La pharmacopée chinoise Zhonghua renmin gongheguo yaodian, yi jiu qi qi nian ban 中华人民共和国,一九七七年版 est une réédition en deux volumes de Zhonghua renmin gongheguo yaodian 中华人民共和国药典 publiée en 1953. Ces deux ouvrages édictent des réglementations juridiquement contraignantes sur les normes de qualité des médicaments tant chinois qu’occidentaux, et leurs exigences de préparation.

Dans cet ouvrage l’analyse de la matière médicale et des préparations traditionnelles chinoises est en partie effectuée avec les outils de la médecine moderne, apportant beaucoup plus de précisions et de rigueur comme par exemple dans la description botanique et dans les méthodes d’identification. Cependant les usages thérapeutiques traditionnels restent identiques, au mieux étayés par la pratique de quelques médecins traditionnels mais sans recourir à des essais cliniques randomisé en double aveugle (comparatifs avec un placebo ou d’autres traitements modernes), garantissant un minimum d’objectivité. Préface

Les deux volumes ont la même préface qui indique les autorités de tutelle, et donne les précisions suivantes

Texte La section des monographies du premier volume

Le premier volume contient, des monographies de

Une table des matières précède la section des monographies de 856 pages, suivie de l’annexe de 93 pages et enfin trois index différents, un pour les noms chinois en caractères chinois, un pour les noms chinois en romanisation pinyin, et un pour les noms latins de tous les articles mentionnés dans le texte principal et en annexe.

La section monographique combine pour la première fois dans un code des médicaments en chinois, plusieurs centaines des plus importantes préparations de drogues végétales, animales et minérales. Ainsi pour la première fois, dans l’histoire des pharmacies chinoises, des directives officielles sont disponibles pour une utilisation standardisée de la matière médicale traditionnelle chinoise.

Voyons la monographie du badou, le Croton cathartique (Croton tiglium), une plante de la famille des Euphorbiaceae, dont les graines sont extrêmement toxiques. Cette drogues n’avait pas reçu de traitement dans la première édition du code des médicaments de la République Populaire de 1953.

Pour ceux qui ont parcouru la longue histoire des pharmacopées chinoises, il est clair qu’on est entré brusquement dans un autre monde, celui des sciences modernes, à savoir ici la botanique et la chimie. La description botanique très précise, permet d’identifier facilement la graine (bien qu’actuellement on emploierait d’autres termes techniques). Le test chimique prouve la présence de crotonine ou de composés similaires spécifique du Croton tiglium la procédure utilise une extraction à l'éther, suivie d'une réaction avec de l'hydroxylamine et de l'hydroxyde de potassium. Cela conduit à la formation d'oximes par réaction avec les esters présents dans la graine, qui, lorsqu'ils sont traités avec du trichlorure ferrique (FeCl₃) et du chloroforme, produisent une couleur rouge violacée dans la phase organique. . La réaction de coloration rouge violacée est une indication caractéristique de ces composants. La procédure est un test qualitatif classique dans les pharmacopées pour vérifier l'authenticité et l'identité de la plante utilisée, s'assurant que la poudre dont on dispose, contient bien les composés chimiques attendus qui définissent ses propriétés pharmacologiques.

La Zhonghua yaodian de 1953 puis surtout celle de 1977 marquent une avancée notable dans l’histoire des bencao. Traditionnellement, les bencao se basaient principalement sur des critères organoleptiques (goût, odeur, aspect) et sur des méthodes empiriques, souvent visuelles ou basées sur l’expérience des praticiens, pour identifier les matières médicales. L'introduction des tests chimiques modernes dans le Code des médicaments de 1977, comme la procédure décrite pour le Croton tiglium, s'inscrit dans une évolution visant à standardiser la MTC en alignant ses critères d'identification et de qualité sur ceux de la chimie et de la pharmacologie modernes.

Si on compare le présent texte avec la monographie du Bencao gangmu (1593) de Li Shizhen, considéré comme un modèle de bencao, basée sur une excellente sélection d’auteurs anciens, on voit tout de suite que la description de la plante et de son fruit par le savant polymathe Su Song (1020-1101) manifestait certainement un grand progrès par rapport à ce qui avait été fait avant lui, mais commençait à être dépassé à la fin du et l’était totalement au pour s’en convaincre, voir Bencao gangmu où l’article sur le badou est traduit.

Sans l’outil des analyses chimiques, Li Shizhen ne pouvait pas offrir de test d’identification de la matière médicale. Après lui, les auteurs de bencao se réfèrent toujours à son travail, sans arriver à le dépasser. Au contraire au lieu de progresser, ils vont régresser, quand face aux difficultés, en bons lettrés confucéens, ils prôneront un retour aux textes de la dynastie Han (en suivant les Hanxue 汉学), pour restaurer et approfondir la compréhension des textes anciens.

