thumb|upright=1.35|Les infrastructures sont l'un des quatre piliers de la science ouverte dans la Recommandation de l'Unesco de 2021.
Une infrastructure de la science ouverte est une infrastructure informationnelle soutenant la diffusion libre et ouverte de productions scientifiques telles que des publications, des jeux de données, des métadonnées ou du code. En , la Recommandation pour la science ouverte de l'Unesco défini les infrastructures de la sciences ouvertes comme des
Au-delà de la gestion de ressources scientifiques communes, les infrastructures de la sciences ouvertes sont fréquemment structurées comme des initiatives communautaires, régies par des normes et régulations collectives, ce qui en font des communs de la connaissance. Les définitions les plus communes excluent les infrastructures privées, notamment celles développées par les principaux acteurs commerciaux de l'édition scientifiques.
Les infrastructures computationnelles ont joué un rôle fondamental dans la production et la diffusion de la connaissance dès les années 1960, avec l'émergence des premières grandes bases de données de publications scientifiques. Néanmoins, ces infrastructures n'étaient pas ouvertes en pratiques et qui constituaient des systèmes clos et non-interopérables. À partir des années 1990, la généralisation du World Wide Web a rendu possible le partage de données et de publication à grande échelle. Le développement de services pérennes pour l'accès à l'information scientifique est devenu un enjeu critique pour les politiques de recherche au cours des années 2000.
Le concept d'infrastructure de la science ouverte a émergé en partie en réaction à l'expansion des infrastructures commerciales fermées et aux risques d'enclosure à contre-courant du mouvement général du libre accès. À la suite de la publication des Principes pour les infrastructures savantes ouvertes en 2015, de grands écosystèmes d'infrastructures scientifiques interconnectés ont émergé en Europe en Amérique du Sud et en Amérique du Nord, avec le développements de nouveaux projets de sciences ouvertes et l'ouverture d'initiatives communautaires pré-existentes.
Définitions et terminologie Les infrastructures de science ouverte forment un écosystème de la connaissance qui permet de créer, de publier et d’administrer les productions scientifiques ouvertes telles que les publications, les données et les logiciels.
La recommandation de l’UNESCO sur la science ouverte, approuvée en , les définit comme Le rapport SPARC sur les infrastructures de science ouverte européennes leur associe les activités suivantes :
Infrastructure
Le terme « infrastructure » est une référence explicite aux équipements physiques tels que les réseaux d’électricité, de transport routier ou de télécommunications qui ont contribué au fonctionnement de systèmes économiques et sociaux complexes après la révolution industrielle : En 1996, Susan Leigh Star et Karen Ruhleder contribuèrent à étendre le concept d’infrastructure aux formes de production du savoir assistées par ordinateur, s’appuyant pour cela sur l’observation empirique d’une des premières formes d’infrastructures de science ouverte, le système communautaire Worm. Cette définition a fait autorité pendant les deux décennies suivantes dans les études sur la science et la technologie, et elle a influencé le débat politique sur la construction d’infrastructures scientifiques depuis le début des années 2000.
Les infrastructures de science ouverte présentent des caractéristiques propres qui les distinguent d’autres formes de projets ou d’initiatives de ce courant de pensée : Les infrastructures de science ouverte ne sont pas simplement un produit technique, mais un ensemble d’outils, d’institutions et de normes sociales. Par conséquent, elles ne sont pas toujours visibles car en grande partie dissimulées par la routine des activités normales. Le caractère résilient et tacite des infrastructures rend les contributions réelles et le « coût du travail » des travaux de science ouverte particulièrement difficiles à identifier, car ils restent L’allocation de fonds est alors délicate, puisque les infrastructures critiques ne sont pas forcément détectées par les organismes de financement. Les infrastructures de science ouverte sont durables et résilientes. Elles sont censées avoir une longue durée de vie et s’avèrent indispensables à de nombreux programmes de recherche. Dans une certaine mesure, elles sont efficaces lorsqu’elles se font oublier et deviennent une partie intégrante des activités de recherche de routine : Les infrastructures de science ouverte peuvent être partagées et utilisées par différents acteurs et communautés. Elles doivent être suffisamment cohérentes pour rester coordonnées, tout en permettant un large éventail d’utilisations au niveau local : Il est essentiel que toutes les parties prenantes s’accordent en amont sur le périmètre et la gouvernance de l’infrastructure.
