Le bombardement d'Odessa est une opération militaire conjointe de la France et du Royaume-Uni contre la ville d'Odessa où se trouvait alors une partie de la marine impériale russe, la flotte de la mer Noire.

Cette action fut le début de la Guerre de Crimée ; Français et Britanniques combattirent et gagnèrent ensemble. Ce bombardement eut lieu en représailles au non respect du droit de la guerre : les Russes avaient tiré sur un navire qui transportait le consul britannique et arborait un drapeau blanc.

Contexte

Au siècle, l'Empire ottoman est en déclin et sera démembré en 1922. L'Empire ottoman a dû accepter en 1830 l'indépendance de la Grèce à la suite de l'intervention des grandes puissances européennes. En Russie, Nicolas , tsar de toutes les Russies, veut obtenir un accès aux mers chaudes et libres, notamment via la Méditerranée orientale. En outre, il souhaite « libérer » les peuples slaves et orthodoxes des Balkans sous domination ottomane, et prendre la place de la France en tant que protectrice des chrétiens d'orient.

En , la Russie envahit les principautés danubiennes, ancêtre de l'actuel Roumanie. Les Ottomans réagissent, et le , la guerre est déclarée entre l'Empire ottoman et l'Empire russe.

Les affrontements terrestres tournent à l'avantage des Ottomans, les Russes ont la maîtrise des mers. L'entrée en guerre de la France et de la Grande-Bretagne est décidée par l'issue de la bataille de Sinope : la flotte de la mer Noire réduit pratiquement à néant la marine ottomane.

Le Royaume-Uni reste soucieux de sa politique d'équilibre des nations ; il ne donne pas suite à l'offre de Nicolas . Le Tsar voulait définir des sphères d'influence entre les deux empires, mettre fin à la rivalité dite du Grand Jeu, et préparer le démembrement de l'empire ottoman. Ce projet de zones d'influence faisait suite au traité de Londres qui donna à l'Égypte une plus grande autonomie. La proposition russe fit craindre aux Britanniques que les Russes deviennent trop puissants : une hégémonie russe pouvait menacer leurs intérêts, notamment en Inde.

Dans ce contexte, le , la France et le Royaume-Uni déclarèrent la guerre à l'empire russe.

L'incident diplomatique gauche|vignette|Sir James Dundas. Du fait de la déclaration de guerre, le gouvernement britannique envoya la frégate HMS Furious, commandée par le capitaine William Loring, chercher le consul britannique dans le port d'Odessa. Le capitaine envoya un canot avec un drapeau blanc chercher le consul. Après avoir récupéré le consul, en sortant du port, les britanniques furent visés par des tirs d'artillerie des garde-côtes.

Le vice-amiral James Whitley Deans Dundas demanda des explications au lieutenant général Dmitri von der Osten-Sacken, gouverneur militaire d'Odessa, pour avoir bafoué le droit de la guerre. La réponse du lieutenant général von der Osten-Sacken fut jugée inacceptable ; une expédition punitive conjointe avec la marine impériale fut montée.

Dans un article publié dans le New York Daily Tribune daté du , Karl Marx rapporte ceci : les Russes affirment que le Furious effectuait, en réalité, une reconnaissance secrète du port. Il faisait à nouveau ce qu'avait fait le Retribution quelque temps plus tôt : il est entré dans le port de Sébastopol sous prétexte de livrer des dépêches, mais a effectué également une étude des défenses. La presse britannique avait reconnu le fait. Marx souligna aussi le « ridicule » des Alliés exigeant de telles justifications pour lancer une attaque contre une base navale ennemie, en temps de guerre.

L'attaque sur Odessa

Les forces franco-britanniques L'escadre concernée se composait de huit frégates à vapeur à roues à aubes : les navires français Descartes, Mogador, Charlemagne et Vauban, et les navires britanniques Furious, Retribution, Sampson, Terrible et . Ces navires étaient soutenus par la frégate à hélice britannique Highflyer, la frégate à voile de quatrième rang , le navire à vapeur Sans Pareil et la corvette à hélice française Caton. Il y avait aussi six canots armés de fusées Congreve de 24 livres ; deux chez le Britannia et une chez l'Agamemnon, le Trafalgar, le Sans Pareil et l'Highflyer.

Le bombardement vignette|Destruction du môle par les tirs du Terrible. Le , vers 5h du matin, les navires franco-britanniques se présentèrent au large d'Odessa. La première division composée du Descartes, du Sampson, du Tiger et du Vauban arriva en premier et ouvrit le feu sur les défenses russes, à de celles-ci, sans effet. Le Vauban fut touché par un boulet rouge, entraînant un incendie à bord, forçant le capitaine de vaisseau de Poucques d'Herbinghem à se retirer. Le Vauban revint bientôt en compagnie de la corvette Caton.

La deuxième division arriva par la suite avec le Furious, le Terrible, le Retribution, le Charlemagne et le Mogador, tandis que l'Arethusa, le Highflyer et le Sans Pareil restèrent plus au large en réserve. Les franco-britanniques, sous le commandement de James Dundas, se rapprochèrent de la côte. Le Terrible ouvrit le feu sur le môle et fit de gros dégâts à l'entrée du port. Les coalisés se mirent à bombarder les navires russes ancrés dans le port et 24 navires russes prirent feu. Des navires français et britanniques de commerce, retenus prisonniers, échappèrent aux Russes et sortirent du port. Les canots armés se rapprochèrent de la ville et bombardèrent, avec leurs fusées, les entrepôts du chantier naval qui prirent feu. A la fin du bombardement de la ville, l'Arethusa engagea les batteries sud de la ville avant d'être rappelé par Dundas.

L'aspirant de Henri Rieunier (1833-1918) raconte sa participation à bord du navire le Charlemagne :

L'attaque prit fin à 17h30 ; les coalisés prirent le large, restèrent à bonne distance pour observer Odessa. Les tirs sur les infrastructures portuaires causèrent un grand incendi qui se propagea dans la ville. Les pertes franco-britanniques étaient insignifiantes, deux morts et un blessé sur le Vauban, trois blessés sur le Retribution, six blessés sur le Sampson, et un tué et quatre blessés sur le Terrible.

Le bombardement neutralisa la base navale d'Odessa pour le restant de la guerre. Les Français, Britanniques, Ottomans et Piémontais purent sécuriser leurs lignes logistiques, porter la guerre en Crimée et isoler le port de Sébastopol. Notes et références

Voir aussi

Bibliographie .

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Liens externes

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