La deuxième bataille d'Alep ou prise d'Alep se déroule du au , dans le cadre de la guerre civile syrienne. Elle se déroule au début une offensive, baptisée opération Dissuasion de l'agression, menée par les rebelles de Hayat Tahrir al-Cham (HTC) et de l'Armée nationale syrienne (ANS) contre les forces progouvernementales de l'Armée arabe syrienne.

En quelques jours, les forces du régime syrien s'effondrent et les rebelles s'emparent de la majeure partie de la ville. Les Forces démocratiques syriennes conservent le contrôle de Cheikh Maqsood et de quelques quartiers adjacents mais elles se retrouvent isolées et encerclées.

Contexte Depuis le cessez-le-feu instauré à Idleb en à la suite de l'offensive de Maarat al-Nouman et Saraqeb, les affrontements de grande envergure entre les forces de l'opposition et celles du régime dans le nord-ouest de la Syrie ont cessé. Toutefois, à partir de , des infiltrations sporadiques et des attaques ciblées se multiplient.

Le , Hayat Tahrir al-Cham organise un , destiné à crédibiliser ses capacités militaires et administratives auprès du reste de l'opposition syrienne. Durant cette conférence, le chef de Hayat Tahrir al-Cham, Abou Mohammed al-Joulani, déclare : .

En , une mobilisation d'envergure est observée dans les campagnes de l'ouest du gouvernorat d'Alep, impliquant à la fois Hayat Tahrir al-Cham et les forces gouvernementales. HTC semble avoir intensifié ses préparatifs en vue d'une offensive majeure contre les positions du régime dans la ville d'Alep. Par ailleurs, le , l'artillerie gouvernementale bombarde l'institut de mémorisation du Coran de la grande mosquée d'Ariha, tuant et blessant , pour la plupart mineurs. L'objectif de l'offensive affiché par les rebelles est de mettre fin aux bombardements sur les civils d'Idlib, en détruisant des pièces d'artillerie et en attaquant des bases iraniennes et syriennes.

Déroulement gauche|vignette|Évolution de la situtation à Alep et ses environs entre le 27 et le 30 novembre 2024 :

Le , le commandement des opérations militaires, qui rassemble Hayat Tahrir al-Cham et le Front national de libération, annonce le lancement d'une offensive baptisée Dissuasion de l'agression contre les forces progouvernementales dans l'ouest du gouvernorat d'Alep. L'armée turque est également présente dans la région d'Idleb, mais le président Recep Tayyip Erdoğan laisse les rebelles passer l'offensive en raison de l'échec de ses tentatives de rapprochements avec Bachar el-Assad.

Au cours de la première journée, les rebelles prennent le contrôle d'une dizaine de villages — dont Shaikh Ali, Al-Muhandisin, Bsartun, Jobas et Kafr Battikh — ainsi que la base du régiment 46Luc Mathieu, Syrie : la rébellion anti-Assad à l’assaut dans le Nord-Ouest, Libération, 28 novembre 2024.Dea*th toll update | More than 30 airstrikes and nearly 100 members kil*led during “Blocking Aggression” Operation in Aleppo, OSDH, 27 novembre 2024., auparavant tenue par les miliciens palestiniens du Liwa al-Quds et les Iraniens du Corps des gardiens de la révolution islamique. Les forces rebelles arrivent ainsi à une dizaine de kilomètres d'Alep. L'aéroport de Neirab, à l'est d'Alep, est également touché par une attaque de drones-suicides. De leurs côtés, les avions du régime syrien et les avions russes mènent plusieurs raids dans la zoneSyrie : au moins 57 morts dans des affrontements entre des djihadistes et des soldats, Le Figaro avec AFP, 27 novembre 2024.Syrie: plus d’une centaine de morts dans des affrontements entre armée et jihadistes près d'Alep, RFI avec AFP, 28 novembre 2024.. Des bombes barils sont larguées par des hélicoptères sur Kafr Battikh pour la première fois depuis 2020.

