Les Lingons sont un des plus anciens peuples gaulois protohistorique et antique participant du développement socioculturel de l'Arc alpin.

L'ethnogenèse des Lingons est directement liée aux cultures successives de Hallstatt et de la Tène ; elle s'achève avec le déclin de l'Empire romain d'Occident. Une partie de la population lingonne s'établit au début du dans le Nord de l'Italie, au sud du delta du Pô dans l'actuelle province de Ferrare, où elle participa à la formation de la Gaule cisalpine.

À l'instar de la plupart des autres peuples gaulois, l'ethnonyme latin des Lingons, en l'occurrence Lingonenses, s'est transmis dans le toponyme actuel de leur civitas en Gaule transalpine, l'ancienne Andemantunnum rebaptisée Langres, qui devint l'un des plus puissants évêchés du royaume de France. Fondée plus tardivement que cette dernière, leur métropole méridionale, Divio, est devenue la capitale historique de la Bourgogne : l'actuelle Dijon.

Situé entre les bassins parisien, rhodanien et meuso-rhénan, le territoire originel reconnu des Lingons couvrait à sa plus grande extension un espace d'environ se partageant sur une partie de ceux des actuelles régions Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté. De par son positionnement topographique, ce territoire était une zone de transit des échanges commerciaux et culturels de l'Europe occidentale protohistorique puis antique, entre les civilisations du Bassin méditerranéen et les groupes de populations tant d'Europe centrale que de l'Arc Atlantique. Outre de bonnes ressources agro-alimentaires et un sous-sol recélant plusieurs gisements de minerai de fer, cette position territoriale stratégique permit aux Lingons de bénéficier d'une prospérité économique et d'un développement culturel soutenus. Lors des premières manifestations significatives de l'expansion germanique à l'est de la Gaule chevelue, la maîtrise territoriale de l'espace géographique correspondant au territoire des Lingons transalpins ainsi qu'à ceux de leurs voisins Éduens et Séquanes fut un enjeu géostratégique entre Jules César et le chef suève Arioviste, dont l'issue déboucha sur la guerre des Gaules…

Un site archéologique de premier ordre a été notamment légué par les Lingons à la connaissance de l'Europe centrale protohistorique : le complexe aristocratique de Vix / Mont-Lassois.

Territoire originel et ethnonymie des Lingons thumb|upright|La Douix, exsurgence considérée par les Lingons comme sanctuaire du culte de Divona.

Territoire originel des Lingons Implantation du territoire originel des Lingons Situé au centre du seuil morvano-vosgien, le territoire originel identifié des Lingons s'étend entre les sections de cours d'eau et entités géographiques naturelles suivantesLimites de la Province lingonnaise, Mémoires de la Société historique et archéologique de Langres, t.2, Musée de Langres / 1862 (lire en ligne)) : au nord, frontière avec les Médiomatriques (jusqu'au moins la réorganisation de la Germanie romaine par Domitien vers 90) : Barrois lorrain (Forêt de Ligny-en-Barrois et Saulx en aval de Stainville) ; au nord-est, frontière avec les Leuques (jusqu'au moins la réorganisation de la Germanie romaine par Domitien vers 90Théodore Pistollet de Saint-Ferjeux - Notice sur les monnaies des Lingons et sur quelques monnaies des Leuques, des Séquanes et des Eduens - Annuaire de la Société française de numismatique, Dumoulin, 1867, (lire en ligne)) : Xaintois (Vair) et Côtes de Meuse centrales (forêt du Vau et Ornain en amont de Naix-aux-Forges) ; à l'est, frontière avec les Séquanes (jusqu'à la réorganisation de la Germanie romaine par Domitien vers 90) : Vôge (entre Passavant-la-Rochère et Dombrot-le-Sec), Côney (en aval de La Basse-Vaivre) et Petite-Saône (entre la confluence avec le Côney à Corre et celle avec la Vouge à Saint-Jean-de-Losne) ; au sud, frontière avec les Éduens, d'est en ouest : rivière Vouge de son confluent à Bessey-lès-Cîteaux, lisière nord de la Forêt de Cîteaux (marais de la Vouge), Quincey et rivière Meuzin jusqu'à Meuilley, puis vallée du Raccordon et Combe Pertuis ; au sud-ouest : Territoire des Mandubiens (avant le Principat) : Auxois, frontière avec les Éduens : Avallonnais et Terre-Plaine (Serein entre le château de Bourbilly et Tormancy) ; à l'ouest, frontière avec les Aulerques Brannovices : Auxerrois (crête d'interfluve entre Nitry et Beine) ; au nord-ouest : frontière avec les Sénons (avant le Principat) : Sénonais (Forêt de Saint-Germain et Forêt de Pontigny) et Pays d'Othe (Armance en aval d'Ervy-le-Châtel et partie nord-est de la forêt d'Othe), frontière avec les Catalaunes (avant le Principat) : Champagne crayeuse.

