Louis Thomas Villaret de Joyeuse, né le à Auch (actuel département du Gers) et mort le à Venise (actuelle Italie), est un officier de marine français des . D'abord au service de la Marine royale et de la Compagnie des Indes, il atteint le grade de vice-amiral en 1794, dans la marine de la République française.

Il commence sa carrière vers 1763 dans la Marine royale et la poursuit comme officier de la Compagnie des Indes, participant en 1778 à la défense de Pondichéry contre les Britanniques. Il est nommé capitaine de frégate de la Marine royale en 1781 par Suffren, puis lieutenant de vaisseau en 1784.

Toujours en service à l'époque de la Révolution française, il est promu capitaine de vaisseau seulement au début de 1793, mais contre-amiral dès novembre 1793, à l'époque de la Terreur. Malgré un demi-échec dans la Manche en juin 1794 (bataille du 13 prairial an II), il est nommé vice-amiral en décembre 1794.

Opposé en 1796 à l'expédition en Irlande, il tombe en disgrâce au ministère de la Marine et se fait élire au Conseil des Cinq-Cents. Siégeant parmi les partisans de la monarchie constitutionnelle, il est victime de la répression consécutive au coup d'État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797) et envoyé en résidence surveillée à l'île d'Oléron.

Rappelé en 1801 par Napoléon Bonaparte devenu Premier consul, il est envoyé aux Antilles et devient gouverneur de la Martinique en 1802. A ce poste, il mène une politique favorable au maintien du système esclavagiste. Il rentre en France en 1809 après que les Britanniques ont pris le contrôle de la Martinique.

Il passe quelques mois en résidence surveillée à Rouen (1809-1811), puis est de nouveau rappelé par Napoléon devenu empereur qui le nomme gouverneur de Venise, poste qu'il n'occupe que quelques mois jusqu'à sa mort.

À propos de son nom Son nom évolue au fil du temps et des événements politiques. A sa naissance, sous le règne de Louis XV, il est nommé Thomas Villaret de Joyeuse. Jusqu'en 1789, il signe « Dejoyeuse ».

En 1789, sous le règne de Louis XVI et au début de la Révolution française (1789-1799), il devient Louis Thomas Villaret de Joyeuse

En 1792, après l'avènement de la Première République (21 septembre 1792), il se fait appeler Louis Thomas Villaret-Joyeuse ou simplement Louis Thomas Villaret.

Sous l'Ancien Régime Une origine aristocratique douteuse Contrairement à une idée reçue y compris de son vivant, son origine aristocratique est douteuse (son grand-père était ébéniste à Auch et connu sous le seul nom de Villaret) et certains biographes sont perplexes sur l'origine du « de Joyeuse » qui semble avoir été usurpé par son père, ancien militaire puis fonctionnaire royal devenu fortuné. Témoigne notamment de son origine roturière le fait qu'il ait commencé sa carrière maritime comme volontaire plutôt que comme garde-marine, voie normale pour tout aspirant issu de la noblesse. Si des aristocrates ont suivi des carrières d'officiers bleus, c'était essentiellement pour des raisons d'absence de fortune suffisante pour assurer le train de vie requis pour un garde de la marine ; or la famille Villaret n'avait aucun problème sur ce plan. Toutefois, ses états de service exceptionnels, notamment sous Suffren, et l'ambiguïté de son nom d'usage, lui permettent d'intégrer tout de même le « Grand Corps » des officiers de la marine royale après avoir servi comme officier bleu. Un autre événement douteux, systématiquement cité dans la plupart de ses notices biographiques, bien qu'aucun document concret ne vienne étayer sa réalité, serait qu'il soit d'abord entré aux Gendarmes de la Maison du Roy en 1763, et qu'il ait quitté ce corps à la suite d'un duel. Il n'est pas exclu que cet épisode ait été forgé a posteriori par lui-même pour dissimuler son origine roturière.

Il fut un « aristocrate d'apparence » mais dut transformer son nom dès le début de la Révolution en « Villaret-Joyeuse » voire en « Villaret » tout court.

