Marie Bonaparte (en grec moderne : ), princesse Bonaparte, puis, par son mariage, princesse de Grèce et de Danemark, est née le à Saint-Cloud (aujourd'hui dans les Hauts-de-Seine) et morte le à Gassin (dans le Var), en France. Arrière-petite-fille de Lucien Bonaparte et épouse du prince Georges de Grèce, c'est une femme de lettres, une mécène et une psychanalyste disciple de Sigmund Freud, dont elle a contribué à diffuser le travail en France et en Grèce.

Issue d'une branche non-dynaste de l'ancienne famille impériale française, Marie Bonaparte devient orpheline de mère peu après sa naissance. Élevée par son père, Roland Bonaparte, et par sa grand-mère paternelle, Justine-Éléonore Ruflin, l'enfant grandit au milieu d'adultes plus intéressés par la fortune qu'elle a héritée de sa mère, Marie-Félix Blanc, que par son intelligence précoce. Atteinte d'une tuberculose bénigne à l'âge de , elle est traitée en infirme jusqu'à l'adolescence. Par ailleurs, elle reçoit une éducation lacunaire afin que son esprit n'effraie pas d'éventuels prétendants. Séduite par Antoine Leandri, le secrétaire de son père, alors qu'elle a à peine , elle est ensuite victime de chantage de sa part jusqu'à sa majorité. Parvenue à se libérer de l'escroc, elle doit cependant lui verser une forte somme pour récupérer les lettres qu'elle lui a écrites. Par la suite, la princesse se consacre à ses études et à la lecture. Désireuse de devenir médecin, elle est pourtant poussée au mariage par son père, qui réalise son rêve en l'unissant à Georges de Grèce, un prince apparenté à la plupart des dynasties européennes.

Entrée dans la maison royale de Grèce, Marie y découvre un style de vie oisif, fait d'innombrables réunions familiales auxquelles elle n'est pas habituée et qui l'ennuient. Surtout, elle doit affronter l'homosexualité de son époux, qui vit une relation amoureuse avec son oncle, le prince Valdemar de Danemark. En dépit de la naissance de deux enfants, nommés Pierre et Eugénie, et d'une réelle affection pour Georges, la princesse se réfugie alors dans une succession de liaisons avec des personnalités comme Aristide Briand, Jean Troisier ou Rudolph Loewenstein. Libérée de ses séjours en Grèce par la Première Guerre mondiale, moment où la rumeur publique la dit prête à devenir reine des Hellènes, et surtout par les événements qui accompagnent la guerre gréco-turque, Marie fait de Saint-Cloud sa résidence principale. Très affectée par le décès de son père en 1924 et de plus en plus consciente de sa frigidité, la princesse traverse une crise intérieure qui la pousse vers la psychanalyse, alors peu connue en France.

Marie est longtemps proche du médecin et sociologue Gustave Le Bon qui joue un temps le rôle de père de substitution, puis du psychanalyste René Laforgue. Elle rencontre Sigmund Freud à Vienne, en 1925. Ce second père de substitution l'accompagne dans une analyse féconde, durant laquelle la princesse prend conscience de l'origine de ses troubles, liés à l'observation d'adultes en pleine relation sexuelle lorsqu'elle était enfant. Prolongée jusqu'en 1929, cette analyse ne guérit cependant pas Marie de sa frigidité. Elle se tourne alors vers la chirurgie et subit trois opérations vaginales auprès du Josef von Halban, sans succès. Revenue à Paris, la princesse se consacre au développement de la psychanalyse en France. Grâce à sa fortune, elle soutient activement la diffusion de la psychanalyse en France, notamment par ses traductions des œuvres de Freud à partir de 1927, et par son soutien à la Revue française de psychanalyse, fondée en 1927. Si elle n’est pas membre fondatrice de la Société psychanalytique de Paris créée en 1926, elle en devient l’une des figures influentes. Elle diffuse également la pensée de Freud en traduisant plusieurs de ses ouvrages entre 1927 et 1940, ce qui n'est pas sans causer scandale. Surtout, elle écrit ses propres textes, dont une psychobiographie d'Edgar Allan Poe, qui rencontre un grand succès et constitue son œuvre maîtresse (1933).

