Maria Stromberger, née le à Metnitz et morte le à Bregenz, est une infirmière autrichienne surtout connue pour avoir soutenu les détenus et leur mouvement de résistance au camp de concentration d'Auschwitz pendant la Shoah. Après avoir suivi une formation d’infirmière à la fin des années 1930, elle apprend les mauvais traitements infligés aux Juifs et à d’autres personnes dans la Pologne occupée par les nazis . Souhaitant aider les persécutés, elle demande son transfert en Pologne et accepte le poste d'infirmière en chef des officiers SS du camp pour aider les détenus.
Biographie Maria Stromberger est la fille de Maria Lapeiner et de Franz Seraphin Stromberger. Elle est la plus jeune de neuf enfants, dont trois sont morts en bas âge. Elle est élevée dans une famille catholique. Sa mère possède et exploite une auberge , tandis que son père travaille comme commis pour un marchand. La famille occupe une position privilégiée parmi les rares propriétaires fonciers de la ville, ayant hérité de maisons par les deux lignées parentales. Les Stromberger quittent Metnitz en 1899 et s'installent à Emmersdorf. Maria Stromberger tombe gravement malade à l'âge de six ans, mais se rétablit alors que l'on la croyait condamnée. La famille déménage un peu plus tard à Kappel am Krappfeld. Elle suit une formation d'institutrice peu avant la Première Guerre mondiale, mais ne fera pas carrière dans l'enseignement.
Maria Stromberger manifeste son intérêt pour une carrière d'infirmière depuis son enfance, mais elle ne commence ses études qu'en , à l'âge de 39 ans, au Sanatorium Bregenz-Mehrerau avant de se former pendant un an au sanatorium Mehrerau. C'est à cette époque que l'Autriche est annexée par l'Allemagne nazie. On ne sait pas si sa formation comprenait un programme nazi sur la conception nazie de la race et de la génétique. Elle fréquente ensuite une école d'infirmières à Heilbronn de 1939 à 1940. Maria Stromberger commence son premier emploi d'infirmière à l'hôpital du district de Klagenfurt am Wörthersee le .
Le , elle part travailler à Amlach au Bezirkskrankenhaus, où elle s'occupe des blessés de la Wehrmacht . C'est là qu'elle apprend les mauvaises conditions de vie dans la Pologne occupée par les nazis. Profondément catholique, par charité chrétienne, elle demande son transfert en Pologne, qui est accepté le .
Le , Maria Stromberger commence son service dans un hôpital spécialisé dans les maladies infectieuses à Chorzów. Parmi ses premiers patients figurent deux anciens détenus du camp de concentration d'Auschwitz atteints du typhus. Dans leur délire, ils parlent du camp. Après avoir récupéré, ils lui expliquent ce qu'ils ont enduré à Auschwitz et la supplie de garder le secret, pour ne pas mettre leur vie en danger. Lorsqu'elle apprend qu’il y avait des infirmières à Auschwitz, elle demande son transfert au camp malgré l'opposition de son médecin-chef et de sa famille. L'administration, percevant sa motivation comme une dévotion idéologique au national-socialisme, approuve sa demande. Aucun effort n’est fait pour vérifier si elle est membre du parti nazi, et il n’existe aucune preuve qu’elle l'ait jamais été.
Camp de concentration d'Auschwitz Marie Stromberger arrive à Auschwitz le , en tant qu'infirmière de la Croix-Rouge allemande. Robert Mulka, un Hauptsturmführer, lui souhaite la bienvenue au camp et l'informe de son fonctionnement, tout en soulignant l'importance du secret. Elle est obligée de signer deux documents de confidentialité, dont un lui interdisant d'avoir des conversations avec les détenus ou de transmettre des messages en leur nom à l'extérieur du camp. Robert Mulka la prévient qu'elle « risque sa tête » si elle divulgue des informations sur le camp.
