À la suite de la guerre civile chinoise opposant nationalistes et communistes, le gouvernement nationaliste de la république de Chine (ROC) le , ainsi que de nombreux réfugiés, se retirèrent sur l'île de Taïwan (Formose). Cet exode est parfois appelé la Grande Retraite à par le gouvernement de Taïwan. Le parti nationaliste Kuomintang (KMT), ses officiers et environ 2 millions de soldats de l'Armée de la république de Chine ont pris part à la retraite, en plus de nombreux civils et réfugiés. L'avancée de l'Armée populaire de libération (APL) du Parti communiste chinois (PCC) entrainant la fuite d'une partie de la population. Le PCC, qui contrôlait désormais effectivement la majeure partie de la Chine continentale, revendiquait aussi l'île de Taïwan.
La plupart des troupes de la ROC ont fui vers Taïwan depuis les provinces du sud de la Chine, en particulier la province du Sichuan, où s'est déroulée la dernière résistance de l'armée nationaliste. La fuite vers Taïwan a eu lieu quatre mois après que Mao Zedong eut proclamé la fondation de la république populaire de Chine (RPC) à Pékin le . L'île de Taïwan est restée une partie du Japon pendant l'occupation jusqu'à ce que le Japon mette fin à ses revendications territoriales par le traité de San Francisco, entré en vigueur en 1952. Parallèlement, certaines troupes nationaliste stationnées au Yunnan ont également fui vers la Birmanie, où l'insurrection a duré jusqu'en 1961 .
Après la retraite, les dirigeants de la république de Chine, notamment le « généralissime » et le président Tchang Kaï-chek, prévoyaient de reconquérir le continent. Ce plan, qui n'a jamais vu le jour, était connu sous le nom de « Projet Gloire nationale » et constituait la priorité absolue de la nouvelle république de Chine à Taïwan. Les deux pouvoirs Chinois n’ont pas abandonné la politique de recours à la force pour la réunification, et cela, jusqu’à des échanges directs entre les deux rives du détroit de Taiwan dans les années 1990.
Contexte gauche|vignette| En décembre 1949, les communistes chinois contrôlaient toute la Chine continentale, à l'exception de la province de Hainan et, de facto du Tibet. (Carte de la CIA) En 1895, lorsque la dynastie Qing fut vaincue par l'empire du Japon lors de la première guerre sino-japonaise, le pouvoir chinois dû céder l'île principale de Taïwan et les îles Penghu au rival nippon. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la république de Chine, qui avait renversé la dynastie Qing en 1911, reprit le contrôle de Taïwan en 1945 après la capitulation du Japon.
En parallèle, la guerre civile chinoise entre le Kuomintang (abrégé en KMT) dirigé par Tchang Kaï-chek et le Parti communiste chinois (PCC) dirigé par Mao Zedong, remonte au massacre de Shanghai en 1927. Ce massacre des communistes par les troupes nationalistes du KMT fut à l'origine d'insurrections communistes telles que le soulèvement de Nanchang et le soulèvement des récoltes d'automne. Par peur d'être détruit, le PCC fonde l'Armée rouge chinoise. Le premier affrontement majeur se produit durant l'Expédition du Nord, lorsque les deux partis étaient censés travailler ensemble pour renverser le gouvernement de Beiyang. L'objectif des deux factions était de soumettre les seigneurs de guerre du nord du pays. Ces affrontements brisent l'alliance des deux forces et met fin au Premier Front uni.
Le Kuomintang mène ensuite une série de campagnes d'encerclement contre les régions contrôlées par les communistes, forçant l'Armée rouge survivante à une retraite difficile vers le nord en direction de la région aride du Shaanbei. L'insistance de Tchang sur la purge des communistes continue malgré la menace japonaise croissante. Simultanément aux conflits internes, l'incident de Jinan en 1928, l'incident de Mukden en 1931 (déclenchant l'invasion japonaise de la Mandchourie) et l'incident de Shanghai en 1932) agitent les frontières. Cette tension mène à l'incident de Xi'an lorsque des officiers mécontents dirigés par Zhang Xueliang ont kidnappé Tchang et l'ont forcé à accepter un deuxième front uni avec les communistes contre les Japonais.
