L'histoire de Toulouse sous les Wisigoths est une des périodes les plus mal connues de la ville. À la suite des invasions barbares du , qui entraînent l'effacement, puis la disparition de l'empire romain d'Occident, la cité gallo-romaine de Tolosa, cité provinciale de moyenne importance, devient la capitale du royaume que fondent les Wisigoths entre le sud de la Gaule et l'Espagne.

Des invasions barbares au royaume wisigoth Les invasions barbares de 407 En 407, plusieurs peuples germains – Vandales, Suèves, Alains et Burgondes –, venus de la vallée de la Tisza et de la Silésie, chassés par les Huns, franchissent le Rhin. Les Francs, qui défendent la frontière de l'empire romain d'Occident, ne peuvent empêcher leur passage et plusieurs villes de la Gaule sont prises et mises à sac. En septembre ou , les Vandales, les Suèves et les Alains descendent vers le sud de la Gaule afin de passer en EspagnePaillier 2019, .. C'est donc entre 407 et 409 que Toulouse est assiégée par des forces vandales. C'est, selon le moine Jérôme de Stridon, l'intervention de l'évêque de la cité, Exupère, qui aurait permis à la ville d'être épargnée. La présence de la tombe d'un guerrier vandale, au nord de la ville romaine (emplacement de l'actuel rue Léonce-Castelbou), témoignerait de ce siège.

L'installation des Wisigoths à Toulouse (410-418) En 410, après le sac de Rome, les Wisigoths, dirigés par Athaulf sont encouragés à intervenir dans le sud de la Gaule afin de combattre l'usurpateur JovinPaillier 2019, .. En 413, à la suite d'un désaccord avec l'empereur romain d'Occident, Flavius Honorius, ils occupent les principales cités du sud de la Gaule – Narbonne, Toulouse et Bordeaux –, occupant la Narbonnaise, l'Aquitaine première et seconde, et la Novempopulanie. En , Athaulf prend Barcelone, mais il est assassiné en . Son frère Wallia entreprend des négociations avec Flavius Honorius : il se met au service du général romain Constance et combat les Vandales, les Suèves et les Alains installés en Espagne.

En 418, Wallia et Flavius Honorius signent un foedus, un traité qui donne aux Wisigoths le statut de peuple fédéré des Romains et leur octroie un vaste territoire : les cités de Poitiers, Saintes, Angoulême, Périgueux, Bordeaux et Agen, en Aquitaine seconde, et Toulouse en Narbonnaise. Ce droit est par la suite étendu, par Constance, à l'ensemble de la Novempopulanie. C'est donc sur un territoire vaste et peuplé que s'installe une population de 80 à Pedro de Palol et Gisela Ripoll, Les Goths, Ostrogoths et Wisigoths en Occident, s, éd. du Seuil, Paris, 1990, ., voire, au maximum, 150 000Cassaigneau 2018, p. 6.. Il sont probablement installés selon le principe de l'hospitalitas prescrit par le code de Théodose de 398. Les Wisigoths reçoivent des terres à cultiver prises sur les friches, sur les domaines appartenant au fisc impérial et, peut-être aussi, sur les terres du domaine privé. En revanche, il est peu probable qu'ils aient perçu l'impôt, cette prérogative restant celle de l'administration impérialeBonnery 2020.. C'est à l'automne 418 que Wallia s'installe dans la ville de Toulouse – l'événement, extraordinaire, avait été annoncé par une éclipse totale, le Cassaigneau 2018, p. 3..

Le royaume fédéré des Wisigoths (418-470) vignette|L'installation des peuples germaniques en Gaule au milieu du . Toujours en 418, à la suite de la mort de Wallia, les Wisigoths se choisissent Théodoric (418-451) pour roi. Il est relativement jeune – il n'aurait que 25 ans. Il a épousé une femme d'origine ostrogothe, dont il a eu un fils, Thorismond, puis une fille du roi AlaricCassaigneau 2018, p. 5.. Il respecte les termes du foedus conclu avec l'empire romain en 418 et combat en 422 aux côtés des armées romaines du général et patrice Castinus contre les Suèves en Espagne. En 430, il envoie un contingent en Afrique pour aider le comte romain Boniface, afin de contenir l'invasion vandaleCassaigneau 2018, p. 8..

