L'Agence nationale des techniques d'enquêtes numériques judiciaires (ANTENJ) est un service à compétence nationale rattaché au secrétariat général du ministère de la Justice français.

Elle est notamment chargée de faire fonctionner la Plateforme nationale des interceptions judiciaires (PNIJ). Elle centralise tout ou partie des écoutes téléphoniques et est compétente pour les autres techniques d'enquêtes numériques judiciaires (relatives aux écoutes, à la géolocalisation ou aux données de connexion, désormais présentes dans 85 % des enquêtes pénales), hors Polynésie française et Nouvelle-Calédonie.

En 2025, l'ANTENJ couvre 97,5 % des interceptions judiciaires et plus de 95 % des mesures de géolocalisation réalisées en France. Elle traite en moyenne plus de interceptions simultanées. Elle compte 81 agents en 2025.

Elle est l'équivalent judiciaire du Groupement interministériel de contrôle (GIC), chargé des interceptions pour le compte des services de renseignement y ayant recours.

Historique

La création de la PNIJ

La centralisation de l'activité d'interception judiciaire

Les interceptions peuvent concerner de SMS interceptés et une moyenne de lignes placées sur écoute simultanément. Jusqu'au début des années 2010, les services d'enquêtes qui devaient intercepter des communications louaient individuellement un dispositif de centrale d'écoute à des sociétés du secteur privé. La France comptait alors plus de 350 centres d'écoutes. Ils étaient équipés de matériels loués sans qu'il y ait eu mise en concurrence. Quatre sociétés (Elektron, Foretec, SGME et Midi System & Co) réalisaient 88 % des interceptions. Le temps de réponse à une demande d'interception était long (de plusieurs heures à plusieurs jours). Cette pratique favorisait des dérives que le magistrat chargé de l'enquête ne pouvait contrôler (écoutes ou demandes de fadette illicites, fadette pour facture détaillée). Elle avait un coût significatif pour le ministère de la Justice.Jusqu'ici, les juges d'instruction délivraient une commission rogatoire à un service d'enquêteurs, qui louait à son tour une petite centrale d'écoutes à un partenaire privé, et les policiers travaillaient dans des conditions de discrétion discutables. Les juges n'étaient jamais certains que dans les numéros à écouter, ne s'était pas glissé un intrus qui intéressait discrètement une autre enquête. Rien n'était prévu sur la durée de conservation des données.Jusqu'au déploiement de la PNIJ, les interceptions judiciaires étaient assurées par un nombre restreint de sociétés privées opérant sur frais de justice sans cadre d'action clairement défini. Des centrales d'écoutes installées dans les locaux des services d'enquête fonctionnaient en dehors de tout contrôle, sans mesures adéquates de sécurité et sans traçabilité des actions effectuées, rendant de facto impossible toute supervision par un magistrat, alors même que ces opérateurs bénéficiaient de financements considérables de la part de l'État.Conçue dès 2005, la centralisation des écoutes auprès d'un service dédié de l'État entraîne la création de la PNIJ au profit des officiers et agents de police judiciaire et agents des douanes et des services fiscaux habilités à effectuer des enquêtes judiciaires. Elle doit remplacer le recours aux opérateurs privés. Les quatre PME concernées iront jusqu'à cesser les interceptions en signe de protestation.

La PNIJ doit utiliser un seul système informatique pour procéder aux écoutes téléphoniques, à l'obtention des factures détaillées, à la surveillance des MMS, SMS ou des moyens de géolocalisation.

La plateforme doit devenir rentable en deux ans et engendrer une économie de 130 postes de fonctionnaires. Son pilotage est d'abord assuré par la délégation aux interceptions judiciaires (DIJ) de la chancellerie. Elle est logée place Vendôme à Paris (Île-de-France) dans le arrondissement et est l'ancêtre de l'ANTENJ qui par la suite déménagera dans le arrondissement au lendemain des attentats de 2015.

