(nom dérivé du genre type Adelophthalmus, qui signifie « sans yeux évidents ») est une famille d'euryptérides, un groupe éteint d'arthropodes aquatiques. Les Adelophthalmidae sont la seule famille classée comme faisant partie de la superfamille des Adelophthalmoidea, qui à son tour est classée dans l'infra-ordre des Diploperculata dans le sous-ordre des Eurypterina.

Les euryptérides adélophalmidés sont de petits euryptérides nageurs apparus au Silurien. Avec les premiers membres connus du groupe, Nanahughmilleria prominens et Parahughmilleria maria, découverts dans des gisements du Silurien inférieur (possiblement de la série du Llandovery), et les derniers membres, appartenant au genre durable et très répandu Adelophthalmus, qui ont disparu au Permien inférieur, les Adelophthalmidae constituent la famille d'euryptérides qui vécu le plus longtemps. La survie du groupe, et des eurypteridés nageurs (sous-ordre des Eurypterina), au-delà du Dévonien supérieur est entièrement due à la survie et au succès ultérieur dAdelophthalmus tout au long du Dévonien et du Carbonifère. Adelophthalmus (et peut-être également Unionopterus) représente le seul genre connu d'euryptérides nageurs au-delà de l'extinction du reste du groupe au Dévonien supérieur, étendant l'aire de répartition temporelle du groupe de plus de cent millions d'années.

Bien qu'ils aient été les derniers euryptérides nageurs et les derniers membres du sous-ordre plus prospère et plus nombreux des Eurypterina, les Adelophtalmidae ne sont pas les derniers Euryptérides. Les Stylonurines ou « euryptérides marcheurs » ont été les derniers survivants de la famille des Hibbertopteridae, quelques millions d'années après l'extinction des Adelophtalmidae au début du Permien, et jusqu'à l'extinction du Permien-Trias ou peu avant.

Description gauche|vignette| Reconstitution dAdelophthalmus irinae . La taille des Euryptérides adelophtalmidés varie de 4 centimètres (1,6 pouce) à 32 cm (12,6 pouces). La plus petite espèce est Nanahughmilleria clarkei et la plus grande Adelophthalmus khakassicus. Les Adélophtalmidae sont relativement petits par rapport aux autres Euryptérides, comme le gigantesque Ptérygotide Jaekelopterus rhenaniae, qui dépasse facilement 2 mètres (6,5 pieds) et est le plus grand arthropode connu.

Les Adelophtalmidae sont de petits Euryptérides nageurs caractérisés par une carapace parabolique (la plaque dorsale de la tête approximativement en forme de U, Unionopterus représentant peut-être une exception) et des yeux intramarginaux (positionnés dans la marge). La palette natatoire (sixième membre ) est de type Adelophthalmus, c'est-à-dire avec un septième podomère (segment des membres) long et un huitième podomère grossièrement dentelé. Le corps présente une différenciation de deuxième ordre au niveau de la section médiane (c'est-à-dire avec des « extensions » latérales dans le septième segment du corps) et un telson (division la plus postérieure du corps) lancéolé (en forme de lance).

La morphologie du groupe varie en fonction du degré de dérivation (stade d'évolution avancée) du genre. En fait, depuis le Nanahughmilleria basal (« primitif ») jusqu'au Adelophthalmus plus dérivé, on a observé une diminution progressive de la spinosité (possédant des épines) des appendices (membres) et une augmentation de la taille des spatules génitales (une longue pièce plate dans la région génitale). Le Pittsfordipterus, encore plus primitif, ne possédait probablement même pas ce dernier.

Histoire de la recherche gauche|vignette| Le spécimen type dAdelophthalmus granosus, premier adélophtalmide jamais décrit. Les premiers fossiles d'Adélophtalmides qui ont été découverts sont ceux du genre type Adelophthalmus. Le paléontologue allemand Hermann Jordan a collecté le premier spécimen de l'espèce A. granosus à Jägersfreude dans la Sarre, en Allemagne. Le spécimen est décrit trois ans plus tard par Jordan et Hermann von Meyer, qui reconnaissent immédiatement la nature eurypteride des fossiles du fait de la grande ressemblance entre la forme générale du spécimen, de sa carapace et de ses appendices, et celle d'Eurypterus. L'une des principales différences que Jordan et von Meyer remarquent est l'absence apparente d'yeux, qui donne son nom à Adelophthalmus (qui signifie « sans yeux évidents » ) et à toute la superfamille. On pense aujourd'hui que cette caractéristique du premier spécimen collecté est due à un artefact de conservation et qu'elle n'est pas caractéristique d'Adelophthalmus, ni d'aucun autre adélophtalmide. Depuis, 33 espèces ont été décrites, dont certaines ont été tout d'abord classées dans d'autres genres (Anthraconectes, Glyptoscorpius, Lepidoderma et Polyzosternites, tous désormais synonymes d'Adelophthalmus ) ce qui fait d'Adelophthalmus le genre d'euryptéride le plus diversifié à ce jour. Cependant, bon nombre de ces espèces sont fragmentaires et pourraient représenter des synonymes d'autres espèces au sein d'Adelophthalmus ou même d'espèces d'autres genres. Il est possible que la grande quantité d'espèces rattachées au genre Adelophthalmus provoque finalement sa division en deux ou trois genres distincts.

En 1948, le paléontologue et géologue ukrainien Boris Isidorovich Chernyshev décrit un nouveau genre connu par un seul spécimen du Kazakhstan (qui, à l'époque, fait partie de l'Union soviétique ) et le classe provisoirement dans la famille des Pterygotidae. Le genre est nommé Unionopterus. Sa classification est controversée en raison de la mauvaise qualité des illustrations fournies par Chernyshev et du fait que le seul fossile connu est présumé perdu. Le genre est traité comme un Euryptéride indéterminé, un Adélophtalmide, un membre du genre Adelophthalmus, ou encore parfois complètement ignoré. La spinosité de ses appendices pourrait suggérer la deuxième option, mais ce n'est pas certain et la classification phylogénétique dUnionopterus pourrait n'être jamais résolue.