Des dissensions semblent apparaître à partir du milieu des années 430. En 436, à la suite d'un siège, Théodoric s'empare de Narbonne et l'occupe pendant plus d'un an. Il en est chassé par le général romain Litorius, qui seconde Aetius dans sa lutte contre les Wisigoths. En 438, il est battu à la bataille du Mont des CouleuvresLe lieu exact est inconnu : il s'agit peut-être de la région d'Aire-sur-l'Adour.. En 439, Litorius fait le avec d'importantes troupes romaines soutenues par des auxiliaires huns. Théodoric , qui redoute l'affrontement, envoie comme ambassadeur l'évêque d'Auch, Orens, auprès de Litorius. Finalement, au cours d'une attaque mal préparée, Litorius est capturé et exécuté, probablement dans les jours suivants, tandis que les armées romaines lèvent le siègeCassaigneau 2018, p. 9.Paillier 2019, .. Quelques mois plus tard, le général Aetius arrive sous les murs de ToulouseEn 437, au printemps, Aetius a déjà réprimé une révolte des Burgondes du Rhin. : il semble que, à la suite d'un affrontement qui ne permet à aucune des deux armées romaine et wisigothe de l'emporter, Théodoric et Aetius décident de conclure la paix et de renouveler le traité qui unit les Wisigoths à l'empireCassaigneau 2018, p. 10.. Effectivement, Avitus, préfet du prétoire des Gaules, négocie la paix avec Théodoric André Chastagnol, La fin du monde antique, Nouvelles Éditions Latines, Paris, 1976.. Effectivement, en , ce dernier rejoint les forces romaines qui affrontent les Huns à la bataille des Champs Catalauniques, où il est tuéCassaigneau 2018, p. 12..

Le règne de Théodoric II (453-466) est également marqué par la continuation d'une politique d'alliance avec le pouvoir romain. Le roi wisigoth n'hésite pas non plus à intervenir directement dans la politique impériale. En 455, alors que le maître de la milice, Avitus, un noble gallo-romain, est en mission diplomatique à Toulouse auprès de Théodoric II, l'empereur Pétrone Maxime est renversé à la suite de la prise de Rome par une coalition des Vandales et des Alains de Genséric. Théodoric II en profite pour proposer la pourpre à Avitus, proclamé empereur après l'accord d'une réunion de sénateurs gallo-romains à Ugernum. Le nouvel empereur s'entoure alors d'une garde composée de Wisigoths et choisit l'un d'eux, Remistus, pour maître de la milice. En fin de compte, s'il ne peut aider Avitus, qui entre en conflit pour l'empire avec Majorien, c'est parce qu'il combat en Espagne pour l'empire romain. En 462, Théodoric II s'empare de Narbonne, qui lui est livrée sans combattre par le comte Agrippinus, très probablement avec l'accord de Ricimer, maître de la milice qui exerce une autorité sur l'empereur Sévère IIIDelaplace 2015, .. À la demande de l’empereur, Théodoric II se porte également en Espagne avec ses troupes pour contenir les Suèves et reconquérir la péninsule IbériqueDelaplace 2015, ..

Un royaume indépendant (470-507) vignette|La situation géopolitique des Gaules en 475. À partir de 470, la grave crise du pouvoir impérial est mise à profit par Euric. Tout en restant officiellement un fédéré des Romains, il cherche à augmenter les territoires placés sous sa responsabilité. À partir de 471, il se tourne en particulier vers l'Auvergne, où l'évêque de Clermont, Sidoine Apollinaire, et son beau-frère, Ecdicius, mettent la ville de Clermont en défense contre les incursions wisigothiques. En 473, les Wisigoths pénètrent en Provence, prenant Arles et Marseille. En 475, l'empereur Julius Nepos conclut un traité par lequel il reconnaît l'autorité d'Euric sur l'Espagne et sur la Gaule jusqu'au Rhône et à la Loire, lui cédant l'Auvergne en échange de la paix en Provence.

Finalement, en 476, la déposition du dernier empereur romain d'Occident, Romulus Augustule, par l'armée d'Odoacre marque la fin de l'empire romain d'Occident. Dès lors, les royaumes fédérés prennent leur indépendance. Les enclaves romaines sont soumises par les rois germains ː au nord du royaume wisigoth, le territoire dominé par le général romain Syagrius – parfois désigné comme le « royaume de Soissons » – est soumis en 486 par les Francs de Clovis.

