La guerre des Alpes est un conflit mineur de la guerre de la Première Coalition, mené principalement par le royaume de Sardaigne avec le Saint-Empire romain germanique contre la Première République française, du au , jour de la signature de l'armistice de Cherasco, qui établit effectivement le Piémont comme protectorat français. La guerre s'est déroulée le long du front alpin qui sépare géographiquement l'Italie de la France.
Contexte
Tensions franco-autrichiennes
Tout en gardant un œil vigilant sur tout ce qui se passe en France, les autres puissances européennes cherchent une solution pour démêler la crise en cours et rétablir le pouvoir absolu de sur le trône de France. Louis XVI s'enfuit en pour atteindre Montmédy où l'attend l'armée des émigrés de François Claude de Bouillé avec laquelle il pourra rejoindre l’Autriche.
Après avoir appelé les dirigeants européens à réclamer la liberté de Louis XVI en juillet, l'empereur d'Autriche rencontre le roi de Prusse et émet le la déclaration de Pillnitz déclarant l’intérêt des monarques d’Europe pour le bien-être de la famille royale française et menaçant de conséquences sévères si quelque chose devait leur arriver. Paris voit la Déclaration comme une menace sérieuse.
Une constitution établit une monarchie constitutionnelle en France en . Elle affirme la souveraineté nationale, tandis que l’autorité royale est subordonnée à celle de la loi. Elle confirme la séparation des pouvoirs. Le pouvoir législatif correspondant à une Assemblée nationale législative monocamérale de 745 membres élus pour deux ans et indissolubles . Le Roi est chargé du pouvoir exécutif de la volonté de l’Assemblée, mais sans pouvoir législatif ni financier, le roi ne peut pas dissoudre l’Assemblée, mais il a un droit de veto suspensif de quatre ans sur les lois qu’il juge injustes ou incommodes.
Les jacobins font pression sur le roi pour qu’il intervienne diplomatiquement auprès du nouvel empereur afin de le convaincre de démanteler tous les accords anti-révolutionnaires. Le général Dumouriez, politiquement aligné sur les révolutionnaires, est envoyé à Vienne. Dumoriez répond à l’opposition des représentants autrichiens, par un ultimatum. François s’y oppose à nouveau et la guerre est donc inévitable. Le roi de Sardaigne , compte tenu de la nature du conflit et ayant reçu l’assurance de Vienne que le front de guerre ne serait maintenu que dans le nord, s’empresse d’envoyer ses forces pour défendre les frontières, par simple mesure de précaution. Le , Louis XVI se rend à l'Assemblée législative et propose de déclarer la guerre au roi de Bohême et de Hongrie.
L'affaire Sémonville
Alors que la guerre fait rage sur le front du Rhin, avec l’Autriche et la Prusse déterminées à faire face aux armées françaises, Victor-Amédée tente d’unir les États italiens dans un effort collectif contre la France, dans le but d’empêcher les idées révolutionnaires dangereuses d’influencer la population. L'appel ne reçoit que très peu d'engouement de la part de ses voisins. Seul l'empereur François II, duc de Milan et de Mantoue, soutient l'entrée en guerre de Victor-Amédée.
