La Guerre des paysans autrichienne désigne une révolte particulièrement meurtrière qui s'est déclenché en Haute-Autriche en 1626 sur fond de persécutions religieuses.

Contrairement à la Guerre des Paysans allemands de 1525 (qui déborda en partie sur l'Autriche) et à la deuxième révolte paysanne de Haute-Autriche entre 1595 et 1597, soulèvements dont les motivations étaient avant tout sociales et fiscales, cette révolte se déclenche en réaction à la Contre-Réforme exacerbée par l'occupation bavaroise. Du fait de ce motif religieux, elle réunit, outre la paysannerie pauvre, les bourgeois ruraux, les artisans, l'intelligentsia urbaine, et même, ponctuellement, de petits nobles. Son échec a contribué à la recatholicisation de l'Autriche.

Contexte Révoltes paysannes thumb|redresse=1.5|Châtiment des paysans après la jacquerie de 1597 en Haute-Autriche, vue des suppliciés à Sankt Pölten, gravure sur cuivre réalisée en 1617 d'après le modèle de Georg Hoefnagel (1542-1600) par son fils Jacob Hoefnagel (1575-1630). Afin d'entretenir la peur, cette gravure de propagande bavaroise détaille par le menu les mutilations et supplices des paysans révoltés, et leur promet de plus une punition équivalente dans l'au-delà. Une révolte paysanne avait déjà éclaté en Basse-Autriche en . Ses causes principales étaient l'augmentation de l'exploitation des paysans par les seigneurs, le poids des impôts, les exactions et surtout l'enrôlement forcé (levée nationale d'un homme sur dix) pour une longue et infructueuse guerre contre les OttomansNotamment pour la préparation de la désastreuse Bataille de Mezokeresztes (octobre 1596).. Début , un régiment de lansquenets sous le commandement du colonel Wenzel Morakschi von Noskau, baron de Lituanie, fut envoyé pour réprimer la révolte. Une cour martiale prononça 54 condamnations à mort, et environ 400 autres accusés furent mutilés et/ou condamnés aux travaux forcés dans les fossés de la forteresse de Vienne, où, pour la plupart, ils succombèrent aux rigueurs de l'hiver. Cet épisode laissa des traces profondes dans les esprits, voir aussi ..

Tentatives de recatholicisation (1597-1620) Après l'écrasement des révoltes paysannes de 1596-1597, l'empereur Rodolphe II entreprit de recatholiciser les régions protestantes d'Autriche, situées au-dessus de l'Enns. En effet, selon la paix religieuse d'Augsbourg de 1555, conclue après les premiers conflits entre les pays protestants et catholiques du Saint-Empire romain germanique, l'ensemble du peuple devait appartenir à la religion de son souverain (selon le principe juridique cujus regio, ejus religio). Ces efforts n'eurent cependant que peu de succès, et ceux de son successeur, l'empereur Mathias, pas davantage.

La situation changea lorsque l'énergique Ferdinand II, éduqué par les jésuites d'Ingolstadt, fut élu Empereur des Romains le . Celui-ci avait déjà imposé la recatholisation par la force en Styrie, en Carinthie et en Carniole et tentait maintenant d'appliquer cette politique en Haute-Autriche. Mais les États provinciaux de Haute Autriche, sous la conduit du calviniste Georg Erasmus von Tschernembl, refusèrent d'obtempérer et s'allièrent aux insurgés tchèques. Dès après son élection à Francfort, Ferdinand retourna à Vienne via la Bavière. A Munich, il conclut une alliance (traité de Munich - ) avec le duc bavarois Maximilien Ier, qui était également le chef de la Ligue catholique. L'empereur le nomma commandant en chef de l'armée de la Ligue et lui promit, en compensation de ses frais, de mettre en gage la Haute-Autriche. Comme le trésor de guerre des Habsbourg était vide en raison des guerres contre les Ottomans et de la rébellion qui avait éclaté en Bohême, l'empereur ne pouvait dédommager la Ligue que de cette manière. Cette mise en gage allait avoir des conséquences très négatives pour la région et susciter la colère des populations, qui attriubèrent à la Bavière à la fois du pillage matériel et la responsabilité de la contrainte religieuse.