Maria Stromberger commence son travail le . Elle est affectée comme infirmière en chef pour les officiers (SS). Son intention initiale est de soigner les détenus, mais elle découvre qu'ils reçoivent des soins uniquement par des médecins détenus. Elle travaille à l'infirmerie SS où elle dirige les infirmières et les détenues qui y travaillent et dépend directement au chef du département médical du camp, Eduard Wirths. Outre les détenus, il y a environ une douzaine d'infirmières à l'infirmerie. Maria Stromberger est une cheffe stricte, conservant un comportement réservé et exigeant beaucoup de travail de la part de ceux qui sont sous son autorité. Elle arrive au milieu d'une épidémie de typhus à Auschwitz et la gravité de l'épidémie ainsi que le manque d'expertise en maladies infectieuses parmi le personnel médical font qu'elle devient rapidement indispensable. Depuis l'infirmerie, elle voit les détenus être transportés vers les chambres à gaz et les SS sur le toit avec le Zyclon B pour les exécuter. Elle peut les entendre crier alors qu'ils sont emmenés.
Gagner la confiance des détenus vignette| Le camp d'Auschwitz ; l'infirmerie SS (d) se trouve juste en face de la chambre à gaz (g) ( en haut à droite ). Bien qu'elle ne soit pas autorisée à soigner les détenus, Maria Stromberger dialogue avec ceux qui travaillent à l'infirmerie SS. Ils se méfient d'elle depuis son arrivée. Elle gagne d'abord la confiance d'Edek Pys, qui travaille dans la cuisine de l'infirmerie. Alors qu'elle se tient près d'une fenêtre, Maria Stromberger voit une détenue se précipiter dans une clôture électrique et se faire abattre. Elle demande à Edek Pys pourquoi la détenue a fait cela. Il lui explique les conditions du camp et pourquoi tant de détenus se suicident.
Edek Pys l'encourage à observer l'appel du soir, car la plupart des détenus sont dans un état pire que ceux avec lesquels elle travaille. Elle voit alors des détenus visiblement affamés et les corps de ceux qui sont morts en travaillant ce jour-là. Un autre détenu lui a demandé d'observer les membres des SS battre et mutiler des enfants juifs. Sa santé mentale est gravement affectée par cette vision et elle doit prendre plusieurs jours de congé de maladie. Les détenus commencent à lui faire confiance lorsqu'ils comprennent qu'elle ressent de l'horreur envers les SS. Dans un acte de défi, elle utilise son dialecte autrichien malgré l'interdiction nazie.
Elle prouve qu'elle mérite la confiance des détenus quand elle couvre deux d'entre eux ayant détourné du lait destiné aux officier SS. Elle affirme que c'est elle qui a donné l'ordre de détruire le lait avarié et propose à l'officier SS qu'il le boive s'il en doutait. Sans son intervention, les deux détenus auraient été condamnés à mort. Grâce au bouche à oreille, Maria Stromberger acquiert la confiance des détenus qui se renforce quand elle apporte son aide à Zbigniew Raynoch, un résistant polonais, dont la santé fragile, à son entrée dans le camp, lui donne peu de chances de survie.gauche|vignette|redresse| Eduard Wirths était le superviseur de Stromberger à Auschwitz. Edek Pys devient le principal contact de Maria Stromberger parmi les détenus, et par son intermédiaire, elle entre en contact avec plusieurs autres détenus qui travaillent dans les quartiers des officiers SS. Elle a notamment contacté en secret Artur Radvanský, Kazimierz Albin, Hermann Langbein, Tadeusz Pietrzykowski et Stanisław Kłodziński. Elle estime que la charité chrétienne l'oblige à subvenir aux besoins des détenus. Elle programme ses visites dans différentes parties du camp de telle sorte qu'elles ne coïncident pas avec une présence SS, ce qui lui permet de fournir de la nourriture, des médicaments et des informations aux détenus pendant qu'elle vaque à ses tâches. Elle travaille avec Edek Pys et Edugeniusz Niedojadlo, pour détourner de la nourriture destinée aux officiers SS dont certaines des allocations spéciales réservées aux officiers infectés par le typhus, comme le chocolat et le champagne. Lorsqu'on l'avertit qu'elle risque d'être tuée pour ce qu'elle fait, elle répond que des personnes plus importantes sont déjà en train d'être tuées. Elle donne une clé de la pharmacie à Pietrzykowski afin qu'il puisse subtiliser des médicaments pour les autres en cas de besoin. Pour protéger les détenus travaillant à l'infirmerie de l'appel du soir, un rassemblement pouvant être mortel, qui dure des heures, elle insiste sur le fait qu'elle a besoin d'aide plus tard dans la nuit et les garde jusqu'à la fin de l'appel.