Apprentissage dans la Royale et la Compagnie des Indes Il entre dans la marine royale comme volontaire (certains disent dès ) et navigue essentiellement aux Antilles de 1765 à 1770 d'abord sur la flûte la Nourrice, destinée à Cayenne. En , Thomas part sur l'Éléphant, armé à Bordeaux, transportant des troupes aux Antilles ; le navire est désarmé à Rochefort.

Enseigne de la Compagnie des Indes, sur la flûte Parham, destiné à l'Île de Saint-Domingue, désarmé à Bordeaux. Il rentre à l'amirauté pour y subir des examens lui permettant d'être capitaine au long cours. En , il transporte des troupes à l'île de France sur la Fortune, armée à Brest. Il reste à l'île de France fin et début et navigue dans l'océan Indien, sur le Coromandel jusqu'au et navigue en face des côtes du Bengale.

En , Thomas Villaret de Joyeuse repart à destination de Pondichéry et Mahé avec la corvette l'. En , il repart de l'île de France sur une flûte, la Pintade à destination de Pondichéry et Mahé. C'est alors qu'éclate la guerre d'indépendance des États-Unis.

Siège de Pondichéry (1778)

thumb|right|Flûte militaire du milieu du , telle que celle que commanda Villaret de Joyeuse en 1779.

Lieutenant de frégate, il se retrouve sans bâtiment sur lequel embarquer à Pondichéry lorsque les Britanniques viennent mettre le siège devant cette place en 1778. Il offre ses services au gouverneur et déploie en ces circonstances des talents et une bravoure tels qu'il obtient le commandement de la flûte la Pintade, en 1779, grâce au récit que fait Guillaume Léonard de Bellecombe, au roi, de sa belle défense de Pondichéry. Il part en croisière sur la Côte de Coromandel

Capitaine de la corvette la Dauphine En 1779, Thomas de Joyeuse est capitaine de la corvette la Dauphine et fait du cabotage pendant six mois entre l'île Bourbon et Madagascar.

L'année suivante, il est l'un des officiers du vaisseau le Brillant et part de l'île de France en croisière sur le banc des Aiguilles, pendant 23 mois et 4 jours.

Un officier bleu promu par Suffren Pierre André de Suffren le nomme capitaine de frégate en 1781 après la bataille de Gondelour et lui confie successivement le Pulvériseur, puis la frégate la Bellone, et enfin la corvette Naïade.

Envoyé pour une mission de confiance très risquée, il tient tête pendant plus de quatre heures au vaisseau britannique le (64 canons) mais doit finalement amener son pavillon. Rapidement libéré, il sert sur le Héros, en tant qu'aide de camp de Suffren ; en il commande une prise, la frégate , avec le grade de lieutenant de vaisseau. Suffren lui obtient aussi la grand-croix de l'ordre de Saint-Louis. C'est donc Suffren en campagne dans l'océan Indien qui le fait entrer dans le « Grand Corps » ce qui aurait été éventuellement plus difficile en France où ses quartiers de noblesse auraient probablement fait l'objet d'un examen préalable.

Thomas Villaret de Joyeuse rentre à Brest et prend le commandement de la frégate la Railleuse. Il se marie avec Félicité de Villars de Roche, à Versailles en 1787. Ils ont une fille et deux fils, dont Alexis Jean Marie, né à Lorient en 1788, futur capitaine de vaisseau, chevalier de l'ordre de Saint-Louis et de la Légion d'honneur.

Toutefois Thomas Villaret de Joyeuse n'est que lieutenant de vaisseau. Le « Grand Corps » des officiers de la Marine accepte difficilement qu'un officier qui n'est pas l'un des leurs devienne capitaine de vaisseau sans appui. Villaret de Joyeuse n'est ni ancien Garde, ni un aristocrate. Il n'est pas non plus Provençal ou Breton. Mais, comme Pierre André de Suffren, avant lui, il devient membre de la loge l'Union de Lorient. Beaucoup d'officiers de la Marine sont francs-maçons..

Officier de la marine républicaine Un capitaine efficace Il commande la Prudente aux Antilles en 1790-1791 avec une division envoyée pour y rétablir l'ordre. L'opération est un échec total, la plupart des équipages se mutinant. La Prudente est l'un des seuls bâtiments où la discipline est maintenue, ce qui fait attirer l'attention sur son commandant.

