Karol Józef Wojtyła (prononcé ), né le à Wadowice (Pologne) et mort le au Vatican, est un prélat polonais et saint de l'Église catholique. Il est successivement prêtre, évêque puis archevêque de Cracovie et cardinal, avant d'être élu pape le sous le nom de (en latin , en italien , en polonais )Le quotidien Le Monde, comme le faisait le Vatican au début du pontificat, écrit , sans trait d’union. Il peut s’agir d’un latinisme, car le latin ne connaît pas le trait d’union, pas même lorsqu’il est employé par l’Église catholique d’aujourd’hui en tant que langue officielle.. En qualité d'évêque de Rome, il est le de l’Église catholique ainsi que le chef d'État du Vatican jusqu’à sa mort.
Étudiant polonais en philologie, il joue dans un groupe de théâtre antinazi et entre au séminaire clandestin en 1942. Ordonné prêtre en 1946 en Pologne communiste, il est envoyé pour des études à Rome, et de retour en Pologne, affecté auprès de la jeunesse à partir de 1949. Après sa thèse sur l'amour, particulièrement conjugal, il est nommé à l'université par le cardinal Sapieha. Il devient, en 1958, le plus jeune évêque polonais et s'oppose au matérialisme communiste, notamment en faisant construire une église à Nowa Huta, malgré l'opposition du pouvoir.
Pendant , sa maîtrise des langues et de la théologie en font le porte-parole de l'épiscopat polonais, ce qui le fait remarquer par le futur . Archevêque, puis cardinal en 1967 (le plus jeune), il se fait l'avocat des ouvriers face au régime communiste, défendant les droits de l'homme. S'intégrant à la Curie sous le pontificat de , il reçoit des voix lors du conclave d'août 1978. À l'issue du conclave d'octobre 1978, qui fait suite à la mort subite de , il est élu, sur proposition du cardinal König. C’est le premier pape non italien depuis le pape néerlandais en 1522, ainsi que le premier pape polonais et slave de l’histoire du catholicisme.
En tant que pape, il s'oppose à l'idéologie communiste et par son action, notamment en Pologne, favorise la chute du bloc de l'Est. Sa volonté de défense de la dignité humaine le conduit à promouvoir les droits de l’homme. Il améliore sensiblement les relations du catholicisme avec les juifs, les orthodoxes, les anglicans et les musulmans. Il est à l’origine de la première réunion internationale inter-religieuse d’Assise en 1986, réunissant plus de de religion.
Son pontificat (, et ) est le troisième plus long de l’histoire catholique après ceux de saint Pierre (37 ou selon la tradition, non documentée) et ( et ). Il a parcouru plus de pendant son pontificat, plus de cinq cents millions de personnes ayant pu le voir durant cette période., et institué de grands rassemblements, comme les Journées mondiales de la jeunesse. Il a béatifié et canonisé , soit plus que pendant les cinq siècles précédents.
est généralement considéré comme l’un des meneurs politiques les plus influents du Il fait notamment partie de la liste des les plus influentes du dressée par le magazine américain Time.. Plus encore, il est présenté de plus en plus comme le modèle de la nouvelle évangélisation, portée par l'ensemble de sa vision pastorale et incarnée jusque dans sa sainteté de vieCf. Jean-Marc Barreau, , le Saint de la nouvelle évangélisation, Paris, Salvator, 2014, 204.. Béatifié en 2011 par son successeur le pape , puis canonisé par le pape François en 2014, il est considéré comme saint par l'Église catholique et est fêté le , date de son intronisation pontificale.
Jeunesse Karol Józef Wojtyła naît à Wadowice, petite ville de Petite-Pologne, le où réside une communauté juive importante qu'il côtoie quotidiennement..
Son père, Karol Wojtyła (né en 1879), est militaire de carrière. Sous-officier dans l'armée austro-hongroise, il devient, après l'indépendance de la Pologne en 1918, officier de l'armée polonaise. Il prend sa retraite en 1927 avec le grade de capitaine. Il épouse en 1906 Emilia Kaczorowska, de cinq ans sa cadette. Le couple a trois enfants : Edmund Antoni (né en 1906), Olga Maria (morte dès sa naissance, en 1916), et enfin Karol Józef (prénoms de son père et de l'ex-empereur ) en 1920. Très tôt, le petit Karol perd sa mère, atteinte d'une infection rénale (1929), et son frère aîné, devenu médecin, emporté par la scarlatine (1932)..
