vignette|Représentation de la mosquée de Médine, céramique siliceuse, , Ottoman, musée du Louvre. Le texte connu sous le nom de constitution de Médine, appelée également charte de Médine, est tiré du livre d'Ibn Ishaq, dans lequel il figure sous le titre : « Le pacte entre les Émigrés et les Ansars et la réconciliation avec les juifs ». Cette charte définit les droits et les devoirs des musulmans, des juifs (ou selon Tilman Nagel, seulement des Arabes convertis au judaïsmeTilman Nagel, Mahomet. Histoire d’un Arabe, Invention d’un prophète, préface et traduction de Jean-Marc Tétaz, Labor et Fides, 2012, 384 p., , , p. 156) et des autres communautés arabes tribales de Médine, dans la perspective de la guerre qui devait les opposer aux Qoraïchites.
Historiographie Selon plusieurs sources, souvent des auteurs confessionnels, la charte de Médine serait la première constitution écrite dans l'histoire du constitutionnalisme Traduction: "La constitution de Médine est la première constitution d'une démocratie dans l'histoire du constitutionnalisme." Traduction: "Ceci était, en fait, la première constitution écrite dans l'histoire du monde."
. La première attribution du titre de « première constitution » à la charte de Médine apparaît dans le texte du théologien musulman Muhammad Hamidullah. Selon R. B. Serjeant, celui-ci ne s'est pas appuyé dans son étude sur l'appareil critique déjà établi pour ce texteR. B. Serjeant, , , .. Selon l'historien R. B. Serjeant, la dite constitution de Médine s'inscrit dans la tradition préislamique des pactes écrits entre tribus et est une compilation de plusieurs documents différentsR. B. Serjeant : , , , , , . (1978). Étude détaillée des huit documents, avec les textes en arabe et en anglais, téléchargeable ici en format pdf..
M. Lecker fait remarquer que le terme « constitution » n'est pas adapté puisque ce document s'inscrit dans le système des règles tribalesLecker, Michael. "Constitution of Medina." Encyclopaedia of Islam, THREE. Edited by: Kate Fleet, Gudrun Krämer, Denis Matringe, John Nawas, Everett Rowson. Brill, 2016.. D'autant plus que le texte de ce pacte ne correspond ni dans la forme ni dans le fond à la définition de la constitution. D'ailleurs ni Ibn Ishaq, ni A. Guillaume auxquels fait référence R. B. Serjeant, n'utilisent le terme « constitution ». De plus, une constitution démocratique écrite existait déjà à Athènes au , donc plus d'un millénaire avant la Charte de Médine.
La complexité historique de ce texte rend sa définition complexe. L'historien conservateur Bernard Lewis considère qu'on ne doit pas considérer la « charte de Médine » comme un traité mais comme une proclamation unilatérale de MahometLewis, Bernard, The Arabs in History, p. 42.. À la charnière des , l'historien orientaliste Julius Wellhausen parlait de , de statuts municipauxJulius Wellhausen: Mohammeds Gemeindeordnung von Medina, Reimer, Berlin 1889, p. 65–83.
La charte de Médine se décrit elle-même comme un Kitāb (« document ») et comme un Ṣaḥīfa (« feuille »).
Historicité
La première attestation historique de ce document se trouve dans la Sira d'Ibn Ishak rédigée au Shari Lowin. "Constitution of Medina." Encyclopedia of Jews in the Islamic World. Executive Editor Norman A. Stillman. Brill, 2016.. L'authenticité historique de ce document est admis par les savants musulmans et de nombreux historiensCook Michael, Muhammad, Oxford University Press, John Burton, Those are the High-flying Cranes, Journal of Semetic Studies, Vol 15 No. 2, Tarif Khalidi, Arab Historical Thought in The Classical Period, Cambridge University Press, The Spread of Islam Throughout the World, edited by Idris El Hareir, Ravane Mbaye, . Extrait: "Most scholars therefore consider it to be genuine, especially since it provides a particularly detailed description of the period during which it was written.". Pourtant, cette historicité, tout comme son unité ou l'interprétation de termes complexes, a fait .
