La Cité des Césars, aussi connue sous les noms de Cité des Césares, La Sal, Linlín (ou Lilín), Trapalanda (ou Trapananda), El Valle de Telán y Curaca (en français, La vallée de Telán et Curaca) ou Jungulo, est une ville mythique de l'Amérique du Sud.

Présentation L'historien argentin Enrique de Gandía, enthousiaste à parler de son propre pays, présente cette légende comme celle qui eut la plus grande longévité en Amérique et dans le monde entier. Tant par ses bases historiques et géographiques que par sa vraisemblance, elle parvint pendant des siècles à stimuler l'imagination. Elle éveilla l’espoir de la moitié d'un continent qui rêvait de découvrir une cité perdue au fin fond des lointaines vallées andinesEnrique de Gandía, La Ciudad Encanlada de los Césares, Buenos Aires, Librería de A. García Santos, 1933, p. 8..

Elle serait parcourue de routes pavées d'argent et d'or, bâtie d'édifices aux murs d’argent, aux toits d’or, aux fenêtres de diamant. Elle serait peuplée d'habitants ne vieillissant jamais et bénéficierait de protections magiques contre toute intrusion. Au fil des siècles, plusieurs expéditions parties du Pérou et du Chili convergèrent donc vers ce lieu, vaguement situé dans la région du Tucumán. Ce rêve de fortune favorisa l'établissement de riches commanderies à la fin du . Des Européens asservirent les indigènes destinés à l’exploitation des mines et élevèrent Santiago del Estero, San-Miguel de Tucumán, Córdoba, Catamarca, Salta, Jujuy, La Rioja et San-Juan. Progressivement, toutes les grandes capitales des provinces qui forment aujourd’hui l'Argentine étaient fondées. Aussi, la Cité a joué quantité de rôles dans l'imaginaire national argentin. Plate-forme d'affirmation de la modernité nationale, elle fut un symbole romancé d'une culture ancienne et d'une Patagonie sauvage et mystérieuse. Les visions superposées et concurrentes de cette cité éclairent l'imaginaire national concernant l'espace et la race, notamment les peuples autochtones. Alors qu'elle s'est lentement déplacée vers le royaume d'un fantasme colonial lointain, elle continue de refaire surface dans les milieux intellectuels et populairesCarolyne L. Ryan, The Mines of Trapalanda in Our Souls Race, Space, and Myth in National Identity, 2022 (lire la description en ligne, en anglais)..

a décrit ce lieu en 1899, dans son Dictionnaire Géographique de la République du Chili, Dictionnaire Géographique de la République du Chili, 1899, p 148 (lire en ligne). :

Toponymes La Cité a de nombreux noms différents. Ce que désigne le nom de « Césars » change selon les sources, désignant aussi bien des Européens qui vivaient dans cette cité qu'une tribu indigène très mystérieuse. Selon , ce nom correspondrait à l’époque où les colons espagnols s'établirent dans le pays, où régnait Charles Quint, le nouveau CésarCapítulo de una carta del P. Pedro Lozano al P. Juan de Alzola, sobre los Césares, que dicen están poblados en el estrecho de Magallanes, dans Derroteros y viages a la Ciudad Encantada o de los Césares..., op. cit., p. 1920. Nous reproduisons ce document dans le texte dactylographié de notre thèse, vol. 5, appendice no 1, doc. no 18, p. 10641067.. Cette hypothèse semble avoir eu quelque succès au , notamment reprise par l'historien Carvallo GoyenecheCf. H. Steffen, "Los Fundamentos...", art. cit., p. 18, n. 1 :

