vignette|Les Vierges sages et les Vierges folles, enluminure de l'Évangile de Rossano, fol. 2v. Syro-palestinien, . Musée diocésain et du Codex, Rossano, Italie, cod. 1 La virginité dans le christianisme ou les vierges chrétiennes (en latin : Virgo, en grec ancien : Παρθένος) le choix volontaire et définitif de l’abstinence sexuelle en vue d’une consécration totale à Dieu.
Elle est une forme ou genre de vie consistant à renoncer définitivement à l'exercice de la sexualité par vocation, pratiquée depuis l'Antiquité et essentiellement employée au sein de l'Église orthodoxe ainsi que l'Église catholique. La virginité chez les femmes est d’abord de l’intégrité physique ; chez les hommes, il s’agit de continence : on parle d’ascètes, de célibataires. Il existe de nombreux vierges saints et bienheureux. Ils sont continents, gardant une chasteté abstinente.
Origines vignette|Procession de vierges martyres portant à la fois des palmes de martyrs et des couronnes comme la couronne d'une vierge (original de la Basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf, ) Dans le judaïsme, le mariage et la fécondité sont valorisés, mais l'exemple du prophète Jérémie (Jr 16,1-4) montre que le célibat pouvait être requis par Dieu pour une mission particulière..
Elle apparaît dès les premiers siècles comme une vocation spécifique du christianisme, distincte d’autres formes de chasteté rituelle ou temporaire connues dans l'Antiquité, comme les vestales romaines ou les pythies de Delphes.
La nouveauté du christianisme réside dans la valeur spirituelle attachée à la virginité : elle est comprise comme un don de soi « corps et âme » à Jésus-Christ. Basile de Césarée la définit comme le choix libre d'« une vie dans la sainteté ». Saint Augustin précise que la virginité n'est pas honorée pour elle-même, mais en tant qu’elle est vouée à Dieu.
Fondements néotestamentaires L'Évangile selon Matthieu évoque les « eunuques qui se sont faits tels à cause du Royaume des cieux » (Mt 19,11-12), confirmant le caractère exceptionnel et vocationnel de ce choix.
Dans la Première épître aux Corinthiens, l'apôtre Paul présente le mariage comme un bien, mais la virginité comme un bien « meilleur », en raison de la disponibilité qu’elle procure pour « plaire au Seigneur » (1 Co 7,25-40). Il déclare que les vierges ainsi que les femmes non mariées . D’autres passages, comme dans l'Apocalypse 14,4 : « ils suivent l’Agneau partout où il va », ou Épître aux Éphésiens 5,27, associent la virginité au témoignage de foi et à la sainteté de l'Église.
Dans la Deuxième Lettre aux Corinthiens, Paul fait allusion à la métaphore de l'Église en tant que mariée du Christ : (2 Co 11,2).
Les vierges aux premiers siècles Dès le IIᵉ siècle, des auteurs chrétiens témoignent du grand nombre d’hommes et de femmes ayant choisi la continence. Justin Martyr note que certains conservent la virginité « jusqu’à 70 ans ». Clément d'Alexandrie parle d’une Église « remplie de gens adonnés à la chasteté ». Tertullien évoque des vierges « mariées au Christ » (De resurrectione mortuorum, 61).
Le médecin païen Galien admire que les chrétiens « s’abstiennent toute leur vie des relations charnelles ». Des Pères comme Cyprien mettent toutefois en garde contre les dangers d’orgueil ou de compromission liés à cet état de vie. Plusieurs vierges scellèrent leur engagement par le martyre, comme Blandine de Lyon (†177), sainte Cécile de Rome († v. 230) ou sainte Agnès († v. 304).
Enseignement des Pères de l’Église Dès la « Paix de l'Église » en 313, la virginité devient un thème récurrent de la littérature patristique.