Poursuivons la lecture de la monographie :

La procédure décrite pour la détermination de la quantité l'huile contenue dans les graines de Croton tiglium permet une extraction complète de l’huile de la graine sans perdre de solvant (l’éther) pendant le chauffageElle consiste à effectuer les opérations suivantes: Le condenseur à reflux permet de chauffer la poudre de graine avec de l'éther pour extraire l'huile. L’éther, un solvant volatil, dissout les lipides (les huiles) présents dans la graine. Grâce au reflux, l’éther est constamment récupéré et réutilisé, améliorant ainsi l'efficacité de l'extraction. Après un certain temps de reflux, la quasi-totalité de l'huile contenue dans la graine est dissoute dans l’éther. Ce dernier est ensuite évaporé, laissant derrière lui l'huile pure. La quantité d'huile est finalement déterminée en pesant le résidu huileux après évaporation du solvant. . La monographie se poursuit d’abord en donnant des informations traditionnelles de la MTC

Le texte de la yaodian de 1977 sur les fonctions et indications est conforme à la tradition médicale chinoise. Mais il est assez étrange que les tenants de l’utilisations des sciences botaniques, chimiques, et de la quantification des composés actifs ne s’interrogent pas sur l’efficacité des remèdes traditionnels en thérapie médicamenteuse. Ils pourraient éventuellement arguer qu’ils s’appuyent sur les observations de médecins qui ont utilisé le badou, mais ils ne sont pas sans savoir qu’il existe aussi des procédures bien plus élaborées de contrôle empirique qui ont fait leurs preuves depuis le , à savoir les essais cliniques.

Les recherches cliniques modernes ont montré que C. tiglium peut provoquer des diarrhées, des mutations, une cancérogénèse, des inflammations et d’autres toxicités. On peut constater que C. tiglium est une arme à double tranchant. Les diterpénoïdes de tigliane sont généralement considérés comme les principaux ingrédients bioactifs et caractéristiques. L’exposition du poisson zèbre à différentes concentrations d’extrait aqueux de graines de C. tiglium a montré une létalité et des anomalies, par rapport au groupe témoin.

Bien que des doses recommandées présentement (de 0,1 à 0,3 g de pulpe) aient probablement été établies comme des doses thérapeutiques (sans qu’on sache comment), les accidents graves sont fréquents en raison de la variabilité des concentrations en composés toxiques de la plante, de la marge thérapeutique étroite, des difficultés d'adaptation de la dose aux patients. Ces données quantitatives étaient toutefois un progrès par rapport aux méthodes aléatoires de Li Shizhen, qui recommandait « un léger grillage », de « bouillir dans du vinaigre », ou « faire un rôtissage ». Le second volume À la différence du premier volume, qui ne s’intéresse qu’aux remèdes chinois, le second volume est consacré uniquement aux substances et médications de la pharmacie occidentale de l’époque. Le texte principal contient les monographies qui comprennent des descriptions de produits chimiques, de substances naturelles isolées de plantes, d'animaux ou de minéraux, ainsi que des préparations sous diverses formes de médicaments (comprimés, injections, etc.).

Alors que les rééditions du Zhonghua yaodian 中华药典 à Taiwan ne s’occupent pas du tout de la médecine traditionnelle chinoise, en Chine populaire, le Zhonghua renmin gongheguo yaodian (1977) consacre environ la moitié de ses monographies à leur étude. La République populaire de Chine a toujours suivi une voie conceptualisée, dans ses grandes lignes, dans les années 1920 - 1930 par les premiers penseurs marxistes. La science moderne est reconnue comme la seule base de la connaissance efficiente. En conséquence, la matière médicale traditionnelle a été réévaluée au cours des dernières décennies conformément aux hypothèses scientifiques contemporaines concernant les ingrédients actifs des substances à base de plantes et leur mode d'application le plus efficace en thérapie. Cette politique a pu faire croire que tous les médicaments traditionnels incorporés dans le code des médicaments pouvaient donc être considérés désormais comme ayant été intégrés dans la pharmacie occidentale !

On ne trouve aucune référence aux anciens concepts du yin yang et des cinq phases. L’édition du Code des drogues de 1977 a été préparée pendant la domination politique de la Bande des Quatre (sìrénbāng 四人帮) à la fin de la Révolution culturelle (1966-1976), c'est-à-dire la faction radicale de gauche du Parti communiste de Shanghai. À cette époque, la MTC était vue comme la « médecine du peuple », et une alternative au « formalisme bourgeois » de la médecine occidentale. Cependant, les théories traditionnelles du yin-yang et des cinq éléments (wuxing) étaient critiquées comme des vestiges du féodalisme et du mysticisme, ne correspondant pas à la pensée matérialiste dialectique promue par le Parti communiste chinois.

Une plus grande liberté de croyance a été tolérée par la suite.

La pluralité des systèmes thérapeutiques en République populaire de Chine est en partie non structurée comme c’est le cas à Taiwan. Notes et références

Notes

Références

Voir aussi Articles connexes Histoire des pharmacopées chinoises

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