Edek Pys contracte le typhus à la fin de 1942. Ceux qui en sont malades sont souvent exécutés pour empêcher la propagation de la maladie. Maria Stromberger le cache dans la salle de bain de l'infirmerie SS en disant aux officiers que l'accès est interdit car elle est utilisée pour stocker les vêtements infectés des patients atteints du typhus. Il est finalement contraint d'aller à l'infirmerie des détenus, mais il n'est pas sélectionné pour être exécuté. Elle l'aide à s'acquitter de ses tâches pendant qu'il récupère ses forces.
L'Unterscharführer Alfred Kaulfuss commence à se méfier de Maria Stromberger et se met à la surveiller. Il la dénonce pour la première fois auprès de son supérieur, Eduard Wirths, en . Ce dernier prévient Maria Stromberger que d'autres ont formulé des plaintes similaires et il l'avertit de la possibilité de devenir elle-même détenue si elle n'est pas plus prudente. Elle lui répond qu'elle est infirmière et non membre des SS et qu'il peut la dénoncer au Département politique si cela ne le satisfait pas. Elle demande ensuite un transfert. Eduard Wirths l'apprécie et souhaite la garder comme infirmière. Il ignore les rapports et promet de la protéger. Alfred Kaulfuss insiste auprès d'Eduard Wirths, et Maria Stromberger demande à être présente pour entendre les accusations portées contre elle. Ce jour-là, elle déclare à Eduard Wirths et Alfred Kaulfuss que ce dernier a un jour déchiré, ivre, une photographie du commandant SS Heinrich Himmler et qu'il n'est pas en mesure de remettre en question la loyauté de qui que ce soit.
Activité de résistance Maria Stromberger apprend qu'il existe un mouvement de résistance actif qui fait sortir clandestinement des informations du camp et perturbe son fonctionnement. Son incapacité à communiquer avec l'extérieur rend difficile son action. Une faction de la résistance, le Groupe de combat d'Auschwitz, parvient à la faire adhérer au mouvement par l'intermédiaire d'Edek Pys . Comme elle ne parle pas polonais, elle communique avec le groupe selon un code commun aux membres de la résistance.
Étant donné l'importance du poste de Maria Stromberger, parmi le personnel médical du camp, on lui accorde une grande liberté dans ses activités. Sa position l'autorise à se déplacer entre les différentes annexes du camp. Cela lui permet de recueillir des informations en entendant les conversations des officiers et des gardes, et grâce à ses contacts avec le commandant du camp, Rudolf Höss, qui la tient en haute estime. Elle fait de l'infirmerie un centre du mouvement de résistance. Elle surveille les officiers SS qui entrent à l'infirmerie et trouve des raisons pour expulser ceux qui sont trop dangereux.
Plusieurs autres incidents renforcent son désir d'aider les détenus. Elle manque de s'évanouir en voyant un homme ensanglanté après sa tentative d'évasion et l'interrogatoire qui a suivi. Puis, dans les premiers jours de 1943, Maria Stromberger voit trois camions remplis d’hommes nus, malades et affamés se diriger vers le crématorium. Elle est tourmentée de voir ces hommes emmenés vers la mort, sans pouvoir leur apporter son secours.