Adolescent, Karol Wojtyła est passionné de littérature et de théâtre.. Il participe à des représentations théâtrales données par son lycée36-37.. Il se lie d'amitié avec deux actrices de sa troupe, Halina Krolikiewicz et Ginka Beer, joue dans de nombreuses pièces et obtient souvent les rôles principaux, remplaçant même au pied levé un acteur qui ne pouvait être présent.. Il rencontre Mieczysław Kotlarczyk., professeur d'histoire au lycée des filles de Wadowice et passionné de théâtre qui, à partir de 1936, le forme à sa propre technique théâtrale, essentiellement fondée sur la force de la parole et du texte.. Ils échangent sur la place de la langue dans la culture et l'identité polonaises et Karol lui écrit même après son départ de Wadowice. Karol Wojtyla a alors la volonté de devenir acteur et souhaite se consacrer au théâtre.
À quinze ans, il devient président d'une association de jeunes qui se consacre à la Vierge Marie.. Le , Karol Wojtyła reçoit le sacrement de confirmation. Son pére et lui quittent Wadowice, pour Cracovie. Il y suit des études de lettres à l’université Jagellonne.. Il approfondit sa connaissance de l'étymologie, de la phonétique polonaise, du théâtre et de la poésie lyrique et se spécialise en philologie polonaise.
La défaite polonaise de 1939 entraîne le démembrement et l'occupation du pays par l'Allemagne nazie et l'URSS. Parmi d'autres mesures, l'occupant allemand impose la fermeture de l'université., et l'interdiction de fêter les saints polonais. Karol Wojtyła rencontre alors Jan Tyranowski, tailleur féru de spiritualité, homme de prière engagé dans sa paroisse. Une fois pape, dit de celui qui était devenu un proche qu'il était .. Celui-ci lui propose de participer au Rosaire vivant., organisation catholique clandestine. Jan Tyranowski pousse les membres du Rosaire vivant à prier, à se former, à vivre en présence de Dieu et à faire que .. Tyranowski conseille à Karol Wojtyła la lecture des écrits de saints de l'Ordre du Carmel, comme Jean de La Croix, Thérèse d'Avila et Thérèse de LisieuxBernard Lecomte, , Éd. Gallimard, 2006, ..
Karol Wojtyła continue à être acteur dans des pièces de théâtre.. Il écrit aussi trois pièces, David, Job et Jérémie.. Dans ces pièces on peut voir des parallèles entre le destin de la Pologne et d'Israël. Le théâtre est conçu par Karol Wojtyła comme un moyen de résistance et de défense de la patrie polonaise contre l'occupant nazi. Karol Wojtyła donne des représentations clandestines avec des amis : c'est le théâtre surnommé Studio 39.
Pendant l'automne 1940 dans la carrière de Zabrziwek., il découvre la réalité du travail manuel, puis, en , il se fait embaucher en tant qu'ouvrier dans l'usine chimique Solvay., ce qui lui permet d'échapper au service obligatoire allemand. Cette expérience marque durablement sa vie : .
Le survient le décès de son père., dernier membre vivant de sa famillecf. Entretien du pape avec André Frossard : .
En , l'Allemagne nazie déclare la guerre à l'URSS et toute la Pologne passe sous le joug nazi.
En , son ancien professeur de théâtre Mieczysław Kotlarczyk rejoint Cracovie avec son épouse. Ils sont hébergés dans l'appartement de Karol Wojtyła. Un mois plus tard, avec un groupe d'acteurs incluant Karol Wojtyła, Kotlarczyk fonde le . Ce style théâtral, d'une grande sobriété de moyens, met en exergue le texte à travers un art déclamatoire très travaillé.. Pour Kotlarczyk, la tension dramaturgique provient de la exprimée et reçue, plus que d'une mise en scène spectaculaire. Ce travail sur la puissance, en soi, de la parole, influence profondément Karol Wojtyła dans son apostolat de prêtre, puis d'évêque et de pape.