Dumouriez consulte le ministre piémontais Joseph-François-Jérôme Perret d’Hauteville au sujet des mouvements présumés d’artillerie lourde en Savoie, des émigrés français à Nice et de la concentration présumée de troupes autrichiennes près de Milan, d’où ils auraient pu commodément entrer dans le Piémont. La réponse piémontaise plait aux organismes gouvernementaux français, qui voient d’un bon œil leur neutralité vis-à-vis du conflit en cours. Mettre tout cela en crise, c’est la question du ministre Charles-Louis Huguet de Sémonville : chargé de se rendre à Turin, le ministre français, résidant temporairement à Gênes, franchit les frontières entre la république maritime et la monarchie savoyarde sans le passeport spécial instauré la même année par les autorités locales. Arrivé à Alexandrie, Sémonville est arrêté par le gouverneur de la ville sur ordre direct du roi et est cordialement invité à retourner à Gênes. Les motivations derrière ce geste sont bien différentes et la question des passeports n’est rien de plus qu’une excuse triviale pour bloquer le diplomate républicain. Les conséquences de l’affaire Sémonville sont immenses. Dumouriez, furieux du traitement réservé à son compatriote, exige des explications immédiates de la cour de Turin mais est déçu par leurs réponses. En conséquence, au début du mois de mai, les généraux Montesquiou et d’Anselme, à la tête des armées des Alpes et du Var, sont informés de tenir les troupes prêtes en vue de représailles. alt=La bataille de Valmy, 1826.|gauche|vignette|La bataille de Valmy, 1826. Dumouriez, qui a l’intention d’envahir la Savoie dès le mois de mai, est contraint de différer ses plans à cause des défaites françaises au nord comme à Quiévrain ou à Marquain par exemple. L'armée piémontaise commence à se mobiliser : 40 000 hommes sont déjà prêts en trois armées pour défendre la Savoie, Nice et les Alpes. Avec l’arrivée de septembre, la situation commence à changer : Brunswick, qui a pénétré sur le territoire français sur le commandement d’une armée austro-prussienne, est arrêté à Valmy le par Dumouriez. Le , les députés de la Convention votent à l’unanimité l’abolition de la monarchie en France et l'établissement de la République. Le , le gouvernement français ordonne au général Montesquiou d’avancer vers la Savoie et le , les deux pays entrent officiellement en guerre.
Déroulement
Campagne de 1792 alt=L’entrée des troupes françaises dans Chambéry le 22 septembre 1792|vignette|L’entrée des troupes françaises dans Chambéry le . Vitctor-Amédée décide de s’allier à l’Autriche en signant la Convention de septembre. Les Autrichiens doivent donc affecter environ 9 000 hommes en renfort aux Piémontais. Le général Jean-Baptiste de Lazary, commandant de Savoie, se retire laissant la ville de Chambéry occupée par les Français de Montesquiou le . Le général suisse Eugène de Courten, informé de l’absence de couverture par le nord, se retire de manière ordonnée vers les Alpes-Maritimes. Le général d'Anselme traverse le Var avec trois bataillons de ligne, quelques volontaires et trois cents chevaux. Le , d'Anselme prend Nice puis Villefranche-sur-Mer le 30. Le marquis de Cordon, Victor-Amédée Sallier de la Tour, obtient la destitution de Lazary qui est néanmoins retiré avec honneur pour sa valeur montrée lors de la guerre de Succession d’Autriche. De Courten, en revanche, est remplacé par son rival le comte de Saint-André, Charles-François Thaon de Revel et finit par gouverner Coni et reçoit le titre de marquis de Sampeyre.
Victor-Amédée supplie les Autrichiens d’envoyer un général pour superviser les armées autrichienne et piémontaise sur le front italien. Le contrôle de l’armée coalisée passe sous la direction du général Joseph Nikolaus De Vins en tant qu’inspecteur général le . le gouvernement autrichien soupçonne tout de même Victor-Amédée de vouloir une paix séparée avec la France. Les Français essaient diplomatiquement de creuser un fossé entre la Sardaigne et l’Autriche, mais l’exécution du roi Louis XVI par guillotine le amène Victor-Amédée à repousser la France.
Le , le comté de Nice est rattaché à la France et forme avec une partie du Var le département des Alpes-Maritimes.
