Louise Contat, dite Contat aînée, est une actrice française, sociétaire de la Comédie-Française, née le à Paris où elle est morte le .
Elle a créé en 1784 le rôle de Suzanne dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais.
Biographie Louise-Jeanne-Françoise Contat née le Archives en ligne de Paris, état civil reconstitué (XVIe-1859), vue 79/101 est la fille de Jean-François Contat, soldat de la maréchaussée et marchand de bas dans le quartier des Halles, mentionné comme dans l'acte de baptème de sa fille, mort le 19 janvier 1782 à Paris, et de Madeleine-Françoise Leroy, propriétaire du 13 de la rue Helvesires à Paris en janvier 1809. Elle est baptisée le lendemain à la paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois.
Elle débute à la Comédie-Française à seize ans le par le rôle d'Atalide dans Bajazet. Protégée par Madeleine-Angélique-Michelle Drouin dite Préville, cliente de la mercerie de son père dont elle devient l'élève, la jeune fille . La Harpe a d'ailleurs dit à ce sujet :
Loin d'être découragée par l'échec qu'elle a éprouvé dans Bajazet, elle se fait donner des cours de déclamation et redouble d'efforts. On lui confie un nouveau rôle dans Zaïre, puis celui de Junie dans Britannicus. Reçue sociétaire en 1777, la belle actrice est courtisée par le fils du chancelier Maupeou qui, dit-on, avait fortement appuyé sa rapide réception à la Comédie française, malgré son « faible talent ». À la fin des années 1780, elle a déjà son petit hôtel, qu'elle partage avec sa sœur cadette Émilie, actrice comme elle, élève deux enfants naturels de Maupeou et mène grand train. Toujours à court d'argent, la « Vénus aux belles fesses » se fait remarquer du comte d'Artois qui délaisse la duchesse de Guiche pour lui consacrer quelques semaines. Celui-ci l'installe à l'hôtel de Langeac. Au mois de , on déclare la naissance d'un enfant, Charles-Louis Philippe, qui fut doté d'une pension de livres au capital de livres. L'intérêt que lui manifeste dès lors le frère du roi est surtout bénéfique pour la carrière de l'actrice à qui on offre enfin les rôles qu'elle convoite.
Tout en se laissant guider par Préville, comédienne expérimentée, Louise Contat joue de sa physionomie piquante, et fait surtout valoir son naturel fait de malice et de gaieté. Le premier rôle dans lequel elle se fait remarquer est celui de Cécile, dans le Père de famille, mais c'est dans Le Vieux Garçon, de Dubuisson, , dans les Courtisanes de Palissot, qu'elle obtient, pour la première fois, les applaudissements dont on n'a guère été guère prodigue envers elle jusqu'à ce jour. Dans la première de ces deux pièces, on remarque sa «sensibilité», et dans la seconde, on retient sa grâce et de sa finesse. Elle se fait particulièrement apprécier dans le rôle des ingénues, que lui procure la retraite de Doligny. Elle incarne à merveille La Coquette corrigée, rôle sur mesure, et où son jeu fait oublier les faiblesses de la pièce.
La consécration vient avec la création du rôle de « Suzanne », dans Le Mariage de Figaro. Lorsque le bruit se répand dans les coulisses que Beaumarchais confierait ce rôle à Louise Contat, Faniez sa collègue propose le sa propre candidature. Beaumarchais qui sait pouvoir compter sur l'appui du favori du comte d'Artois, le comte de Vaudreuil – qui a donné lecture à Gennevilliers de cette pièce décriée –, fait preuve de diplomatie en annonçant qu'il confierait le rôle de Suzanne à la protégée du prince. Or le comte d'Artois est dans les meilleurs termes avec sa belle-sœur, Marie-Antoinette qui, véritablement, est la seule en état de fléchir Louis XVI alors défavorable à la représentation de cette pièce. Ce jeu d'influence, habituel à la cour et également dans les coulisses des théâtres royaux, auquel la duchesse de Polignac prend part elle aussi, a raison des dernières hésitations du roi.
