La rafle du 21 juin 1944 à Gerzat est une opération menée pendant la Seconde Guerre mondiale par la SiPo-SD (Gestapo), la Luftwaffe et des traîtres et des collaborateurs français. La rafle a conduit à l'arrestation et à la déportation de vingt-huit hommes et trois femmes, pour la plupart membres locaux des Francs-tireurs et partisans (FTP). Vingt-trois hommes et trois femmes sont morts dans les camps de concentration du Troisième Reich. Un homme est mort sous la torture à Clermont-Ferrand.
Rafle et déportation La commune de Gerzat, située à cinq kilomètres au nord-ouest de Clermont-Ferrand, comptait en 1944 environ 3 000 habitants, pour la plupart des paysans, des artisans et des ouvriers. Le , des résistants avaient tué à Murat (Cantal) , à une centaine de kilomètres au sud de Clermont-Ferrand et Gerzat, le SS-Hauptsturmführer (capitaine SS) Hugo Geissler, représentant du SS-Obergruppenführer Carl Oberg à Vichy. Le , en guise de vengeance, 25 otages sont abattus au lieu-dit du Pont de Soubizergues, à Saint-Georges. Le , le S.S. Hugo Geissler est inhumé à Clermont-Ferrand, en présence de trois généraux et de Joseph Darnand. Cinq jours ensuite, il y a eu la rafle de Gerzat.
Rafle Au petit matin du , des soldats de la Luftwaffe, commandés par le major Franz Bambach (1895-1963), ont encerclé Gerzat. Le traître et collaborateur Georges Mathieu avec son Sonderkommando français du SD de Clermont-Ferrand désigna les maisons dans lesquelles les personnes devaient être arrêtées.
Les personnes arrêtées ont été transférés à la caserne du régiment d'infanterie, prison militaire allemande.
Déportation vignette|Sandbostel après la libérationvignette|Sandbostel en mai 1945vignette|Des détenus libérés de Sandbostel à l'hôpitalvignette|400px|Diagramme : La suite de la mort des déportésLe camp de concentration de Neuengamme n'a été la destination de convois de déportation français qu'en 1944 : Quatre convois ont quitté Compiègne : Convoi 20- : 2004 prisonniers; Convoi (I.223) 4- : 2064 prisonniers, Convoi (I.247) 15- : 1528 prisonniers; Convoi I.250 28- : 1652 prisonniers. De Belfort / Fort Hatry suivit le Convoi I. - : 721 prisonniers. A ces 7659 déportés s'ajoutent 1706 autres Français provenant d'autres camps de concentration ou de prisons. Au cours du second semestre de 1944, 581 femmes ont été transférées du camp de concentration de Ravensbrück. Sur près de 11 000 détenus français, au moins 4573 n'ont pas survivi le camp de concentration et ses camps satellites.
Les prisonniers masculins de Gerzat ont été déportés le par le transport I.250 de Compiègne vers le camp de concentration de Neuengamme. Ils y sont arrivés le après un voyage horrible. La plupart d'entre eux ont été répartis dans des camps satellites, où ils ont été soumis aux travaux forcés les plus durs.
Charles Chenevier (Neuengamme Nr. 39384), policier renommé et résistant, a été déporté dans le même convoi.
Les numéros attribués aux prisonniers à leur arrivée à Neuengamme donnent des indications sur les circonstances du voyage et de l'arrivée. Les numéros varient de 39341 à 40 806, avec une répartition régulière. La différence de 1 465 correspond presque au nombre total de personnes dans le convoi, soit 1 651. Il semble qu'au départ de Compiègne, on ait fait attention à bien répartir le groupe de Gerzat dans les wagons. Néanmoins, le père et le fils Valton ont réussi à rester ensemble et à être enregistrés l'un après l'autre (Nr. 39762 et Nr. 39762). Chomette (40804), Bourrat (40805) et Achard (40806) ainsi qu'Allain (40334) et Jarry (40335) avaient également été enregistrés à la suite les uns des autres.
Du convoi I.250, 246 personnes sont arrivées au fin de leur calvaire au camp de Sandbostel, parmi lesquels sept du groupe Gerzat. Plus de 3000 des 9000 prisonniers sont morts du 12 au , ainsi qu'après la libération dans des hôpitaux.