Le , les rebelles poursuivent leur progression, notamment avec la prise du village de Zerba et de la ville de Khan al-Assal Syrie : après cinq ans de fronts gelés, des jihadistes lancent une offensive dans la région d'Alep, France 24, 28 novembre 2024.. Ils arrivent alors à cinq kilomètres d'Alep et à la lisière de la ville de Saraqeb. L'autoroute M5, reliant Damas à Alep, est également coupée. À la fin de la journée, les rebelles contrôlent une quarantaine de villages. Dans une vidéo publiée par le commandement des opérations militaires, le chef rebelle Abou Zoubeir al-Chami incite les soldats syriens à faire défection.

Le , les rebelles entrent dans la ville d'Alep par l'ouest et le sud-ouestSyrie: les forces jihadistes et rebelles entrent dans Alep après une offensive fulgurante, RFI avec AFP, 29 novembre 2024.. Les forces du régime n'opposent qu'une faible résistance et cinq quartiers tombent en quelques heures aux mains des assaillants. Les rebelles s'emparent également de la ville de SaraqebSyrie : les djihadistes et leurs alliés s’emparent de la ville stratégique de Saraqeb, AFP, 29 novembre 2024. et de plusieurs autres localités, dont Al-Mansoura, Jab Kas et Al-Bawabiya, contrôlant ainsi une cinquantaine de village depuis le début de l'offensive. De son côté, l'aviation russe intensifie ses frappes, tandis que l'armée syrienne envoie de nombreux renforts à Alep, avec notamment des éléments de la division des forces spéciales (ex-Forces du Tigre), de la division blindée et de la milice palestinienne du Liwa al-QudsSergio Cantone, L'attaque sur la ville d'Alep ravive la guerre en Syrie après cinq ans de trêve, euronews, 29 novembre 2024..

Au cours de la nuit du 29 au , les défenses du régime s'effondrent totalementCamille Neveux, Offensive des jihadistes syriens sur Alep : «l’effondrement des positions du régime est spectaculaire», Libération, 29 novembre 2024.. Le commandement des opérations militaires décrète un couvre-feu de à . Les rebelles atteignent la citadelle et la grande Mosquée d'Alep et prennent le contrôle de la moitié de la villeOffensive éclair en Syrie : la moitié d'Alep passe sous contrôle des jihadistes et de leurs alliés; France 24, 30 novembre 2024.. Au matin du , la majeure partie de la ville est en leurs mains, avec notamment la prise de nombreux bâtiments gouvernementaux, dont le gouvernorat, le siège de la police et des prisonsLaure Stephan, En Syrie, fulgurante offensive rebelle sur Alep, dans un Proche-Orient en pleine recomposition, Le Monde, 30 novembre 2024.En Syrie, les djihadistes et les rebelles contrôlent la « majeure partie d’Alep », Le Monde, 30 novembre 2024.. À la prison de la sécurité militaire, ils libèrent une centaine de détenus, dont Mohammed Othman al-Taqim, incarcéré depuis 1991 sous une fausse accusation d'appartenance aux Frères musulmans. Ils déboulonnent un buste de Hafez el-Assad et une statue de Bassel al-Assad, respectivement père et frère du dictateur syrien.

Le , en réaction à l'avancée des rebelles, les Forces démocratiques syriennes se remobilisent dans les quartiers kurdes de Cheikh Maqsoud et d'Achrafieh, dans le nord de la ville d'Alep. Le lendemain, elles investissent différentes positions abandonnées par le régime, notamment la zone industrielle de Cheikh Najjar, la de Sfireh et Dayr Hafir. Elles entrent également dans les villes chiites de Nubl et Zahraa et à l'aéroport international d'Alep, mais en sont chassées le jour même par les rebelles. Nubl et Zahraa reçoivent la promesse du Gouvernement de salut syrien d'être épargnée de toute violence sectaire. À l'aéroport, les rebelles détruisent les bouteilles d'alcool du duty free.

À la fin de la journée du , la ville d'Alep est abandonnée par les troupes du régime et son contrôle se retrouve partagé entre les rebelles et les Forces démocratiques syriennes, qui engagent des pourparlersSyrie : la grande ville d’Alep échappe au contrôle du régime de Bachar Al-Assad après l’offensive de groupes islamistes radicaux, Le Monde, décembre 2024..