Cette circonstance est fort heureuse pour Louise Contat dont la brillante réputation doit beaucoup au Mariage de Figaro. Elle est, paraît-il, . Jamais encore la Comédie-Française n'a vu une soubrette si piquante et si délurée. À l'issue de la première représentation, Préville, enchanté, vient embrasser l'élève de sa femme, en disant :
La renommée de Louise Contat, qui a enfin conquis l'assurance qui lui manquait, s'accroit rapidement, et c'est, parmi les auteurs, à qui lui offrirait des rôles. Pendant vingt-quatre ans, sa carrière n'est qu'une série de triomphes publics: pour se faire une idée de la qualité de son jeu, il faut (selon les critiques du temps) l'avoir vue dans Julie du Dissipateur; dans de Volmar, du Mariage secret, et dans Évrard, du Vieux Célibataire. Au fur et à mesure des années, Louise Contat remplit successivement les trois emplois consacrés des femmes de théâtre, les amoureuses, les grandes coquettes et les jeunes mères.
Ses succès l'ont, dit-on, rendue vaniteuse et parfois désagréable. Le dramaturge Alexandre Duval lui ayant ainsi attribué le rôle de la duchesse d'Athol dans son drame, Édouard en Écosse, au cours d'une répétition, elle néglige sciemment les observations très justes de l'auteur, elle finit par lui lancer ses papiers au visage et quitter la scène. Alexandre Duval reprend flegmatiquement son manuscrit au souffleur, et sort du théâtre, emportant son œuvre. Pour finir, la comédienne doit s'excuser de son geste déplacé mais Duval, blessé dans son amour-propre, rapporta son drame.
Louise Contat, à qui, en qualité de comédienne ordinaire du Roi, une pension est accordée sur le trésor royal, depuis, ne cesse pas d'être dévouée à l'Ancien Régime. En 1789, Marie-Antoinette ayant témoigné le désir de voir La Gouvernante, fait savoir qu'elle serait bien aise que cette actrice y remplisse le rôle principal, qui n'était ni de son âge ni de son emploi. Afin de satisfaire la volonté de Marie-Antoinette, Louise Contat doit apprendre près de cinq cents vers. Elle promet de faire l'impossible et tient parole: Pensée délicate et d'autant plus méritoire que déjà, à cette époque, il n'est pas sans quelque danger d'exprimer des sentiments de dévouement à la famille royale. Aussi cette lettre, publiée par ordre royal, faillit-elle devenir, plus tard, fatale à Louise Contat.
La Révolution renforce Louise Contat dans les principes qui ont été ceux de toute sa vie. Elle prend résolument position contre la Révolution et contre les réformes, à commencer par celles initiées par Talma au Théâtre français. Hostile aux auteurs «libéraux», elle est entichée d'aristocratie, et avec les «Noirs», c'est-à-dire ses camarades royalistes Fleury, Dazincourt et Raucourt, elle se signale à l'attention publique par son mépris de la Révolution. Maîtresse d'Amalric de Narbonne, elle évolue dans les salons monarchistes et intrigue contre ses camarades Talma, Bellecourt, Vestris et ceux qui prétendent ouvrir le répertoire aux idées du jour. Quoique protégée par Fabre d'Eglantine et quelques auteurs républicains après le , elle est une des premières victimes de la loi des suspects (). Visée à la suite de la représentation de la pièce Paméla, de François de Neufchâteau, qui a déplu à Barère de Vieuzac, Contat et les «Noirs» du Théâtre de la nation sont envoyés, les hommes aux Magdelonnettes, les femmes à Sainte-Pélagie.. L'affaire des comédiens doit être instruite fin , à la demande répétée de Barère et Vadier. Mais, au moment de le transmettre à Fouquier-Tinville, le Comité de sûreté générale se montre incapable de retrouver le dossier des comédiens; on dit que les pièces principales sur lesquelles devait se fonder l'accusation ont été retirées et détruites par un ancien acteur, La Bussière, qui occupe alors en effet une fonction subalterne à l'hôtel de Brionne, siège de la police politique.
S'attendant à être guillotinée, Louise Contat aurait composé ces vers qu'elle prévoyait de prononcer sur la charrette: Je vais monter sur l'échafaud, Ce n'est que changer de théâtre. Vous pouvez, citoyen bourreau, M'assassiner, mais non m'abattre. Ainsi finit la Royauté, La valeur, la grâce enfantine... Le niveau de l'égalité, C'est le fer de la guillotine.