Les tensions et combats ont cependant perduré pendant la deuxième guerre sino-japonaise. Ce phénomène culmina lors d'un incident avec la Nouvelle Quatrième Armée au début de 1941. Durant cet incident, une force du KMT forte de 80 000 hommes tendit une embuscade à une division communiste de 9 000 hommes, tuant la plupart des officiers et soldats de cette dernière, prétextant que « les communistes avaient attaqué en premier ».
La guerre civile entre les forces du KMT et du PCC, qui avait connu une certain pause pendant l'invasion japonaise, entre dans sa phase finale en 1945 après la capitulation japonaise. Les deux chefs communistes et nationalistes, Mao et Tchang, partagent des visions et objectifs différents pour le pays à la libération. Pour Mao, l'élimination de la « vieille société » dominée par des clans de riches oligarques mettrait fin à jamais au système féodal en Chine, encourageant et préparant le pays au socialisme et au communisme. Pour Tchang, l'élimination des seigneurs de guerre et opposants politiques étaient une priorité pour sa domination personnelle, sa Chine contrôlée par un gouvernement central. Comme en témoigne la politique de Chiang, et d'après ses propres mots : « [il] faut réprimer l'intérieur avant de résister à l'extérieur » (攘外必先安內).
Alors que Chiang s'appuyait largement sur l'aide étrangère des États-Unis sous la présidence de Harry Truman et du lobby de la diaspora chinoise, Mao bénéficiait du soutien de l'Union soviétique sous Joseph Staline, ainsi que du soutien populaire de la population rurale pauvre de Chine. L'unité idéologique du PCC et l'expérience acquise dans la guérilla contre les Japonais les ont préparés à la guerre populaire contre le Kuomintang. Bien que les forces de Chiang aient été bien équipées par les États-Unis, elles manquaient de leadership efficace, d’unité politique et de volonté suffisante.
En 1946, les conflits entre le KMT et le PCC reprennent. Le cours de la guerre tournait avec la victoire communiste en Mandchourie, en réaction, Tchang conclut à la fin de 1948 qu'il doit évacuer à Taïwan. Déjà à la fin de 1948, il commence à expédier d'importants objets culturels et réserves financières de la Chine à Taïwan. En , Tchang-Kai-chek démissionne de la direction du KMT et est remplacé par son vice-président, Li Zongren. Li et Mao entament des négociations de paix, mais les nationalistes radicaux rejetèrent les demandes de Mao. Lorsque Li demanda un délai supplémentaire à la mi-, l'Armée rouge chinoise — désormais appelée Armée populaire de libération — traversa le fleuve Yangtze et captura la capitale nationaliste Nanjing et la grande ville de Shanghai, plus tard Guangzhou, suivie de Chongqing puis de Chengdu. Mao proclame une nouvelle république à Pékin le . En même temps Tchang s'enfuit vers l'île de Taïwan, où environ 300 000 soldats ont déjà été transportés par avion.
Fuite des forces gauche|vignette|Soldats de l'armée nationaliste embarquant sur un navire pendant la retraite. Le fondateur de la Future Chinese Cultural University, Chang Chi-yun, fut le premier à proposer de s'installer à Taïwan en 1948. Pendant 4 mois à partir d', les dirigeants de la république de Chine ont transféré l'équipement et des hommes de l'armée de l'air à Taïwan.
Tchang envoie de l'armée nationaliste sur l'île en prévention. L'assaut final des communistes contre les forces nationalistes débuta le et se poursuivit jusqu'à la fin de l'été. En août, l'Armée populaire de libération dominait presque toute la Chine continentale ; les nationalistes ne détenaient que les îles de Taïwan et des Pescadores, certaines parties du Guangdong, du Fukien, du Zhejiang et quelques régions de l'extrême ouest de la Chine.
