Lhygiène du corps ou hygiène corporelle représente l'ensemble des mesures destinées à préserver la propreté des téguments par le nettoyage avec de l'eau et des produits nettoyants.

Elle nécessite de l'eau propre et un agent lavant (savon en général) qui peuvent être difficiles à trouver ou à produire dans certaines régions (très froides ou très sèches).

On la présente aujourd’hui comme un moyen de propreté et de prévention des maladies, en complément de l'hygiène de vie et de l'hygiène domestique, mais dans de nombreuses civilisations historiques ou actuelles, la toilette du corps est associée à des rituels individuels ou collectifs pouvant jouer un rôle symbolique important (purification, soins aux enfants, malades ou personnes âgées…).

Enjeux individuels, sociaux et sociétaux

Pour certains de ses aspects, l'hygiène corporelle relève - semble-t-il depuis longtemps - de tabous ou d'interdits, relatifs au sang M.C. Pouchelle, 1988. Le sang et ses pouvoirs au Moyen Âge. Mentalités. Histoire des cultures et des sociétés. Affaires de sang, Paris, Imago, . notamment, et surtout quand il s'agit du sang des règlesM. Mead, 1982. Mœurs et sexualité en Océanie, Paris, Presses Pocket., ou à la toilette de la femme qui vient d'accoucher P.C. Racamier (1955) « Mythologie de la grossesse et de la menstruation » L’évolution psychiatrique, . ou du sang de l'accouchement et donc parfois de la toilette du bébé qui vient de naitre. À l'opposé de la naissance, des rites particuliers peuvent concerner la « dernière toilette », celle du défunt.

L'hygiène corporelle entretient aussi depuis longtemps des relations avec la sphère mystique, celle du religieux (la propreté du corps étant souvent reliée à la pureté spirituelle). L'hygiène corporelle est entourée de nombreuses représentations sociales sur « le propre, le sale, les miasmes ou la souillure » G. Vigarello, 1985. Le propre et le sale. L’hygiène du corps depuis le Moyen Âge, Paris, Seuil. M. Douglas (1971) De la souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou, Paris, Maspero.. Ces représentations varient beaucoup selon les lieux, les classes sociales et les époquesS. Zérillo (1988) Analyse structurale d'une représentation sociale : l'hygiène, thèse de Doctorat, Université Paul Valéry Mmontpellier 3, Presses universitaires du Septentrion, en incluant des composantes culturelles (la toilette féminine est un sujet souvent traité par les poètes, peintres et graveurs A. de Marnhac (1986) Femmes au bain. Les métamorphoses de la beauté, Paris, Berger-Levrault, 215 pages.) et érotiques, notamment pour l'hygiène intimeD Jodelet (2007) Imaginaires érotiques de l'hygiène féminine intime. Connexions, 2007, 37 pp, cairn.info. Pour illustrer l'un de ses livres, Anne de Marnhac (en 1986) a pu réunir 120 tableaux et gravures pour illustrer le thème de « la femme au bain », en ne retenant que ceux peints entre les .

Au , l'hygiène prend une autre dimension sociale et « pastorienne » ; basée sur la lutte contre les microbes, encouragée par les collectivités. Julia Csergo estime que l'hygiène corporelle devient même un

À la fin du , avec Pasteur et la découverte de l'omniprésence des microbes, les hygiénistes ont aussi ajouté une dimension de « désinfection » et à celle de la toilette, qui se fait alors dans une pièce carrelée et dédiée. Ce sont aussi des microbes invisibles, voire des polluants toxiques que l'on cherche à éliminer en se lavant, en entretenant un commerce dédié et florissant, celui des produits de l'hygiène et de la publicité et du marketing sensorielLageat Thierry, Montet Arnaud, Rossignol Christel ; Marketing sensoriel : la polysensorialité des emballages = Sensorial marketing ; Annales des falsifications, de l'expertise chimique et toxicologique ; Ed : Société des experts-chimistes de France, Paris, France (1979-2004) (Revue) ; 2000, vol. 93, , (6 ref.) qui le soutiennent.