En Orient Selon la théologienne Ysabel de Andia, la réflexion orientale insiste sur le lien entre virginité et théologie de l'Incarnation. Méthode d'Olympe, dans son Banquet des dix vierges, fait de la virginité l’image de la condition angélique.. Athanase d'Alexandrie en fait la marque distinctive des consacrés, témoins de la victoire du Christ sur la mortYsabel de Andia, « La virginité chez les Pères de l'Église », Dizionario su sesso, amore e fecondità, 2019 (lire en ligne). Grégoire de Nysse développe une vision mystique : la virginité rapproche de la pureté divine et de la lumière trinitaire. Jean Chrysostome loue la virginité mais défend également la dignité du mariage, adoptant une position équilibrée.
En Occident Ambroise de Milan, dans ses traités De virginibus (377) et De virginitate (378), propose la Vierge Marie, mère de Jésus, comme modèle absolu de virginité, tout en valorisant aussi la figure de sainte Thècle.. Jérôme, dans sa Lettre à Eustochium, exalte la virginité et la présente comme un idéal supérieur au mariage, ce qui suscitera des débats vifs avec Jovinien, qui défendait la valeur spirituelle égale du mariage. Augustin, dans le De sancta virginitate (vers 401), affirme que la virginité est un charisme plus excellent que le mariage, tout en réaffirmant que le mariage est un bien.
Controverses et débats Le IVᵉ siècle est marqué par des controverses sur la supériorité de la virginité par rapport au mariage. Jovinien (mort v. 406) niait toute supériorité spirituelle de la virginité, ce qui lui valut d'être condamné par le pape Sirice et par des synodes romains et milanais. D'autres dépréciateurs de la vie virginale ont existé, comme les elkasaïtes.
À l'inverse, certains discours excessifs de Jérôme, dépréciant fortement le mariage, furent atténués par Augustin, qui adopta une théologie de la hiérarchie des biens : le mariage est un bien, mais la virginité est un « meilleur bien » (bonum maius).
Martyres vierges vignette|Virgo inter virgines, fin du 15ème siècle. La Vierge Marie entourée d'autres vierges saintes (dont Agathe, Lucie, Agnès, Catherine, Barbara, Apollonia et Cécile, reconnaissables à leurs attributs Dans l'hagiographie des martyrs chrétiens de la fin du au début du , les vierges martyres (en latin : , en grec : παρθένος-μάρτυρας, en russe : дева-мученица) furent souvent persécutées en raison de leur refus à se soumettre à un mariage terrestre par fidélité à leur consécration à Dieu dans la virginité. Beaucoup de vierges martyres perdirent leur vie in defensum castitatis (). Un groupe de vierges martyres de l'Église des premiers siècles, à savoir les saintes Catherine d'Alexandrie, Marguerite d'Antioche, Barbe d'Héliopolis et Dorothée de Césarée, appelées , trois d'entre elles considérées comme saintes auxiliaires.
Développements jusqu'à nos jours Dans l'Église catholique Au cours du Moyen Âge, la virginité consacrée tend à se confondre avec la vie monastique. Les vierges choisissent de rejoindre des abbayes ou des communautés régulières, où leur consécration se vit dans un cadre cloîtré. Les grands ordres féminins (bénédictines, cisterciennes, puis clarisses) offrent une institution stable à cet idéal. La consécration des vierges par l'évêque, rite attesté dès le Sacramentaire léonien (Ve siècle), se maintient dans les monastères, où il accompagne la profession religieuse.
À l’époque moderne, l'idéal virginal est toujours valorisé dans la spiritualité catholique, mais il reste étroitement lié aux vœux religieux. De nombreuses figures féminines canonisées (par exemple sainte Catherine de Sienne ou sainte Thérèse d'Avila) illustrent l'association entre virginité, mystique et réforme de l'Église.
Au XXᵉ siècle, un renouveau de la vocation des vierges consacrées apparaît dans l'Église catholique, distincte de la vie religieuse communautaire. Le concile Vatican II a réaffirmé la valeur de cet état de vie (Lumen gentium, n° 42), et selon le désir des pères conciliaires, le rituel latin de la Consécration des vierges (Ordo consecrationis virginum) a été restauré par le pape Paul VI en 1970., permettant à des femmes vivant dans le monde de recevoir cette consécration tout en demeurant insérées dans la société civile. Il y en a aussi dans les Églises catholiques orientales. Mais cette forme de vie demeure minoritaire par rapport à la tradition monastique.
