc luxembourgeois avec l'approbation du gouvernement provisoire de Belgique, suivant l'élan de Dominique Claisse, Jean-Bernard Marlet et Théodore Pescatore. Ils partent renforcer les volontaires belges lors de la guerre belgo-néerlandaise et sont directement engagés dans la campagne d'Anvers.

Bruxelles : Le gouvernement provisoire de Belgique promulgue unilatéralement l'indépendance de la Belgique ; Bastogne : l'arrondissement administratif de Bastogne se proclame en faveur de la Belgique sous l'influence d'Antoine Siville, de Charles Mathelin, de Philippe Tosquinet ou encore de François d'Hoffschmidt ; La Haye : le roi grand-duc Guillaume nomme son fils, le prince héritier Guillaume « gouverneur général provisoire de Belgique ». celui-ci officie initialement depuis le palais royal d'Anvers. : L'arrondissement administratif de Marche-en-Famenne suit l'exemple de celui de Bastogne la veille et déclare à son tour reconnaitre le gouvernement provisoire de Belgique. François d'Hoffschmidt est nommé « commissaire de district » dans l'arrondissement de Bastogne, faisant office de commissaire général provisoire pour les communes luxembourgeoises qui se rallient à la Belgique. Le gouvernement provisoire adresse un dépêche au gouverneur du Luxembourg, Jean-Georges Willmar, lui indiquant :

: une commission est créée en vue de rédiger la future Constitution de la Belgique. Trois luxembourgeois y sont conviés : Étienne de Gerlache, Jean-Baptiste Nothomb et Jean-Baptiste Thorn. : le gouvernement provisoire de Belgique convie les Luxembourgeois aux élections du futur Congrès national selon le principe du suffrage censitaire élargit, ce qui confère le droit de vote à hommes sur une population de habitants à ce moment dans l'ensemble du grand-duché de Luxembourg. le gouvernement provisoire de Belgique déclare unilatéralement l'annexion du grand-duché de Luxembourg au nouvel état, sans consultation populaire. Il y déplace temporairement le chef-lieu de Luxembourg-ville à Arlon et y nomme un nouveau gouverneur, le gouverneur de la province de Luxembourg : Jean-Baptiste Thorn. : Le gouverneur du Luxembourg, Jean-Georges Willmar, écrit à La Haye pour demander si la nomination du prince Guillaume en tant que « gouverneur général de la Belgique » inclut le Grand-Duché de Luxembourg. Le , on lui répond que non, et que le grand-duc de Luxembourg est toujours Guillaume . : les quatre derniers arrondissements administratifs du Grand-Duché déclarent à leur tour se rallier à la Belgique, à savoir l'arrondissement administratif de Grevenmacher, de Luxembourg, de Neufchâteau et de Virton. Tout le Luxembourg est désormais belge sauf la forteresse de Luxembourg et son rayon de quatre lieues, qui sera réduit à deux avec la convention militaire belgo-luxembourgeoise de 1831.