vignette|Mur extérieur de l'odéon d'Hérode Atticus (), au pied de l'acropole d'Athènes.

La période de domination romaine en Grèce s'étend conventionnellement de après la mise à sac de Corinthe par Lucius Mummius Achaicus jusqu'à la reconstruction de Byzance par et sa proclamation en tant que seconde capitale de l'Empire romain en Cette période concerne plus largement le « monde grec », et pas seulement la Grèce dans ses acceptions actuelles, car durant la haute époque hellénistique () des royaumes et cités grecques s'étaient constitués en Égypte et en Asie du sud-ouest, dans le sillage des conquêtes d'Alexandre le Grand. Dans la chronologie classique, cette période couvre la seconde partie de l'époque hellénistique et la période du Haut-Empire romain.

La République romaine commence à intervenir dans les affaires politiques du monde hellénistique dès le et affirme rapidement sa supériorité militaire sur les puissances hellénistiques. Sa domination directe se met en place après , à la suite de ses victoires contre la Macédoine puis la ligue achéenne. Elle s'achève par la conquête de l'Égypte en , qui marque également le début conventionnel de l'Empire romain. La fin des guerres civiles romaines marque le début d'une ère pacifique qui se prolonge jusqu'au La partie orientale de l'Empire romain, de culture grecque/hellénistique, comprend alors plusieurs des régions les plus prospères de l'Empire et des cités très importantes qui s'épanouissent durant la pax romana. La cité grecque (polis) reste la structure politique de base de ces régions et s'accomode de la domination impériale qui s'inscrit largement dans la continuité des monarchies hellénistiques.

Durant cette période, la partie orientale de la République puis de l'Empire romain a pour culture dominante l'hellénisme, ce qui pose les bases du futur Empire romain d'Orient/byzantin, d'héritage politique romain mais de culture grecque. De fait d'importants centres politiques et culturels grecs sont établis dans ces régions, en premier lieu Alexandrie, mais aussi Pergame, Antioche et Séleucie du Tigre, et plusieurs des esprits les plus réputés de cette période sont de culture grecque (Claude Ptolémée, Galien, Épictète, Plutarque, Lucien de Samosate).

La conquête du monde grec par Rome

vignette|Tony Robert-Fleury, Le dernier jour de Corinthe, 1870 (musée d'Orsay). Historiquement, les premières cités grecques à passer sous domination romaine sont celles situées en Italie du sud et en Sicile, au . Syracuse, qui avait pris parti pour Carthage lors de la seconde guerre punique, est la dernière à tomber, en 213-211 Tim Cornell, « Rome (history) 1. From the origins to 31 BC », dans .. Les Romains franchissent l'Adriatique avant cela, dans un premier temps pour soumettre l'Illyrie, au cours de trois conflits (, 219 et ). La conquête de la Grèce passe avant tout par la soumission de la Macédoine, dont le roi se voyait reprocher son appui à Hannibal lors de la seconde guerre punique et concerne surtout la Macédoine. Les trois guerres de Macédoine (, , ) confirmèrent la supériorité des légions romaines sur les troupes grecques, notamment lors des batailles de Cynoscéphales (197) et Pydna (168). On retient généralement qu'un magistrat romain philhellène, Flamininus, reprend en 196 le vieux slogan de « liberté » des cités grecques, mais la Rome impose de progressivement sa domination (à son corps défendant si on suit le discours romain qui veut qu'elle ne soit jamais à l'initiative de la guerre). La Macédoine, divisée en quatre districts, se révolte en et devient une province, avec pour capitale Thessalonique. Puis une révolte des cités grecques se produit en sous l'impulsion de la ligue achéenne (la guerre d'Achaïe), entraînant une répression terrible, marquée par le sac de Corinthe en 146. La province de Macédoine intègre alors les cités coupables de révolte, laissant la liberté à celles qui sont restées neutres (Athènes, ligues de Thessalie et d'Acarnanie, Sparte). Les légions romaines s'étaient alors déjà aventurées en Asie Mineure, où elles avaient défait le séleucide (venu dans un premier temps en Grèce au secours des Étoliens, sans succès), qui est chassé de cette région et se replie sur la Syrie (guerre antiochique, , puis paix d'Apamée en 188). En 133 est constituée la province d'Asie après le legs à Rome du royaume de Pergame par son roi , puis celle de Cilicie en 101, et également la Cyrénaïque en 96. L'emprise romaine sur le monde grec s'accentue Tim Cornell, « Rome (history) 1. From the origins to 31 BC », dans ..

