Le Rallye autrichien des Alpes 1970 (41. Internationale Österreichische Alpenfahrt), disputé du 6 au , est la cinquième manche du Championnat international des marques 1970 (IRC), inauguré cette même année.
Contexte avant la course Le championnat international des rallyes pour marques
Alors que le championnat d'Europe des rallyes pour conducteurs fut créé en 1953, ce n'est que quinze ans plus tard, en 1968, qu'apparut le championnat d'Europe des rallyes pour marques (ERC), Ford devenant cette année-là le premier constructeur titré dans la discipline, titre conservé la saison suivante au terme d'une saison confuse et un championnat joué sur seulement cinq manches sélectives, plusieurs épreuves initialement inscrites n'ayant pas respecté la réglementation en vigueur. Pour 1970, le championnat devient intercontinental, étant rebaptisé championnat international des rallyes pour marques (IRCM) en intégrant une épreuve africaine, le Safari. Les sept autres manches inscrites au calendrier, dont deux hivernales (Monte-Carlo et Suède), sont européennes. Les épreuves sont réservées aux catégories suivantes, suivant la dernière évolution de l'annexe J, définie le 6 octobre 1969 par la Commission sportive internationale (CSI), en vigueur depuis le janvier 1970Revue Moteurs ,janvier-février 1970 : Groupe 1 : voitures de tourisme de série - production minimale de 5000 exemplaires Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales - production minimale de 1000 exemplaires Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série - production minimale de 1000 exemplaires Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales - production minimale de 500 exemplaires
Après avoir remporté les deux premières manches de la saison avec Björn Waldegård, Porsche a failli obtenir sa troisième victoire de la saison au Safari grâce au pilote privé Sobiesław Zasada, victime d'une casse mécanique à seulement deux-cents kilomètres du but, incident ayant profité à la Ford du pilote local Edgar Herrmann. Le constructeur de Stuttgart a néanmoins conservé la tête du championnat, avec cinq points d'avance sur Alpine, qui s'était imposé au Rallye Sanremo-Sestriere avec Jean-Luc Thérier.
L'épreuve
L'«Österreichische Alpenfahrt» fut créé en 1910 et se caractérise par l'extrême difficulté de son parcours. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la difficulté de constituer un plateau conséquent incita ses organisateurs à ouvrir leur épreuve aux équipages motocyclistes. L'épreuve resta mixte jusqu'en 1963, avant d'6etre de nouveau réservée aux voitures lors de son intégration au Championnat d'Europe des rallyes. Les deux dernières éditions ont souri aux Ford Escort, avec les victoires de Bengt Söderström en 1968 et de Hannu Mikkola l'année suivante.
Le parcours thumb|upright=1.3|right|alt=Mönichkirchen|Départ et arrivée auront lieu dans le village de Mönichkirchen, en Basse Autriche. départ : de Mönichkirchen arrivée : à Mönichkirchen distance : dont sur 12 épreuves spéciales surface : principalement terre, neige sur certains secteurs Parcours divisé en deux étapesRevue Sport Auto n°102 - juillet 1970
Première étape Mönichkirchen - Mönichkirchen, du 6 au 8 mai 1455 km (principalement parcours de liaison) - 9 épreuves spéciales Deuxième étape Mönichkirchen - Mönichkirchen, du 9 au 10 mai 796 km (principalement parcours de liaison) - 3 épreuves spéciales
Les forces en présence thumb|upright=1.2|right|alt=Lancia Fulvia HF|Une Lancia Fulvia HF groupe 4. Deux modèles de ce type ont été engagés par la Scuderia Lancia. Porsche Le constructeur de Stuttgart a engagé deux 911 S groupe 4 pour Björn Waldegård/Lars Nyström et Åke Andersson/Bo Thorszelius. Malade, le copilote habituel de Waldegård, Lars Helmér, a dû être remplacé au pied levé par Nyström. Les coupés 911 pèsent environ une tonne et sont animés par un moteur à six cylindres à plat de 2247 cm3, refroidi par air. Disposé en porte-à-faux arrière, il développe 240 chevaux. Au côté des deux voitures officielles, l'importateur autrichien de la marque a engagé deux 914/6 à moteur central arrière pour les équipages locaux Carl Christian Schindler/Gustav Hruschka et Günther Janger/Walter Wessiak.