À la suite de cette bataille, l'offensive s'étend au gouvernorat de Hama.

Pertes Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, les pertes sont, à la date du , d'au moins pour les forces du régime syrien, dont et miliciens du régime, six miliciens syriens pro-iraniens et 15 miliciens étrangers pro-iraniens. Au moins huit soldats loyalistes faits aussi prisonniers“Deterrence of Aggression” operation | Factions continue advancing into Aleppo and Idlib countryside and capture eight regime soldiers, OSDH, 28 novembre 2024.. Côté rebelle, les pertes sont d'au moins pour Hayat Tahrir al-Cham et d'au moins pour l'Armée nationale syrienneخلال 3 أيام من المعارك المستمرة.. حصيلة القتلى والشهداء من المدنيين والعسكريين ترتفع إلى 287, OSDH, 29 novembre 2024..

Selon l'OSDH, les bombardements de la Russie et du régime syrien causent la mort d'au moins , dont trois femmes et quatre enfants, tandis que ceux des rebelles causent la mort d'au moins quatre civils.

L'agence Tasnim annonce également la mort du général iranien Kioumars Pourhashemi, du Corps des gardiens de la révolution islamique, présenté comme étant l'Un général iranien tué en Syrie dans des combats entre armée et jihadistes, AFP, 28 novembre 2024..

Analyse Selon l'expert , , le gouvernement de Bachar el-Assad ne pourra pas reprendre Alep.

Selon le chercheur Muhsen al-Mustafa, Alep était leur cible principale, mais ces derniers n'avaient pas de plan opérationnel détaillé allant au-delà. Damas était un objectif de plus long terme pour la rébellion qui prévoyait une succession d'attaques organisée sur une période allant jusqu'à un an et demi.

Réactions internationales Le , la Russie demande au régime de Bachar el-Assad de à Alep. Le même jour, la Turquie appelle à mettre fin aux attaques : Syrie: les forces djihadistes et les groupes rebelles entrent dans la ville d'Alep, Le Figaro avec AFP, 29 novembre 2024..

Suites Affrontements entre l'ANS et les FDS Le , l'Administration autonome du nord et de l'est de la Syrie (AANES) aurait facilité l'entrée de 2 892 déplacés d'Alep dans le nord-est de la Syrie.

Le , Hayat Tahrir al-Cham s'empare de l'école d'artillerie de campagne et de l'académie militaire à la périphérie de la ville. Pendant ce temps, des affrontements ont eu lieu entre la ANS et les FDS dans le district industriel de Cheikh Najjar. Parallèlement, les FDS ferment la route reliant les zones situées dans la campagne du nord d'Alep et le centre-ville d'Alep. Plus tard dans la journée, en réponse aux gains rapides des rebelles à Alep et à Tall Rifaat, l'AANES déclare l'état de mobilisation générale. Les rebelles demandent aux forces kurdes d'Alep de partir avec leurs armes vers le nord-est.

Le également, l'armée de l'air russe mène une frappe aérienne sur l'hôpital universitaire d'Alep, tuant 12 personnes et blessant deux journalistes.

Le , les rebelles prennent aux FDS la zone industrielle de Cheikh Najjar, puis poussent plus au sud et capturent Khanasser.

Évacuation d'Alep par les FDS Dans les semaines qui suivent plusieurs accrochages continent d'avoir lieu dans les quartiers de Cheikh Maqsoud et d'Achrafieh entre les Forces démocratiques syriennes et l'Armée nationale syrienneLaurent Perpigna Iban, En Syrie, les Kurdes d’Alep barricadés dans leur enclave : «Les groupes proturcs ne nous laissent pas respirer», Libération, 14 janvier 2025.. Les forces d'Hayat Tahrir al-Cham gardent en revanche leur distances et évitent l'affrontement avec les forces kurdes. Selon le Réseau syrien pour les droits de l'homme, 65 civils sont tués par des snipers des FDS entre et .

En décembre, à la suite d'un accord avec HTC, les YPG et les YPJ, forts de combattants, évacuent la ville d'Alep. La sécurité des quartiers de Cheikh Maqsoud et d'Achrafieh n'est alors assurée que par les Assayech et le Comité de protection.