La grande révolte initiée par du Pont ouvre la période des guerres mithridatiques (). Après avoir conquis l'Anatolie et ordonné le massacre des citoyens romains de ces provinces, il tente d'étendre son influence sur la Grèce, où plusieurs cités l'accueillent favorablement. La réplique des légions a lieu sous la direction de Sylla, et se solde notamment par le saccage d'Athènes en 86. Rome étend ensuite son emprise sur l'Asie Mineure, et Pompée triomphe définitivement de Mithridate, puis du roi qui l'avait soutenu et avait établi un grand royaume dans l'est anatolien. Des provinces sont constituées en Syrie, marquant la fin de la dynastie séleucide (). S'ouvre alors la période des guerres civiles marquant la fin de la République romaine, qui impliquent à plusieurs reprises la Grèce, les cités prenant parti pour l'un des belligérants (bataille de Pharsale en 48 voyant les troupes de Jules César défaire celles de Pompée, bataille de Philippes en 42 voyant les troupes d'Octave et de Marc-Antoine vaincre les partisans de la République ayant assassiné César). La dynastie lagide est la dernière à passer sous la coupe romaine, durant le règne de , lorsque ses troupes et celles de son amant Marc-Antoine sont vaincues par la flotte d'Octave à Actium en , conduisant à leur suicide et à l'annexion de l’Égypte. Cette date qui marque la fin de la période hellénistique.

Dès cette période, la domination romaine a donc eu de fortes conséquences sur le monde grec et la Méditerranée orientale en général. La conquête romaine s'accompagne de plusieurs épisodes de destructions, tels que le sac de Corinthe de et celui d'Athènes en 86, qui s'accompagnent de nombreux pillages, touchant en particulier les temples qui sont dépouillés de nombreuses œuvres. Les généraux romains utilisent également les temples comme espaces de propagande. Les Romains avaient en effet pour principe de ne pas faire la guerre aux dieux, aussi la période ne se traduit pas par un déclin des cultes des cités grecques, qui au contraire bénéficient souvent des faveurs des notables romains, ce qui leur vaut de nombreux honneurs. L’explosion de violence contre les Romains et Italiens durant les guerres mithridatiques, qui traduit sans doute un contexte social et économique très dégradé, est un nouvel épisode de destructions et de massacres généralisés. Les guerres civiles romaines achèvent de laisser la région exsangue. À l'intérieur des cités mêmes, la conquête romaine entraîne également des changements majeurs qui posent les bases des systèmes politiques des cités de l'époque impériale : fin des régimes démocratiques, supplantés par des oligarchies reposant sur un recrutement des magistrats en fonction de leur richesse (censitaire), avec la perte de pouvoir des assemblées de citoyens. Cette évolution se produit dès la seconde moitié du en Grèce, puis au siècle suivant en Asie Mineure.

Le monde grec sous domination romaine

Les Grecs et l'hellénité sous domination romaine

thumb|Colonnade de la stoa de l'agora de Smyrne (Izmir).