Alpine Trois berlinettes A110 1600 S groupe 4 avaient été initialement engagées par Jean Rédélé, mais Jean-Claude Andruet s'est blessé lors des reconnaissances en voulant dégager un arbre obstruant la route et a dû déclarer forfait, tout comme son copilote David Stone. Seules deux voitures officielles sont présentes, confiées à Bernard Darniche/Alain Mahé et Jean-Luc Thérier/Marcel Callewaert. Très légères (environ 700 kg à vide), elles sont équipées d'un moteur quatre cylindres dérivé de celui des Renault 16 TS. Il est monté en porte-à-faux arrière ; alimenté par deux carburateurs à double corps, il développe plus de 150 chevaux. L'équipage local Walter Roser/Werner Pucher prendra le départ sur une A110 1600 S groupe 4 privée.
Lancia La Scuderia Lancia aligne deux coupés Fulvia HF groupe 4. Ils seront aux mains de Harry Källström/Gunnar Häggbom et de Simo Lampinen/John Davenport. Ils pèsent environ 950 kg. Leur moteur V4 de 1583 cm3 entraîne les roues avant. Alimenté par deux carburateur à double corps Solex Dell'Orto, il développe 135 chevaux. Les Lancia utilisent des pneus Pirelli.
Ford thumb|upright=1.2|right|alt=Ford Escort Twin Cam|Deux Ford Escort Twin Cam groupe 2 ont été engagées par Ford Angleterre. Basé en Angleterre et dirigé par Stuart Turner, le Team Ford, parallèlement à sa participation massive au World Cup Rally, a engagé deux Escort Twin Cam groupe 2 pour Jean-François Piot/Jean Todt et Ove Andersson/Jim Porter. Ces berlines à deux portes et à transmission classique pèsent environ 800 kg. Leur moteur quatre cylindres de 1594 cm3 dérive de celui des Cortina Lotus ; il développe près de 170 chevaux. Disposant d'un modèle identique mais légèrement moins puissant, l'équipage Adrian Boyd/Beatty Crawford, bien qu'engagé à titre privé, bénéficie de l'assistance de l'usine.
Saab Le constructeur suédois a préparé deux coachs 96 groupe 2 pour Håkan Lindberg/Sölve Andreasson et Carl Orrenius/Arne Hertz. Pesant environ 850 kg, ces tractions sont dotées d'un moteur Ford V4 de 1531 cm3 alimenté par injection, d'une puissance de l'ordre de 135 chevaux.
Fiat Le premier constructeur italien est représenté par Luciano Trombotto/Francesco Bossola et Alcide Paganelli/Ninni Russo, aux commandes de spiders 124 groupe 4, dotés d'un hardtop en polyester. Leur moteur quatre cylindres de 1608 cm3, à double arbre à cames en tête, développe environ 120 chevaux.
Volkswagen Quelques équipages locaux s'alignent sur des VW 1500 groupe 2 préparées par l'importateur Volkswagen et Porsche de Salzburg. Ces berlines ont un moteur quatre cylindres à plat refroidi par air, monté en porte-à-faux arrière. Leur puissance avoisine 100 chevaux.