Répression et pacification dans la foulée de la Bataille de la Montagne Blanche (1620-1624) Après qu'une armée tchèque commandée par Heinrich Matthias von Thurn eut été repoussée aux portes de Vienne le , Ferdinand donna le au duc de Bavière l'ordre de commencer à écraser la rébellion également dans le pays au-dessus de l'Enns..

Le , l'armée bavaroise dirigée par Johann t'Serclaes de Tilly, venant de l'Innviertel appartenant à la Bavière, franchit la frontière à Haag am Hausruck, s'empara du château d'Aistersheim occupé par les paysans et entra dans Linz le . Tschernembl s'enfuit alors en Bohême pour rejoindre les insurgés. Après la défaite des insurgés tchèques lors de la bataille de la Montagne Blanche, le , cette première rébellion des états majoritairement protestants, soutenue principalement par la noblesse et la bourgeoisie, fut écrasée.

Le , l'empereur annonça aux états provinciaux à Linz la mise en gage à la Bavière et présenta Adam von Herberstorff comme nouveau gouverneur. Celui-ci parvint à pacifier le pays au cours des quatre années suivantes et même à gagner une certaine confiance de la part de la population, bien que celle-ci ait été soumise à de lourdes charges en raison de la Guerre de Trente Ans qui se poursuivait.

L'expulsion des pasteurs protestants et ses conséquences (1624-1626) En 1624, l'empereur Ferdinand II considéra que la situation était tellement consolidée qu'il envoya une commission de réforme dans le pays. Par mandat impérial, tous les prédicateurs et maîtres d'école non catholiques durent quitter le pays à partir d'octobre de cette année. Comme les postes paroissiaux devenus ainsi vacants ne pouvaient pas être occupés par des pasteurs locaux, on fit venir des prêtres italiens de la partie italienne du Tyrol. Mais ceux-ci ne parlaient généralement pas allemand et ne pouvaient donc pas célébrer la messe dans la langue du pays, comme la population en avait l'habitude auparavant. Cela a provoqué les premiers troubles en . A Natternbach, le doyen Blasius de Livo et le curé italien qu'il avait nommé furent chassés par quelques centaines de paysans qui leur jetèrent des pierres. Cela resta tout d'abord sans conséquence. vignette|Le jeu de dés de Frankenburg, figurines sur fond peint (diorama). Mais lorsqu'en , un événement similaire se produisit à Frankenburg am Hausruck, Herberstorff voulut en faire un exemple. Là aussi, le pasteur protestant avait été chassé auparavant, ce qui avait déclenché une révolte des paysans et des citoyens. Le château de Frankenburg fut assiégé et le nouveau pasteur chassé. Mais au bout de trois jours, les insurgés cédèrent à l'offre de clémence du gouverneur bavarois : le fameux « jeu de dés de Frankenburg » eut lieu, au cours duquel 17 meneurs présumés furent pendus (il s'agit d'une sorte de roulette russe où le jeu de dés décidait de la vie et de la mort des accusés. Le gouverneur bavarois pensait avoir ôté à la population tout courage pour d'autres révoltes, mais il se trompait lourdement puisqu'un an plus tard, en , une révolte paysanne soigneusement planifiée éclatait en Haute-Autriche)..

