L'Immortel est un roman d'Alphonse Daudet relatant la vie fictive de la société entourant le vieux professeur Pierre-Alexandre-Léonard Astier-Réhu de l'Académie française.
Résumé
L'histoire est centrée autour de la famille Astier-Réhu, alliance familiale des Réhu dont le patriarche Jean est doyen de l'Académie française et Léonard Astier est un professeur d'histoire ayant brigué par son mariage un fauteuil d'académicien. Le fils, Paul Astier, est un architecte ambitieux mais impécunieux qui trame son ascension sociale par un mariage hétérogame. Adélaïde Astier-Réhu, épouse de Léonard et mère de Paul, machine en arrière-plan pour la réussite des projets des hommes de sa famille, par le truchement de ses hautes relations, dont le prince d'Athis, la princesse de Rosen ou la duchesse Padovani. L'intrigue se situe dans un milieu à la fois académique (regroupant les cinq académies de l'Institut de France) et diplomatique.
La principale préoccupation d'Adélaïde Astier-Réhu, après avoir permis à son mari de devenir académicien, est de consolider la situation de son fils. Tout d'abord elle lui a permis d'obtenir des mandats d'architecte, auprès de la duchesse Padovani et de la princesse de Rosen. Puis elle fait en sorte que son ami, le prince d'Athis, amant de la duchesse Padovani par qui il a obtenu un poste d'ambassadeur à Saint-Pétersbourg, se marie avec la princesse de Rosen, riche veuve, afin de donner de l'argent à son fils impécunieux, sans savoir que son fils désirait épouser lui-même la princesse.
En parallèle, on voit autour de la famille Astier-Réhu la trajectoire d'autres personnages carriéristes (Freydet est corrompu par les caresses de son vieux maître Astier-Réhu) ou artistes (c'est la position représentée par le personnage de Védrine). Freydet va briguer, sur les conseils de Léonard, un fauteuil d'académicien durant tout le roman, comme d'autres tels que Moser, Salèle et Guérineau. Védrine avertit Freydet du danger de la fièvre académique et de la qui a pour but de , c'est-à-dire de tenir à la traîne des académiciens les candidats infortunés. Védrine, vit, à l'écart des intrigues, une vie paisible avec sa famille, en sculptant et peignant, tout en entretenant d'étroites relations avec les différents personnages du roman.
Léonard Astier collectionne des autographes inédits, achetés au relieur bossu Fage. C'est sur cette collection qu'il bâtit son œuvre historique, que personne ne lit. Mais au cours de la narration, Huchard, , cherche à démontrer que ces autographes sont des faux, ce qu'il parvient à faire grâce à l'aide du chimiste Delpech, membre de l'Académie des sciences. Cela va entraîner la progressive déchéance de Léonard Astier-Réhu, qui était devenu par le décès de l'ancien secrétaire perpétuel le nouveau secrétaire perpétuel de l'Académie française. Cette déchéance conduit au suicide de l'immortel Léonard Astier-Réhu depuis le pont des Arts, après le mariage de son fils avec la riche duchesse Padovani, tandis que le grand-père de son épouse, l'immortel Jean Réhu, lui, continue à croître dans son grand âge vers la centaine.
Personnages
Famille Astier-Réhu Pierre-Alexandre-Léonard Astier-Réhu : couramment appelé Léonard Astier-Réhu, il a épousé la petite-fille de Jean Réhu pour devenir académicien — ce qu'il est devenu. Ancien professeur d'histoire au lycée Louis-le-Grand, surnommé par ses élèves Crocodilus, il a été le maître de Freydet et de Védrine. Il a travaillé au Quai d'Orsay avant d'en être renvoyé. Il habite désormais rue de Beaune. Il devient à la suite de la mort de Loisillon le secrétaire perpétuel de l'Académie. Après son procès contre le relieur Fage pour lui avoir vendu des faux, il se suicide depuis le pont des Arts. Adélaïde Astier : épouse du vieux professeur Léonard Astier-Réhu, elle se démène pour la réussite de son fils Paul, par des manigances de société pour lui obtenir des sous ou des mandats. Paul Astier : fils de Léonard Astier-Réhu, devenu architecte, il cherche à séduire la princesse de Rosen. Après le mariage du prince d'Athis avec la princesse de Rosen, il entreprend de séduire la duchesse Padovani, qu'il parvient à épouser et ainsi acquérir la richesse tant convoitée. Jean Réhu : doyen de l'Académie française, reconnu pour sa pingrerie et son mauvais caractère, il est un homme à anecdotes, qu'il ponctue à la fin d'un « J’ai vu ça, moi. » Il est présenté comme le seul Immortel ayant une véritable allure d'immortel.
Autres membres de l'Institut de France Loisillon : secrétaire perpétuel de l'Académie française, il n'apparaît jamais dans le roman, mais est souvent évoqué pour son vieil âge et sa mort prochaine qui libérerait le logement du Secrétaire perpétuel, que brigue Léonard Astier-Réhu. Léonard Astier-Réhu espère également la mort pour que le fauteuil d'académicien revienne à Abel de Freydet, dont il l'estime digne après la parution de son Dieu dans la Nature. À sa mort, sa veuve devient directrice de l'école d'Écouen, ce qui permet à Léonard Astier-Réhu d'emménager aussitôt après avoir été élu secrétaire perpétuel. Danjou : auteur dramatique, membre de l'Académie française, il est populaire dans le milieu mondain pour sa verve. Une fois devenu zèbre de la duchesse Padovani, il lit dans sa demeure de Mousseaux sa dernière pièce Les Apparences, écrite pour la Comédie-Française. Landry : musicien, membre de l'Académie des Beaux-Arts, auteur de Roxelane, que joue la danseuse Déa. Samy d'Athis : prince, amant de la duchesse, diplomate, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, il obtient un poste d'ambassadeur à Saint-Pétersbourg grâce à la duchesse Padovani. Il cherche à épouser la veuve du prince de Rosen, ce à quoi il parvient grâce à Adélaïde Astier-Réhu. Huchenard : baron, surnommé le , collectionneur d'autographes, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres qui parvient à l'aider de Delpech à démontrer que la collection d'autographes d'Astier-Réhu sont des faux. Il devient par le chantage de révéler leur nature de faux à accéder à un fauteuil à l'Académie française. Delpech : membre de l'Académie des sciences. Il va découvrir l'inauthenticité des trois autographes de Charles Quint.