Histoire

vignette|Publicité pour un savon.L’hygiène du corps implique l'accès à l'eau propre et à un agent lavant (savon ou autre détergent). vignette|La toilette, à Batavia vers 1900. vignette|Savon d'Alep, de fabrication artisanale (Syrie). vignette|Établissement de bains publics ; les personnages pourraient peut-être ici utiliser des feuillages (saule, qui contient de l'aspirine naturel ?) (source : Heidelberger Bildhandschrift, Sachsenspiegel). vignette|Les bains, sont ici l'occasion de soins du corps (pendant que le plus petit des enfants est attaché de manière à ne pas pouvoir se noyer) ; gravure sur bois de Jost Amman (1539-1591). vignette|Jeune fille faisant sa toilette ().

vignette|L'apprentissage de l'hygiène des mains, à l'école. vignette|Lavabos de la section chirurgicale de l’Hôpital de La Nouvelle-Orléans (1906). Le robinet s'ouvre d'une pression du genou sur la manette située sous le lavabo, avec moins de gaspillage d'eau et moins de risques de recontamination des mains par des microbes. vignette|Dans certains pays l'eau doit être économisée (ici en Afghanistan, lors d'une sensibilisation à l'hygiène corporelle et au lavage des mains). vignette|Bain rituel de pèlerins, dans la rivière Tungabhadra, près de Hampi (Inde), en 2009.

Les soins du corps existent dans le monde animal, par exemple le lissage des plumes chez les oiseaux, léchage des poils chez les mammifères, épouillage chez les primates…

Les soins du corps, comme que ceux des mères aux nouveau-nés, sont déjà présents aux origines de l'humanité.

L'utilisation de colorants (ocre, charbon de bois) est attesté à partir de - 300 000 ans. La peinture corporelle serait apparue en Afrique chez les pré-sapiens (genre Homo) comme marqueur social symbolique ou comme d'usage domestique (protection solaire). Chez lHomo sapiens africain (- 100 000 ans environ) apparaissent les premières parures corporelles.

La sortie d'Afrique de l'''Homo sapiens et son occupation de toute la planète n'a pu se faire que par adaptation corporelle aux aléas environnementaux et climatiques, notamment la création de micro-milieux par l'habitat et le vêtement.

Dans les plus anciennes sépultures, on trouve de l'ocre sur les dépouilles, probablement à visée symbolique, mais aussi médicinales. L'ocre, étant à base d'oxyde de fer, a des propriétés astringentes et antiseptiques, elle a pu servir comme remède contre les brûlures et comme déodorant comme c'est le cas chez les aborigènes d'Australie.

Épouillage Au Moyen Âge ou dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, les séances de toilettage étaient communes et parfois quotidiennesFrançoise Piponnier et Richard Bucaille (1976), ; Ethnologie française nouvelle série, T. 6, , Langages et images du corps (1976), ; (résumé JSTOR).

D'une hygiène conviviale à un corps lavé dans l'intimité

Selon Denise Jodelet Directrice ; École des Hautes Études en Sciences Sociales ; Laboratoire de psychologie sociale, Institut interdisciplinaire d’Anthropologie du contemporain, on observe en Occident, notamment depuis le et dans les pays riches, une évolution caractérisée par un passage de la toilette communautaire ou non cachée à la toilette dans la sphère familiale puis intime.

En effet, il y a environ , dans toutes les grandes zones urbaines, l'hygiène ne relevait pas de la sphère privée. Les bains collectifs de l'Asie, les thermes antiques et les hammams orientaux étaient nombreux (Hilal al Saabi citeHilal al Saabi, Rusum dar al-hilafah, éd. Lebanese commission, Beyrouth, 1977, l'existence de bains publics à Bagdad sous le règne du calife Al-Mutadid). Des traités médicaux médiévaux arabes expliquent quels composants végétaux ou minéraux utiliser au bain, pour quels intérêts thérapeutiques, selon quelle posologie et quel mode d’administration ; au moins sont ainsi citées. Des fumigations, des huiles et des épices (cannelle, cardamome, cubèbe, girofle, musc, muscade, piment ou xanthoxyle) sont utilisées comme produits d’hygiène corporelle au hammam, où les clients peuvent aussi bénéficier d'un masseur ou d'un médecin, sous l'égide du maître des bains.