La montée du nazisme et l'annexion de l'Autriche par le Troisième Reich en 1938 choquent fortement Marie, qui revient à Vienne pour sauver Freud et sa famille. La princesse s'acquitte alors de la rançon que les nazis exigent pour laisser ses amis rejoindre le Royaume-Uni et sauve, par la même occasion, environ deux cents intellectuels menacés par le régime hitlérien. Deux ans plus tard, Marie assiste à l'invasion et à l'occupation de la France par les forces allemandes. Avec son époux, elle rejoint alors la Grèce, où la monarchie a été restaurée en 1935 après un long intermède républicain. Ce séjour est cependant de courte durée car la Grèce est à son tour envahie l’année suivante. C'est donc en exil en Afrique du Sud que la princesse et sa famille passent l'essentiel de la Seconde Guerre mondiale.

Revenue en Europe à la Libération, Marie s'engage dans les grands débats qui divisent les milieux psychanalytiques français. Représentante de l'analyse profane, qu'elle pratique depuis 1928, la princesse offre tout son soutien à Margaret Clark-Williams, condamnée en 1953 pour exercice illégal de la médecine, à la suite d'un procès retentissant. Surtout, Marie entre en conflit avec Jacques Lacan, qu'elle méprise pour ses idées et sa pratique des « séances courtes ». En parallèle, la princesse continue à écrire et publie, en 1951, sa seconde œuvre majeure, De la sexualité de la femme, qui soulève de nombreuses controverses. Après la disparition de son époux en 1957, Marie se lance dans un combat contre la peine de mort mais échoue à sauver le criminel californien Caryl Chessman, exécuté en 1960. Victime d'une leucémie aigüe, la princesse meurt près de sa résidence de Saint-Tropez en 1962.

Famille Issue de la branche de Lucien Bonaparte (1775-1840), prince de Canino et Musignano., Marie est la fille unique de Roland Bonaparte (1858-1924) et de son épouse Marie-Félix Blanc (1859-1882). Par son père, elle est la petite-fille du prince Pierre-Napoléon Bonaparte (1815-1881) et de sa femme Justine-Éléonore Ruflin (1832-1905) tandis que, par sa mère, elle descend de l'homme d'affaires François Blanc (1806-1877) et de sa deuxième épouse Marie Hensel (1833-1881)..

Les et , Marie Bonaparte épouse civilement, à Paris, puis religieusement, à Athènes, le prince Georges de Grèce (1869-1957), second fils du roi Georges de Grèce (1845-1913) et de son épouse la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie (1851-1926).. Par son père, le prince est donc un descendant du roi Christian IX de Danemark (1818-1906), surnommé le « Beau-père de l'Europe »., tandis que, par sa mère, il est un arrière-petit-fils du tsar Nicolas de Russie (1796-1855)..

De l'union de Marie et de Georges naissent deux enfants : Pierre de Grèce (1908-1980), prince de Grèce et de Danemark, qui épouse, en 1939, la divorcée d'origine russe Irène Aleksandrovna Ovtchinnikova (1904-1990). ; il s'agit là d'une union inégale qui prive le prince de ses droits dynastiques ; Eugénie de Grèce (1910-1988), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse, en 1938, le prince Dominique Radziwill (1911-1976) avant de divorcer en 1946 ; elle se remarie, en 1949, avec Raymond de Tour et Taxis (1907-1986), prince della Torre e Tasso et duc de Castel Duino, avant de divorcer une seconde fois en 1965..