"El historiador Carvallo Goyeneche, en el capítulo XXXVIII de su Descripción histórico-geográfica del Reino de Chile, segunda parte, (Colección de Historiadores de Chile, tomo X, p. 190-201) explica la denomination de "Césares" de otra manera. Hablando de los náufragos de la expedición del obispo de Plasencia dice : "Tambien suponen haber naufragado todos en el Estrecho de Magallanes, gobernando la España el invicto Carlos V, de donde viene a los supuestos colonos la denominación de Césares". Es cierto que, según parece, Carvallo Goyeneche que escribía a fines del siglo XVIII, no tenía noticias de la expedición del capitán César. (...)". Toutefois, l'hypothèse généralement citée est que cette appellation vient du nom du capitaine Francisco César, qui explora l'Amérique du Sud au . La contrée est tantôt qualifiée de Pays « de César », tantôt « des Césares ». Bien-sûr, ce pluriel s'applique à tous les membres de son expédition. Cet emploi n'est d'ailleurs pas unique, puisque que quelques années plus tard, Lope de Aguirre appela pas ses fidèles "los Marañones", évoquant ainsi le nom du fleuve sur lequel il naviguait.

El Valle de Telán y Curaca semble plus être un « double » de la Cité : il ne semble pas pertinent d'amalgamer les deux légendes. Enrique de Gandía présente la fabuleuse province de Telán comme une autre légende géographique bien inférieure à celle des Césars, avec laquelle les historiens modernes l'ont confondue. Mais les conquistadors du savaient très bien les différencier. Dans le même dossier qui contient l'interrogatoire faisant référence à la province de Telán et Curaca, de l'année 1587, il y a un , également de Ramírez de Velazco, mais de l'année 1586. Le gouverneur y parle de la « province appelée les Césares », disant qu'elle est située . Cependant, dans les « Informations » de l'année suivante relatives à la province de Telán et Curaca, de Velazco déclare lui-même que cette province est . Ce sont donc deux régions et deux légendes complètement différentes. Nul doute que la fabuleuse province de Telán était un reflet du Pérou, comme le propriétaire des indigènes lui-même l'a reconnu dans l'« Information » de 1587. De plus, il est également incontestable que cette légende n'a aucun rapport avec celle des CésarsEnrique de Gandía, La Ciudad Encanlada de los Césares, Buenos Aires, Librería de A. García Santos, 1933, p. 23-24..

Enrique de Gandía commente les autres noms, considérant que Lilín et Trapalanda sont toujours aussi absurdes, concernant leur étymologie, que du temps de la conquête. Pour ce qui est de la province du Sel (« de la Sal »), le Dr. a prouvé qu’en effet il s’agissait de riches salines situées à l'est de la Cordillère, du côté du Pas de Lonquimay. Elles furent si célèbres lors de l'expédition de 1533 que fit dans cette zone le conquistador Pedro de VillagraEnrique de Gandía, La Ciudad Encanlada de los Césares, Buenos Aires, Librería de A. García Santos, 1933, p. 33.. L'historien se réfère ici à une étude de Latcham intitulée "Los indios de la cordillera y la pampa en el siglo XVI", publiée en 1930 (janvier-mars) dans la Revista Chilena de Historia y Geografía.

Origine de la légende : le voyage de Francisco César

Présentation droite|vignette|300x300px|Carte de l'Atlas Miller (1519) où se remarque la côte du Brésil et l'embouchure des rivières Amazone et De l'Argent. L'actuelle légende de la Cité des Césars est issue principalement de la fusion de quatre histoires indépendantes. La première référence sur son existence apparaît avec l'expédition réalisée par le capitaine Francisco César en 1528, dans le cadre d'une expédition dirigée par Sébastien Cabot. Il quitta l'Espagne en 1526 avec la mission originale d'atteindre les Moluques, en franchissant le détroit de Magellan. Pourtant, pendant son escale en Pernambouc (Brésil), les membres de l'expédition entendirent les premières versions de l'histoire d'une terre riche de l'intérieur de l'Amérique du Sud à laquelle on pourrait accéder à travers un grand estuaire placé plus au sudHistoria General de las Indias. Capítulo CIX. Francisco López de Gómara. Medina del Campo, 1553; Zaragoza, 1555.".