Le directeur de l'Institut d'histoire et de philologie, Fu Ssu-nien, fut le fer de lance d'une campagne visant à persuader les chercheurs de fuir vers Taïwan et d'apporter des livres et des documents. Des institutions et des collèges comme l'Academia sinica, le Musée national du Palais, l'Université nationale Tsing Hua, l'Université nationale Chiao Tung, l'Université Soochow, l'Université catholique Fu Jen et le lycée Saint-Ignace ont été transférés à Taïwan.
Au total, selon les estimations actuelles, une migration fut de et vers Taïwan entre 1945 et 1955. La population de l'île antérieur à ce mouvement de population est estimée à au moment de la fuite. Parmi eux, une petite minorité japonaise, soit environ , fut pour la plupart rapatriée en 1946. Le nombre d'immigrants n'est cependant pas connu avec certitude, car aucun recensement précis n'a été effectué avant ou pendant la domination japonaise. Le recensement de 1956 dénombre civils en provenance du continent. Les chiffres pour les militaires demeurent inconnus, cependant des documents taïwanais retrouvés bien plus tard dénombrent . À l'époque, les services de renseignement américains avaient estimé ce nombre à . De plus, certains membres de l’armée ont été démobilisés avant 1956 et sont donc inclus dans les deux chiffres, tandis que d’autres ont été enrôlés localement et n’étaient pas des immigrants. Il est à noter que des estimations supérieures allant jusqu'à deux ou trois millions d'immigrants sont couramment trouvées dans des publications plus anciennes. Une immigration d’une ampleur similaire a eu lieu à Hong Kong à la même époque.
Argent et artefacts vignette|Le nouveau dollar de Taïwan a été émis pour la première fois en 1949 Alors que les nationalistes vaincus s'enfuyaient à Taïwan, les forces nationalistes pillèrent la Chine de ses actifs liquides, notamment de l'or, de l'argent et des réserves en dollars du pays.
Tchang-kai Chek mena sous ses ordres directes, une opération secrète pour s'emparer des réserves d'or avant l'évacuation. Seul le père de Tchang, qui était le chef des finances militaires du gouvernement du KMT, était au courant des dépenses et du transfert de l'or vers Taïwan. Pour ne laisser aucune trace, presque tous les ordres de Tchang furent donnés verbalement. Wu Sing-Yung déclara que même le ministre des Finances n'avait aucun pouvoir sur les dépenses finales et les transferts. Les documents écrits ont été conservés comme secret militaire au palais présidentiel de Taipei, les archives déclassifiées ne sont devenues accessibles au public que plus de 40 ans après la mort du dirigeant en . Il est largement admis que l’or apporté à Taïwan a été utilisé pour jeter les bases de l’économie et du gouvernement taïwanais. Utilisant ces réserves pour reconstruire l'économie et s'enrichir, la république de Chine mène de nouvelles politiques économiques. On estime alors que 800 000 taels d’or ont été utilisés pour stabiliser l’économie qui souffrait d’ hyperinflation depuis 1945. Cependant, selon un mémoire écrit par Zhou Hong-tao, un aide de camp de longue date de Tchang, l'or fut consommé très rapidement après avoir été amené à Taïwan et en moins de deux ans, 80 % était déjà consommé pour les fonds et les provisions des troupes.
Dans son ensemble, la guerre civile a eu un impact immense sur le peuple chinois. L'historien Jonathan Fenby avance que . gauche|vignette| Le musée national du Palais de Taipei, Taïwan.
Le KMT s'est également retiré avec des objets conservés principalement au Musée national du Palais à Taipei, à Taïwan. Le Musée national du palais affirme qu'en 1948, alors que la Chine traversait sa guerre civile, le directeur exécutif Chu Chia-hua et d'autres ( Wang Shijie, Fu Ssu-nien, Xu Hong-Bao Li Ji et Han Lih-wu) ont discuté de l'expédition de chefs-d'œuvre à Taiwan pour la sécurité des artefacts. D'autres institutions, comme le musée du Henan, ont également évacué leurs collections de reliques culturelles à Taïwan pendant la guerre.