Campagnes de 1793
Invasion coalisée En , l’armée du Var, commandée par le général Armand-Louis de Gontaut-Biron, lance l’offensive vers le col de Braus, près de Sospel. Le , il y a un affrontement à Levens au cours duquel les 12 000 Français de Gontaut-Biron battent 7 000 Sardes sous le commandement du comte de Saint-André. L'avancée est couronnée de succès, permettant aux Français de conquérir Sospel en avril, allant jusqu’à menacer Lantosque. Gontaut-Biron est transféré au commandement de l’armée de Vendée donc le commandement revient à Gaspard Brunet mais le place sous le commandement de François Christophe Kellermann, commandant en chef de l’armée des Alpes. L'objectif du général français est d’attaquer le massif de l’Authion, où se trouvent les Piémontais commandés par de Revel et du général Michelangelo Alessandro Colli-Marchi, dans le but de contourner la forteresse de Saorge. Le , Brunet envoie Jean-Mathieu Philibert Sérurier avec une colonne de flanc gauche à Saint-Sauveur-sur-Tinée où il donne rendez-vous avec des troupes de l’armée des Alpes. De là, la force de 3 000 hommes remonte la Tinée pour s’emparer d’Isola le . Les Sardes abandonnèrent la haute vallée de la Tinée. Ainsi, Sérurier la laisse en possession de l’armée sœur et retourne à l’armée d’Italie.
Brunet tente une offensive victorieuse sur Saorge le . Sérurier et 3 000 soldats sont repoussés lors d’une attaque sur le col de Rousset, à 5 kilomètres au nord-ouest de l'Authion. Brunet bat en retraite le après avoir échoué à la bataille de l'Authion. Les généraux français arrêtent alors leur avancée. Insatisfaits des progrès, les commissaires envoyés sur les lieux, dont le futur membre du Directoire Barras, forcent Brunet à chercher à nouveau l’affrontement. Les Français tentent presque désespérément d’attaquer les positions fortifiées des Piémontais sur l’Authion pour plaire aux commissaires politiques, mais échouent et sont repoussés sur toute la ligne. Dans la bataille, le corps franc d’émigrés français dirigé par Dominique-Fidèle de Bonneaude se distingue par sa vigueur. Quelques jours plus tard, en conjonction avec les craintes d’un débarquement espagnol à Villefranche, les forces de Brunet se retirent vers Nice, laissant la possibilité à leurs rivaux de revenir à leurs positions précédentes.
Alors que l’attention de Kellermann est concentrée sur Lyon, le Piémontais lance l’attaque. De Vins a élaboré un plan pour envahir la Savoie et Nice en même temps. Pour compliquer la situation, le corps des officiers piémontais déteste le chef d’état-major de De Vins, le général-major autrichien Eugène-Guillaume d'Argenteau. L’opération en Savoie commence au mois d’août, ce qui est très tard dans la saison puisque les neiges sont arrivées tôt dans les montagnes. Les forces de Montferrat affrontent Charles Philippe Badelaune à Séez le et Moûtiers le , mettant en déroute les Français à chaque fois. Bourg-Saint-Maurice et le camp retranché de Saint-Martin-d’Arc tombent tous deux ensuite. Le duc de Montferrat Maurice de Savoie prend Moûtiers le assisté du baron Joseph-Amédée de la Tour envoyé par le marquis de Cordon. Le , les Piémontais entrent dans Modane puis dans Saint-Jean-de-Maurienne. Le duc de Montferrat compte sur un certain soulèvement des Savoyards au détriment de l’occupant français, mais il se rend vite compte que, plus il avance dans la région, plus la présence des républicains est forte.
Contre-attaque française Kellermann quitte Lyon le et fait ce qu’il peut pour améliorer les défenses d’Albertville et d’Aiguebelle le . Il est de retour à Lyon le . Cependant, les agents politiques en Savoie exigent la présence du commandant en chef sur le front. Kellermann se hâte de rentrer en Savoie, laissant le siège de Lyon à Dubois-Crancé et au général Jean Baptiste de Félix du Muy. Le représentant en mission Pierre Jacques Dherbez-Latour tente de dicter des instructions militaires, mais Kellermann et le général de brigade Louis Joseph Marie Rogon de Carcaradec cessent son ingérence en menaçant de démissionner. À partir du , Kellermann se rend à Grenoble, Chambéry et Montmélian afin d’inspirer les autorités. Il appelle quelques bataillons du camp de Tournoux sur le flanc droit, fait appel aux patients ambulatoires de l’hôpital et obtient des agents politiques qu’ils fassent appel à la garde nationale locale.