Les maladies coralliennes (en anglais ), souvent caractérisées par des changements de couleur ou des dégradations du squelette, peuvent entraîner une perte de tissus coralliens. Identifiées pour la première fois au , ces maladies sont causées par une variété d’agents pathogènes, dont des bactéries, des champignons, des virus et des parasites. Elles affectent principalement les récifs coralliens déjà affaiblis par des pressions environnementales croissantes telles que le réchauffement climatique, la pollution et la surpêche. À l’échelle mondiale, la fréquence et l’intensité des maladies coralliennes ont fortement augmenté, coïncidant avec des événements de blanchissement massifs associés à l’élévation des températures océaniques. Comprendre les mécanismes de propagation et les impacts de ces maladies est crucial pour la préservation des récifs coralliens, qui jouent un rôle vital pour la biodiversité marine et pour les communautés humaines dépendantes de leurs services écosystémiques, tels que la pêche, la protection des côtes et le tourisme.

Historique et découverte Premières observations des maladies coralliennes Les recherches sur les maladies coralliennes sont relativement récentes, les premiers rapports sur la dégradation des tissus coralliens, notamment chez les coraux pierreux constructeurs de récifs (scléractiniens), datent des années 1970Richardson, L. L. (1998). Coral diseases: What is really known? Trends in Ecology & Evolution, 13(11), 438–443. https://doi.org/10.1016/S0169-5347(98)01460-8. C'est en 1972 que les maladies coralliennes ont été reconnues pour la première fois comme une menace pour les récifs des Caraïbes, lorsque Arnfried Antonius a signalé en 1973 la découverte de la maladie des bandes noires. Depuis cette époque, le nombre de maladies coralliennes identifiées, leur prévalence à l’échelle des récifs et la fréquence des épizooties à grande échelle ont considérablement augmenté à travers le monde. À ce jour, jusqu’à coralliennes sont recensées, affectant plus de de coraux scléractiniaires.

Évolution des connaissances scientifiques sur le sujet Les premières recherches sur les agents pathogènes des maladies coralliennes dans les années 1970 étaient principalement basées sur des observations microscopiques de tissus malades, révélant la présence de diverses bactéries. Des bactéries hétérotrophes et phototrophes ont été identifiées, notamment pour la maladie des bandes noires. Cependant, aucune étude approfondie utilisant des méthodes microbiologiques médicales, comme les postulats de Koch, n’a été réalisée. Dans les années 1980, des études quantifièrent pour la première fois la prévalence des maladies coralliennes, comme la maladie de la bande blanche, qui affectait gravement les coraux acroporidae dans les Caraïbes.

Des recherches supplémentaires ont proposé différents agents pathogènes, dont des cyanobactéries et des champignons marins, pour expliquer des afflictions comme la maladie des bandes noires, qui a été observée sur les coraux scléractiniaires. Une approche histologique a permis de découvrir des bactéries associées à la maladie de la bande blanche, bien que les tentatives d’isoler un agent pathogène spécifique aient échoué. À cette époque, quatre maladies coralliennes, incluant la bande noire et la peste, avaient été étudiées, mais seule la cyanobactérie Phormidium corallyticum avait été identifiée comme agent potentiel de la maladie des bandes noires, bien qu’aucune confirmation formelle n'ait été obtenue.

Types de maladies coralliennes Les six principales maladies coralliennes identifiées sont l’aspergillose, la maladie de la bande noire, la peste, la maladie de la bande blanche, la rhodotorulose et la maladie de perte de tissus des coraux. Ces maladies varient en fonction du type d'agent pathogène, allant de maladies à agent unique (aspergillose, peste) à celles causées par des communautés microbiennes (bande noire, bande blanche)National Research Council (US) Board on Biology, & National Research Council (US) Ocean Studies Board. (2000). Coral epidemiology. In Opportunities for environmental applications of marine biotechnology: Proceedings of the October 5-6, 1999, workshop. National Academies Press. https://doi.org/10.17226/9988.

Maladie de la bande noire Identifiée en 1973, la maladie de la bande noire affecte les coraux par une bande sombre qui progresse en détruisant les tissus vivants. Elle est causée par un consortium microbien comprenant la cyanobactérie Phormidium corallyticum, des bactéries sulfato-réductrices et d'autres micro-organismes. Cette progression rapide mène à la colonisation du squelette corallien par des alguesFlorida Department of Environmental Protection. (n.d.). Coral disease. Florida Department of Environmental Protection. https://floridadep.gov/sites/default/files/Coral-Bleaching-and-Disease-Fact-Sheet.pdf.

Aspergillose Apparue en 1996, l’aspergillose des gorgones est causée par le champignon Aspergillus sydowii. Cette maladie a révélé une résistance naturelle chez certains coraux et a montré que les spores du champignon peuvent se propager via la poussière saharienne, affectant les Caraïbes.

Peste La peste, ou peste blanche, se caractérise par une perte de tissu corallien sans présence microbienne visible. Décrite pour la première fois en 1977, elle a évolué en deux formes, une plus lente (type I) et une plus virulente (type II) qui détruit les tissus à un rythme accéléré. L’agent pathogène probable est une nouvelle bactérie du genre Sphingomonas.

Maladie à bande blanche La maladie à bande blanche maladie affecte les coraux ramifiés (ex : Lobophyllia corymbosa, Acropora formosa et Psammocora contigua) et constructeurs de récifs. Caractérisée par une ligne de destruction des tissus, elle se divise en deux types : le type I, avec une démarcation nette, et le type II, où la zone de tissu est blanchie. Elle est responsable de la perte de plus de 90 % des coraux acroporidae dans les Caraïbes.