Les « étuves » et bains collectifs (dont les bains de rivière) sont également communs en Europe au Moyen-Âge (du )F Bessard, Pratiques sanitaires, produits d'hygiène et de soin dans les bains médiévaux (s) ;- Bulletin d'études orientales, 2008, janvier 2008, mis en ligne le 12 novembre 2009, consulté le 11 octobre 2012. URL : http://beo.revues.org/128 ; DOI : 10.4000/beo.128, avec cairn.info. Les textes de l'époque montrent qu'ils correspondent à un moment convivial. Au Moyen Âge, les ablutions d'accueil sont aussi une marque de respect : on offre le bain à ses invités, en même temps que le repas, car c'est une marque de bienvenue et de respect. C'est ainsi qu'Iseult accueille Tristan en tant qu'émissaire du roi Marc, comme le rappelle Denise Jodelet, en lui donnant sa place dans sa baignoire et en assistant à son bain, nu comme à l'accoutuméeLacroix, D. ; Walter, . Tristan et Iseut, Paris, Lettres gothiques, Le Livre de poche.

Vient une phase où l'Église décourage la nudité et encourage la pudeurBologgne, J.C. (1986), Histoire de la pudeur, Paris, Orban. Néanmoins, la toilette bourgeoise est encore conviviale au et l'on trouve par exemple l’invitation à assister à la toilette (comme on le faisait pour celle du roi Louis ) ou à la partager (les dames de la noblesse du siècle des Lumières reçoivent leurs invités en étant dans leur bain, mais en colorant l'eau avec du lait ou en voilant leur nudité d'un drap ou d'une planche).

À l'âge classique, on semble aussi subitement se détourner de l'eau ; c'est l'invention du poudrage et de la toilette sèche, mode diffusée à la grande bourgeoisie à partir du modèle aristocrate de la Cour royale. On réserve alors l'eau aux parties visibles et exposées du corps, et on utilise pour le reste une pièce de tissu humide ; on change aussi plus souvent de linge de corps (la blancheur des sous-vêtements étant le signe donné de la propreté de la personne).

Au et plus encore au , la baignoire, la salle de bains ainsi que l'adduction et le chauffage de l'eau dans les villes puis les campagnes tendent à rendre la toilette plus individuelle et intime, sauf pour les jeunes enfants. Dans le même temps, un nombre croissant de produits et de technologies (douches massantes, sèche-cheveux, brosse à dents électrique) viennent remplacer ou accompagner le traditionnel savon.

À partir des années 1950, sous la pression de l'hygiénisme mais aussi du monde industriel (via la publicité), on assiste à une croissance régulière de la fréquence des actes de lavage.

Vers la fin du et au début du , alors que le rythme de lavage des cheveux atteint souvent deux shampooings et après-shampooings par semaine, apparaissent des mouvements critiquant un hygiénisme excessif, poussé par l'industrie. Le mouvement No Soap ("Sans Savon" ou "Savon Non") se mobilise ainsi contre l'omniprésence des produits lavants, leur toxicité possible, leur coût, leur impact environnemental, et prône un lavage corporel à l'eau avec quelques produits doux et biodégradables, en réservant les produits caustiques, désinfectants et lavants à une pratique médicale et aux mains.

Les quantités de savon, gel douche et shampoing utilisés pour chaque acte de lavage varient beaucoup selon les pays, mais à titre d'exemple, une étude publiée en 2006 auprès de 360 femmes (de 19 à 65 ans, recrutées dans 10 zones géographiques différentes des États-Unis) utilisant régulièrement ces produits a conclu à l'utilisation (en moyenne géométrique et médiane, respectivement) de 11,76 g et 9,56 g de shampooing à chaque application ainsi que 11,3 g et 9,5 g de gel douche à chaque douche. L'utilisation par jour' (toujours selon la moyenne et la médiane) était de 12,80 g et 10,75 g de shampooing et 14,5 g et 12,9 g de gel douche.