L'histoire des Juifs à Dęblin-Irena commence assez tardivement. Ce n'est que dans les années 1860 que les premières familles juives s'installent à Irena, un village limitrophe de Dęblin, qui fusionnera ultérieurement avec Dęblin. Rapidement Dęblin-Irena, en yiddish: דעמבלין-מאָדזשיץ (Demblin-Modzitz), devient un centre important du hassidisme. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands y installent un ghetto avant d'envoyer toute la population juive vers les camps d'extermination. Actuellement il n'y a plus de Juif à Dęblin.
Dęblin est une ville de la voïvodie de Lublin, dans l'est de la Pologne. C'est une gmina urbaine du powiat de Ryki. Sa population s'élève à environ . Dęblin se trouve à la confluence de la Vistule et du Wieprz. Elle est située à au nord-ouest de Lublin et à au sud-est de Varsovie.
Histoire de la communauté juive Les débuts de l'installation des Juifs à Dęblin-Irena thumb|200px|right|Izrael Taub Les premiers Juifs s'installent à Dęblin-Irena au milieu du . Un nombre considérable de familles arrivent dans les années 1860 en provenance du village voisin de Bobrowniki en raison de la construction d'un carrefour ferroviaire de trois lignes ferroviaires : la ligne Vistule desservant Kovel, Varsovie et Mława, la ligne de Łuków à Dęblin et la ligne d'Iwanogród (maintenant Dęblin) à Dąbrowa Górnicza. Les Juifs résident traditionnellement autour de la place du marché.
thumb|200px|left|Forteresse de Dęblin Á l'époque, la ville de Dęblin-Irena est appelé Modzitz par les Juifs. Dęblin devient bientôt un centre hassidique important. Le fondateur de la dynastie locale est Izrael Taub ( (1849–1920), également surnommé le rabbin de Modzitz, compositeur de nombreux airs connus sous le nom de nigounim. Il s'installe à Dęblin en 1889. Il est le fils de Samuel Elijah Taub de Zwoleń et le petit-fils de Rabbi Ezekiel de Kazimierz Dolny. Pour les hassidim de Dęblin, le chant joue un rôle essentiel dans les prières et les rituels. Le fils de Rabbi Izraël, Rabbi Shaul Yedidia Eleazar (1886-1947), poursuivit les traditions de la dynastie, mais va plus tard déménager à Otwock: “Deblin-Irena” Encyclopedia of Jewish Communities in Poland, Volume VII (Poland); Pinkas Hakehillot Polin; éditeur: Yad Vashem; Jérusalem.
De nombreux Juifs de Dęblin gagnent leur vie en approvisionnant les unités militaires stationnées dans la forteresse locale bâtie entre 1837 et 1845 Forteresse Dęblin; site Polish Tourism Organisation. La présence de l'armée attire dans la ville de nombreuses personnes à la recherche d'une source de revenus fiable. Dęblin connaît également un afflux de Juifs hassidiques souhaitant résider à proximité de leur tsadik.
Le développement de la communauté Les Juifs de Dęblin s'occupent principalement de commerce et de l'artisanat, offrant des services aux habitants de la ville et des villages les plus proches, principalement lors des marchés hebdomadaires et des foires qui ont lieu six fois par an. De nombreux Juifs travaillent comme forgerons, serruriers et charpentiers. D'autres s'adonnent à la couture, à la cordonnerie et à la sellerie, utilisant les produits des tanneries locales. Certains trouvent un emploi dans la petite aciérie fondée par un juif appelé Henryk Limański en 1837. Dans les années 1861-1873, les juifs locaux créent plusieurs usines de ferronnerie. Au milieu du , Dęblin-Irena devient connue comme station balnéaire, ce qui incite certains Juifs à commencer à gagner leur vie en offrant leurs services aux vacanciers. Les Juifs de Dęblin participent également à la vie sociale de la ville. Lors des élections locales de 1861, deux Juifs sont élus membres du conseil municipal de douze personnes. En 1863, les Juifs locaux soutiennent le soulèvement de janvier. En 1884, Dęblin compte , dont soit 90 % de la population totale de la ville, et en 1897, sur , sont juifs, soit 66 %.