En 1961, le paléontologue américain Erik Norman Kjellesvig-Waering considèrant que plusieurs espèces du genre Hughmilleria sont suffisamment différentes de l'espèce type pour être séparées en un nouveau sous-genre, crée et nomme ce sous-genre Nanahughmilleria. Ces espèces partagent une caractéristique clé, de petits yeux réniformes (soit en forme de haricot) et intramarginaux, ce qui contraste avec les grands yeux ovoïdes positionnés au bord de la carapace présents dans le génotype et ses formes alliées. Kjellesvig-Waering désigne H. (Nanahughmilleria) norvegica comme espèce type du nouveau sous-genre. Au même moment, il érige un nouveau genre, Parahughmilleria, avec P. salteri comme espèce type. Pour différencier ce nouveau clade, Kjellesvig-Waering se base principalement sur la présence de lobes supplémentaires (lobes distaux dans un segment en forme de plaque qui contient l'ouverture génitale appelée opercule génital), ainsi sur la présence d'yeux intramarginaux. vignette| Reconstitution de la palette natatoire de Bassipterus . En 1964, Kjellesvig-Waering décrit l'opercule génital de l'espèce H. (N.) phelpsae et suggère que cette partie du corps puisse avoir une grande importance phylogénétique à l'avenir. Deux ans plus tard, en collaboration avec le paléontologue américain Kenneth Edward Caster, il élève H. (N.) phelpsae au niveau générique sous le nom de Pittsfordipterus. Les deux scientifiques décrivent également un nouveau genre et une nouvelle espèce, Bassipterus virginicus. Ce nouveau taxon se distingue essentiellement des autres Adélophtalmides par la spécialisation de son appendice génital, avec des caractéristiques qui rappellent celles dEurypterus.

En 1989, Victor P. Tollerton, Jr. décrit la famille Adelophthalmidae ainsi que de nombreux autres taxons, dont Adelophthalmus, Parahughmilleria, Bassipterus et Unionopterus. Ce clade est caractérisé par la présence d'épines sur les deuxième à cinquième paires d'appendices, d'une palette natatoire de type Adelophthalmus et d'épimères (« extensions » latérales du segment) sur le septième segment. Tollerton fait remarquer que certaines espèces d'''Adelophthalmus qui ne possèdent pas d'épines sur les appendices seraient vraisemblablement mieux classées dans un nouveau genre de la famille Slimonidae (il mentionne alors Slimonioidea, taxon désormais invalide). Bien que placer ces espèces sans épines dans un nouveau genre puisse être soutenu phylogénétiquement, les déplacer vers Slimonidae en se basant sur l'absence d'un unique caractère qui semble avoir été perdu indépendamment dans les deux groupes n'est pas conforme aux pratiques reconnues de classification.

Odd Erik Tetlie, dans une thèse inédite de 2004, postule l'existence de la superfamille des Adelophthalmoidea et de la famille des Nanahughmilleridae. Les Adelophthalmoidea y sont décrits comme des Euryptérides dotés notamment d'une carapace parabolique, de petits yeux réniformes, d'appendices à la spinosité variable et d'un telson lancéolé. Cette superfamille sera officiellement décrite deux ans plus tard par Tetlie et Peter Van Roy. La famille Nanahughmilleridae est décrite dans cette thèse comme contenant les Adélophtalmoïdes dépourvus de spatules génitales ou pourvus de spatules réduites, et dont les deuxième à cinquième paires d'appendices prosomaux (de prosoma, « tête ») sont de type Hughmilleria . Telle que décrite, cette famille comprend Nanahughmileria, Pittsfordipterus et possiblement Parahughmilleria. Toutefois, cette famille n'a presque jamais été utilisé dans les études et listes ultérieures d'Euryptérides. A la place, les Nanahughmillérides sont classés parmi les Adelophthalmidae. gauche|vignette| Reconstitution dArchopterus anjiensis parmi un récif d'éponges de verre. En 2008, Nanahughmilleria patteni est reconnue comme espèce distincte et beaucoup plus basale, ce qui conduit Tetlie et Markus Poschmann à nommer un nouveau genre pour accueillir cette espèce, Eysyslopterus. Les carapaces dEysyslopterus et d'autres membres basaux des Pterygotoidea (Herefordopterus) et des Waeringopteroidés (Orcanopterus), étroitement apparentés, apparaissent très semblables, ne différant que par la position des yeux. Du fait de la position intramarginale des yeux, Eysyslopterus a été classé parmi les Adelophthalmidae. Mais certains auteurs suggèrent qu'il s'agit en fait du taxon frère (plus proche parent) d'un clade formé par Adelophthalmoidea et Pterygotoidea. Seule la découverte de davantage de matériel fossile permettra, le cas échéant, de démontrer cette hypothèse.

En 2023, Archopterus anjiensis, un nouveau genre et une nouvelle espèce, sont décrits sur la base d'un spécimen unique trouvé dans la formation Wenchang de l'Ordovicien, dans le Zhejiang, en Chine. Ce taxon constitue le plus ancien Adelophthalmidae connu. Sa découverte étend l'enregistrement stratigraphique de la famille d'environ 10 millions d'années, qui courre désormais du début du Silurien à la fin de l'Ordovicien.

Histoire évolutive vignette| Spécimen type et unique spécimen connu de Nanahughmilleria prominens, l'un des plus anciens Adélophtalmides.