Le marché de conception et réalisation est confié en 2010au groupe industriel Thales : il héberge le système dans un bunker sécurisé, à Élancourt (Yvelines) ; une volonté indique un potentiel transfert sur 2 sites relevant du ministère de la Justice et du ministère de l'Intérieur.

Les difficultés de déploiement de la PNIJ La production et le déploiement de la PNIJ font l'objet d'importantes critiques, liées aux retards et difficultés techniques. La conception est lancée en 2009 (sous le ministère de Rachida Dati, alors garde des Sceaux) par la société Thales grâce à un contrat qui s'avèrera sous-dimensionné. Une expérimentation est faite dans les ressorts de Paris, Versailles et Rouen. La PNIJ est officiellement déployée par le décret du . Il instaure les articles R. 40-42 à R. 40-56 du code de procédure pénale.

En 2017, la plateforme n'est toujours pas opérationnelle. Des syndicats policiers qualifient son manque d'efficacité de « scandale d’État ». Son utilisation serait un « cauchemar administratif et une usine à gaz » pour les enquêteurs judiciaires. Le temps de réponse à une demande d’interception – autrefois de plusieurs heures ou jours – est passé à moins de trois minutes, mais la plateforme subit des pannes. Elles freinent les enquêtes. Il y a environ 400 bugs non résolus en . Les syndicats de policiers ou de magistrats réclament une commission d'enquête parlementaire ou une remise à plat du dispositif de Thales. Plusieurs audits seront menés sous les . Ils sont protégés par le secret de la défense nationale.

En 2016, la Cour des comptes indique que la PNIJ devait coûter d’euros pour une mise en service courant 2008. Elle n'est partiellement mise en service qu'en 2015, pour un coût dix fois supérieur ( d’euros). Le gouvernement de l'époque ne souhaite pas revenir au secteur privé. Il répond que « les dysfonctionnements techniques et le dépassement du budget prévisionnel sont le fait d'adaptations capacitaires techniquement complexes ».Il envisage une internalisation de la plateforme pour réduire sa dépendance à Thales, comme le recommande la Cour des comptes.

La création de l'Agence nationale des techniques d'enquêtes numériques judiciaires Dans son rapport, la Cour des comptes plaide pour un renforcement de la DIJ, une extension de ses compétences et une assise réglementaire plus forte. Afin d'améliorer le pilotage de la PNIJ et l'efficacité des nouvelles techniques d'enquêtes numériques, l'ANTENJ est créée par un décret du . Elle remplace la DIJ. Elle bénéficie du concours de la communauté nationale du renseignement et compte, en 2018, une quarantaine d'agents : ils doivent contribuer à l'émergence d'une PNIJ « nouvelle génération ». Les différents services utilisateurs de la PNIJ sont représentés au sein des équipes afin de faire remonter les besoins. La Police nationale n'y est plus représentée depuis 2022.

L'ANTENJ bénéficie pour 2025 d'un budget de d'euros dont dédiés à l'investissement.

La réhabilitation de la PNIJ grâce à l'ANTENJ Depuis la loi du , le code de procédure pénale impose aux services d'enquêtes judiciaires de recourir à la PNIJ (sauf impossibilité technique). Cette obligation fait l'objet d'une note de service en . La Cour de cassation juge que le recours aux opérateurs privés est désormais impossible, au risque de constituer un motif d'annulation de la procédure sauf si l'ANTENJ ne peut fournir la prestation demandée.