Pendant longtemps, la communauté juive de Dęblin-Irena ne possède pas de cimetière propre. Ses morts sont enterrés dans le village voisin de Dombrovka, où vivent quelques Juifs. Ce n'est qu'au début du qu'un cimetière local est fondé. La communauté juive de Dęblin-Irena est dominée par les hassidim. Outre les adeptes du Rabbi de Modzitz, il y a aussi de nombreux membres de la cour de Ger (Góra Kalwaria). Selon des documents sources, le tribunal rabbinique local est présidé par le rabbin Jakir. Dans les années 1861-1906, le poste de rabbin est occupé par Zev Orner, remplacé par Samuel Yaakov Kopel ha-Kohen. Le dernier rabbin de la communauté est Emmanuel Gerszon Rabinowicz, décédé pendant la Seconde Guerre mondiale.
Pendant la Première Guerre mondiale, après la prise de Dęblin par les Autrichiens, de nombreux Juifs quittent la ville. Parmi eux se trouve le rabbin Shaul Yedidia Eleazar, qui s'installe à Otwock, où il établit sa nouvelle cour et y restera jusqu'à la fin de la guerre. Contrairement aux autres communautés voisines, Dęblin ne compte, jusqu'en 1918, aucun groupe politique ni institution culturelle, comme des écoles, des clubs ou des bibliothèques: Dęblin-Irena; in: The Encyclopedia of Jewish Life Before and During the Holocaust; volume 1; rédacteurs: Schmuel Spector et Geoffrey Wigoder; éditeur: New York University Press; New York; 2001; page: 303; .
En , des unités de l'armée polonaise dirigées par le général Haller entrent à Dęblin. Au cours des mois suivants, les Juifs sont persécutés par les soldats. Les biens juifs sont confisqués, les barbes des Juifs coupées et certaines personnes battues. En 1919, un incident morbide se produit : quatre enfants d'un juif local appelé Rubenstein disparaissent, et leurs corps sont retrouvés plus tard près de la ville. Une enquête est ouverte et l'affaire finalement atteint Varsovie où les députés juifs du Sejm en appellent au gouvernement. Le mystère des meurtres n’a jamais été résolu, mais la communauté juive est certaine que des antisémites sont responsables du crime.
L'entre-deux-guerres Entre les deux guerres, la vie politique juive commence à se développer à Dęblin. Peu de temps après que la Pologne ait retrouvé son indépendance, une branche du Parti sioniste général est formée dans la ville, ainsi qu'une cellule du Poale Zion et du Mizrahi orthodoxe-sioniste. Une branche d'Agoudat Israel est fondée en 1922, il y a aussi un grand groupe de partisans du Bund. Une cellule de sionistes révisionnistes est créée à Dęblin dans les années 1930. Agoudat Israel jouit de la plus grande popularité parmi les membres de la communauté juive locale. Ce n’est qu’à la fin des années 1930 qu’un sioniste devient le chef de la communauté.
Diverses organisations de jeunesse opèrent à Dęblin. En 1928, une cellule de HeHalutz (Le pionnier) est créée, suivie par des branches du Betar et de la Jeunesse Sioniste en 1932. En 1925, une bibliothèque juive s'ouvre dans la ville ; Elle est dirigée conjointement par les bundistes et les sionistes. Mais bientôt, cependant, elle est divisée en deux établissements distincts : la bibliothèque Chaim Nachman gérée par les sionistes, qui reprend la majeure partie de la collection de l’ancienne bibliothèque, et une bibliothèque beaucoup plus petite du Bund.