Rhodotorulose La rhodotorulose, récemment suggérée en 2000, est causée par le champignon Rhodotorula rubra et entraîne une dégradation rapide du tissu et du squelette corallien. Bien que l’association n’ait pas encore été confirmée, les morsures de poisson-perroquet sont suspectées de favoriser cette maladie.

Maladie de perte de tissus des coraux Le SCTLD est une maladie corallienne très mortelle, identifiée pour la première fois au large des côtes de la Floride en 2014. Depuis, elle s’est rapidement propagée dans les Caraïbes, affectant plus de de coraux. Elle est maintenant présente sur les récifs de et territoires. Cette épidémie se distingue par son ampleur géographique, sa létalité élevée et la grande sensibilité des espèces coralliennes touchées, ce qui en fait probablement l’épidémie de maladie corallienne la plus dévastatrice de l’histoire.

Types de transmission des maladies coralliennes La transmission des maladies coralliennes est encore peu étudiée, mais comprendre la propagation des agents pathogènes est essentiel pour identifier les coraux et populations à risque, ainsi que pour développer des stratégies de gestion efficaces. Les chercheurs s'accordent sur quatre types principaux de transmission. Transmission directe: contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les coraux se touchent rarement, même dans des récifs très denses. En effet, ils présentent un comportement d’évitement du contact, leur croissance s’arrêtant à l’approche d’une autre colonie pour éviter le contact directShore, A., & Caldwell, J. M. (2019). Modes of coral disease transmission : how do diseases spread between individuals and among populations ? Marine Biology, 166(4). https://doi.org/10.1007/s00227-019-3490-8 . Cependant, lorsqu’il y a interaction, il est possible que des agents pathogènes soient transmis d’un corail à l’autre. Parfois, les coraux les plus compétitifs envahissent leurs voisins moins compétitifs, augmentant ainsi les chances de transmission directe. Les espèces de coraux qui sont plus abondantes localement peuvent être plus vulnérables aux maladies. Par exemple, le syndrome de la maladie corallienne blanche est plus fréquent dans les zones où la couverture corallienne est élevée. Transmission par l’eau: une autre voie clé de transmission est l’eau elle-même, qui peut transporter des agents pathogènes libres, des amas d’algues, ou même des particules abiotiques comme des sédiments ou des débris de plastique. L’eau peut également déplacer des tissus infectés ou des agrégats de mucus provenant de colonies malades, facilitant ainsi la propagation des maladies à travers le récif. Transmission par des vecteurs: les poissons corallivores (ex: poisson-globe, le poisson-perroquet et le poisson-papillon), qui se nourrissent de coraux, sont également des vecteurs potentiels de maladies. En interagissant physiquement avec les coraux, ou même par leurs excréments, ces poissons peuvent transmettre des agents pathogènes aux récifs, contribuant ainsi à la propagation des maladies Résilience des récifs. (s. d.). Causes de la maladie corallienne. https://reefresilience.org/fr/stressors/coral-disease/causes-of-coral-disease/#:~:text=Les%20causes%20des%20%C3%A9pid%C3%A9mies%20de,origine%20terrestre,%20la%20s%C3%A9dimentation,%20la. Origine terrestre: certains agents pathogènes peuvent provenir de sources terrestres. Des matières infectieuses peuvent être transportées sur de longues distances dans l’océan par des courants, des remontées d'eau ou même des tourbillons. Cela signifie que les maladies coralliennes peuvent parcourir de grandes distances avant d’atteindre les récifs, ce qui rend encore plus difficile leur gestion et leur contrôle.

Facteurs déclencheurs et aggravants Réchauffement des océans Lorsque les températures de l'eau augmentent, en particulier lors des vagues de chaleur marine, les coraux subissent un stress thermique. Ce stress compromet leur symbiose avec les zooxanthelles, des microalgues essentielles à leur survie, provoquant leur expulsion et entraînant le blanchissement des corauxSokolow, S. (2009). Effects of a changing climate on the dynamics of coral infectious disease : a review of the evidence. Diseases Of Aquatic Organisms, 87, 5‑18. https://doi.org/10.3354/dao02099 Ward, J., Kim, K., & Harvell, C. (2007). Temperature affects coral disease resistance and pathogen growth. Marine Ecology Progress Series, 329, 115‑121. https://doi.org/10.3354/meps329115 . Ce phénomène rend les coraux plus vulnérables aux infections, car leur immunité est affaiblie. Des bactéries pathogènes telles que Vibrio shiloi et Vibrio coralliilyticus prospèrent dans des eaux plus chaudes et peuvent infecter les coraux fragilisés par le blanchissement. L'augmentation des températures mondiales des océans, tant sur le plan saisonnier que décennal, crée un environnement favorable à la prolifération de micro-organismes pathogènes. Cette élévation de la température favorise la croissance de pathogènes endémiques aux récifs coralliens, créant ainsi des micro environnements propices à leur développement. Ce phénomène peut mener à des infections polymicrobiennes, où plusieurs agents pathogènes interagissent. Bien que ces communautés microbiennes puissent être perturbées par une baisse saisonnière des températures, elles peuvent se réactiver lors d'une nouvelle augmentation thermique, favorisant l’émergence répétée de maladies liées à la températureRuiz-Moreno, D., Willis, B., Page, A., Weil, E., Cróquer, A., Vargas-Angel, B., Jordan-Garza, A., Jordán-Dahlgren, E., Raymundo, L., & Harvell, C. (2012). Global coral disease prevalence associated with sea temperature anomalies and local factors. Diseases Of Aquatic Organisms, 100(3), 249‑261. https://doi.org/10.3354/dao02488.

La qualité de l'eau