Définir ce que veut dire « être grec » à cette époque pose différentes questions. La domination politique des Romains a sans doute pour effet de renforcer l'identité grecque, reposant sur un sentiment de supériorité culturelle, marqué avant tout par l'usage de la langue grecque. Mais depuis l'expansion de l'époque hellénistique la plupart des cités grecques, hors régions de peuplement grec ancien, sont bi- voire trilingues, et le grec est parlé dans le milieu des notables dans tout l'empire. Le grec est le langage des élites et des écrits publics dans les cités de l'Orient romain, c'est aussi la langue littéraire, et manifestement celle des discours, même s'il est difficile de déterminer si la langue écrite est bien celle qui est parlée au quotidien. L'identité grecque s'appuie aussi sur une histoire passée, notamment les fondations légendaires des cités qui sont souvent mises en avant, et sur les cultes religieux, les monuments civiques. C'est aussi une identité attractive, qui ainsi les élites indigènes hellénisées de se revendiquer comme des Grecs, ce qui leur permet de bénéficier d'une meilleure position dans leurs rapports avec l'administration romaine.

La partie orientale de l'empire romain (en plus des cités de Grande Grèce) est donc marquée par la langue grecque et l'hellénisme, mais à des degrés divers. En Europe, la province d'Achaïe, fondée au début du Principat d'Auguste et qui s'étend sur la majeure partie de la Grèce continentale, correspond aux principales régions de peuplement grec anciennes, en Grèce méridionale et en Égée (hormis la Crète, regroupée dans une province avec la Cyrénaïque). L’Épire et la Macédoine sont également des régions de peuplement grec, y compris sur la partie nord de la seconde où l'hellénisation des populations a progressé. Des cités grecques se trouvent aussi sur la côte de Thrace et de la mer Noire, notamment sur la côte occidentale (hexapole pontique). En Anatolie les régions occidentales comme l'Ionie sont elles aussi des zones de peuplement grec ancien. À l'intérieur et à l'est la présence grecque est courante, mais les peuples indigènes non-grecs sont nombreux, et préservent leurs traditions (religieuses notamment), parlant (et écrivant parfois) le phrygien, le lycien, le lydien, le lycaonien, l'arménien, etc. Cependant c'est là que les élites sont le plus anciennement hellénisées (le grec est de loin la langue la plus écrite), et tendent à se revendiquer comme le plus grecques, et dans biens des endroits il est difficile de distinguer Grecs et indigènes, alors que d'autres régions sont moins hellénisées. En Syrie le peuplement grec est plus récent, puisqu'il date de la conquête d'Alexandre et des Séleucides, et les Grecs de la région sont soit des descendants de grecs, soit des indigènes hellénisés. Ils se trouvent surtout dans les fondations séleucides de Syrie, et en Phénicie où l'hellénisation est forte, mais beaucoup moins en Palestine et en Arabie. Les populations parlent majoritairement des dialectes araméens et arabes. En Égypte les cités grecques sont Alexandrie, Naucratis, Ptolémaïs, Antinoupolis (fondée par Hadrien), et beaucoup vivent en dehors des cités (la chôra). Les citoyens des premières reçoivent tôt la citoyenneté romaine. Existent aussi dans les villes des Gréco-Egyptiens et autres populations mixtes ayant encore moins d'avantages.

Les Romains fondent des colonies, donc des villes de peuplement latin, peuplées notamment de vétérans (par exemple Corinthe et Dymé), mais ce phénomène reste limité en Orient. La « romanisation » est au moins un processus de diffusion du statut juridique de citoyen romain, qui culmine avec l'édit de Caracalla de 212, qui fait en principe citoyen romain tout habitant de l'empire, ce qui inclut les Grecs. Mais dans la moitié orientale de l'empire la romanisation n'a pas d'aspects culturels prononcés, car elle se produit dans un contexte dans lequel la culture grecque est implantée et dominante partout, et ce statut n'est pas remis en cause durant l'époque romaine. Du reste la romanisation de l'Occident romain, qui a un impact culturel fort, s'accompagne en pratique par la diffusion de nombreux traits culturels grecs, renvoyant au caractère « gréco-romain » de la culture impériale Stephen Mitchell, « Romanization 2. In the east », dans ..

Les cités grecques dans l'empire romain