Déroulement de la course Première étape thumb|upright=1.5|right|alt=Zeltweg|Zeltweg, sur le parcours de la première étape. Le départ est donné du village de Mönichkirchen, à une centaine de kilomètres au sud de Vienne, au milieu de la nuit du mercredi au jeudi. Les cinquante-quatre équipages vont rouler environ trois heures avant de disputer la première épreuve spéciale. C'est Åke Andersson qui s'y montre le plus rapide au volant de sa Porsche, prenant la tête du rallye devant l'Alpine de Bernard Darniche et la Saab d'Håkan Lindberg. Sur la deuxième Alpine, Jean-Luc Thérier n'a pu effectuer que quelques kilomètres avant d'être lâché par sa boîte de vitesses. C'est de nouveau une Porsche qui s'impose dans le deuxième secteur chronométré, celle de Björn Waldegård qui gagne trois places au classement général et prend le commandement de la course devant son coéquipier Andersson. Ce dernier a cependant effectué un surrégime, endommageant une soupape, et va abandonner aussitôt après. Dans le tronçon suivant, Waldegård se montre de nouveau le plus rapide et accentue son avance sur Lindberg. L'équipe Porsche perd cependant une deuxième voiture officielle, Carl Christian Schindler devant renoncer à cause d'un problème mécanique. De plus, Walter Pöltinger a expédié sa Porsche privée au fond d'un ravin, où échouera également la Fiat d'Alcide Paganelli quelques minutes plus tard. Waldegård se montre encore inaccessible dans la quatrième spéciale, marquée par la spectaculaire sortie de route de Walter Roser, dont l'Alpine termine sur le toit, bloquant la piste et retardant les concurrents partis juste après lui, dont Darniche qui sera pénalisé de neuf minutes. Les Ford de Jean-François Piot et d'Ove Andersson seront un peu moins retardées, perdant respectivement deux et trois minutes, mais les équipages partis après eux bénéficieront d'une route totalement dégagée. La deuxième journée n'apportera pas de changement parmi les premiers, Waldegård remportant toutes les épreuves et augmentant régulièrement son avance sur Lindberg. Son coéquipier Günther Janger connaîtra moins de réussite, une collision avec un autocar mettant un terme à sa course. Ove Andersson sera éliminé au cours de la spéciale courue sur l'Österreichring (près de Zeltweg), son moteur ayant surchauffé. La dernière partie du parcours se fera sous la neige. Simo Lampinen ne parviendra pas à rallier Mönichkirchen, sa Lancia étant immobilisée à cause d'une rupture de suspension avant. Waldegård termine l'étape avec près de deux minutes et demie d'avance sur LindbergRevue L'Automobile , juin 1970 (en tête du groupe 2 juste devant Piot). Sur la deuxième Saab, Carl Orrenius a dû faire remplacer son radiateur, perdant la quatrième place au profit de la Lancia de Harry Källström.
+ classement à la fin de la première étape Pilote Copilote Voiture Groupe Écart 1 Björn Waldegård Lars Nyström Porsche 911 S 4 2 Håkan Lindberg Sölve Andreasson Saab 96 V4 2 + 2 min 23 s 3 Jean-François Piot Jean Todt Ford Escort TwinCam 2 4 Harry Källström Gunnar Häggbom Lancia Fulvia coupé HF 4 5 Carl Orrenius Arne Hertz Saab 96 V4 2 6 Adrian Boyd Beatty Crawford Ford Escort TwinCam 2
Deuxième étape Les équipages restant en lice repartent de Mönichkirchen le samedi en fin de journée. L'étape est relativement courte, avec principalement un parcours de liaison entrecoupé de seulement trois épreuves chronométrées. Après avoir remporté la première, Waldegård va lever le pied, étant hors de portée de ses poursuivants. Retardé par une canalisation d'huile éclatée, Källström rétrograde au classement général. Orrenius en profite pour prendre la quatrième place, devant la Ford d'Adrian Boyd. Il n'en profitera pas longtemps, la transmission de sa Saab lâchant peu après. La course sáchève sans autre changement, Waldegård remportant sa troisième victoire de la saison devant Lindberg (qui s'impose en groupe 2) et les deux Ford Escort de Piot et Boyd. Auteur d'une belle remontée, Darniche se classe cinquième. Seules vingt voitures ont atteint l'arrivée.
Classements intermédiaires Classements intermédiaires des pilotes après chaque épreuve spéciale.
Classement général thumb|upright=1.3|right|alt=Porsche 911 S|Björn Waldegård et sa Porsche 911 S lors d'une compétition historique. C'est sur un modèle identique que le champion suédois s'est imposé en Autriche.