L'espace ainsi défini correspond essentiellement aux régions naturelles suivantes : plateaux de Langres et du Châtillonnais, Tonnerrois, Barrois champenois, Pays d'Armance, Champagne humide, Apance-Amance, partie occidentale du seuil de Lorraine, plateaux haut-saônois (à l'ouest de la Petite-Saône), côtes de Meuse méridionales, arrière-Côte de Dijon et côte dijonnaise, Pays d'Oscheret, Bassigny, Vallage, Briennois, Ornois, Perthois et Pays du Der. Le territoire correspondant à cet ensemble géographique est entaillé par un important réseau hydrographique constitué notamment des cours supérieurs de la Seine, de la Marne, de l'Aube et de la Meuse. La plupart des cours d'eau de ce réseau sont issus de systèmes karstiques, sous forme de résurgences auxquelles les Lingons associèrent des divinités tutélaires. Le positionnement du territoire à l'intersection des lignes de partage des eaux entre mer du Nord, Manche et Méditerranée a largement favorisé son développement économique et culturel en tant que zone d'échanges entre le nord de l'Arc Atlantique, la Rhénanie, l'Europe centrale et le bassin méditerranéenp.4 & 41Pascal Duhamel dir., La Bourgogne entre les bassins rhénan, rhodanien et parisien : carrefour ou frontière ? Actes du inter-régional sur le Néolithique à Dijon, 25-27 octobre 1991, Société archéologique de l’Est à Dijon / 1996 ; la « Lingonie transalpine » étant en outre située à peu près à égale distance de l'embouchure de la Seine et de celle du RhôneAu titre d'anecdote historique, le 12 septembre 1944, le de marche de spahis marocains de la blindée commandée par le général Leclerc, ayant libéré Paris après avoir débarqué en Normandie, et le 1er régiment de fusiliers marins de la française libre commandée par le général Diego Brosset, ayant débarqué en Provence, firent leur jonction à Nod-sur-Seine, ancienne cité secondaire des Lingons..

Lors de sa plus grande extension connue (à la fin de la République romaine), le territoire reconnu des Lingons couvre un espace d'environ , s'étendant sur environ de Sermaize-les-Bains au nord à Saint-Jean-de-Losne au sud et 170 de Pontigny à l'ouest à La Basse-Vaivre à l'est. Ce territoire se superpose à peu près aux divisions administratives territoriales actuelles suivantesPierre Nouvel, Reconstituer les territoires politiques de la Gaule romaine, Séminaire franco-suisse, Université de Franche-Comté / UMR-6249 Chrono-environnement, novembre-2009 lire en ligneMonique Clavel-Lévêque, « Résistance, révoltes & cadastre : problèmes du contrôle de la terre en Gaule transalpine », Formes de commande et de subordination dans l'antiquité, démarches du colloque international pour des études sur les mondes antiques, université de Senshu à Tokyo - janvier 1986, Stephan Fichtl – Le avant notre ère : genèse des entités politiques en Gaule, in Mennessier-Jouannet (Chr.), Adam (A.-M.), Milcent (P.-Y.) – La Gaule dans son contexte européen aux et s. av. n. è., acte du colloque AFEAF tenu à Clermont-Ferrand du 29 mai au , Monographies d’Archéologie Méditerranéenne, 2007, : Haute-Marne ; extrême sud-est du département de la Marne (correspondant approximativement à la moitié sud de l'arrondissement de Vitry-le-François) ; extrême sud-ouest du département de la Meuse (correspondant approximativement aux cantons de Gondrecourt-le-Château et Montiers-sur-Saulx, au quart occidental de celui de Void-Vacon ainsi qu'aux tiers méridionaux de ceux d'Ancerville et de Ligny-en-Barrois) ; extrême ouest du département des Vosges (correspondant approximativement aux cantons de Lamarche, Bulgnéville et Neufchâteau) ; moitié est du département de l'Aube (correspondant approximativement aux anciens arrondissements de Bar-sur-Seine et Bar-sur-Aube ainsi qu'à la moitié est de celui d'Arcis-sur-Aube et au canton de Creney-près-Troyes) ; centre-est du département de l'Yonne (correspondant approximativement à l'ancien arrondissement de Tonnerre) ; deux-tiers nord de la Côte-d'Or (correspondant approximativement à l'arrondissement de Dijon et à une grande moitié nord de celui de Montbard) ; extrême ouest de la Haute-Saône (correspondant approximativement à la partie occidentale de l'arrondissement de Vesoul située à l'ouest de la Saône).