La seconde moitié des années 1920 voit la création du Bezprocentowa Kasa Pożyczkowa (Fonds de prêts sans intérêt), de la Towarzystwo Darmowych Przytułków (Société d'hébergement gratuit) et de la Żydowski Bank Spółdzielczy (Banque coopérative juive). L'hebdomadaire local Der Obserwator est publié de 1929 jusqu'au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. thumb|200px|right|Réception du maréchal Piłsudski par la communauté juive en 1920 Dans l’entre-deux-guerres, la principale source de revenus des Juifs est l’artisanat et le commerce de porte-à-porte dans les villages voisins. La plupart des artisans juifs sont des tailleurs, des cordonniers et des selliers. La ville possède une scierie juive, un moulin et une brasserie. Il y a aussi deux médecins juifs et un dentiste juif. Cependant, la plupart des Juifs locaux vivent dans la pauvreté, et beaucoup d’entre eux sont au chômage.
Lorsque Józef Piłsudski visite Dęblin, il est accueilli avec du pain et du sel par les Juifs locaux.
Les années 1930 sont marquées par l’exacerbation des sentiments antisémites en Pologne. À Dęblin, comme dans de nombreuses autres villes du pays, les magasins juifs sont rapidement perçus comme des concurrents directs du commerce polonais. En 1936-1937, il y a plusieurs cas de vandalisme d'étals juifs et d'agressions contre des vendeurs en porte-à-porte.
La Seconde Guerre mondiale et la fin de la vie juive à Dęblin Peu après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux Juifs cherchent refuge dans la synagogue face aux raids aériens. D'autres quittent leurs maisons et leurs domaines pour s'enfuir vers les villages voisins : Ryki, Puławy ou Żelechów.
Les troupes allemandes entrent dans Dęblin le . Au cours des trois premières semaines qui suivent leur arrivée, de nombreux habitants, juifs et polonais, retournent dans la ville.
Peu après avoir pris le contrôle de la ville, les nazis ordonnent aux Juifs de se rassembler sur la place du marché, où le commandant allemand prononce un discours plein de menaces et de haine. Une contribution de est imposée à la communauté juive. Les Allemands commencent à arrêter les Juifs dans les rues et dans les maisons et à les envoyer aux travaux forcés. Ils sont principalement chargés de nettoyer la ville des décombres et d'enlever les carcasses des animaux tués lors des bombardements. Au début de l'occupation nazie, à l'initiative de l'enseignante juive Ida Syterbaum, des classes privées sont créées pour les enfants juifs expulsés des écoles polonaises sur ordre des Allemands. Les enfants étudient initialement deux heures par jour en groupes de dix ou douze. Après la création du ghetto, les horaires vont être allongés jusqu'à huit heures par jour afin d'occuper les enfants, en leur enseignant un programme comprenant la plupart des matières étudiées dans les écoles primaires d’avant-guerre. L'école comptera jusqu'à une centaine d'élèves. Au début de l'année 1940, les Juifs reçoivent l’ordre de porter des brassards avec l’étoile de David. Le premier Judenrat est bientôt formé à Dęblin. A cette époque, la plupart des Juifs continuent à vivre dans leur propre maison, à l'exception des familles aisées dont les biens ont été confisqués par l'occupant. Les Allemands s’emparent également de tous les locaux de la communauté juive, y compris la synagogue, le centre communautaire et le bâtiment administratif de la communauté. Au début des années 1940, le Judenrat envoie des groupes de 20 à aux travaux forcés. À l'été 1940, environ sont contraints de travailler à la reconstruction de l'aéroport attenant à la ville. Un ghetto pour la population juive est constitué en ; il n'est pas clôturé, mais les Juifs ne sont pas autorisés à quitter sa zone, à l'exception des travailleurs forcés. Au tournant des années 1941 et 1942, de nouvelles restrictions sont imposées à la population juive, notamment la saisie de toutes les fourrures et vêtements d'hiver. La vie dans le ghetto se détériore et le nombre de morts augmentent en raison d'épidémies de typhus et de dysenterie. La vie dans le ghetto