L'éradication de la culture polonaise est un des moyens utilisés par les nazis pour supprimer toute résistance à long terme dans le pays. Le théâtre rhapsodique fait dès lors partie d'un vaste mouvement de résistance culturelle clandestine, baptisé Unia.. L'Unia a aussi une branche militaire. Mais Karol Wojtyła refuse d'entrer dans la résistance armée, préférant des moyens plus pacifiques, comme le combat culturel et la prière.. La troupe du se produit dans la clandestinité, les acteurs risquant le peloton d'exécution s'ils se font prendre.
Au cours de l'automne 1942, après un long temps de réflexion, il décide de devenir prêtre, et entre au séminaire clandestin de Cracovie...
Séminariste sous l'occupation vignette|L'abbé Wojtyła, vicaire à Niegowic (1948).
Karol Wojtyła est accepté au séminaire clandestin qu'Adam Stefan Sapieha, archevêque de Cracovie, a organisé malgré l’interdiction allemande de former de nouveaux prêtres, en .. Chaque étudiant est suivi par un professeur ; les cours ont lieu dans des églises ou chez des particuliers. Karol travaille comme ouvrier la journée et étudie le soir.. Il lit alors le Traité de la dévotion à la Très Sainte Vierge Marie, de saint Louis-Marie Grignion de Montfort.. La lecture de Louis-Marie Grignion de Montfort a eu un grand impact dans sa vie, (sa devise en tant qu'évêque puis pape , est issue de la lecture du Traité de la dévotion à la très Sainte Vierge Marie). Ses armoiries comportent un écu d'azur à la croix d'or accompagné dans le canton en pointe senestre de la lettre M, en hommage à la Vierge Marie.. Il s'initie aussi à la philosophie, et notamment à la métaphysique. Celle-ci, dans un premier temps, le déroute. Mais au bout de deux mois de travail intensif, il y trouve les raisons profondes de son existence et la confirmation de ses intuitions sensibles.. Il restera toute sa vie passionné de philosophie..
Le , il frôle la mort. Il est renversé par une voiture et se retrouve pendant quinze jours à l'hôpital, victime d'un traumatisme crânien-62..
Le , Hitler décide de réprimer l'insurrection de Varsovie. Karol Wojtyła échappe à une rafle qui a lieu dans son immeuble, restant silencieusement en prière dans son appartement situé en sous-sol... Menacé par la répression, il trouve refuge au palais épiscopal où Sapieha décide de cacher les séminaristes-63.. Il ne sort que très rarement du palais épiscopal et avec de faux papiers.. Il ne retrouve sa liberté de mouvement que le , à la suite de la libération de Cracovie par l'Armée rouge. L'armée soviétique salue l'attitude de l'archevêque face aux nazis..
Le en plein hiver, dans la gare de Jędrzejów, le jeune séminariste donne son manteau à Edith Zierer, qui gît exténuée et affaméeBrad Miner, Bernadette Cosyn (trad.), « Juste parmi les nations », France Catholique, (consulté le ). « Edith Zierer » et « David P. Boder Interviews Edith Zierer, September 8, 1946, Bellevue, France », Voices of the Holocaust (consulté le ).. Elle vient d'un camp nazi près de Częstochowa, où les Juifs fabriquaient des munitions pour les nazis et qui a été libéré par les Russes. Elle est vêtue de sa tenue de déportée. Il lui offre de la nourriture et du thé. Elle lui explique qu'elle veut se rendre à Cracovie, où elle pense trouver ses parents. Il la porte sur son dos pendant trois kilomètres jusqu'à une autre gare et ainsi la sauve. Plus tard, elle émigre en Israël et fonde une famille Roger Cohen, « The Polish Seminary Student and the Jewish Girl He Saved », The New York Times, 6 avril 2005..Witness, revised edition : Passing the Torch of Holocaust Memory to New Generations, March of the Living, 2020, .. Edith Zierer se rend à l'audience de au Vatican en 1998. Elle le revoit l'année 2000 au mémorial Yad Vashem à JérusalemHolocaust survivor: Pope saved me, Ynet.com (Reuters)... Elle lui dit alors en polonais : « » (« Qui sauve une vie sauve le monde »).