vignette|Le Serein à L'Isle-sur-Serein, aux confins des territoires des Lingons, Aulerques Brannovices et Éduens.

Peuples voisins des Lingons du territoire originel

Les territoires limitrophes de celui des Lingons sont ceux des peuples gaulois suivantsStephan Fichtl, Les Peuples gaulois , Errance, Paris, 2004: Médiomatriques au nord Leuques au nord-est Sénons et Catalaunes au nord-ouest (puis Tricasses à partir du début du Principat) Aulerques Brannovices à l'ouest Mandubiens (avant le PrincipatMarie-Thérèse Raepsaet-Charlier, Alésia et ses dieux : Du culte d'Apollon Moritasgos à l'appartenance civique des Mandubiens à l'époque gallo-romaine, Antiquité classique, , /2013, (lire en ligne)) au sud-ouest Séquanes à l'est Éduens au sud et sud-ouestPierre Gastal : Nos racines celtiques, carte p. 10 (Désiris, 2013)..

Centres urbains et pagi de « Lingonie transalpine » (d'après la Notitia galliarumNotitia galliarum par Adrien Valois et la Table de PeutingerS. Migneret, Précis de l'histoire de Langres, Dejussieu à Langres / 1835, )D. Garcia & F. Verdin - Territoires celtiques, espaces ethniques et territoire des agglomérations d’Europe occidentale - Actes du congrès de l’AFEAF à Martigues, -4 juin 2000, Errance, Paris, 2002, :

Centres urbains de « Lingonie transalpine » thumb|Langres, ancienne capitale des Lingons. Municipe et principales agglomérations secondaires de la Civitas Lingonum (entre la réorganisation de la Germanie romaine par Domitien vers 90 et la fin de la dynastie des Sévères en 235) : Andemantunnum (graphie selon Pline l'Ancien), capitale des Lingons : Langres Divio : Dijon Portus-Abucinus : Port-sur-Saône (rattachée à la Civitas des Séquanes vers 90) Segessera : Bar-sur-Aube Aquæ borvonis : Bourbonne-les-Bains (peut-être rattachée à la Civitas des Séquanes vers 90) Tornodurum : Tonnerre Vertillum : Vertault Mirebellum : Mirebeau-sur-Bèze Mediolanum : Mâlain Gursonum : Gourzon Tilena : Til-Châtel Briavenna : Brienne-la-Vieille Olonna : Saint-Dizier Latiscum : Mont Lassois Faberniacum : Fauverney Andarta : Bologne Lisium : Is-sur-Tille Pontiliacus : Pontailler-sur-Saône Mosavicus : Meuvy Radelenis pons : Rolampont Gibriacus : Gevrey-Chambertin Noviomagus : Nijon ? Varcia : Vars ? (rattachée à la Civitas des Séquanes vers 90) Dongna Petra : Dampierre Getliacus : Genlis Fluvia : Fleurey-sur-Ouche Gissiacum Castrum : Gissey-sur-Ouche ? : Beneuvre ? : Bricon-Blessonville ? : Renève ? : Corre (rattachée à la Civitas des Séquanes vers 90) ? : Chauvirey-le-Vieil (rattaché à la Civitas des Séquanes vers 90) ? : Saint-Usage ? : Les-Bolards (en limite du territoire des Éduens)

Pagi du territoire de l'ancienne « Lingonie transalpine » (subdivisions territoriales du correspondant à la pertica des Lingons avant le PrincipatS.Migneret, Précis de l'Histoire de Langres, Dejussieu à Langres / 1835, lire en ligneA. Desjardins, Géographie historique et administrative de la Gaule romaine, Hachette, Paris, 1876-1893M. Chaume, Les Origines du duché de Bourgogne, E. Rebourteau à Dijon, 1925)