Il existe aussi des laïcs consacrés hommes et femmes, soit de manière indépendante comme Madeleine Delbrêl ou le politicien Robert Schuman, soit engagés dans des associations de fidèles issues du Renouveau charismatique catholique comme Pierre GoursatPodcast d'Albane Joly : « Pierre Goursat, fondateur de la communauté de l'Emmanuel : un parcours de foi en deux étapes », RCF, 25 mars 2025.
Le nombre mondial de consécrations virginales des femmes vivant dans le monde tirées des registres diocésains oscillent autour de vierges consacrées en 2018..
Dans les Églises orthodoxes Dans les Églises orthodoxes et orientales anciennes, la virginité a été étroitement associée à la vie monastique dès l'Antiquité tardive. Les parthenones (maisons de vierges) mentionnés par les sources byzantines sont progressivement intégrés aux monastères féminins. Le rite de la consécration des vierges existe aussi dans les traditions syriaque, copte et byzantine, mais il est resté lié à l'entrée dans la vie monastique, contrairement à la pratique occidentale restaurée en 1970.
Aujourd'hui encore, dans l'orthodoxie, la virginité consacrée est essentiellement vécue dans les monastères féminins, puisque la consécration virginale inclut ce don total à Jésus-Christ.
Vierges consacrées Rite et liturgie La tradition du rite du Consecratio virginum (consécration d'une vierge) remonte au , la forme de vie à l'époque apostolique. La première consécration formelle populaire est celle de Sainte Marcelline, datant de 353 après Jésus-Christ, mentionnée par son frère, saint Ambroise de Milan, dans De Virginibus.
Différents martyrologes (par exemple le Martyrologe romain ou le Martyrologe hiéronymien) énumèrent les premières vierges martyres, dont certaines sont nommées dans le canon de la messe.
Dans le Missel romain ainsi que le Livre d'heures se retrouve un « commun des vierges » en l'honneur des vierges et en particulier des vierges martyres. Pour ce commun, des compositeurs écrivent des œuvres vocales sacrées, comme Marc-Antoine Charpentier : Jesu corona Virginum: hymne au commun des vierges à deux dessus et une flûte, H.53 ; ou l'Op. 31 d'Ernest Chausson : Vêpres pour le commun des vierges, pour orgue en 1897.
Figures de vierges consacrées vignette| Retable de Gand L'Agneau mystique de Jan van Eyck : Les saintes vierges et martyres viennent adorer l'Agneau de Dieu
Plusieurs figures de vierges ont marqué l'histoire des formes de vie virginale vécues dans le monde ou dans la vie monastique, toutes manifestant un même idéal de consécration totale au Christ :
Agnès de Rome († v. 304), jeune martyre, devenue le modèle des vierges consacrées en Occident ; Cécile de Rome († v. 230), vierge et martyre, patronne des musiciens ; Lucie de Syracuse († 304), vierge et martyre, célébrée dans toute la chrétienté ; Geneviève de Paris († 502), vierge consacrée vivant dans le monde, protectrice de la cité de Paris ; Scholastique († v. 543), sœur de saint Benoît, considérée comme la première moniale bénédictine ; Claire d’Assise († 1253), fondatrice de l’ordre des Clarisses, modèle de pauvreté et de chasteté ; Catherine de Sienne († 1380), tertiaire dominicaine et vierge mystique, proclamée docteur de l'Église.
Sens de la consécration virginale chrétienne Sens charismatique La virginité consacrée est comprise non seulement comme un choix personnel, mais aussi comme une réalité ecclésiale. Dans la liturgie de la consécration, l'évêque invoque l'Esprit Saint et confie la vierge à l'Église locale, ce qui manifeste que son offrande est reçue par toute la communauté chrétienne. Le théologien Raniero Cantalamessa rappelle, à la suite de saint Augustin, que la virginité n'est pas une fuite du monde, mais un témoignage rendu au monde de l'amour ultime qui le sauve. Elle devient un service ecclésial, un « charisme pour l’édification du Corps du Christ »..
Signe eschatologique et nuptial