Biographie Enfance et adolescence Origines et entourage familial

Arrière-petite-nièce de , Marie Bonaparte appartient à une branche non-dynaste de la famille impériale française. Son arrière-grand-père, Lucien Bonaparte, et son grand-père, Pierre-Napoléon Bonaparte, ont en effet conclu des unions inégales, non autorisées par les chefs de leur maison. En outre, le père de Marie, Roland Bonaparte, est né plusieurs années avant le mariage civil de ses parents, et Napoléon III le regardait comme un enfant illégitime. Après avoir effectué de brillantes études, Roland Bonaparte a lui aussi épousé une roturière, Marie-Félix Blanc, mais celle-ci lui a apporté une dot considérable, évaluée à environ . Par sa mère, Marie Bonaparte appartient en effet à une famille de gens d'affaires et son grand-père, François Blanc, a fait fortune grâce aux jeux d'argents, d'abord à Hombourg, puis à Monaco.

Marie Bonaparte voit le jour le mais sa naissance se passe difficilement. Marie-Félix Blanc souffrant d'une tuberculose avancée, son travail dure trois jours et sa fille doit être ranimée par le médecin parce qu'elle a manqué d'oxygène en venant au monde. Les semaines suivant l'accouchement, l'enfant et sa jeune mère semblent se rétablir et Marie-Félix Blanc profite pleinement des joies de la maternité. Victime d'une embolie, elle meurt pourtant le , juste après avoir présenté sa fille à son frère, Edmond Blanc. Après le décès de sa mère, Marie Bonaparte est placée sous la responsabilité de sa grand-mère paternelle, Justine-Éléonore Ruflin (dite « Nina »), qui vient seconder Roland Bonaparte dans son foyer. La petite fille entretient des relations distantes avec sa grand-mère, qui ne ressent guère d'attrait pour les enfants, et avec son père, qui se montre mal à l'aise en sa compagnie et effectue de fréquents séjours à l'étranger pour ses études ethnologiques et géographiques.

D'abord confiée aux soins d'une nourrice, Rose Boulet, avec laquelle elle passe ses trois premières années, Marie Bonaparte est ensuite placée sous l'autorité de deux gouvernantes successives : une femme prénommée Lucie (dont elle est séparée brutalement en 1887) puis Marie-Claire Bernardini (dite « Mimau »), qui savent l'entourer de leur affection. Largement coupée des autres enfantsPendant longtemps, les seuls enfants qu'elle côtoie sont ses cousins Villeneuve, et en particulier sa cousine Jeanne (dont elle est très jalouse), ainsi que la petite Rolande Escard, avec laquelle elle suit des cours à domicile. Cependant, tous sont nettement plus jeunes que Marie ., la petite fille grandit au milieu d'une cohorte d'adultes, qui jouent des rôles divers dans son développement intellectuel et affectif. Il y a d'abord sa tante paternelle Jeanne Bonaparte, à la fois source d'émerveillement et de tourment, et l'époux de celle-ci, Christian de Villeneuve-Esclapon, personnalité brillante et fidèle soutien. Il y a aussi son oncle maternel, Edmond Blanc, qui joue en même temps le rôle de subrogé tuteur et d'intermédiaire avec les Blanc. On peut également citer Proveux, la lectrice de sa grand-mère, qui passe ses journées à commérer et à parler politique ; Bonnaud, femme du bras droit du prince, qui a poussé Marie-Félix Blanc à tester en faveur de son époux avant de mourir et jouit ainsi d'une place particulière dans le « panthéon des assassins » qui fascinent la petite Marie ; Escard, épouse du bibliothécaire du prince, en qui la petite fille voit une hypocrite. Viennent finalement le piqueur Pascal Sinibaldi, probable demi-frère de Roland Bonaparte, qui se montre généreux avec l'enfant mais compromet sa gouvernante Lucie en la séduisant, ainsi que le secrétaire Antoine Leandri, et son épouse Angèle, qui trahissent Marie à l'adolescence.

Enfance et éducation