Ouverture et communs L’ouverture des infrastructures de science ouverte les différencie des autres infrastructures scientifiques et de la connaissance, et encore plus des infrastructures commerciales par abonnement. L’ouverture est à la fois une valeur fondamentale et un principe influent qui détermine les objectifs, la gouvernance et la gestion des infrastructures. Les infrastructures de science ouverte sont confrontées aux mêmes problèmes que d’autres institutions ouvertes telles que les référentiels de données ouvertes ou les projets collaboratifs à grande échelle comme Wikipédia :
La définition conceptuelle de l’infrastructure de science ouverte a été largement influencée par l’analyse d’Elinor Ostrom sur les communs, et plus particulièrement sur les communs de la connaissance. Dans le même esprit qu’Elinor Ostrom, Cameron Neylon sous-entend que les infrastructures ouvertes ne sont pas seulement caractérisées par la gestion d’un ensemble de ressources communes, mais aussi par l’élaboration d’une gouvernance et de normes partagées. La théorie économique des communs permet de dépasser le cadre limité des associations savantes pour s’orienter vers des initiatives communautaires à grande échelle : Les infrastructures de science ouverte tendent à favoriser un modèle à but non lucratif, financé par les pouvoirs publics, avec une forte implication des communautés scientifiques, ce qui les distingue des infrastructures fermées privées : Ce statut vise à garantir l’autonomie de l’infrastructure et à empêcher son absorption par une entité commerciale., et il influe considérablement sur les modalités de gestion de l’organisation :
Les infrastructures de science ouverte ne sont pas seulement un sous-ensemble plus spécifique d’infrastructures scientifiques et de cyberinfrastructures. Elles peuvent inclure des acteurs auxquels cette définition ne fait pas explicitement référence. Les plateformes de publication en libre accès comme SciELO, OpenEdition ou l’Open Library of Humanities sont considérées comme une partie intégrante des infrastructures de science ouverte dans la définition de l’UNESCO et dans plusieurs revues de la littérature et rapports politiques, alors qu’elles étaient généralement considérées comme des entités distinctes dans les débats politiques sur les cyberinfrastructures et les infrastructures électroniques. Le rapport 2010 de la Commission européenne sur les infrastructures électroniques stipule que les plateformes d’édition scientifique
Les infrastructures de science ouverte peuvent aussi intégrer des valeurs et des principes éthiques supplémentaires. Samuel Moore a théorisé une forme approfondie de communs universitaires qui n’existe pas encore, mais qui inclurait des amorces de communautés et d’infrastructures de science ouverte : En 2018, Okune et al. ont introduit un concept similaire d’ qui
Principes des infrastructures de science ouverte
En 2015, l’ouvrage Principles for Open Scholarly Infrastructure (Principes pour les infrastructures savantes ouvertes) marqua les esprits avec une définition prescriptive des infrastructures de science ouverte qui allait largement inspirer les définitions et terminologies ultérieures des infrastructures de science ouverte. Ce texte a également influencé la définition de l’infrastructure de science ouverte retenue par l’UNESCO en ..
Les Principes tentent d’hybrider les études sur les infrastructures avec l’analyse des communs initiée par Elinor Ostrom. Ils développent des recommandations dans trois domaines essentiels à la réussite des infrastructures ouvertes :
Gouvernance : la gouvernance de l’infrastructure doit être ouverte et responsable devant les communautés scientifiques qu’elle prétend servir. Au sein de l’organisation, la transparence et la diversité de l’encadrement doivent être garanties par des mesures spécifiques. Durabilité : les activités de base de l’organisation doivent bénéficier d’un financement récurrent. Les subventions à court terme doivent s’appliquer exclusivement aux projets à court terme. Il n’est pas interdit à l’organisation de facturer des services, mais en seront exclues les données qui doivent rester . Assurance : l’infrastructure technique et la production de l’organisation sont ouvertes. L’infrastructure peut ainsi être recréée si nécessaire (dans le jargon de l’open source, on la dit « forkable »).
Le document s’achève par la description de plusieurs conséquences potentielles des principes énoncés. Les auteurs plaident pour une centralisation responsable, différente de celle des grandes plateformes commerciales du Web comme Google et Facebook, sans pour autant se départir des avantages majeurs des infrastructures centralisées : Parmi les exemples actuels de grandes infrastructures ouvertes, on peut citer ORCID, la Fondation Wikimédia ou le CERN.
Certains experts ont accueilli avec un regard plus critique la philosophie sous-jacente des Principes Bien que la communauté scientifique soit un élément clé de la gouvernance des infrastructures de science ouverte, Samuel Moore souligne qu’elle n’est jamais précisément définie, ce qui peut soulever des problèmes de sous-représentation des groupes minoritaires :
[Cela] pose des questions sur l’identité de la communauté qui a le pouvoir de gouverner et d’exclure et sur ce qui lui donne le droit d’imposer ses conditions. Ces questions sont particulièrement pertinentes pour une conception des communs exhaustive ou à grande échelle qui tend à favoriser les acteurs les plus puissants, les disciplines riches et les pays du Nord global. Ces communs traitent les sujets dans un vide politique plutôt que dans une situation particulière et dans des relations et des projets aux structures de pouvoir asymétriques.
Histoire Premiers développements (1950-1990) thumbnail|La réussite du programme Spoutnik a entraîné un des premiers débats de grande ampleur sur le développement d'infrastructures scientifiques
Les projets scientifiques comptent parmi les premiers cas d’utilisation d’une infrastructure numérique. La théorisation des infrastructures de la connaissance scientifique précède même le développement des technologies informatiques. Le réseau de connaissances imaginé par Paul Otlet ou Vannevar Bush possédait déjà de nombreuses caractéristiques d’une infrastructure scientifique en ligne.