Dans l'article « » (1978), l'historien R. B. Serjeant se livre à une analyse minutieuse et détaillée.
Un texte composite R. B. Serjeant part du texte d'Ibn Ishaq, qu'il complète par celui d'Abu 'UbaydTuteur, directeur de l'ensemble des bureaux et conseiller en matière financière et économique du calife al-Mahdi. ainsi que par quelques sources secondaires (Isma'il b. Muhammad Ibn Kathir)R. B. Serjeant, op. cit., p. 9.. En coupant chaque fois sur cette formule consacrée, Serjeant sépare huit documents comportant chacun leur formule consacrée finale. Chaque « document » pour l'historien est reconnu comme un pacte. Les huit documents séparés'Awn al-Sharif Qasim a publié la « Constitution » sous la forme de ses documents séparés : 'Awn al-Sharif Qasim, Diblilmdsiyyat Muhammad, Khartoum, n.d., 241-4 (1971). de l'historien sont les huit pactes que Mahomet a passés. Sur ce corpus des huit documents, l'historien R. B. SerjeantR. B. Serjeant, , (1978). effectue son travail d'analyse : il date chaque document et le replace dans son contexte historique propre.
Aucune référence n'étant faite aux signatures ou aux sceaux qui auraient dû figurer en début du texte, R. B. Serjeant suppose qu'Ibn Ishaq n'a eu accès ni aux documents écrits originaux, ni à une copie conforme de ces documents écrits.
Dans Muhammad at Medina Montgomery Watt, , , ( septembre 1981) ., Montgomery Watt examine de façon détaillée les connaissances qu'ont les historiens des tribus et des clans de Médine et de leur histoire Montgomery Watt, , , ., puis il se livre à une critique de fond, en historien, du texte habituellement connu Montgomery Watt, , , . Texte original : « ». sous le nom de « Constitution de Médine ». Il rappelle la controverse de datation (Wellhausen, Hubert Grimme, Caetani), certains détails du texte le situant au tout début de l'hégire, d'autres détails le situant après la bataille de Badr. Il souligne que cette discussion a été biaisée par le fait qu'elle suppose que le document forme un tout Montgomery Watt, , , . Texte original : « », alors que ce point aurait dû faire l'objet d'un examen critique avant toute autre chose. La phrase suivante fournit la réponse, nette Montgomery Watt, , , . Texte original : « », que donne Mongomery Watt : Il existe des raisons de penser que des articles, qui prennent naissance à différentes dates, ont été réunis.En conclusion, pour Mongomery Watt, on doit examiner et avoir présent à l'esprit cette possibilité : le document, tel que nous le connaissons, peut contenirIdem. Texte original : « ». des articles provenant de deux ou de plus de deux dates différentes. Pour Claude Cahen, « on a imprudemment pris l'habitude d'appeler « Constitution de Médine » » ce qui est « une série d'accords »Claude Cahen, L’Islam des origines au début…, op. cit., p. 21.. Ainsi, pour F. Denny, la charte de Médine est composée de différents sources de dates différentes réunies par Ibn Ishaq.
Le point clé de l'établissement du corpus de travail est l'idée de R. B. Serjeant qu'il suffit de couper le texte à chaque formule consacrée pour rétablir le texte des pactes initiaux (les textes qui existaient avant le collage en un seul document) et est d'avoir démontré que le pacte avec les Banu Qurayza, partie G, a été déplacé entre F et H, en plein milieu du texte proclamant l'enclave sacrée, ce qui fausse radicalement le sens.
Les parties du texte R. B. Serjeant identifie l'ensemble des documents A et B (traitant de la umma) à al-Sunnat al-Jdmi'ah de la Sira III, 101-104« — que de vous se forme une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable, proscrive le blâmable, ce seront eux les triomphants » (Coran, traduction Jacques Berque, éditions Albin Michel).. Il y a un accord assez général, parmi les historiens, d'après le contexte, pour considérer l'ensemble A et B comme authentique et le dater de 622 (tout début de l'hégire). On trouve des allusions à ce texte dans le Coran et dans la Sira.