Décédés Les hommes: Tous les déportés ont survécu aux trois premiers mois. Du au , Chataignier, Serre et Bourrat sont morts dans le camp satellite de Husum-Schwesing (construction d'une tranchée antichar), M. Bardin et Michel dans les camps de Brême-Neuland et Brême-Farge (bunker pour sous-marins), A. Bardin dans le camp IX de Versen (construction d'une tranchée antichar) et Allain, Chomette et Turichi dans le camp de Neuengamme. La plupart des victimes de novembre et décembre avaient été affectées à des camps particulièrement infâmes.
S'ensuivit une période de deux mois et demi pendant laquelle aucun déporté ne mourut.
La période du au fut un calvaire pour les hommes de Gerzat : Valton (père) et Avel moururent au camp de Neuengamme, Charron au camp de concentration de Bergen-Belsen. Montagnon, Farrouault et Jouvenceaux succombèrent aux horreurs de Sandbostel. Vidal, Chaumont, Barbier et Vernay survécurent à Sandbostel, mais moururent dans des hôpitaux à la fin de la guerre.
Les femmes : Antonia Dufresse-Avel est morte cinq semaines après son arrivée à Ravensbrück, Régine Labesse et Simone Mercier-Godard avaient été transférées de Ravenbrück au camp satellite de Belzig (usine de munitions Roederhof), où elles sont mortes le et le .
Simone Mercier-Godard était la mère de Serge Godard, professeur d'université en physique, ancien sénateur et maire de Clermont -Ferrand de 1996 à 2011. Simone Godard est morte au revier du camp de Belzig. La témoin Claire Paulmier-Blachon ( - ), Ravensbrück Nr. 51274, en a rapporté les circonstances : . Régine Labesse est décédée après la libération à l'hôpital.
Responsabilité Le chef de la SiPo et du Sd à Clermont-Ferrand, Paul Blumenkamp, était présent lors de la rafle de Gerzat et était également responsable de la rafle du 25 juin 1943 et de la rafle du 25 novembre 1944 à Clermont-Ferrand. Du 9 au , il a joué un rôle important dans la démolition de Saint-Dié-des-Vosges. Blumenkamp a disparu en Allemagne et n'a jamais été jugé.
Le collaborateur Georges Mathieu, chef du Sonderkommando français du SD-SiPo de Clermont-Ferrand, était aux côtés de Blumenkamp dans toutes ses actions contre le maquis. Il fut exécuté le après un procès (12-). Son co-collaborateur Jean Vernier a également été exécuté après un procès ().
Le major Franz Bambach (instituteur en civil, NSDAP (Nr. 3774981) ) était chef de la base aérienne allemande située à 3 kilomètres au sud-ouest de Gerzat. Durant l'hiver 1943/44, 12 grands shelters pour avions y avaient été construits, qui furent bombardés par l`United States Army Air Forces les 11 et ainsi que le . Bambach avait mis à disposition des soldats de la Luftwaffe pour le rafle de Gerzat et était lui-même présent. Sans cette protection militaire, la rafle n'aurait pas été possible dans une zone du maquis. Il était maire national-socialiste d'Ingelheim avant la guerre et adjoint au maire après la guerre. Il est mort en 1963 sans avoir été accusé par la justice. En 1948-1949, il a été interné à la prison militaire de Lyon.
Le , un ordre du (ordre d'Hitler) détermina « la fortification de la Baie Allemande ». Le Gauleiter de Hambourg, Karl Kaufmann (1900-1969), en assuma la responsabilité. Pour le creusage de tranchées antichars, 9000 détenus furent transférés sur son ordre de Neuengamme vers six camps satellites, dont Husum-Schwesing et Meppen-Versen, où les hommes de Gerzat moururent en quelques semaines en raison des terribles conditions de travail. Kaufmann et son aide de camp, le SS-Standartenführer (Colonél) Otto Wolff (1907-1992), n'ont jamais été tenus responsables de la mort de 1 700 à 2 100 détenus sur 9 000. Après trois ans d'internement, ils étaient libres et devinrent des entrepreneurs prospères dans le domaine des assurances. Le commandant du camp de Husum-Schwesing et de deux autres camps, le SS-Untersturmführer Hans-Herrmann Griem (1902-1971), a vécu après la guerre sous son vrai nom à Hambourg-Bergedorf, à seulement 5 kilomètres de Neuengamme. Il est décédé en 1971 avant le début d'un procès.