Déroulement thumb|Stefan Fadinger Préparation Jusqu'à la Pentecôte de l'année 1626, le paysan Stefan Fadinger et son beau-frère, l'aubergiste Christoph Zeller, tous deux de Parz près de Sankt Agatha, avaient recruté un homme dans chaque ferme et dans chaque maison bourgeoise de Haute-Autriche pour leur révolte. L'objectif était de libérer la Haute-Autriche des Bavarois et de rendre le pays à l'empereur habsbourgeois. Ils savaient certes qu'en vertu de la patente impériale de contre-réforme, ils devraient émigrer s'ils n'abjuraient pas la foi protestante, mais ils auraient été prêts à le faire, l'essentiel étant que les paysans pendus soient dûment vengés.

Déclenchement de la révolte vignette|gauche|La prise de Peuerbach par les paysans en 1626, figurines, Musée de la Guerre des paysans de Peuerbach. Mais la révolte des paysans a éclaté prématurément lorsque, deux semaines avant la Pentecôte, des soldats bavarois ont tenté de voler le cheval d'un paysan à Lembach. Les paysans, qui s'étaient rendus en pèlerinage à Lembach, se rassemblèrent et attaquèrent la garnison bavaroise de 25 hommes dans la commune de marché. La troupe se rendit ensuite à Rohrbach en passant par Sarleinsbach et rassembla de nombreux autres hommes dans son armée. Christoph Zeller les rejoignit également et la troupe se mit en route pour Peuerbach, où elle attendait le gouverneur bavarois Herberstorff. Avant même que Stefan Fadinger n'arrive à Peuerbach avec ses forces recrutées dans le Mühlviertel, l'armée impatiente de Zeller livrait déjà le une bataille aux soldats de Herberstorff, qu'elle parvint à écraser. Le même jour, Fadinger s'empara d'Eferding et de Wels. Le lendemain, Zeller fut élu par les paysans chef du Mühlviertel et du Machlandviertel, et Fadinger chef du Traunviertel et du Hausruckviertel. Alors que Zeller envisageait déjà d'assiéger Linz et de s'installer à Ottensheim, les troupes de Fadinger s'emparèrent de Kremsmünster et de Steyr pour ensuite exiger la reddition de Linz.

Siège de Freistadt Au même moment, le siège de Freistadt était en cours. Pendant plus d'un mois, les menés par le noble Hans Christoph Hayden zu Dorf assiégent la ville fortifiée. Ils creusent des retranchements, bloquent l'arrivée d'eau et exigent la reddition. Mais le capitaine bavarois de Freistadt, Albrecht Sokolowsky, qui pouvait compter sur 150 soldats et le soutien des citoyens indécis, n'abandonna pas facilement. Le , les paysans ont donc mis le feu à quelques cabanes près des douves et ont commencé à bombarder les murs de la ville. Les occupants bavarois, qui n'avaient pas pris les armes jusqu'alors, commencèrent à tirer pour la première fois, chassant ainsi les assiégeants des fortifications.

La famine s'étant déjà installée dans la ville, une révolte éclate parmi les assiégés. Un groupe de 50 hommes se range du côté des citoyens protestants révoltés. Mais Sokolowsky s'entête et, lorsque les paysans creusèrent à nouveau un retranchement le , il fait à nouveau tirer sur celui-ci. La résistance des paysans qui s'ensuit, soutenue par les citoyens et les soldats révoltés, se solde finalement par la prise de Freistadt. Mort de Stefan Fadinger A cette époque, depuis le , le siège de Linz était déjà en cours. Mais dès le premier jour, Stefan Fadinger a été blessé par balle pendant une trêve, alors qu'il passait par négligence devant le Landhaus de Linz, croyant à tort que son armure était résistante aux coups et aux balles ou que lui-même était invulnérable. Lui et ses gardes du corps ont été pris pour cible par des tireurs d'élite depuis le toit de la maison de campagne, son cheval a été tué et il a dû s'enfuir à pied, la cuisse fracassée. Environ deux semaines plus tard, il succomba à une septicémie à Ebelsberg, dans une maison située sur l'actuelle place Fadinger, conséquence de sa blessure par balle mal soignée. Pétition ignorée par l'empereur et mort de Christoph Zeller