En 1793, il est enfin capitaine de vaisseau et commande le Trajan dans l'escadre du Vice-amiral Morard de Galles pendant les troubles qui agitent la plupart des navires à l'exception du Trajan, notamment lors de l'affaire de Belle-Île.

Un amiral nommé précipitamment À la destitution du vice-amiral en , Jeanbon Saint-André le fait nommer contre-amiral, et lui confie aussitôt le commandement en chef de l'armée navale de Brest où il s'efforce de rétablir la discipline et un semblant d'organisation.

La campagne de Prairial

Avec son pavillon sur le vaisseau la Montagne (118 canons), il conduit cette flotte lors de la campagne de Prairial qui culmine avec les combats du 10 Prairial () et surtout la grande bataille du 13 prairial an II () où il perd 7 vaisseaux à l'ennemi. Il réussit toutefois à écarter la flotte de lord Howe de la route du convoi et lui permet ainsi d'atteindre Brest.

Les désastres de la marine républicaine

Il est promu vice-amiral en . Il doit ensuite mener la campagne du Grand Hiver ( / ) à la tête d'une flotte mal réparée, privée de vivres et hors d'état d'appareiller dans une période de l'année particulièrement défavorable. Cinq vaisseaux coulent lors de cette croisière inutile ordonnée par des hommes politiques incompétents.

En , il conduit une escadre de 12 vaisseaux au secours de l'amiral Vence, et d'un convoi bloqué près de Belle-Île par l'escadre de Bridgeport. Près de Groix (combat naval de Groix le ), malgré une nette supériorité numérique et son courage personnel, il ne peut empêcher la débandade de nombre de ses capitaines qui s'enfuient vers Lorient. Il y perd encore trois vaisseaux et cet épisode lui laisse une grande amertume contre ces capitaines timorés, responsables de ses échecs répétés.

Première disgrâce

Désapprouvant les plans de l'expédition Hoche à destination de l'Irlande, il fait preuve de mauvaise volonté dans la préparation de ses bâtiments et entre en conflit constant avec le jeune général auquel il admet mal d'être soumis. Le ministre Truguet le révoque, en même temps que Vence, et le remplace par Morard de Galles, revenu, lui, en grâce. Cette campagne est un échec, car là encore mal préparée et pourvue de moyens insuffisants.

Un amiral politique Député au Conseil des Cinq-Cents (1796) Louis Thomas Villaret-Joyeuse est élu fin 1796 au Conseil des Cinq-Cents, par le département du Morbihan. Il siège avec un groupe de tendance monarchiste : le club dit des « Clichyens » avec Dumas, Boissy d'Anglas, Pichegru, Viénot de Vaublanc et Barbé-Marbois. Les députés composant ce club étaient des modérés qui ne souhaitaient pas un retour à l'Ancien Régime mais plutôt une monarchie constitutionnelle qui accepterait certains acquis de la Révolution ; Villaret entre alors en conflit assez violent avec le ministre de la marine et des colonies Truguet qui cherche à faire enfin appliquer l'abolition de l'esclavage dans les colonies. Villaret, dont le frère possède une grande plantation à l'île Maurice, devient le principal porte-parole du lobby colonial et esclavagisteDiscours de Villaret-Joyeuse, député du Morbihan; sur l'importance des colonies & les moyens de les pacifier, séance du 12 prairial an 5. Cité et commenté dans ..

Il fait partie des proscrits lors du coup d'État du 18 fructidor an V. Échappant de peu à la déportation à Cayenne, il est assigné à résidence à l'île d'Oléron.

Le Consulat Transport du corps expéditionnaire à Saint-Domingue

vignette | Prise de Cap-Français par le corps expéditionnaire en .

Bonaparte cherche à rallier à sa cause les anciens clichiens qu'il fait libérer. Il confie à Villaret de nouveau le commandement de l'escadre de Brest en . À la veille de la paix d'Amiens il conduit l'expédition du général Leclerc à Saint-Domingue, envoyée pour combattre Toussaint Louverture. Il reste aux Antilles comme gouverneur général de la Martinique et de l'île de Sainte-Lucie à partir de 1802.