Autres personnages Védrine : marquis, artiste anticonformiste, décrit comme un .. Il est employé par Paul Astier-Réhu pour réaliser les sculptures. Cynique vis-à-vis des institutions, il est l'ami d'Abel de Freydet, rencontré au lycée Louis-le-Grand. Lavaux : homme de sociabilité, il dispose toujours de nombreuses anecdotes pour divertir les assemblées. Il est le de la duchesse Padovani, c'est-à-dire son homme de confiance. Picheral : secrétaire de l'Académie française. Abel de Freydet : poète de province, frère dévoué de Madeleine, ami de Védrine, ancien élève de Léonard Astier-Réhu. Son dernier ouvrage Dieu dans la Nature est moins imaginatif et se conforme davantage au style académique pour obtenir le prix Boisseau de l'Académie française. Germaine de Freydet : sœur infirme d'Abel, qui réside à Clos-Jallanges, elle entretient une correspondance avec son frère. Elle meurt après s'être dévoué à la candidature infructueuse de son frère à l'Académie française. Colette de Rosen : née Sauvadon, princesse par son mariage, veuve d'Herbert, prince de Rosen, elle lui fait exécuter un mausolée par l'architecte Paul Astier-Réhu, dont elle tombe amoureuse. Habitant rue de Courcelles, elle y reçoit uniquement madame Astier, la père de Paul, qui œuvre à ce que son ami Samy, le prince d'Athis, l'épouse. Herbert de Rosen : prince défunt, ancien époux de la princesse. Son tombeau a été commandé par la princesse à Paul Astier-Réhu qui a chargé Védrine d'exécuter le gisant. Maria-Antonia Padovani : Corse, duchesse, épouse du duc Padovani, amante du prince d'Athis, habitant rue de Poitiers. Sa maison de campagne est à Mousseaux. Charles-Henri-François Padovani : prince d’Olmütz, ancien sénateur, ambassadeur et ministre, grand-croix de la légion d’honneur, époux de Maria-Antonia, il meurt en 1880. Fage : relieur, source des autographes de Léonard Astier-Réhu, soi-disant intermédiaire pour le fonds Mesnil-Case. Il habite la ruine de l'ancienne Cour des comptes., rue de Lille. Bos : libraire, archiviste-paléographe, il propose pour les trois autographes de Charles Quint à son Rabelais.
Citations sur l'Académie française
L'Académie française est présentée en subdivisions dans le chapitre 3, dans la lettre d'Abel de Freydet à sa sœur Madeleine restée à Clos-Jallanges :
L'Académie française est décrite par le sculpteur Védrine comme racoleuse dans le chapitre 4 :
Et plus loin, de poursuivre en réponse à Freydet :
Dans une lettre à sa sœur, au chapitre 7, Freydet présente les fastidieuses mondanités pré-électorales, cite les grands noms malchanceux (comme Honoré de Balzac), l'ennui des visites académiques (avec Prosper Mérimée) ou encore la hâte d'une vacance de fauteuil, et donc de la mort d'un académicien, avant d'évoquer la question de la moralité des candidats à propos de quelques vers licencieux d'un concurrent :
Dans le chapitre 16, alors que Léonard Astier-Réhu vient de gagner son procès, mais ressorti couvert de ridicule et de jobardise, il se couche dans un lit improvisé dans son cabinet où sa femme, Adélaïde, le rejoint et le tance :
Sur le pont des Arts, Léonard Astier-Réhu, ayant tout perdu ou presque, réfléchit à sa vie tendue vers l'Académie française et donne des conseils à la jeunesse française :
Autour du roman L'affaire des faux autographes vendus par Fage est inspirée d'une affaire réelle : l'affaire Vrain-Lucas. Denis Vrain-Lucas a vendu des autographes au mathématicien Michel Chasles, y compris des lettres d'Alexandre ou de Cléopâtre..
Astier-Réhu se suicide de la même manière que Louis-Simon Auger, seul suicide de l'histoire de l'Académie française. Élu secrétaire perpétuel en , il se jette dans la Seine devant le collège des Quatre-Nations, du haut du pont des Arts, le ..
Éditions Il a d'abord été publié en feuilleton dans L’Illustration du au . Puis une première édition est publiée chez Alphonse Lemerre en ..
Notes et références
Bibliographie Ripoll Roger. L'Immortel, ou le règne du faux. In: Le Petit Chose. Bulletin de l'association des Amis d'Alphonse Daudet, , 2007. Colloque. Authenticité, mensonge, illusion, chez Alphonse Daudet (Fontvieille, 12 et ) . Voir en ligne sur Persée.
Voir aussi
Articles connexes Alphonse Daudet Liste des œuvres d'Alphonse Daudet Académie française
Liens externes
Catégorie:Roman français paru en 1888