En 2020, la Cour des comptes réhabilite la PNIJ ; elle précise que la plateforme a désormais « rempli les principaux objectifs qui lui étaient fixés » ; elle présente le projet comme « un exemple réussi de redressement d’un projet en situation de crise » ; elle souligne le rôle de l'agence dans la sortie de crise et estime que l'ANTENJ permet « de réduire de moitié le coût d'une interception » et de faire économiser aux finances publiques près de 30 millions d'euros par an. Enquêteurs et magistrats soulignent dans la presse les avancées faites depuis la création de l’ANTENJ. Plusieurs rapports sénatoriaux notent « le bon fonctionnement de l'outil aujourd'hui salué par l'ensemble des services » ou « l'efficacité et l'engagement de l'ANTENJ ». En 2025, plusieurs magistrats et enquêteurs de la police judiciaire consultés par Le Monde indiquent que malgré une ergonomie complexe, la PNIJ a connu une mise à niveau incontestable et de « véritables bonds qualitatifs ».

En , l'Inspection générale des finances indique que la PNIJ permet aux enquêteurs et magistrats de disposer de données structurées de façon immédiate et sécurisée, la réponse à certaines réquisitions de données étant complètement automatisée, permettant des résultats en moins d’une minute.

En , le gouvernement évoque à l'Assemblée nationale "le caractère essentiel de la PNIJ pour l'enquête pénale et la lutte contre la criminalité organisée, le narcotrafic ou le terrorisme."

Volume des interceptions et des économies permises par les outils de l'ANTENJ En 2024, La PNIJ fournit des services à près de magistrats et enquêteurs. La quasi-totalité des enquêteurs de la Gendarmerie nationale y ont recours.

En 2022, plus de interceptions judiciaires et de réquisitions électroniques ont été demandées via la PNIJ. La PNIJ devient pleinement opérationnelle en 2024 et voit le chiffre des réquisitions qui y transitent passer à la même année. Elle permet en outre la réalisation de interceptions judiciaires quotidiennes et près de mesures de surveillance en temps réel annuellement. Le volume de données interceptées est également considérable : d'appels voix, presque autant de SMS, MMS et près de 500 tébioctets de data.

Selon un rapport parlementaire, les économies permises par la PNIJ sont estimées à d'euros entre 2015 et 2024, pour un coût de développement de d'euros (ou, selon d'autres sources, d’euros) soit une économie nette de près de d'euros entre 2010 et 2024. Selon le gouvernement, qui s'appuie sur la Cour des comptes, l'économie nette s'élèverait même à d'euros sur la période 2015-2024 quand, pour l'IGF, elle est de l’ordre de d’euros net.

Poursuite puis fin du recours illégitime aux solutions privées par certains services de police judiciaire Malgré l'obligation de recourir aux services de l'ANTENJ, les interceptions « hors PNIJ » réalisées par des acteurs privés subsistent, en particulier chez certains services de la Police nationale. Dans leur rapport sur l'accès aux données de connexion, les sénateurs Agnès Canayer et Philippe Bonnecarrère s'inquiètent des vulnérabilités des solutions privées du groupe ChapsVision, propriétaire des solutions privées historiques du secteur. Les logiciels privés ne permettent pas de tracer les actions des utilisateurs. Les interceptions de communication sont réalisées par les policiers en l'absence de contrôle des magistrats et les salariés des sociétés concernées ne font l'objet d'aucune enquête préalable, ce qui faciliterait les détournements et l'exploitation de failles de sécurité. La situation fait craindre aux parlementaires un contournement de la PNIJ :Les éléments recueillis par les rapporteurs laissent à penser que, dans certains services, le nombre de recours à des solutions d'interceptions tierces (donc au « hors-PNIJ ») est anormalement élevé. Cette situation est particulièrement préoccupante : on ne saurait exclure que de tels accès soient motivés par la volonté d'échapper aux garanties imposées par la PNIJ en termes de traçabilité.Ces contournements augmentent aussi la charge pour les finances publiques : les techniques de géolocalisation par des opérateurs privés coûtent à l'État près de par jour en 2024 contre un coût presque nul pour la PNIJ, ce que le ministère de la Justice met régulièrement en avant. Selon des documents internes repris par le journal du Monde, les coûts d’une interception calculée sur quatre mois s’établissent à avec la PNIJ alors qu'ils dépasseraient euros avec les solutions privées.