Ayant étudié en détail les clans arabes et les clans juifs de Yathrib, ayant tenté de préciser quels sont les clans juifs nommés, Montgomery Watt ne parvient à aucune certitude Montgomery Watt, , , les clans musulmans , les clans juifs , les clans du document . et émet l'opinion que les trois principales tribus juives sont probablement absentes de la liste Montgomery Watt, , , .. Dans l'article Muhammad de l', il est tout aussi catégorique que R. B. Serjeant sur l'inexistence à Médine d'autres tribus juives après le massacreMaxime Rodinson, Muhammad, Encyclopædia Universalis, op. cit., t. 15 . : « Muhammad profita de ce succès pour éliminer de Médine, en la faisant massacrer, la dernière tribu qui y restait, les Qurayza. » Sans développer des considérations sur ce que « nous ne savons pas », Maxime Rodinson et R. B. Serjeant concentrent leur analyse sur ce que nous savons : le fait qu'il ne restera aucune tribu juive à Médine après le massacre des Banu Qurayza.
Un nouveau document, E, est signé, qui réaffirme le statut des juifs et le paiement de l'impôt nafaqah comme l'avait fait le traité de l'umma. Il semble que, après la bataille de Badr (en 624), les Juifs aient éprouvé quelque appréhension et se soient rapprochés des Quraysh de La Mecque. Le harcèlement des caravanes mecquoises que mène Mahomet, afin d'affaiblir La Mecque et aussi de financer ses activités, a peut-être touché des commerçants juifs. Ka'b, un Juif apparenté aux Nadir, poète coupable d'avoir raillé Mahomet, est assassinéVoir R. B. Serjeant : , , . Également : Maxime Rodinson, Mahomet, (voir Références), . L'épisode est utilisé dans le roman policier, très documenté (avec bibliographie incluse), de Barouk Salamé, Le Testament syriaque, , collection Rivages thriller, éditions Rivages (4 mars 2009). . E1 y fait probablement allusion, la tournure énigmatique « un homme n'a pas » renvoyant probablement, selon R. B. SerjeantAbdurrahmân Badawî, dans le Muhammad d'Ibn Ishaq, Sira FR t.1 409, donne ici une version sensiblement différente. Il écrit : « Personne n'est responsable du crime commis par son allié. », à Mahomet.
R. B. Serjeant précise que le meurtre de Ka'b b. al-Ashraf a lieu en Rabi I de l'an III et il ajouteR. B. Serjeant, , 32. « On the morning following the assassination Muhammad declared, « Of whomsoever of the Jews you get the better, kill him! » ». (voir également Ibn Ishaq, « L'affaire de Muhayyisah et de (son frère) Huwaysah ») :Le lendemain matin du meurtre de Ka'b, Mahomet déclara : « Tuez tout homme juif dont vous vous emparez. »
Le document G est un traité conclu entre les Arabes de Yathrib en préparation de la bataille du fossé et n'implique que les seuls Banu Qurayza, seule tribu juive qui subsiste à YathribPage 36 : « By this time the only Jewish tribe still left in Yathrib, they were the hulafa'and mawdli of the naqib Sa'd b. Mu'adh. ».
Un document témoin historique Selon R. B. Serjeant, le document F, proclamant Médine comme enclave sacrée, n'est pas placé à l'endroit de l'ordre chronologique dans les huit documents. Selon lui, la création de l'enclave sacrée est datée par les spécialistes postérieurement à la bataille du fossé (certains le situant même à une date aussi tardive que le retour de Khaybar). Selon Ibn Ishaq, Mahomet décrétera en l' qu'aucun polythéiste ne pourra désormais faire le pèlerinage de La Mecque et qu'aucun n'aura une alliance ou un engagement, excepté celui qui avait antérieurement un engagement avec lui, et seulement jusqu'à l'expiration de son termeSira AR , FR t. 2, ..