Les guerres franco-wisigothiques vignette|Avancées franques et ostrogothes en Aquitaine entre 507 et 509.

En 507, à la bataille de Vouillé, les Wisigoths sont vaincus par les Francs. En 508, après la prise de Bordeaux, une armée de Francs et de Burgondes se dirige vers la capitale wisigothique, Toulouse. La ville est prise et incendiée : c'est à cette occasion que Volusien, ancien évêque de Tours, aurait, selon sa Vita rédigée à la fin du , été sorti de la prison où l'aurait jeté le roi Alaric II, mené à Pamiers et exécutéPradalié 2019, .Peloux 2019, ..

Toulouse devient désormais la pointe avancée de l'influence franque dans le sud de la Gaule. Dans les années suivantes, les conquêtes franques s'étendent à la Novempopulanie à l'ouest, au Quercy, à l'Albigeois et au Rouergue au nord, et au Lauragais à l'estPradalié 2019, .. Seule la Septimanie reste aux mains des Wisigoths, dont la capitale est déplacée à Barcelone, puis à TolèdePradalié 2019, ..

L'évolution urbaine Les transformations de la ville La ville gallo-romaine de Tolosa connaît des évolutions, dans le prolongement de celles qu'elle connaît depuis le . Elle est, d'une part, considérée comme une ville opulente : c'est une vaste cité urbaine qui, si elle n'a pas rang de capitale de province – comme Narbonne, Bordeaux ou même Eauze – reste étendue et peupléeCassaigneau 2018, p. 19.. Elle compte probablement 20 à : ainsi Ausone affirme-t-il que .

Il existe, d'autre part, des signes de rétrécissement. Ainsi, le cardo maximus, qui forme le principal axe nord-sud de la ville, est peu à peu réduit par la multiplication des constructions qui empiètent sur son tracé et, après la fin du , son revêtement n'est plus entretenuPaillier 2019, .. La réduction de la taille des voies, par l'empiètement de nouveaux bâtiments, est d'ailleurs un phénomène qui se retrouve dans d'autres lieux de la ville.

Au cœur de l'ancienne ville gallo-romaine, le forum et le temple capitolin sont profondément transformés au tournant des . Le temple, qui a perdu sa vocation cultuelle à la suite de l'interdiction des cultes païens dans l'empire romain, est méthodiquement démoli et ses matériaux récupérés : seul le podium du temple semble alors subsister. Puis, au cours du , de nouvelles constructions, bâties en matériaux légers tels que le bois, sont construites. Le portique du forum disparaît à la même époque. Enfin, le réseau d'égouts n'est plus entretnu et, à la fin du , seul l'égout principal, sous le cardo maximus, semble fonctionner encorePaillier 2019, ..

En revanche, le quartier à l'est de la ville, près de la porte orientale du rempart et du centre cultuel métropolitain – le groupe épiscopal formé autour de l'église métropolitaine (actuelle cathédrale Saint-Étienne, place Saint-Étienne) –, connaît un fort développementPaillier 2019, . : il s'agit d'ailleurs d'un quartier qui ne semble pas avoir été occupé avant le et de nouvelles rues y sont tracées, parallèlement aux axes plus anciens du cardo et du decumanus maximusPaillier 2019, .. Des thermes sont même élevés le long d'un nouveau cardo secondaire (emplacement de l'actuelle place Saint-Étienne) : il s'agit d'un petit établissement, qui compte tout de même un frigidarium, un tepidarium et un caldarium. Un autre signe de l'activité économique de ce quartier neuf est la présence d'un four de potierPaillier 2019, ..

Pour ce qui est de la qualité des constructions, le constat est celui d'un intense remploi des matériaux – brique et pierre – de bâtiments plus anciens. Ainsi, aux , le bâti associe la brique de récupération et les galets, liés par de la terre. les bâtiments publics les plus importants, tels que le palais royal et la basilique funéraire (actuelle église Saint-Pierre-des-Cuisines, rue de la Boule) sont en revanche bâties en pierrePaillier 2019, ..

Une ville capitale