En Santa Catarina, Cabot prit contact avec Melchor Ramírez et Enrique Montes, naufragés de l'expédition de Juan Díaz de Solís sur la Río de la Plata de 1516. Ils confirmèrent les rumeurs en lui montrant quelques métaux précieux et en lui relatant le récit d'Aleixo Garcia. Cet autre naufragé de l' , se fiant aux récits déformés d'indigènes, s'était enfoncé dans les profondeurs du continent jusqu'aux terres du Roi Blanc (Empire Inca). C'est là, à l'ouest du rio Paraná, qu'était la supposée se situer la légendaire Sierra de la Plata (Cerro Rico de Potosí)"Historias del Río de la Plata - Roberto Hosne (Buenos Aires, 1998).".

Selon cette version, García y atteint son objectif en trouvant grandes richesses dans l'actuel altiplano bolivien. Cependant, il fut assassiné par les Payaguás dans son chemin de retour vers la côte atlantique. Toutes ces attestations convainquirent à Cabot pour abandonner la mission originale en recherche des prometteuses richesses de l'Amérique du Sud. Signalons qu'à cette époque, les espagnols méconnaissaient l'existence de l'Empire Inca, véritablement découvert par Francisco Pizarro en 1532 en descendant par la côte du Pacifique depuis la ville de Panama.

Pénétrant le Río de la Plata, l'expédition de Cabot a pris contact avec l'ex mousse Francisco del Puerto, survivant des hommes de l'expédition Solís. Del Puerto, qui y avait tissé des liens avec les indiens, a confirmé les rumeurs sur la Sierra de la Plata et s'est uni à l'expédition espagnole aussi bien en tant que guide qu'interprète. Parvenu à la confluence du rio Paraná avec le Carcarañá, Cabot décida d'établir le fort de Sancti Spiritu (1527), première colonie européenne au bassin du Río de la Plata, qui servirait de base pour la conquête de la région.

L'expédition de Sebastian Cabot vers la Sierra de la Plata a souffert des premières difficultés lorsque à la hauteur de la rivière le Paraguay : la force du courant l'empêcha de continuer le voyage. Il fut donc décidé d'envoyer une avant-garde sous le commandement de Miguel de Rifos, qui a été pris en embuscade par les indigènes à la hauteur du río Pilcomayo, avec la possible complicité de Francisco del Puerto. Puis, Cabot décida de retourner à Sancti Spiritu pour réorganiser ses forces.

Cabot, particulièrement intéressé par les déclarations des , songea à envoyer une nouvelle expédition à travers les pampas jusqu'à la Sierra Grande de Córdoba. Il estimait qu'elle se trouve , soit entre 334 et 445 km du fort Sancti Spiritu. Pendant les préparatifs pour remonter à nouveau le rio Paraná vers le nord, un de ses proches, le capitaine Francisco César a sollicité et obtenu une autorisation pour réaliser sa propre exploration. Il partit ainsi avec quelques hommes depuis Sancti Spiritu, sûrement vers la fin de mois de . Peu de choses sont connues sur cette célèbre expédition. Cabot, qui s’était engagé dans une entreprise maritime, manquait de chevaux. Ainsi, les explorateurs durent remplir leur mission à pied et très certainement sans porteurs indigènes. Vers la mi-, il revient avec sept survivants. Il est peu probable qu'il ait atteint le territoire des Incas. Mais les nouvelles qu'il rapporta intéressèrent énormément ses compatriotes, qui pensèrent avoir localisé le pays fabuleux censé se trouvé le long de la façade atlantique et sur les rives du Paraná.

Un certain Pedro Morales témoigna en 1530 au procès de Catalina Vázquez et des enfants contre Cabot. Selon lui, les hommes de Francisco César auraient été divisés en trois groupes qui seraient partis en suivant des chemins différents : Declaración de Pedro Morales como testigo en el proceso de Catalina Vázquez e hijos contra Caboto, 1530, dans J. T. Medina, El Veneciano Sebastián Caboto..., t. II, p. 436. Texte cité par Hans Steffen, "Los Fundamentos..art. cit., p. 19.. Vraisemblablement, les explorateurs se sont dirigés vers l'ouest. En tous cas, le à Séville, Cabot répondit aux fonctionnaires qui l'interrogeaient : Declaración de Caboto (29-VII-1530), p. 160..