Liste des déportés Nom Naissance Reseau Camp de concentration Lieu Honneurs/commémoratives Source Date LieuJean Marius ACHARD20 janvier 1905GerzatNeuengamme Nr. 40806, camp satellite Bremen-Osterort26 avril 1945SandbostelMort pour la France, homologué FFI, "Mort en déportation", rue Jean Achard; GerzatAnastase ALLAIN21 décembre 1884La TrochenardNeuengamme Nr. 403343 décembre 1944Neuengammerue Anastase Allain, GerzatGeorges ARNAUD3 juin 1907F.T.P. , sergent, chef du détachement Carnot25 juin 1944 prison R.I., Clermont-Ferrandrue Georges Arnaud, GerzatJoanny AVEL21 mars 1899 Gerzatadjudant F.T.P.27 juillet 1944 Neuengamme Nr. 3934113 mars 1945NeuengammeMort en Déportation Pierre BARBIER8 mai ? Neuengamme Nr. 4079016 mai 1945Rotenburg, hôpital Unterstedtrue Pierre Barbier, GerzatMarius Claudius BARDIN15 mai 1904GerzatF.T.P.27 juillet 1944 Neuengamme4 novembre 1944Camp satellite Brême-Neuenland« Mort en déportation » rue Claudius-BardinAntony BARDIN5 octobre 1905GerzatF.T.P.20 juillet 1944 Neuengamme Nr. 3934429 novembre 1944Camp satellite Lager IX VersenMort pour la France; Allée Antony-Bardin, GerzatLouis BOURRAT, dit « Taravant »20 décembre 1905Gerzat5 avril 1943 F.T.P.28 juillet 1944 Neuengamme Nr. 4080523 novembre 1944Camp atellite Husum-Schwesing; Cimetièr: Ostkirchof HusumMort pour la France; rue Louis-Bourrat, GerzatJean Marius CHARROIN24 mars 1915Saint-ÉtienneF.T.P.Neuengamme16 mars 1945Camp de Bergen-BelsenMort pour la France, Mort en déportation, rue Jean Marius Charroin, GerzatAlphonse CHATAGNIER30 avril 1906JozeF.T.P.Neuengamme Nr. 404559 novembre 1944Camp satellite Husum-SchwesingMort pour la France; impasse Alphonse-Chataignier, Gerzat Camille CHAUMONT30 juin 1909 Moulainville (Meuse)F.P.T.Neuengamme Nr. 3938314 mai 1945Sankt Anna Hospital HopstenMort pour la France; rue Camille-ChaumontJean-Joseph CHOMETTE (dit Joseph Chomette)19 mars 1899CébazatF.P.T.Neuengamme Nr. 4080413 décembre 194413 décembre 1944 NeuengammeMort pour la France; rue Joseph-Chomette Francisque CORNY3 juillet 1894Clermont-Ferrand1 juin 1943 R.I.F. (Résistance intérieure française)28 juillet 1944 Neuengamme Nr. 3985412 avril 1945pendant le transfert de Brunswick à Ravensbrück Mort en Déportation, Mort pour la France, Croix de guerre, Médaille de la Résistance, Médaille militaire; rue Francisque Corny, GerzatAntonia DUFRESSE, épouse AVEL23 octobre 1901 Saint-Beauzire (Puy-de-Dôme)sergent F.T.P.déportée le 20 juillet 1944 à Ravensbruck29 août 1944.Camp de concentration de Ravensbruck« Mort en déportation »Louis-Barthélémy FANGHOUX (dit Raoul Fanghoux), dit « Paul » 22 octobre 1907 Lussat (Puy-de-Dôme)10 janvier 1943 F.P.T.19 juillet 1944, Neuengamme25 août 1981Aigueperse (Puy-de-Dôme)rue Raoul-Fanghoux, GerzatFélix FAROUAULT25 juin 1903Fougères décembre 1943 F.F.I.Neuengamme Nr. 46166avril 1945 ?camp de catastrophe (Auffanglager) de sandbostel 12-29 avril 1945« Mort en déportation » rue Félix Farouault, GerzatSimone MERCIER, épouse Godard (institutrice), mère de Serge Godard4 septembre 1901Coulonges-sur-l'Autizenovembre 1942, Mouvements unis de Résistance (M.U.R.), 6 juin 1944 adjutante F.F.I.14 juillet 1944