Réchappée de la guillotine, elle rejoint d'abord quelques-uns de ses anciens camarades, placés sous la direction de Sageret. Lors de la reconstitution de la Comédie-Française en 1799, elle prend rang dans la nouvelle troupe et retrouve ses succès d'autrefois. Bien qu'on lui ait reproché une préférence marquée pour le théâtre de Marivaux, elle prouve que Molière a en elle une interprète à la hauteur de ses .
Depuis longtemps, après une carrière de trente-trois années, Louise Contat, interprète des rôles d'un caractère plus grave, dans lesquels elle conserve son aisance naturelle et son amabilité. Sa représentation de retraite a lieu, le , composée d'Othello et des Deux Pages. Elle y remplit le rôle de l'Hôtesse avec la grâce, la finesse et le talent qui l'ont rendue chère au public. Tous ses camarades acteurs se font un point d'honneur de figurer dans le cortège du roi, afin de rendre hommage à la femme célèbre qui va s'éloigner : tant il est vrai, qu'au moment de la séparation définitive, toutes les mesquines rivalités de coulisses s'évanouissent pour ne faire place qu'au seul sentiment du regret.
Louise Contat est à peine âgée de cinquante ans lorsqu'elle quitte la scène, où elle s'était fait un nom parmi les plus éminents du théâtre, et laisse, ainsi que l'a dit Geoffroy :
Le salon de Louise Contat, qui épouse, le , le chevalier Paul-Marie-Claude de Forges de Parny, un neveu du poète élégiaque Évariste de Parny, a pris de l'importance depuis le Directoire. À Ivry et à Paris, il devient bientôt le centre de la meilleure compagnie selon ceux qui le fréquentent. Appartenant à l'élite de la société du , elle a le goût de la mondanité, de l'esprit et un penchant naturel à l'ironie qui, selon un contemporain, .
Atteinte d'un cancer, elle ignore d'abord la nature de son mal que Corvisart, le médecin de Napoléon, lui dissimule. Venue à l'improviste chez Corvisart, on la fait attendre dans le cabinet où, sur le bureau, une lettre ouverte à Hallé, le célèbre confrère de Corvisart, indique l'état de sa malade. Elle apprend ainsi qu'elle n'a que quatre mois à vivre. Corvisart qui est entré, aperçoit la lettre. Ne sachant si elle l'a lue, il trouve la comédienne si enjouée, si maîtresse d'elle-même, qu'il fait comme si le mal dont elle souffre n'était que passager, un rien dont elle sera remise avant peu. Et il lui prescrit quelques potions, avant de la congédier, satisfait.
Sa contemporaine Sophie Gay a prétendu que, trois mois avant sa mort, .
Elle est inhumée au cimetière du Père-Lachaise ().
Théâtre Carrière à la Comédie-Française Entrée en 1776 Nommée sociétaire en 1777 Départ en 1809
1776 Bajazet, tragédie de Jean Racine : Atalide La Rupture de Madame Delhorme : Isabelle Athalie, tragédie de Jean Racine : Salomith Britannicus tragédie de Jean Racine : Junie Le Misanthrope, comédie de Molière : Eliante Les Plaideurs, comédie de Jean Racine : Isabelle Phèdre, tragédie de Jean Racine : Aricie Athalie tragédie de Jean Racine : Zacharie.
1778 L'Aveugle par crédulité de Jean-Nicolas Fournel : Julie
1780 Les Étrennes de l'amitié, de l'amour et de la nature de Dorvigny : Sophie La Réduction de Paris de Desfontaines-Lavallée : une jeune fille Le Bon Ami de Legrand : Lucile.
1781 : Le Jaloux sans amour de Barthélemy Imbert : d'Orson.
1782 Henriette ou la Fille déserteur, drame de Mademoiselle Raucourt : baronne de Berthem Le Flatteur, comédie d'Étienne-François de Lantier : Sophie Le Satirique ou l'Homme dangereux, comédie de Charles Palissot de Montenoy : Julie Le Vieux garçon, comédie de Pierre-Ulric Dubuisson : Sophie Les Journalistes anglais, comédie de Jean-François Cailhava de L'Estandoux : Émilie Les Rivaux amis, comédie de Nicolas-Julien Forgeot : la comtesse Molière à la nouvelle salle ou les Audiences de Thalie, comédie de Jean-François de La Harpe : le vaudeville La Comtesse d'Escarbagnas, comédie de Molière : Julie